‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 96 sur 102 · DE L'OFFICE DU PODESTAT · texte numérisé non relu

DE L'OFFICE DU PODESTAT

Messire Brunetto Latini, dans le neuvième livre de son Trcsnr, traite de la politique, et s'étend sur les devoirs du seigneur ou administrateur des villes et de leur territoire. La plupart de ses enseignements consistent en préceptes de morale tirés d'Ari>toti! et de Cicéron , et çà et là en conseils conformes aux besoins des Italiens du temps.

Quand les gens de la ville a qui appartient l'élection sont d'accord au sujet de quelque homme démérite, ils doivent immédiatement , d'après leurs usages, coiilumes et la loi de la cité, élire le podestat au nom de celui qui donne tous les honneurs et tous les biens. Ils doivent écrire incontinent des lettres à ce vaillant homme , pour lui signifier bien et sagement qu'il a été élu seigneur et podestat de leur ville, en lui transmettant brièvement la somme de tout son office, pour lui rendre le tout si clair qu'il ne puisse en résulter aucune erreur. Ils doivent en conséquence lui désigner le jour où il devra être corporellement dans la cité et prêter serment aux constitutions, en le prévenant d'amener avec lui juges, notaires et officiers , pour faire les choses nécessaires; combien de jours il lui faudra re>ter à la fin de sa seigneurie pour sa décharge , au cas où quelqu'un voudrait réclamer quoi que ce soit de lui; quel salaire il doit avoir et comment, ainsi que tous les périls qu'il peut courir pour lui et ce qui le concerne. Toute> ces choses et d'autres enrore relatives aux besoins de l'homme doivent lui être expliquées dans les lettres, selon l'usage et les lois de la cité. ^Mais une cliose ne doit pas être oublié(i , elle doit même être écrite clairement, savoir, qu'il a deux ou trois jours plus ou moins, selon l'usage de la cité, pour accepter ou refuser la seigneurie; que, s'il ne le faisait , l'élection serait nulle. Il advient souvent que des conseillers donnent l'avis de s'adresser à messire le pape, à messire l'empereur, afin qu'il envoie im bon gouverneur pour une année. Quand il en est ainsi, on doit mettre par écrit tout ce qui est convenu, si clairement qu'on n'ait ni occasion ni sujet de le regretter. Lorsque ces lettres sont laites ou scellées, on doit les faire parvenir au prud'homme avec un bon messager et capable, qui entende bien la mission et qui apporte à son retour leslettresen réponse. On ne doit pas lui envoyer en commençant uu messager trop important, parce qu'il en reviendrait honte aussi à la cilé s'il n'acceptait pas; d'autant plus que, s'il accepte, on pourra ensuite lui envoyer un messager plus honorable au temps ou il devra venir , afin (le lui faire escorte. C'est là toutefois une chose delicate, car ils deviennent parfois parce moyen (ihis amis qu'il n'est besoin avec le seigneur et les personnes de sa suite. Or il ne convient pas que le gouverneur soit familier avec les bourgeois, pour deux raisons : l'une, parce que sa dignité s'en abaisse, l'autre, par le sou|)(;,ou (pie les gens ont de lui et de sa manière d'.igir. . . .

NOTES ADDITIONNELLES. kì.irt

Les leltros closes , on doit les envoyer au seigneur avec toute la charte des conditions convenables; k messager (|iii en est porteur les lui remettra courtoisement et secrètement, sans éclat ni bruit. Le seigneur doit les prendre en homme sage, s'en aller à l'écart, rompre le cacln-t et lire les dépêches , se pénétrer de ce qu'elles contiennent, se replier soigneusement en lui-môme pour faire ce qui convient, consulter ses bons amis , et voir s'il a en lui ce qu'il

faut pour pareille chose

Si l'avis de ses amis est pour l'acceptation de la seigneurie qu'on lui propose, qu'il considère bien que c'est assumer sur lui un pesant fardeau, et qu'il se prépare en conséquence. Rien n'est plus honorable, mais en nK^me temps plus dilicile que de savoir rendre justice.

Il doit immédiatement honorer le messager, comme il convient à l'un et à l'autre, éclaircir avec lui toutes les conventions, s'il en aie pouvoir, de manière à être bien en mesure d'écarter toute espèce de débat; cela l'ait, il

lui donnera une lettre portant salut en tète, puis en ces termes, etc

Quand il a expédié ses lettres par le retour du messager, il doit incontinent préparer ses équipages, se pourvoir de bons chevaux et de harnais honorables. Mais sur toutes choses qu'il ait soin d'avoir un bon juge , ainsi qu'un assesseur discret, .sage et éprouvé, craignant Dieu, parlant bien, sans dureté; qu'il soit chaste de son corps, point orgueilleux, ni emporté, ni craiidif, ni à double langage , ni taisant étalage de fierté ou de dévotion , mais au contraire fort juste, de bonne foi , religieux envers Dieu et la sainte Kglise. . .

Que le seigneur se garde de laisser, par économie d'argent, un bon juge là où on lui a écrit qu'il le trouverait. Malheur à celui qui va seul! car, s'il tombe, il n'a personne pour le relever. C'est pourquoi je dis que celui qui va en seignerie pour l'honneur, non pour l'argent, doit considérer par qui la justice sera administrée; car, de même que le navire est gouverné par le limon, la cité est gouvernée par le savoir du juge. Il doit, d'autre part, avoir de bons notaires, versés dans la loi , qui sachent bien parler et bien écrire actes et lettres, qui soient bons rédacteurs et chastes de leur corps ; car l'habil té du notaire contribue beaucoup à amender et à couvrir la faute du juge. Il doit aussi conduire en sa compagnie de sages cavaliers, de bonnes mœurs, aimant l'honneur de leurs seigneurs, un bon sénéchal, de vaillants sergents et toute une suite sage et modérée, sans orgueil et sans folie, obéissant volontiers à lui et à ceux de son hôtel. Après cela, il est d'usage de faire des habits neufs pour lui et ses compagnons, et de vêtir toute sa suite d'une manière uniforme, de renouveler .ses armes , ses bannières et les autres choses (jui en ont besoin pour son office; puis, quand le temps approche, il doit envoyer son séni--

chal pour fournir la maison des choses nécessaires

Or il advient d'ordinaire qu'au temps où le seigneur est pour se mettre en route, la commune de la cité envoie jusqu'à sa demeure des citoyens honorables pour lui faire compagnie en chemin , ou pour prier la commime de sa cité de le laisser venir à leur seigneurie, ou pour quelipie autre cause; mais, de quelque manière que ce soit, il doit les honorer et les arcueillir merveilleusement, leur envoyer de grands présents, et aller les visiter à leur logis. Mais qu'd se garde bien de parler en particulier à aucun d'eux, car il nait souvent <le fâcheux soupçons de pareils entretiens. Cet usage est toutefois presque abandonné aujourd'hui; car peu de villes envoient encore des ambassadeurs au-devant de lui. Quand il se met en route, au nom du vrai cnrps de Dieu, qu'il aille tout droit à son office, en s'enquérant toujours et cher-

636 MOTKS ADUITIO.NNELLES.

cliatit à connaître les usages et ie^ conditions de la cité et la nature des hahh tanls, afin qu'il en soit instruit avant d'y entrer.

Quand il est à une journi'e de la ville, il doit envoyer en avant ses sénéchaux avec tous les cuisiniers, pour disposer sa maison et ses appartements. Il doit aussi expédier à la cite des lettres annonçant sa venue, et, le matin du jour où il doit entrer dans la ville, entendre, sans y manquer, l'olflce eî la messe de Notre-Seigneur Jésus-Christ. D'un autre côté, son prédécesseur, c'est-à-dire celui qui tient la seigneurie de la cité, aussitôt qu'il a reçu les lettres du nouveau seigneur, fera publier son arrivée par la ville, a(in que tous les chevaliers et les bourgeois ayant un cheval aillent à la rencontre du podestat ; il y doit venir lui-même avec messire l'évêque , si celui-ci y est ou veut y aller. Or il est certain qu'au moment où le nouveau seigneur se trouve avec l'antre, tous deux doivent chevaucher ensemble pour ôter tout soupçon aux gens, et .saluer tout le monde de bon cœur, et tous doivent se rendre ainsi à la principale église; là le podestat se mettra à genoux devant l'autel, pour prier Dieu humblement de tout son cœur et de toute sa foi; il fera une offrande honorable, puis il ira où il doit se rendre.

Sur ce point, il y a diversité; ilans certaines villes, il est d'usage que le seigneur aille à sou hôtel, ou on lui porte le livre des statuts de la ville avant qu'il prête .son .serment; et il y a un grand avantage à cela, vu qu'il peut mieux se précautionner à l'égard des chapitres qui sont contre lui. D'autres sont dans l'habitude, aussitôt que le seigneur est dans la cité et qu'il a commencé par aller devant l'autel , de le mener devant le conseil de sa cité, devant la communauté assemblée, pour le faire jurer, ainsi que ses officiers, avant qu'il ait ouvert le livre des chapitres, ou qu'on le lui ait porté ainsi qu'a ses juges. Mais le seigneur prudent requiert la commune de lui donner liberté au sujet des mauvaises dispositions, non pas dans son intérêt, mais pour l'avantage de la cité et pour la répression des mallaiteurs. Sion la iui donne, tant mieux; s'il en est autrement, il aura à les prier , s'il existe quelijue chapitre malicieux contre lui ou contre la commune ou contre la sainte Église, de permettre qu'il soit amendé par bon conseil, il fera bien de le faire enregi.stier par acte public; au cas contraire, il prêtera le serment selon que la formule lui en sera lue au nom de la commune, il est conçu d'ordinaire en ces termes -.

« Vous , mes>ire , vous jurez , sur le saint Évangile de Dieu , de gouverner les choses et les intérêts de cette cité qui sont du ressort de votre office, de maintenir la ville et la campagne, ainsi que tout le district et tous liomineset femmes, chevaliers et bourgeois; de soutenir leur droit, de défendre et garder ce que les ordonnances de la couunune commandent de faire pour toutes les [>ersonnes, spécialement les orphelins, les veuves et autres gens qui seront appelles aux plaids devant vous et vos juges ; de veiller aux églises, hôpitaux et toutes auties maisons de religieux, de pèlerins, de marchands, et de faire ce qui est écrit dans ce livre des ordonnances de la cité ; ce que vous jurez d'exécuter en loyale conscience , en mettant de côté la haine, l'affection el toutes malices, selon votre intention véritable, du prochain jour de la Toussaint a une année, et tous les jours de ladite année. ■>

Le seiguiur doit prononcer .son serment de la sorte, à moins qu'il n'y ait (juelque suppression à y faire, et, dans ce cas , il faut qu'elle soit faite avant qu'il pose la main sur le livre. Lorsqu'il a juré, les juges, les chevaliers et les notaires doivent jurer aussi , chacun en ce qui le concerne , de remplir bien

et diìment leur office , (ìe donner bon conseil an seigneur et de tenir secret ce qui doit être tenu tel.

Sur ce point, il y a diversité seion les citoyens; il est d'usage parfois que le seigneur, aussitôt le serment prêté, parle devant It-s gens de la cite; ailleurs il n'en fait rien , et s'en va tout siinpleuient en son logis , surtout si la ville est en bonne paix. Il y a encore d'autres diversités; car, ou la ville a la guerre an dehors contre ses ennemis, ou elle a la guerre au dedans avec ses concitoyens, ou elle est en paix au dedans et au dehors. C'est pourquoi je dis que le seigneur doit s'en rapporter aux gens sages du pays ; que si l'usage de la cité veut qu'il parle, il pourra bien prononcer courtoisement quelques mots sans rien commander ; car son prédécesseur est encore aussi bien (]ue lui en seigneurie , et il lui convient de mettre la main aux affaires, mais non de dicter de.s ordres ix personne. Il peut toutefois prier et admonester les gens, sans ordonner ni défendre aucune chose; si le pays est en paix, il peut s'exprimer de cette manière

Voilà à peu près ce que saura dire au besoin le sage orateur, au milieu des citoyens, de la manière qu'il verra leur être le plus agréable; puis il mettra lin à son discours. Dès qu'il est assis , son prédécesseur doit aussitôt se lever, faire son exorde bref, et répondre sagement à la harangue de l'autre, en le louant de ses paroles, de sa prudence, de ses œuvres, de son langage . et eu le remerciant de l'honneur qu'il lui a fait de son discours. A la (in de son allocution, il doit recomn)ander à tous d'obéir au nouveau seigneur; ()uis, lorsqu'il a fini de parler, il congédie tout le monde, et chacun s'en retourne à son logis.

Or il arrive parfois qu'il vient avec le nuuveau seigneur des gentilshommes de son pays au nom de la commune de .sa cité, qui |)rennent la parole au môme lieu, et qui, avec des compliments préalables, exposent l'affection existant entre l'une et l'autre commune, font l'éloge de la cité et des citoyens, ainsi que de l'ancien poilestat et de sa seigneurie. Ils louent le nouveau seigneur, .son langage, les bonnes œuvres de tous deux , et déclarent que toute la communedeleurcité tient à grand honneur et à grandamourceluiqu'ils ont élu pour les gouverner ; ils disent que la coutume de leur cité cl son seigneur lui ordonnent, sous peine de sa vie et de ses biens , de parler et d'agir en tout pour riionueur et l'avantage de la cité qu'il a à gouverner ; ils prient, en conséquence, les gens de la citédelui obéir, de lui donner aide et conseilde manière qu'il puisse remplir honorablement son office. Après qu'ils ont ainsi parlé, l'ancien seigneur doit faire une réponse convenable dans le même discours par lequel il répon<l au nouveau seigneur, à peu près dans les termes indiqué.s |)récédemment de toute autre manière, si la circonstance le comporte.

Après cela , le podestat doit dire son conseil selon la loi de la cité, mais en s'atlachant à se procurer des conseillers sages, gens de bien et de bon vouloir; car de bonnes gens vient bon conseil; puis il doit choisir les autres officiers et .sergents de la cour, honnêtes gens et loyaux, pour l'aider à porter le poids <le .son office et faire les honneurs de .sa maison ; car c'est à lui de prendre les dispositions nécessaires pour les uns et les autres, .\vanl de monter à l'hôtel de la commune et d'être in.stallé dans sa seigneurie, il doit consulter souvent des gens sages de la cité, et, si la citi: a quelques discordes au dedans ou au dehors, faire tous ses efforts pour ramem-r la paix. S'il ne pei.t y réussir et que les citoyens ne veuillent pas qu'il s'en môle, le .seigneur doit bien se garder de rien dire , ou d'épouser ni la haine ni la discorde des partis....

Quand les ambassadeurs des pays étrangers viennent à lui pour quelque affaire concernant .'une et l'autre ville, le seigneur doit les recevoir honorablement et les acci.eillir avec joie. Avant de leur donner audience en conseil, il doit faire en sorte de savoir pourquoi ils sont venus, s'il le peut; car ils pourraient venir pour quelque cbose de nature à ne pas être traité en conseil. Il pourrait suffire de réunir le petit conseil seulement , peut-être aussi faudrait-il convoquer le grand, ou toute la commune de la cité. Mais, si ce sont des envoyés de messire le pape ou de messire l'empereur de Rome ou Constantinople, ou d'autres grands seigneurs, il ne doit nullement leur refuser le conseil, il doit même aller au-devant d'eux , les accompagner et les honorer de tout son pouvoir. Quand ils ont parlé à l'assemblée, le seigneur doit répondre, et dire qu'ils sont maîtres de s'en aller ou de rester, et que les hommes .sages de la cité décideront ce qu'il convient de faire. Dès que les ambassadeurs ont quitté l'assemblée, il doit demander aux. conseillers leur opinion sur ce qu'il est convenable de faire et de repondre

Le podestat doit veiller, sur toutes choses, à ce que la cité qu'il a à gouverner soit en bon état, sans brigues et sans méfaits. Or il ne peut y réussir qu'autant qu'il a mis hors du pays les malfaiteurs, les larrons et les fau.ssaires ; car la loi recommande bien que le seigneur ait à purger le pays des méchantes gens. Il a en conséquence autorité sur les étrangers et sur les citoyens qui commettent des délits dans sa juridiction. Bien entendu qu'il ne condamnera point à des pcine.s ceux qui ne sont point coupables ; car c'est chose plus sainte d'absoudre un pécheur que de condamner un juste, et c'est chose cruelle que de perdre sa réputation d'innocence par haine d'un méchant.

Le seigneur et ses ofûciers doivent poursuivre les méfaits , selon le mode du pays et les règles de justice, de la manière suivante : D'abord l'v-ccusateur doit jurer sur le livre de dire la vérité dans l'accusation comme dans la défense , et déclarer qu'il n'amène aucun faux témoin à son escient. Alors il doit donner son accusation par écrit. Le notaire la transcrit toute mot à mot, comme il la présente. On s'enquerra de lui avec soin de tout ce que lui-même, les juges ou le seigneur croiront important à la manifestation du fait ou de ia chose ; puis on verra appeler celui qui est accusé du méfait. S'il vient , on le fera jurer et donner caution à la cour des malfaiteurs , on mettra par écrit son aveu ou sa dénégation, telle qu'il la fera. Puis, si le malfaiteur est incertain et le crime trop grand, le seigneur ou le juge doit lixer un jour pour la preuve et pour l'audition des témoins qui viendront, contraindre ceux qui ne se pré- .senteront pas , examiner toute chose bien et sagement , et mettre les dires par écrit. Quand les témoignages ont été reçus, le juge et le notaire doivent mander les parties devant eux. S'ils viennent, on doit ouvrir les dépositions des témoins et les donner à chacun d'eux , alin qu'ils puissent se conseiller et exposer leurs raisons. Or il advient parfois dans les grands crimes qu'on ne .saurait les prouver entièrement ; mais on trouve bien contre celui qui est accusé quelque indice et forts motifs de soupçon -. dans ce cas, on peut l'appliquer à la corde pour lui laire confesser son forfait ; autrement, non. Or je dis qu'à la corde le juge ne doit pas demander si Jean a commis le méfait, mais en générai qui en est l'auteur

Quand vient le temps où l'on veut élire le nouveau gouverneur pour l'année suivante , le seigneur doit réunir le conseil de la cité , et lui faire désigner, selon la loi de la cité , les sages hommes appelés à corriger les constitutions de la commune. Lorsqu'il les a désignées et qu'ils ont choisi leurs sages, ceux-

ci doivent se tenir dans un lieu séparé jusqu'à ce ^^M'ils aient fait ce qui appartient à leur office. Aussitôt que le livre est établi et complet, il doit (Mre clos et scellé jusqu'à l'arrivée du nouveau seij^neur, et rester eu garde. Quand ces choses sont accomplies dilif^emmenl et mises en ordre, on doit élire le nouveau seigneur selon les règles indiquées au couuiiencement de ce livre. Mais, si les citoyens veulent le même podestat pour l'année suivante, je le loue de ne pas accepter; car la seconde seigneurie peut difficilement avoir bonne fin.

Ensuite il doit réunir les juges, les notaires et ses autres officiers , pour les prier et leur enjoindre d'expidier, selon la droite justice, tous les procès et toutes les contestations pendantes devant eux , et de ne laisser aucune prise à la critique. Il se consultera avec eux , et réfléchira en lui-même s'il a fait plus ou moins que le droit ne le lui prescrivait. Et s'il a laissé quelque chose à faire de ce qui est contenu an livre et aux chapitres de la cité, il y pourvoira incontinent, de manière à faire cesser tout abus, et à ramener les choses à bien autant qu'il sera possible, soit par lui-même, .soit avec l'assistance des conseils. Car le gouverneur prévoyant prend ses précautions à l'avance avec l'aide ou le conseil de ceux qui corrigent les statuts, et se fait absoudre de toutes les choses advenues au camerlingue de la comumne et pour tous les chapitres qui sont demeurés inobservés. Il doit en outre penser à se faire assigner par le conseil de la cité le logis où il demeurera, après avoir terminé ses fonctions, ()endant le terme établi pour rendre compte de sa gestion ; et il ne faut pas qu'il oublie, huit ou dix jours avant, de faire publier jilusieurs fois que ceux qui ont à recevoir de lui ou des siens peu ou beaucouj) sont invités à \enir se faire payer, et de faire en sorte qu'ils soient bien payés. Il doit aussi conserver copie de toutes les décisions du conseil qui se rapportent à lui et à son serment, de manière à pouvoir s'en aider si on l'attaquait.

Lorsque le dernier jour de son office est venu, il doit réunir les gens de la cité , et prononcer devant eux de grandes et gracieuses paroles pour se concilier l'amour des citoyens ; en rappelant ce qu'il a fait de bien , ce que la commune a eu à gagner de son temps en honneur, et en profit avec des remercîments pour l'honneur et la bienveillance dont ils ont donné des preuves à lui et aux siens, et des protestations d'être à tout jamais dévoué à leur intérêt et gloire. Il peut dire, afin de mieux gagner les cœiu's, que si , durant la prestation de son serment, quelqu'un a failli par négligence, ignorance ou autre motif, pourvu qu'il ne s'agit ni de faux, ni de brigandages ou autres méfails, ni de condaninéi de la ville , il leur pardonne volontiers ; mais que toutefois sa seigneurie finit à minuit, l'ayant commencée à la même heure lors de son entrée en fonctions. Après ce discours, le même jour, ou celui d'après, selon l'usage du pays , il doit rendre au nouveau seigneur et au camerlingue (trésorier) tous les livres et toutes les choses reçues de la coumiunc ; puis il s'en ira en son logis , où il résidera aussi longtemps qu'il aura à rester pour la reddition de ses comptes.

Quand le podesdat est sur le point d'être soumis à l'enquête et de. rendre compte de la manière dont il a rempli son office et accompli tous ses actes, si quelqu'un élevait plainte contre lui , il devrait se faire remettre copie de la réclamation, prendre l'avis de ses conseils, et répondre .selon qu'ils lui suggéreraient. Quoi qu'il en soit , il doit demeurer dans la cité jusqu'au jour qui a été fixé lorsqu'il [iiit la seigneurie. Alors, s'il plaît à Dieu, il sera absous honorablement, et, prenant congé de la comumne et du conseil de la cité, il s'en ira avec gloù-e, avec honneur et bonne chance.

JUGEMENT DANS UNE AFFAIRE CIVILE. — Page 18.

Die martis que est quartodecimo kalend. janiiarii. In consiilatu Mediolani, breve de sententia quam dédit Giiardus jiidex qui dicilur Cagapistiis , consul Mediolani, in concordia Antiati Mainerii, Ottoni^; de la Sala, Ardeiici qui dicitur Osa, Aurici Palliarii, Ambroisi Zavatarii, Oberti de Orto, atqne Robasachi similiter consnlum sotioruin ejus, de discordia que erat iuter domiuiim Guidonem, venerabileui arcbiptesbiteruin ecclesie et canonice Sancii Joannis, site in loco Modœlia. Et ex altera parle Ariialdiim filiinn quondam Peiri Cerrudi , et Marlieseia (ilium Martird de loco Centeniari , et Guitarduni qui dicilur Teriiioli. Qui prefatus Arnahius tempore sententie non aderat. Sed et quidam filius ejus nomine Ubertinus erat pro eo. Lis enim talis erat.

Dicebat ipsearchipresbiter qnod ipsi Arnaldus et Marlicse erant dislriclahiles ejusdem ecclesie Sancii Jobannis. Et per eum se disiringere debebant , quia dicebat unisersale districtuin ipsius loci eidem ecclesie pertiiiere, et dicebat ipsum locum Centemari esse de curie de Biolciago , cujus loci Bioiciagi dislrictum ejusdem ecclesie, fore adversa pars non dlflitebatur. Secus dicebant ipsi Arnaldus et Marbese quod per ipsum arcbipresbiterum se distringere non debebant, qui sedimina in quibus babilant ipsi non sunt de ipsa Curie de Biolciago. lien» ipse Marbese liicebat et falebalur se districlabilem fore non ejusdem ecclesie sed jam dicti Guitardi , qui ipse Guitardus e\ sua parte affirmal)at quia dicebat eundem Marlieseui esse castellaiium de Caslro Triuoli. Ad que probanda ipse arcbipresbiter preplnrimos protulit testes el iinperatorum privilegia et alia instrumenta ad suain lundandam intentioneni s[)eclantia, Inter quos superius dictos testes fuerunt Petrus qui dicitur Felluus, et Ardericus qui dicitur ser Olrici, qui dixeruiit se inlerfuisse iii loco Centemari in curie Nicole, ubi viderunt quod predictus arcbipresbiter quesivit guadiam omnibus hominibus ipsius loci de Vigano ipsius loci quod devaslaveranl , et omnes vicini dederunt ei guadiam de stare in ejus preceplo, excepti Arnalilo Cerrudo et Marbesello filio Martini, qui pi;tieruiit spatium quindecim <iierum de conciliando et annum unum et plures de mense uno. Altera quidam par.s similiter testes induxit qui ab ipsis consulibus non fueriuit admissi.

His et aliis bine inde visis et auditis laudavil ipse Girardus si ipsi duo

testes juramenlo testilicati sint, et insuper ipse arcbipresbiter per suum advocatum juraverit quod ipsi Arnaldus et Marbese jure et usu deberent se distringere per ipsam ecclesiam Sancii Joannis, el quod predictus Marbese non deberet se distringere per istum Guitardum , exceplo intus Castrum de Triouli , si ipse Marbese ipsum incastellaverit, ut ipsi Arnaldus et Marbese babitando in ipso loco Cantemari, aut in ejus continio per ipsam ecclesiam Sancii Jobannis de celerò se dislringant, et dixit quod ipse Marbese de celerò non dislringatur per ipsum Guitardum in ipso Castro de Triouli si ipsum incastellaverit. Ibiquc >talim Ugo eleclus advocalus ab ipso arcbipre.sbilero, juravit ut supra : propterea vero die veneiis proximo sequenti, (Oiam consulibus et aliis nobilibus viiibus prelati duo lestes juraverunt ut supra Et sic liuita est causa. Anno Dominice lucarnationi^ millesimo centesimo quinquagesimo, ipso die indiclionc quartadecima.

Interfiierunt Otto de Rode. Lanlrancu-; de Curie, Aiiprandiis Confanontlius. Anselinus et Joliannis et Benzo qui dicuntui Crosselli, Amizo ser Carbonis, Musso de Cancoiezzo, Ugo de IJrivio, Crollo de Modu-tia. De servito-

ribus, Anselmus de Incino, Bonibellus Anibrossius gare Petrus deLiscate.

Gaidonus, et alii plures.

Ego Girardus causidicus liane sententiam protuli et subscripsi.

Ego Ubertus judex , ac missus domni tertii Lolbarii imperatoris , subscripsi.

Ego Robasaccus judex interini et subscripsi.

Ego Dominicus judex, ac missus domni regis, interfui et hanc sententiam scripsi.

(Ap. Frisi, Meni, storiche di Monza, U, 60.)

INNOCENT III

Il est des noms qui représentent un ensemble d'idées, un système d'histoire, de pbilosophie , de morale. Demandez à quelqu'un ce qu'il pense de Bossuet , de Hobbes, de Lamennais , de Grégoire VII , de Tamburini , de Napoléon , de

Monti S'il vous donne une réponse précise et rédécliie, vous connaîtrez ce

qu'il pense en matière de littérature , de politique et d'économie sociale. Si quelques écrivains épbémères pouvaient aussi, aux questions qui leur sont adressées, faire des réponses précises et réfléchies, une seule suffirait pour faire connaître leur manière de penser et de sentir. Mais quoi ! ils nient aujourd'hui ce qu'ils affirmaient hier, et ne sont constants que dans leur inconstance.

Pour nous , qui ne voulons dire que des choses graves , nous estimons qu'Innocent III, un des plus illustres représentants de l'unité catholique, est un des noms les plus caractér isques de l'histoire. A ce titre , il devait trouver dans les ennemis et les partisans de la papauté ou des colères très-vives ou des éloges passionnés. Il nous a donc paru convenable de réunir les divers jugements portés sur lui; leur résumé fera connaître les opinions des divers historiens sur l'ordre social et religieux du moyen âge.

Le premier qui a flftri la mémoire d'Innocent est Matthieu Paris, son contemporain et animé contre lui d'une haine ardente; c'est à cet écrivain que les nombreux adversaires du pape ont emprunté leurs anecdotes et leurs réflexions.

Bossuet , qui cherchait à mettre les doctrines gallicanes d'accord avec l'absolutisme de Louis XÏV, devait être hostile à un pape qui se trouva mêlé h toutes les révolutions de .son temps. Dans in Défense delà déclaration, il reproche à Innocent la déposition de l'empereur Otlion et de Jean sans Terre; il l'accuse d'avoir été l'auteur des guerres qui suivirent la première , et pour la seconde d'avoir attiré le mépris sur le saint-sié^e.

Fleui7, confident de Bossuet et toujours hostile à la papauté, se montre, dans son Histoire ecclésiastique , l'ennemi particulier de Grégroire VII et d'Innocent ÏII; il ne laisse échapper aucune occasion de blâmer le derniei. Selon lui, Innocent préférait son intérêt particulier à celui du saint-siége; il

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avait déployé trop de rigueur contre les liérétiques , autorisé les translations des évêqnes contre la défense des anciens canons ; il ne s'(-tait mêlé aux affaires d'Allemagne que pour rester fidèle au système d'usurpation Ibrmulé par Grégoire VII; il avait donné à la constitution de l'Église une interprétalion qui enlevait à l'empereur le droit de confirmer l'élection des pontifes ; il s'était posé comme l'arbitre de la paix entre les princes et les rois.

Il n'est pas besoin de nommer Voltaire lorsqu'il s'agit de caloinnier les papes; cependant sa conclusion mérite d'être citée :

« L'élection d'un pape fut longtemps accompagnée de la guerre civile. Les erreurs des successeurs de Néron jusqu'à Vespasien n'ensanglantèrent l'Italie que pendant quatre ans ; la rage de la papauté ensanglanta l'Europe deux siècles. » ( Essais sur les mœurs. )

Hume, dans son Histoire cf Angleterre, emploie tout son esprit léger et railleur pour reprocher à Innocent le despotisme, l'usurpation sur la puissance temporelle et le clergé; la /renésie populaire des croisades était une spéculation, les excommunications un moyen de vengeance ; la barbarie la plus atroce décima les Albigeois, sectaires infortunés, les plus innocents et les plus pacifiques des hommes.

Gibbon termine le portrait d'Innocent III par ces paroles :

« Innocent peut se vanter des deux triomphes les plus signalés qu'on ait jamais remportés sur le bon sens et l'humanité : l'établissement du dogme de la transsubstantiation et les premiers fondements de l'inquisition. »

Hallam, dans son Histoire du moyen âge :

n Le pontificat d'Innocent III est l'époque où l'esprit d'usurpation des papes se manifesta avec le plus d'audace. Rome visait surtout à trois choses : souveraineté indépeuiiante , suprématje de i'Église chrétienne et soumission des princes de la terre. Ce pontife réussît dans ce triple dessein. »

En parlant des reproches adressés au roi d'Aragon pour l'altération des monnaies :

« Je ne doute pas de sa sincérité dans cette occasion et dans d'autres où il se mêla des affaires civiles. Un génie supérieur comme Innocent III , quelque disposé qu'il soit a tout sacrifier à son ambition , ne peut rester indiffèrent u la beauté de l'orde social et à la prospérité du genre humain. Une profonde connaissance du droit ecclésiastique, son attention concentrée sur tous les événements du monde et un zèle inlatigable soutenaient cet intrépide ambitieux. » {On views of Europe in middle âge.)

Daunou, dans V Essai historique sur la puissance temporelle des papes, ■ a recueilli toutes les accusations du passé contre les usurpations des pontifes; il maltraite surtout Innocent III :

« Parmi les trois cents papes ou antipapes que l'histoire a conservés , Je n'en connais aucun qui soit plus imposant qu'Innocent III. Son pontificat est le plus digne de l'attention et des études des monarques européens; son rè- ;i;ne est la plus splendide époque de la puissance papale. »

NOTBS ADDITIONNELLES. 043

Dans un opjiscule intitulé : Origine , progrès et limites de la puissance des papes, nu Véclaircissement sur les quatre articles du clergé de France et sur la liberté de l'Église gallicane (Paris, 18?.l), nous lisons :

« Le pontificat d'Innocent III mérite d'Atre étudié par les princes et les hommes d'État, pour apprendre combien il est dangereux d'unir le pouvoir civil aux fonctions religieuses , et combien les chel's de la relii;ion , qui sont hommes, sont tentés d'étendre ces pouvoirs et de les dénaturer, pour peu que les circonstances favorisent leur ambition. »

Le bonhomme ne se doute pas que les chefs des États sont aussi des hommes , et que le danger peut se rencontrer dans la réimion des pouvoirs en sens contraire.

Il est inutile de dire ce qu'Innocent est aux yeux de Sismondi , trop fatalement prévenu contre tout ce qui regarde l'Église et la papauté : de là, ses vues étroites sur une matière qu'il a travaillée avec tant de patience.

Le sec Millot a dit :

« Innocent III , un des génies les plus sublimes et les plus fins qui jamais soient montés sur le trône pontifical. S'il accepta la tutelle de Ferdinand ce ce fui plutôt avec le désir de l'opprimer qu'avec l'intention de le protéger; il ne tarda point à manifester sa haine contre la maison de Souahe, haine d'autant plus vive qu'il la tenait pour ennemie du saint-siége. »

Capefigue, dans V Histoire de Philippe-Auguste, reproche aux papes (Vavoir tout bouleversé dans les limites des dogmes catholiques : il accuse Innocent III d'avoir été ambitieux , colère , furibond et violent ; il lui fait surtout im crime de la croisade contre les Albigeois; cependant il reconnaît la grandeur de son pontificat ;

« C'est le seul pape contemporain de Philippe-Auguste qui ait déployé cette active et vaste capacité qui embrasse l'univers catholique; il n'est pas de démêlés domestiques relatifs aux têtes couronnées, aux barons, aux châtelains, pas de démêlés privés ou publics entre les rois , pas de querelles entre les barons, les abbayes et les monastères sur lesquels il n'ait porté sa vigilance. Sa vaste correspondance est un des plus insignes monuments du moyen âge. Ses légats et ses cardinaux parcouraient les empires et les provinces, dictant des lois, lançant des interdits, semant les anathèmes ; toutes les têtes se courbaient devant les foudres apostoliques. Personne ne peut se faire une idée de cette autorité qui lève des armées avec une bulle et des indulgences, dirige la jiolitique des États, se mêle des affaires des gouvernements de France etd'Allemagne, et tout cela avec le seul ascendant de fopinion. »

LIorente se montre furibond contre le saint-siége :

« On ne croirait jamais, dit-il, que les souverains temporels aient toléré les excès d'Innocent III en fait de juridiction si l'histoire , les bulles et leurs effets permanents ne lattestaieut pas. Il est difficile d'exposer en peu de mots les attentats de ce pape orgueilleux , avare, faux, perfide, amhitieuN , et qui abusait constamment des textes de l Écriture. Qu'il sutfise.de savoir qua force d'excommunications, d'interdits , de dépositions et de dispenses de .serments,

il entretint, pendant les dix ans de son pontificat, la guerre dans le monde entier. »

Michelet le juge avec ce nnélange de vrai et de faux qui est le caractère de son école , et surtout de lui-même. Il reconnaît son influence sur son siècle, l'accord de ses opinions avec celles de son temps, l'enthousiasme suscité par la croisade contre les Albigeois, guerre de race, plus populaire que celle d'Espagne contre les Maures ; la férocité de ces hérétiques , le soin que prenait Innocent d'adoucir les rigueurs exercées contre eux ; la protection dont il couvrit le comte de Toulouse et son fds : cependant il l'accuse d'ambition, de despotisme et de cruauté.

Micbaud lui-même, quoiqu'il dût sympathiser avec celui qui pendant dixhuit ans dirigea les forces de la chrétienté vers la délivrance de la terre sainte, n'est pas à l'abri de toute prévention contre les excès et la violence d'Innocent. ( Histoire des croisades.)

Jean de Mûller le dépeint ainsi :

« Très-instruit dans les sciences de son temps , ce prélat parlait avec élégance le latin etTitalien ; à une grande fermeté de cœur il joignait la douceur et l'aménité ; économe et simple dans ses habitudes, il poussait la magniticence jusqu'à la prodigalité; dans sa tutelle du jeune Frédéric, il se conduisit comme prince magnanime et loyal chevalier. » {Histoire universelle.}

Giannone , auteur d'une Histoire de Naples, malgré ses tendances décidées vers le pouvoir absolu, affirme qu'Innocent est un des papes qui se sont le plus opposés aux abus de la monarchie.

Muratori , téméraire dans ses jugements et très-peu soumis à Rome, dit, en parlant de la mort d'Innocent :

«L'Église perdit en lui un des plus habiles et des plus illustres pontifes qui aient occupé la chaire de saint Pierre ; grand jurisconsidte, grand politique, qui joignait à la profonde expérience qu'il avait déployée dans le gouvernement spirituel l'ambition d'agrandir le domaine temporel de l'Église sans négliger l'élévation de sa propre famille. »

En France , le P. Daniel ( auquel le sévère Augustin Thierry donne les qualifications d'instruit , exact , prudent el verace) se laisse entraîner par les passions gallicanes et jansénistes.

Le Prussien Schœll , <lans son Cours d'histoire des États européens, écrit :

•< Après Célestin , le siège pontifical fut occupé par un des plus grands papes. Innocent III avait à peine trente-sept ans ; mais .son érudition lui avait acquis une grande réputation ; bientôt il fit admirer la fermeté, la prudence et l'habileté avec lesquelles il sut diriger les événements au profit du pouvoir ecclésiastique. Il eut les principes de Grégoire VII, dont il réalisa les

projels avec un courage et une constance remarquables Persuadé que

l'impartiale administratiou de la justice est la sauvegarde des États , il ne la confia qu'à des personnes éclairées et d'une probité reconnue. L'attention qu'il apportait dans l'examen des affaires, la sagacité avec laquelle il résolvait les |)lus

NOTES ADDITIONNELLES. 64u

difficiles et l'équité do ses jugements le firent respecter comme le restaurateur de l'ordre public. >•

Raumer, dans VHistoire des Hohenstaufen , avait déjà dit d'Innocent 111 que , s'il n'était pas le plus grand des papes , du moins il ne le cédait à aucun.

Lingard, en Angleterre , a réparé les erreurs et les calomnies de ses compatriotes.

Dans la Vie de sainte Elisabeth , Montalerabert en parle longuement :

« Gracieux et bienveillant dans les manières , doué d'une rare beauté de corps, fidèle et tendre dans ses amitiés , généreux outre mesure dans les aumônes et les fondations , orateur éloquent et facile, écrivain ascétique et docle, poète aussi, comme le témoignent la belle prose du Veni Sancte Spiriritus et la sublime élégie du Stabat Mater qu'il a composées ; grand et profond jurisconsulte, comme il convenait au juge suprême de toute la chrétienté; protecteur zélé des sciences et des études religieuses, etc. »

La Porte du Theil, qui écrivait pourtant l'an IX de la république (1801 ), s'exprime ainsi :

« Le nom d'Innocent III rappellera toujours le souvenir d'un des personnages qui ont joué le plus beau rôle sur la scène du monde ; l'impartiale philosophie aura de la peine à définir exactement les mérites et les défauts de ce pontife. Je dis défauts , quoique je n'ignore pas combien ce mot semblera doux à ceux qui ont lu des histoires et des polémiques dans lesquelles on

l'accuse de vices réels Mais celui qui étudie avec réflexion l'histoire de

son pontificat ne sait point quelle conliance un lecteur impartial doit accorder à des imputations dont la plus grande partie, examinées de près, paraissent dictées ou du moins exagérées par l'esprit de parti. »

Après un long tableau de ses actes , il termine :

« Si vous ajoutez à cette faible esquisse son habileté dans les sciences de son temps, son érudition dans les belles-lettres, sa pénétration dans les affaires de jurisprudence, son habituelle intégrité dans les jugements, ses décisions sur le droit ecclésiastique , dont l'autorité s'est maintenue jusqu'à nos jours, son application infatigable au\ soins du gouvernement , son aptitude au travail, la pureté de ses mœurs, enfin cet ensemble de qualités remarquables que les plus ardents de ses détracteurs n'ont pas pu lui contester, ne sera-t-il pas démontré qu'il mérita plus d'éloges que de blâme ? »

Frédéric Hurter, protestant et président du consistoire de Schaffhouse, pense qu'un homme qui a été si longtemps le centre et le moteur de tous les événements, même les moins importants, mérite une étude sévère.

Il passe en revue tous les faits relatifs à ce pape , et les apprécie avec une haute impartialité; il reconnaît la pénétration de son esprit, ses connaissances, son infatigable activité , sa dignité morale , son humilité dans tous ses actes personnels et la grandeur avec laquelle il sut remplir des fonctions divines.

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