CHAPITRE XX
KTAT PONTIFICAL.
On avait agité , dans le concile de Dâle , la question de savoir si l'Église ne recouvrerait pas une plus grande pureté en se dégageant des intrigues d'une domination terrestre ; mais un des orateurs fit entendre ces paroles : // fut un temps où je pensais qu'il serait très-utile de séparer le pouvoir temporel de C autorité spirituelle; mais je suis convaincu désormais que la vertu sans force est ridicule, et que, sans le patrimoine de l'Eglise, le pontife romain ne serait qu'un serviteur des rois et des princes (1).
En effet le servage d'Avignon avait démontré aux papes et aux princes combien il importait d'assurer au saint-siége une existence indépendante, afin qu'il ne devînt pas un instrument passif des caprices des rois. On s'occupa donc de consolider sa puissance politique lorsque l'autorité spirituelle déclinait chaque jour. Martin V, de la famille des Colonna, qui put faire cesser le schisme, avait trouvé le patrimoine de l'Église entièrement bouleversé; mais il y rétablit l'ordre avec dignité. Il obtint de Jeanne 11 la restitution
(l)SCHROECk, t. XXXII, p. 90.
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de Home, que Ladislas avait occupée ; à Braccio de Montone il enlevaPerouse (\), et reprit les autres places tombées dans les mains des tyrans. Le cadinal Albergati , aussi pur dans ses mœurs qu'il était tin diplomate , sut rendre au saint siège son importance politique dans les affaires d'Italie; par d'habiles négociations, plus fructueuses que la guerre , il parvint à déterminer plusieurs traités de paix.
Plusieurs maisons seigneuriales s'étaient établies sur le patrimoine de saint Pierre : celle des Polenta avait occupé Ravenne jusqu'à Tannée 1348 , date à laquelle les Vénitiens s'en emparèrent pour la garder un demi-siècle; Faenza et Imola obéissaient aux Maafredi ; les Ordelaffi de Forli et les Yarani de Camerino y dominaient pour leur propre compte, bien qu'ils fussent considérés comme vicaires du pape. Les Malatesta, capitaines renommés, s'étaient constitué une belle principauté à Kiminien soumettant Fano, Pesaro, Camerino , Saint-Set crin , Macerala, Montesanto, Cingoli, Iesi , Fermo , Gubbio ; mais ils perdirent toutes leurs possessions sous Martin V, à l'exception de Rimini , de Fano et de Césène. Odone-Antoine de Montefeltro obtint d'Eugène IV , en 1442, le titre de duc d'Urbin. Ce pape, qui vit le pays déchiré entre les Sforzeschi et Us Bracceschi et le siège mis par eux devant Rome, d'où il fut forcé de fuir, se décida, pour se faire des appuis, à concéder des domaines et des titres; mais Piccinino, après avoir vaincu Fortebraccio , rendit à saint Pierre son ancien patrimoine.
Nicolas V (Thomas Parentucelli de Sarzane) fut un des papes 1**7. les plus dignes; vu la différence des temps, il contribua plus que Léon X , par une protection éclairée, aux progrès des lettres, des arts et des sciences. Il restaura le Panthéon d'Agrippa et fonda la hibliothèque du Vatican , où il rassembla cinq mille volumes. Tout ce qu'il y avait d'hommes instruits fut accueilli près de lui. Ses lettres étaient écrites par Poggio de Florence , Georges de Trebizonde , Flavio Biondo , Léonard d'Arezzo , Giannotto Manetti, François Philelphe, et c'était à qui lui dédierait des ouvrages. On en traduisit alors beaucoup du grec, notamment V Iliade, la Cyropédie, Hérodote, Appien d'Alexandrie, Aristote, Ptolé-
(I) '« En 1424 fut tué Braccio «Je Montone... Il y eut à cette occasion grande féle et allégresse dans Rome, où il se fit des feux de joie et des danse*. Tout Romain s'en alla à cheval, la torcho en main, accompagner messire Jordano Colonna, frère «lu pape Martin, vu que l'ennemi du pape était mort. Or, une (ois que ses ennemis eurent péri, le pape Martin se trouva sans aucun autre empêchement, il maintint en son temps la paix et l'abondance, et le blé vint à quarante «>u« la mesure {rubbio^. » Inh-ssiua.
mée, Platon , Théophraste et plusieurs saints Pères. Nicolas V se montra très-libéral envers Poggio pour sa version de Diodore; Laurent Valla reçut de lui cinq cents écus d'or pour celle de Thucydide , et il promit à Philelphe t pour l'engager à traduire Homère, une belle maison à Rome, une métairie et dix mille écus. II en donna quinze cents à Guarino pour Strabon , cinq cents à Perotti pour Polybe , et Manetti en recevait une pension de six cents pour s'occuper d'ouvrages sacrés; il fit en outre commencer une version de la Bible sur le texte hébreu (t). Ajoutez à cela les édifices qu'il releva ou entreprit de toutes parts : des palais remarquables à Orvieto et à Spolète ; des bains pour les malades à Viterbe, sans compter la construction des murs de Rome et les églises qui , tombées en ruine pendant leur long veuvage, furent réparées par ses soins. Il se proposait aussi de réédifier Saint- Pierre, comme symbole du rétablissement de l'Église spirituelle.
Il ne s'occupait pas avec autant de soin du bonheur de ses sujets , ou plutôt il voulait les gouverner avec ce despotisme auquel inclinent facilement ceux qui se sentent supérieurs aux autres, et qui sont entraînés par la passion de faire le bien. Une nouvelle tentative pour ressusciter la république romaine fut faite parÉtienne Porcari , noble romain , qui s'indignait de voir le gouvernement entre les mains des prêtres, la plupart étrangers, et qui tous étaient, par leur éducation , impropres aux affaires ; s'animant à ces vers de Pétrarque, « Noble esprit..., i> et se persuadant qu'il était ce chevalier de qui «Rome, les yeux humides, implorait nu. « merci de toutes ses sept collines (2) , » il disposa ses trames pour s'en rendre maître de vive force. Il enrôla des aventuriers et des bannis; puis il se glissa secrètement dans la ville avec le dessein d'occuper le Gapitole, de prendre le château Saint-Ange et d'arrêter le pape et les cardinaux.
8 Janvier. Mais déjà un espion avait tout révélé au sénateur, qui fit arrêter à un souper tous les conjurés. Porcari fut pendu, avec neuf de ses complices , aux créneaux du château ; le pontife , à qui l'on avait représenté cette échauffourée comme une trame d'assassi-
(1) Les pond/es de Home répandirent ces ténèbres en déclarant la guerre à toute espèce d'érudition païenne. S'il se fit de temps en temps quelques efforts pour dissiper cette obscurité, ils furent étouffés par les supplices. Raynal, XIX.
(2) Spirto gentil
Roma
Con gli occhi di dolor baçnali e molli, Ti chier mercèda tutti sette i colli.
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nat, resta en proie aux soupçons, poursuivit les fugitifs, et usa de rigueur envers tous ceux qui furent pris. Le reste de sa vie se passa au milieu des terreurs et des supplices. Peu de moments avant sa tin , il disait à deux moines qui se trouvaient auprès de lui : Jamais il n'entre ici personne qui me fasse entendre la vérité. Je suis tellement confondu par les fictions de ceux qui m'environnent que, si je ne redoutais le scandale , j'abdiquerais la papauté pour redevenir Thomas de Sarzane.
Lors de l'élection de Calixte III (Alphonse Borgia), que nous ointe m. avons vu plein de zèle contre les Turcs, les factions des Colonna et des Orsini se ranimèrent; l'irritation devint plus grande encore quand le pontife, au mépris de toutes les convenances, gratifia ses neveux des fiefs de l'Église , et nomma Pierre duc de Spolète, avec le projet, si son existence se fût prolongée, de le placer sur le trône de Naples, alors vacant. Ces abus déterminèrent le conclave suivant à établir que le pape ne pourrait , sans l'assentiment des cardinaux , transférer le saint-siége hors de Rome, conférer le chapeau de cardinal ou des évêchés, faire la paix ou la guerre, aliéner les terres ecclésiastiques.
Cet yEnéas Sylvius Piccolomini, que l'on a vu jouer le principal pie u. rôledans les discussionsdu temps, l'un deshommes les plus instruits dans les lettres et le droit canonique , à la fois poêle et historien , succéda à Calixte sous le nom de Pie II. Sa jeunesse s'était passée au milieu des troubles de Sienne, et il avait assisté au concile de Bâle, comme attaché au cardinal Dominique de Capranica. Il changea plusieurs fois de maître , fut souvent ambassadeur, et devint secrétaire d'abord de Félix V, ensuite de l'empereur Frédéric. U écrivit l'histoire de Bohême , l'état de l'Europe sous Frédéric III, un tableau de l'Allemagne et du concile de Bàle , où il s'était trouvé dans l'opposition, ouvrages d'autant plus intéressants qu'ils émanent d'un témoin oculaire et d'un grand personnage. Il faut y joindre un recueil de lettres d'amitié et d'affaires (1). Sous
(1) v,iu7 .Encx Sylvii Ptcolomini Senensis... opéra qux exstanl omnia; Bàle, 1551.
Noos possédons une édition plus précieuse des lettres dVKnéas Sylvius, faite à Milan par raailre Uldéric Scinzenxeler, en 1496. On y trouve la Irop célèbre histoire de Lucrèce de Sienne, éprise d'un Allemand nommé Enryale, de la suite de l'empereur Sigisraond : aventure racontée à la manière de Boccace. Plusieurs autres lettres jettent une grande clarté sur l'époque. Ses œuvres capitales sont : De gestis concilit Basiliensis Comm. — De ortu et historia Bohemorum. — Europa,in qua sui temporis varias hislorias complectitur . 11 écrit bien, quoiqu'il multiplie trop les phrases et les hémistiches. Voici la préface du Concile de Bâle : - Je ne sais par quel malheur ou par quel drstin je ne puis me msT. umv. — t. mi. :Jo
le nom de Jean Gobellini , son secrétaire , il nous a raconté sa vie. continuée par Jacques des Amanati , et qui fut retracée par le Pinturicchio, dans la vieille bibliothèque de Sienne, d'après les cartons de Raphaël.
Pie II soutint avec énergie , comme pape , cette autorité qu'il avait combattue comme diplomate; comme on lui reprochait souvent ses anciennes opinions , il rendit la bulle Retractationum , dans laquelle , revenant sur plusieurs propositions qu'il avait lancées contre le pouvoir pontifical et surtout contre Eugène IV, il déclarait qu'il est dans la nature humaine de se tromper; qu'il les avait soutenues non par obstination , mais par erreur, et qu'il lui importait de les rétracter, afin qu'on n'attribuât pas à Pie les opinions d'^Enéas (1); il en prit occasion pour exposer une partie de sa vie.
Par suite des agitations précédentes , il n'était pas rare de voir ceux envers lesquels le pape sévissait en appeler au futur concile, et les rois élever la prétention de nommer les évéques dans leurs
détourner de l'histoire, ni employer plus utilement le temps. Souvent je me suis proposé de m'arracher à ces séductions des poètes |et des orateurs, pour suivre un autre exercice d'où j'eusse à tirer quelque chose qui me rendit la vieillesse moins pénible, afin de ne pas vivre au jour le jour, comme les oiseaux et les fleurs. Il ne manquait pas d'objets d'études qui auraient pu me procurer de l'argent et «les amis, si j'eusse voulu y concentrer mes forces. Ces pensées ne venaient pas seulement de mon esprit; j'avais autour de moi des amis qui me disaient sans cesse : /t//ons donc, JEnéas, que fais-tu ? La littérature f enchaînera-t-elle jusqu'à la fin? iï'as-tu pas honte, à ton âge, de n'avoir ni champs ni argent.3 ?ie sais tu pas qu'il faut être grand à vingt ans, prudent à trente, riche à quarante, et que, cette limite passée, c'est en vain qu'on st fatigue? Ils me conseillaient donc, aux approches de ma quarantième année, de chenher à m 'apurer quelque chose avant qu'elle arrivât. Souvent je me mis à U besogne et me promis de suivre leur conseil. Je jetai au loin les livres des orateurs; je jetai les histoires et toos les écrits de ce genre, comme ennemis de mon salut Mais, comme certains insectes ne savent fuir la flamme d'une bougie, et finissent par s'y brûler les ailes, de même je reviens à mon mal, où force m'est de périr, et, à ce que je vois, rien que la mort ne m'enlèvera à cette étude. Mais, puisque la destinée m'entraîne et que je ne puis faire ce que je veux, il me faut unir la volonté au pouvoir. On me reproche ma pauvreté ; mais pauvre et riche doivent vivre jusqu'à la mort. Si la pauvreté est un malheur pour les vieillards, elle l'est plus encore pour les ignorants. Avoir un corps sain et les facultés de l'esprit entières, cela est donné au pauvre non moins qu'au riche. Si j'obtiens cela, je ne demande rien de plus. Que Dieo m'accorde de jouir en bonne saute de ce que j'ai, et qu'il me fasse la grâce de fournir me* années de vieillesse avec ua esprit sain, non sans honneur ni sans lyre. Or, puisque c'est chose arrêtée ainsi, revenons à nos commentaires. *•
(l) U faisait la même distinction dans ce mot célèbre : Quand fêtais Mnêas, personne ne me connaissait ; maintenant que je suis Pie, chacun m'appelle son oncle.
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États; en conséquence , Pie II défendit ( parla bulle ExecraMis), dans le concile de Mantoue, sous peine d'excommunication, « d'appeler des décisions du pape au futur concile , tribunal qui n'existe pas. » Mais les sanctions qui avaient eu lieu à ce sujet pendant les orages passés lui devinrent une source de graves embarras. Au moment où, luttant de toute l'énergie de sa conviction contre Pindifférence d'un siècle égoïste , il préparait la croisade contre les Turcs, il expira à Ancône (4).
Pierre Barbo, Vénitien, élu pape après lui sous le nom de pmi». Paul II, était un bel homme, très-adroit à s'insinuer dans les bonnes grâces de chacun par de petits services et sa sympathie pour les souffrances d'autrui, ce qui l'avait fait surnommer ISotre-Dame de Pitié. Il visa continuellement à trois choses : l'agrandissement de ses neveux , en vue desquels il fit déclarer nulle la stipulation imposée par le conclave; la croisade contre les infidèles; l'abrogation de la pragmatique sanction de Bourges, où les prérogatives pontificales lui paraissaient entamées par le clergé gallican. Il échoua dans ses trois tentatives. Informé que les soixante abréviateurs (collège institué par Pie II pour rédiger les brefs en style châtié ) faisaient trafic de leurs fonctions, il les cassa, dans la pensée qu'il était digne de Rome de donner tout gratuitement. Ces soixante lettrés, furieux de la perte de leur emploi, le dénigrèrent à Penvi, et l'un d'eux, Barthélémy Sacchi, de Piadena (le Platina), lui manqua de respect à tel point qu'il fut condamné à l'emprisonnement. Impliqué ensuite dans une conspiration que l'on découvrit , il fut appliqué à la corde , supplice dont il se vengea par les violentes calomnies qu'il accumula sur le pontife dans ses Vies des Papes.
On accuse Paul II d'avoir persécuté les restaurateurs de la littérature classique; nous inclinons, quant à nous, à lui trouver des excuses , s'il fut effrayé en voyant le paganisme faire irruption non-seulement dans l'art, mais encore dans les doctrines et la vie ; les érudits rougir des noms de saints qu'ils avaient reçus au baptême, et changer ceux de Pierre en Piérius , de Jean en Jovien , de Marin en Glaucus; célébrer des fêtes à la manière antique , en sacrifiant un bouc, et, sous prétexte de remettre Platon en honneur, se jeter dans les doctrines les plus absurdes. On dira prut-ètre que c'étaient des choses frivoles , mais elles entraînent à de sérieuses conséquences. Il est certain que Paul II dépensa beaucoup pour exhumer des antiquités. Ami des arts, il se fit faire une tiare
(l) Voy. ci-rieHsiift.
so.
de la valeur de chiquante mille marcs ( 275.000 fr.); il réussit à former une ligue de tous les potentats d'Italie pour maintenir Findépendance de chacun. Les princes d'Esté , qui déjà avaient obtenu de l'empereur le duché deModène et de Reggio, reçurent du pontife le titre de ducs de Ferrare ; il fit asseoir parmi les cardinaux Borso d'Esté , auquel il donna la rose d'or. 11 n'était plus question de projets de réforme pour la curie romaine , et pendant qu'on rejetait bien loin l'idée d'assembler un concile , les communderies et les bénéfices , concédés ou promis , se multipliaient avec les autres abus de ce genre, lin. Sixte IV (François de la Rovère de Savone) , dont nous avons vu la politique incertaine et déloyale à Naples et à Florence , a laissé un plus mauvais renom que Paul II. « Le premier il montra ce que pouvait un pontife , et comment plusieurs choses traitées précédemment d'erreurs pouvaient se cacher sous l'autorité pontificale (1). » 11 tâcha d'armer la chrétienté contre les Turcs; mais il ne réussit qu'à leur enlever Smyrne et à les chasser d'Otrante. Les jeunes garçons dont il s'entourait firent médire de ses mœurs. Il déploya une extrême rigueur dans les guerres qui se rallumèrent entre les Colonna et les Orsini , et mit la ville à feu et à sang. Bénéfices, évêchés, principautés, dignités, emplois plurent sur les Riario et les la Rovère, ses neveux. Raphaël Sansoni , nommé cardinal à dix-sept ans, traînait après lui une suite de seize évêques ; l'inepte Pierre Riario, légat de toute l'Italie, avait une cour de plus de cinq cents personnes. Sixte IV fonda , pour Jérôme Riario , la seigneurie d'Imola , avec le projet de lui en ménager une plus grande dans la Romagne; les Médicis s'y opposèrent; pour se venger, il entra dans la conspiration des Pazzi, et punit Laurent, par des excommunications, de ne pas s'être laissé égorger.
m*. Sixte IV caressa Venise tant qu'il espéra s'en faire un instrument pour son népotisme ambitieux; puis, il l'abandonna pour s'unir au roi de Naples et au duc de Ferrare, qui faisaient la guerre aux Vénitiens, et jeta sur eux l'interdit. Venise, sans s'inquiéter 7 aoat. de la sentence , cita le pape au futur concile, et recouvra ensuite, à la paix de Bagnolo , ce qu'elle avait perdu , avec ses droits de navigation sur le Pô et la Polésine de Rov igo. « Ces procédés ama bilieux le firent plus estimer des princes d'Italie , et chacun «' chercha à s'en faire un ami (2). » Le fait est que ce népotisme
(1) Mauiiwm.
(2) Machiavel.
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effronté déshonorait l'Église. L'abus des censures Surfaisait perdre tout crédit, et Louis XI envoya intimer au pape, avec hauteur, l'ordre de retirer celles qu'il avait lancées contre Florence , et de convoquer un concile.
A peine Sixte IV, abreuvé d'amertume par l'insuccès de ses w tentatives, eut-il rendu le dernier soupir, qu'on démolit le palais de ses neveux ; les grains amassés par lui furent pillés , et les Colonna, qu'il avait persécutés, rentrèrent dans Rome, où ils se maintinrent les armes à la main. Les cardinaux s'efforcèrent de prévenir de nouveaux désordres en établissant encore une capitulation; mais au lieu de ces expédients, toujours éludés , ils auraient dû songer à faire un bon choix. De l'argent et des promesses le firent tomber sur Jean-Baptiste Cibo, qui prit le nom d'Inno- lm* cent VIII , et dont les pasquinades disaient : Cest avec raison qu'on l'appelle Père. Il embellit Rome et punit quelques falsificateurs de bulles; mais il se mit à la merci de son neveu Francisque Cibo , qui s'enrichissait en accordant, moyennant de fortes primes, l'impunité aux bandits dont Rome était devenue un repaire. Innocent créa , à sa suggestion , une grande quantité d'emplois qui furent vendus à des prix élevés ; les personnes qui les avaient achetés trafiquaient des grâces apostoliques pour s'en dédommager.
Venise, considérant le clergé comme soumis au gouvernement, avait toujours nommé aux bénéfices et aux dignités. Innocent, qui voulait s'attribuer l'élection des sièges de Padoue et d'Aquilée, leur dénia ce privilège, avec défense de prélever les dîmes qu'il avait imposées sur les fondations religieuses; il combattit, à l'aide d'une politique tortueuse, la perfidie de Ferdinand, roi de Naples, et négligea les affaires ecclésiastiques. Le désir de prolonger des jours que les anciens pontifes prodiguaient avec une sainte générosité le fit recourir à tous les moyens, jusqu'à faire passer dans ses veines le sang de trois jeunes enfants.
C'est ainsi que la dégradation des papes préparait le fléau qui déjà menaçait l'Église; mais nous voulons nous arrêter avant de parler d'un pontife encore plus diffamé.