‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 108 sur 153 · COMMERCE. — CITÉS MARITIMES · texte numérisé non relu

COMMERCE. — CITÉS MARITIMES

Nous avons déjà fait la part de la déclamation dans ces plaintes réitérées contre Paccroissement du luxe, plaintes qui, le plus souvent, ne sont pour l'économiste que la révélation d'un grande diffusion du bien-être , qui n'est plus le partage exclusif d'une petit nombre d'indiv idus engraissés des sueurs de tout un peuple ; or, en Italie, l'aisance avait pour cause le luxe, qui lui-même était favorisé par le commerce, source de grandes richesses pour ce pays, qui ne parait donc pas destiné à 1rs tirer uniquement du sol.

Ce fait est particulier à la Toscane ; en effet, tandis que partout ailleurs l'écrivain ne s'occupe que de la vie des seigneurs, chez les Toscans, le notaire et le marchand figurent dans les prioristcs ou les registres sur lesquels on notait, avec les faits domestiques, les événements publies. Un très-grand nombre de ces documents sont ensevelis dans les archives , et beaucoup ont été publiés; on pourrait y puiser l'existence domestique de Pépoque.

(iuido d'Antella, à partir de 1208, écrivait ses souvenirs domestiques; après avoir travaillé sous des négociants, qu'il représenta en Provence, en France, à Naples, à Acre, il devint ensuite leur associé. Il tient note des diverses écritures relatives à ses affaires et à ses propriétés, ou bien à des marhiges ; ses fils continuent ces notes : tantôt il est question d'une femme qu'on épouse avec sept cent trente tlorins d'or, dot et dons compris ; tantôt c'est une maison qui coûte deux cent douze tlorins; ici c'est une domestique à laquelle on donne six llorins par an, ou bien une esclave qui est louée moyennant trente livres ; parfois il s'agit d'une

(I) Les choses ne se passaient pas d'une manière plus exemplaire hors de l'Italie. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, eut vingt-sept femmes, dont trois légitimes. Jean de Bourgogne, éveque de Cambrai, ofliciait pontilicalement, servi par trente-six de ses bâtards et (ils de bâtards. Hist. de la Toison d'or, Introd., p. XXV. Un comte de Clèves laissa trente-six enfants. Art de vérifier les dates, au mot Clèves.

nourrice pour demeurer dans la maison , qui reçoit seize florin? d'or; ou bien, si elle ne vient pas à domicile, on lui donne cinquante sous par mois, et pour trousseau « un berceau , un mantelet avec seize boutons partie en argent , un mantelet bleu , une robe de couleurs variées, cinq morceaux d'étoffes de laine, cinq langes, quatorze morceaux d'étoffes de lin, une couverture, un oreiller avec deux taies. » Si on loue une boutique, il faut ajouter au prix du loyer une oie grasse que Ton donne à la Toussaint ou bien à Noël.

Dans les propriétés rurales on trouve déjà cette société entre les maîtres et les cultivateurs, qu'on appelle métayage , et qui assure au colon une protection , outre qu'elle établit une communauté d'intérêts et d'affection presque familiale. Le maître s'oblige, outre le fonds qu'il livre, à faire au paysan l'avance de l'argent nécessaire pour acheter des bœufs.

Un individu quitte sa maison pour se rendre à Assise ; il chemine à pied et porte avec lui deux chemises, quatre culottes, un petit pourpoint usé, une mauvaise ceinture , une tunique vieille et laide, un vieux capuce, un vieux bonnet rouge, trois vilains escoffions, un vieil essuie-mains, un grand mouchoir de femme, une vieille paire de bas gris , une autre paire de noirs , usés et déchirés, une paire de bottes neuves, une petite outre, un couteau, un petit couteau, une bourse d'étain, un coutelas avec manche blanc à la tudesque, trois livres et dix-sept sous (I).

Galgano Guidini perdit à vingt-huit moisson père, qui ne lui laissa que des dettes; mais sa mère, pour l'élever, resta veuve. Le grand-père le prit dans sa maison , lui enseigna à lire , et le poussa même jusqu'à Donat, puis l'envoya apprendre la grammaire à Sienne. Il fut bientôt en état de se mettre répétiteur, et finit par devenir notaire. Après la mort de son grand-père, qui avait fait un peu d'usure , sa mère fit restitution. Galgano , en qualité de notahv, remplit différentes charges et commença à gagner, à économiser, à faire des acquisitions. Introduit auprès de la bienheureuse Catherine, il s'enthousiasma pour elle et Dieu, au point qu'il aurait aban donné le monde, sans l'opposition de sa mère, qui le fit marier Catherine, vivante et morte, fut l'objet constant de sa vénération ; il traduisit en latin les œuvres qu'elle écrivait en italien , parce que « celui qui a du savoir ou connaît la grammaire ne lit pasausM volontiers les choses qui sont pour le vulgaire. » Il eut beaucoup d'enfants; a au premier, dit-il, je donnai le nom de François, en

(1) Archives historiques.

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