STATISTIQUE
d'exercer les forces de sa volonté et de son intelligence, cause essentielle de bonheur. Quel est celui qui n'est pas saisi d'admiration lorsqu'il voit ces Florentins quitter leurs boutiques, où ils viennentde peser la laine etde mesurer le drap, pour aller dans le conseil expérimenter toutes les formes possibles de constitution; se donner à l'intérieur des magistrats insignes, au dehors des ambassadeurs pleins d'habileté ; recevoir des manuscrits avec des balles de marchandises; expédier des lettres au petit mercier et aux savants les plus renommés ; inscrire sur leur grand-livre, avec le doit et l'avoir, l'histoire de leur patrie et du inonde; introduire les écritures en partie double, les chiffres arabes et l'algèbre?
Les Italiens les premiers fondèrent la science de la richesse statistique, et de sa distribution ; les premiers ils mesurèrent la puissance de leur pays et les moyens de le faire prévaloir sur ses rivaux ; les premiers ils conçurent la pensée de considérer l'Europe entière comme un système unique, et de pondérer les forces de chacune de ses parties. «Quelques-uns des comptes rendus de leurs doges a ou podestats, dit Blanqui (1), pourraient aller de pair avec les a messages les mieux conçus des présidents américains. » Les Florentins exigeaient de leurs commis des rapports détaillés sur les pays où ils les envoyaient ; les Vénitiens recevaient continuellement de leurs agents diplomatiques des rapports qui peuvent encore nous servir pour apprécier la civilisation et la puissance des divers États. Selon Sanuto, le roi de France pouvait, en U54, mettre sur pied trois mille hommes à cheval et même envoyer au dehors une autre troupe de quinze cents : l'Angleterre et la Gastille pouvaient en lever le même nombre ; dix mille, le roi d'Écosse et celui de Norvège; six mille, celui de Portugal; huit mille, la duc de Savoie ; dix mille, Milan ; Venise de même, tous mercenaires; quatre mille, Florence; six mille, le pape ; soixante mille , l'empereur, et quatre-vingt mille, le roi de Hongrie. Le roi de France qui en 1414, tirait de ses États deux millions de ducats, se trouvait réduit à moitié, et celui d'Angleterre d'une somme égale à sept cent mille franqs. C'était le résultat de la guerre, qui avait également réduit les revenus de l'Espagne de trois millions à huit cent mille florins, ceux de la Bourgogne de trois millions à neuf cent mille, ceux de Milan d'un million à la moitié, ceux de Venise de onze cent mille à huit cent mille, et ceux de Florence de quatre cent mille à deux cent mille (2).
(1) Hist. de V économie politique, introd.
(2) Vie* des dues de Venise, p. 363. Voy. la note A, à la fin dn volume.
Lorsqu'il fut décidé, en 1464, qu'on armerait une flotte contre les Turcs, le duc de Modène offrit un vaisseau, Bologne et Lucques chacune deux, les cardinaux cinq, le pape plusieurs. Venise promit de donner la chiourme et les premiers comités; en outre, le pontife, comptant sur les aumônes de la chrétienté, se taxa pour les dépenses à cent mille florins, Venise à pareille somme, Naples à quatre-vingt mille florins, Milan à soixante-dix mille, Mantoue à dix mille, Sienne à quinze mille, le marquis de Montferrat à cinq mille, Lucques à huit mille, Florence à cinquante mille, le duc de Modène à vingt mille ; en tout, quatre cent cinquante-huit mille florins.
Combien les guerres elles-mêmes n'annoncent -elles pas de richesses dans le pays ! Sans parler de Venise et de Gênes, où de simples citoyens devenaient princes, où les Lercari et les Giustiniani tenaient tête à la puissance ottomane, Frédéric de Sicile eut cinquante-huit galères armées complètement; Robert de Naples l'attaqua avec cent treize, et cette flotte perdue fut renouvelée comme par enchantement. Il pouvait en être ainsi, car les barons du royaume étaient tenus de fournir chacun la chiourme d'une galère; puis, la guerre finie, on tirait le bâtiment dans l'arsenal, et l'équipage était licencié, sans avoir à continuer durant la paix les dépenses de guerre. Bilio (1) raconte que les nobles milanais offrirent à Philippe-Marie de lui entretenir dix mille chevaux et autant de fantassins s'il voulait, à l'exclusion de sos courtisans et favoris, leur abandonner l'administration des revenus publics.
Selon Christophe Landino (2) et Varchi (3), Florence, de 1377 à 1406, dépensa, pour la guerre seulement, onze millions et demi de florins d'or, à cent la livre , produit des impôts payés par les citoyens. De 1430 à 1453, soixante-dix-sept maisons payèrent, en contributions extraordinaires, quatre millions huit cent soixantequinze mille florins; le gouvernement démocratique préleva, de 1527 à 1530, cinq millions quatre cent dix-neuf mille cinq cents florins d'or d'impôts extraordinaires.
Les tyrans eux-mêmes et les oligarques s'efforçaient à l'envi de faire prospérer leur pays, tant à cause des avantages qu'ils en retiraient que pour rivaliser avec leurs voisins et déguiser la servitude, r.ênes et Venise offrent partout de vastes palais construits
(i) Ut. V, à la tin.
(î) Apologie des Florentins.
(3) Storie, livre IX.
M(£URS DE I. ITALIE
à cette époque; François Sforza faisait creuser le canal de la Martesana et bâtissait l'hôpital de Milan; Jean Galéas osait commencer la cathédrale et la Chartreuse de Pavie; les Médicis, les Pitti, les Strozzi, s'immortalisèrent par l'élégante magnificence de leurs édifices.
L'élégance universelle des habitations , plus encore que ces grands travaux, atteste l'aisance publique. Si, en effet, de l'autre côté des Alpes, le palais et la cathédrale sont une exception au milieu d'ignobles masures, en Italie, les rues alignées, les maisons construites sur un plan arrêté, les cirques, les promenades, indiquent qu'il y avait, d'une part, les ordres d'un roi, et, de l'autre, le travail d'une nation.
Le témoignage uniforme des chroniqueurs et des règlements somptuaires révèle un accroissement particulier du luxe et des commodités de la vie (I). Le frère François Pippino s exprimait ainsi en l'année 1313 : « Maintenant, la parcimonie s'est changée en magnificence, les habillements sont d'une matière et d'un travail exquis ; partout de l'or, de l'argent, des pierres précieuses et des broderies. Les objets qui flattent le palais ne font pas défaut; on a des vins étrangers, des mets somptueux, des cuisiniers précieux , et l'on se fait un dieu de son ventre. » Plus tard , c'est-àdire en 1388 , Jean Musso disait des Plaisantins : « Ce sont de grandes dépenses pour la nourriture et le vêtement. Les dames portent de longues et amples robes de velours, de soie dorée, de lamé d'or, de laine écarlate ou violette; on donne pour un manteau à manches vingt-cinq florins ou soixante ducats d'or. Les manches sont assez larges pour couvrir la moitié de la main , le bas traîne à terre, et il y a dessus de trois à cinq onces de perles qui valent dix florins chacune; puis ce sont de grands rubans d'or en manière de laisse, de petits capuces garnis de pierreries, de grandes ceintures d'argent et de perles, outre beaucoup d'anneaux aux doigts. Elles portent aussi des cypriennes, robes larges par le bas, serrées parle haut, qui dessinent leur gorge. Sur la tête elles ont des couronnes ou des tresses de perles et de pierreries, au cou des chapelets de corail et d'ambre, au front des voiles de soie. Les veuves même ont de ces ornements, sauf qu'ils sont de couleur
(l) On peut consulter, entre autres, les Slaluti suntuahi circa il vestiario délie donne, etc., rendus par la commune de Pistoieen 1332 et 1334, publiés par Sébastien Ciainpi à Pise en 1815, avec des éclaircissements sur les mœurs et le luxe de l'époque dans sa patrie.
Due stntuti circa il vestire dey/i uomini e délie donne, ordinali prima délie anno 1332 dai commune di Perugia; Pérouse, 1821.
sombre, sans or ni perles, et qu'elles font usage de capuces noirs ou de voiles blancs. Les jeunes gpns portent des manteaux à manches, avec des fourrures, tombant jusqu'à terre, en drap, soie ou velours, de la valeur de vingt à trente florins, tandis que d'autres les ont si courts qu'ils ne couvrent pas même l'extrémité des reins. Chaussés de souliers blancs, avec des pointes longues de trois pouces, ils portent des colliers d'argent doré avec des perles et du corail , la barbe rase et les cheveux coupés en rond. Les plus aisés tiennent des chevaux de main quelquefois au nombre de cinq, avec des laquais payés six florins par an, outre la nourriture. Ils prodiguent l'argent en festins de noces, où abondent surtout les bons vins blancs et rouges, et les friandises au sucre. Le premier service se compose de deux chapons ou d'un chapon et de bœuf , avec des amandes, du sucre et autres bonnes épices; viennent ensuite les viandes rôties, savoir, poulets, faisans, perdrix , lièvres , puis des tourtes , des jonchées au sucre , enfin les fruits (frugesf). Après s'être lavé les mains dans un bassin de bronze, on se met à boire de nouveau ; ensuite reviennent des mets sucrés, puis on boit encore. En hiver, ils soupent avec des galantines de gibier, et , plus tard, avec des poulets, du veau, des canards, selon le temps, et des fruits. Le second jour, on sert des pâtés avec du fromage et du safran, du raisin sec et des épices, puis du veau et de la salade. En carême, ils donnent à boire, et servent des sucreries, des figues et des amandes ; viennent ensuite les gros poissons et des potages au riz avec du lait d'amandes, du sucre et des épices , des anguilles, des sauces, puis des brochets assaisonnés au vinaigre ou à la moutarde, des noix et autres fruits. Ils ont de belles maisons avec des chambres , des galeries, des cours, des puits , des jardins, des terrasses et des cheminées. Auparavant , comme il n'y avait pas de cheminées , le feu se faisait au milieu de la maison. A présent ils ne sauraient se passer de vin. Fêta. Les hommes publics et les princes rivalisaient de magnificence dans les occasions solennelles, telles que fêtes, réceptions de rois, réjouissances pour des victoires. Alors s'ouvraient les cours plénières, où les chevaliers venaient rompre des lances et mériter, pour récompense de leur valeur, les applaudissements des braves et les soupirs des belles. Les bourgeois accouraient s'asseoir aux tables, toujours dressées , où chacun était courtoisement accueilli, où le vin abondait , et coulait même parfois de fontaines artificielles. Lorsqu'il s'agissait de recevoir quelque prince, on déployait une grande pompe de vêtements armoriés, avec danse:* de femmes, fanfares d'instruments, échafaudages splendides. Les
MCKURS DE L'ITALIE.
uns étaient tendus de riches tapisseries, de fourrures précieuses relevées en festons; on voyait de tous côtés un luxe éblouissant d'anneaux, de bracelets, d'agrafes , de diadèmes, de colliers en pierreries ; ce n'étaient que voiles de soie, que rideaux de pourpre, nappes et autres tissus de lin entremêlés de fils d'or, et de nombreux coureurs, tant à pied qu'à cheval, se disputaient le palio de brocart.
Nous avons déjà fait mention de quelques-unes de ces fêtes et cérémonies. Au mariage de Galéasavec Béatrix d'Esté, la femme de Visconti fit faire des habillements neufs à mille personnes. Un ms. des voyages les plus splendides fut celui que fit, à Venise, Isabelle de Fiesque , femme de Luchino Visconti , pour accomplir un vœu et assister à la solennité de l'Ascension. Des députés de toutes les villes du territoire furent envoyés pour lui former une cour, outre les dames , les seigneurs et les parents, avec une foule immense de gens de service et de palefreniers. Elle allait de ville en ville avec un cortège somptueux, reçue partout à l'envi au milieu de brillantes réjouissances ; mais , dans ce voyage, son but véritable était de pouvoir se livrer sans obstacle à ses galanteries, dans lesquelles elle fut si bien imitée par ses compagnes qu'elle scandalisa l'Italie. Instruit de ses désordres , son époux la menaça d'un châtiment sévère , mais elle le prév int.
Les Florentins se plaignirent du luxe que Galéas Marie avait introduit parmi eux. Lorsque Jean Galéas épousa Isabelle d'Ara- tM, gon , un certain Bergonzo Botta reçut les époux à Tortone dans des appartements magnifiques; puis il leur servit un repas durant lequel parurent des personnages qui figuraient Jason avec la toison d'or, Apollon berger, Diane chasseresse , Orphée , Atalante avec le sanglier calédonien , Iris, Thésée, Vertumne, en un mot toutes les divinités de la mythologie, offrant chacune des dons en rapport avec son caractère. Après le festin , on représenta une nouvelle, avec un mélange de personnages historiques et allégoriques, et la fête se termina par un bal (I). A Milan, Léonard de Vinci dirigea les fêtes; à cette occasion , il construisit une machine qui figurait le ciel avec toutes ses planètes, représentées par des divinités qui tournaient selon les lois célestes ; dans chacune était un musicien, qui chantait les louanges des nouveaux époux.
On peut lire dans Corio , année 1368 , la description des mets qui figurèrent au repas de noces, lors du mariage de Violante, fille de Galéas Visconti , avec Lionel d'Angleterre , repas qui fut
(1) Tmst. Cai/.hi, \uptix Med. Ducum.
donné sur la place de l'Arengoà Milan. Il y eut dix-huit services, ei chacun d'eux était accompagné de riches présents, comme lévriers, hraques, armures, pièces d'étoffe, tonneaux de v i n , cens, vêtements, argenterie, bœufs, chevaux (1). Lorsque l'empereur Frédéric III visita Naples , le roi Alphonse dépensa , pour lui faire un brillant accueil , cent cinquante mille florins, et lui donna une chasse où parurent une foule de seigneurs ; dans le banquet splendide qu'il lui offrit, on mangeait les mets les .plus recherchés sur des plats d'argent, on jetait à la multitude toute sorte de dragées, le vin grec et le muscat coulaient des fontaines, et chacun pouvait en boire dans des coupes d'argent (2).
Nous ne saurions raconter toutes ces fêtes ; mais on est étonné lorsqu'on voit les chroniqueurs faire , dans la même page , le récit d'un incendie, d'une défaite, d'une mort et d'une solennité somptueuse à laquelle la moitié du monde a assisté.
On déployait un grand luxe dans les ambassades; lorsque Louis XI monta sur le trône de France, toute l'Italie l'envoya féliciter. Pierre des Pazzi représenta Florence; il se fit remarquer par une telle somptuosité en vêtements, joyaux, serviteurs, pages, chevaux, que l'on voulut qu'il parcourût la ville, afin que le peuple vit cette pompe sans égale. A la cour, a il changeait d'habits une ou deux fois par jour, ce que faisaient également ses serviteurs et les jeunes gens qui l'accompagnaient... Au nom de la commune, ou de ses propres deniers, il fit des dons à tous ceux de la cour du roi , de telle sorte qu'aucun ambassadeur ne fit ce que fit Pierre. » A son retour, tous les hommes de condition v inrent à sa rencontre ; les rues et les fenêtres étaient toutes remplies de gens. Il entra avec sa suite, toute vêtue richement à neuf, avec des tuniques de soie, et des perles d'un grand prix aux manches et au chapeau (3).
(1) Hors de l'Italie, c'était la cour de Bourgogne qui donnait les fêtes les plo> somptueuses; celle de l'Arbre d'or, en 1468, fut surtout remarquable: le dernier jour on fit entrer dans la salle une baleine assez grosse pour contenir un homme à cheval ; deux géants raccompagnaient , et de sa bouche il sortit des sirènes qui chantaient, avec douze cavaliers marins qui dansèrent, puis combattirent, jusqu'au moment où les géants les firent rentrer dans la baleine. Voir Babasts, Jiist. des durs de Bourgogne , livre IX, à la fin. Nous mentionnerons, pour la bizarrerie, le jugement de Paris, donné à Lille cette même année pour fêter Charles de Bourgogne : dans cette représentation, le rôle de Vénus était rempli par une gro>se femme qui pesait deux quintauv ; celui de Junon, uar une autre, grande et décharnée; celui de Pallas, par une bossue. Toutes étaient noes et portaient de riches couronnes.
(?) Voir Facio, livre IX; Panormta, livre IV.
(3) Vrspasirn, Vie de Pierre des Pazzi. De Florence, ce Pazzi allait à pmi
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Les funérailles étaient une autre occasion de faste, le défunt, revêtu selon sa condition ou couvert d'un tapis, était étendu sur une bière; un grand nombre de croix le précédaient, ainsi que les laïques, convoqués à son de trompette; les clercs et les prêtres venaient après , et en dernier lieu les femmes , parmi lesquelles les plus proches parentes , que Ton soutenait de chaque côté (4). Ceux qui avaient été tués étaient ensevelis sans être lavés, à la différence des autres , que Ton oignait, et que Ton remplissait souvent d'aromates. Il était aussi d'usage d'inhumer les morts avec leurs armes et dans une parure magnifique, en vêtements, anneaux, colliers, ce qui excitait puissamment à violer les sépultures (2). Plus tard la dévotion introduisit la coutume de se faire enterrer avec les robes de battus ou de mendiants; on plaçait un livre sur le cadavre des médecins. Une foule considérable, en habits de deuil , assistait au convoi funèbre des princes et des chevaliers , que suivaient des chevaux enharnachés sans cavaliers , avec un grand appareil d'étendards, de boucliers, d'armoiries, de cierges et de tentures, sans compter l'oraison funèbre, que voulut avoir bientôt tout bourgeois opulent, et qu'on finit par défendre. On renouvelait les cérémonies mortuaires au septième jour, au trentième et à l'anniversaire. Pour les particuliers, « il était d'usage que les parentes et les voisines se réunissent dans la demeure du mort pour y pleurer; d'un autre côté, ses voisins et beaucoup d'autres citoyens se rassemblaient avec ses proches devant la porte de la maison, et le clergé y venait selon la qualité du mort , qui était porté sur les épaules de ses égaux, avec une pompe funéraire de cierges et de chants, à l'église qu'il avait désignée avant de mourir (3). » Sa mère, désolée, et beaucoup d'autres femmes , parentes ou voisines, poussaient des gémissements et versaient des larmes sur sa mort , tandis que ses parents se tenaient assis sur des nattes.
Le podestat qui mourait dans l'exercice de ses fonctions était enseveli aux frais de l'État avec de grands honneurs. En 1390, messire Jean Azzo des Ubaldini, capitaine de Sienne, « fut inhumé
à sa maison de campagne , et pendant le trajet, il apprenait par cœnr toute V Enéide, les Triomphes de Pétrarque et beaucoup de Discours de Tite-Live. (i) Acl. Ticin, de Laud. Papix, c. 13.
(1) La loi lombarde inflige neuf i ents sous d'amende au violateur de tombeaux, de même qu'au meurtrier (loi 19 de Rotharis); celle de Théodoric le punit de mort (Éd. 110). Nous trouvons aussi différentes peines dans les statuts des divers États italiens; mais les chroniques, les contes et nouvelles sont remplis de ce genre de violations .
(:t) S\ccnrrn, Nov. 155.
iiist. ihmv. — T. XII. 31
dans la cathédrale ù côte do saint Bastien. 11 eut d'abord, auprès de son corps , deux cent douze cierges attachés à l'échafaudage en bois, dont deux cent quatre pesaient chacun trois livres, et qui furent allumés tout le temps de l'office. La commune, à ses frais , couvrit quatre chevaux de caparaçons de deuil , fit faire des bannières aux armes du peuple, et habilla de noir soixante personnes. On plaça le défunt dans un cercueil élevé, recouvert d'un très- beau drap d'or, avec un pavillon de drap d'or, doublé d'hermine , au-dessus du corps. Ce pavillon fut porté par les chevaliers et les principaux citoyens de Sienne , qui se relayaient. Vingt chevaux furent équipés en noir, avec des bannières aux armes du défunt, toutes en soie; on vêtit de même un homme armé de pied en cap , avec la barbe longue , l'épée nue, les éperons et les autres pièces de l'armure , qui toutes restèrent à la cathédrale. Il y eut encore, dans le grand échafaudage en bois, une quantité de femmes, les cheveux épars, appartenant aux premières familles; on vit enfin , à cette inhumation , tous les prieurs du palais et environ six cents prêtres , frères ou moines , qui portaient chacun des cierges d'une et deux livres , et les clercs, de six onces. En souvenir du défunt, on peignit sa figure dans la chapelle, où l'on suspendit toutes ses vingt-trois bannières et ses armes (i). »
Aux funérailles de Jean-Galéas Visconti, la procession qui se mit en marche du château de Milan , pour gagner l'église métropolitaine, était si longue que quatorze heures lui suffirent à peine pour défiler tout entière. Devant la croix marchaient les connétables, les écuyers et les chevaliers, avec quarante personnages de la famille Visconti, dont chacun était accompagné de deux ambassadeurs de puissances étrangères ; à la suite venaient un grand nombre d'autres ambassadeurs et de nobles étrangers, dix députés de chacune des villes sujettes, outre une foule de leurs principaux citoyens et gentilshommes; derrière s'avançaient tous les autres religieux (et ils étaient en grand nombre), les chanoines réguliers, le clergé séculier, les abbés des monastères, et les évéques de tous les diocèses de l'État. On voyait ensuite les bannières des villes, portées par deux cent quarante hommes à cheval, que huit autres suivaient aussi à cheval, avec les insignes ducales; puis deux mille personnes habillées de deuil , ayant, sur la poitrine et le dos, les armes à la couleur du duché de Pavie et du comté de Milan, chacune avec une grosse torche à la main. Apres le clergé et les chanoines de l'église métropolitaine , marchait Far-
(1) Manuscrit ap. Moratow, Antiq. liai., XXVI.