FOSCÀRF. ROYAUME DE CHYPRE. M
veau accusé et torturé. Dans cet intervalle, Donati, un de ses juges, m». est tué, et Jacques , accusé du méfait, est condamné au bannisse- • ment ; un certain Erizzo, au lit de mort , confesse avoir commis le meurtre, et, malgré cet aveu , on no permet pas à Jacques de revenir dans ses foyers. Dévoré du désir de revoir le toit paternel, il s'adresse au duc de Milan pour obtenir par son intermédiaire la permission de rapporter dans sa patrie ses os brisés. Sa lettre est interceptée , et il déclara l'avoir écrite poïir être ramené dans ses lagunes chéries , môme au prix d'un procès. Un nouveau jugement l'exile à Candie, o Le doge était d'un Age avancé, et il chea minait avec un bâton. Quand il alla voir Jacques , il lui parla « avec beaucoup de fèrmeté , de manière à faire croire qu'il n'é- « tait pas son fils , quoi qu'il fût son fils unique. Jacques lui dit : « Messire père, je vous prie de vous employer à me faire revenir « chez moi. » Le doge lui répondit : « Va, Jacques, et obéis à ce que « veut la cité , sans chercher rien au delà. Mais on dit qu'à son reo tour au palais , le doge tomba sans connaissance (1). »
Le fils mourut de douleur. Le père, qui deux fois avait proposé d'abdiquer, mais en vain , tant que la guerre l'avait rendu nécessaire, fut alors congédié par les Dix ; il quitta donc le palais sans m7. fils, sans amis, sans force, au milieu d'un peuple dont il était aimé sans doute, mais qui craignait plus encore l'inquisition. Quand la cloche de Saint-Marc annonça l'élection de son successeur, t3 octobrp> Foscari rendit le dernier soupir (2).
Vers cette époque, il fut décidé que le doge ne pourrait lire les lettresdes ambassadeurs de la république ou des princes étrangers qu'en présence de ses conseillers; on lui enleva aussi la police et la justice répressive , dont furent chargés trois membres , choisis par le conseil des Dix. L'un d'eux pouvait être pris parmi les tut. les conseillers du doge. Sous le nom d'inquisiteurs d'État, ils pouvaient étendre sur tous leur vigilance , sans en excepter les Dix , punir de mort en secret ou en public, et disposer, sans être tenus à rendre compte , de la caisse des Dix. Le doge et le gondolier redoutaient également les coups mystérieux de cette autorité discrétionnaire. Les ambitieux n'osaient troubler la république; d'ailleurs ils se consolaient avec l'espérance d'arriver un jour à ce poste. Les vengeances ouvertes et les voies* tie fait n'étant plus
(1) Sanuto.
(•1) On inscrivit ce distique sur son tombeau :
Post mare perdomitum , post urbes marte sitbactas, Florentem pafriam hngœvus pace reliqui.
M(j TREIZIÈME ÉPOQUE.
permises, on attendait l'occasion d'entrer en fonctions comme inquisiteur, et, dans l'espoir d'épouvanter un jour les autres, on se résignait à trembler soi-même, «Ta. A l'élection de Nicolas Marcello , on décréta que ♦ du vivant du doge , ses fils et ses neveux ne pourraient accepter aucun emploi, bénéfice ou dignité, soit à vie, soit à temps, ni siéger dans aucun conseil, à l'exception du grand conseil et de celui despregati (priés), mais sans voix délibérative ; un frère du doge pouvait seulement entrer parmi les Dix.
ftoranoip de Jacquesde Lusignan, fils naturel de Jean III, roi de Chypre, pré-
iÏST' tendait, au détriment de sa soeur, mariée à Louis de Savoie, héritier de cette île, qui avait été assignée à sa famille pour l'indemniser de
H73. la perte de Jérusalem. Il réussit à l'occuper, et en obtint l'investiture du soudan d'Égypte , dont elle était vassale. Comme l'argent lui manquait pour s'y maintenir, Marc Cornaro, marchand vénilien, lui offrit cent mille sequins, destinés à former la dot de sa nièce Catherine ; dans le but de lui donner des titres à ce mariage
i47g illustre, la république de Saint-Marc adopta Catherine. Cette vaine • ,,,,n- cérémonie , purement honorifique, fut plus tard invoquée comme un titre à une acquisition fort importante ; car, après la mort de Jacques, la république , s'attribuant les droits d une mère sur sa fille, se déclara l'héritière de Catherine, et, sous prétexte qu'elle était menacée par las Turcs , elle lui persuada ou la contraignit de renoncer à Chypre, en l'échangeant contre le château d'Asolo,
m» dans la Marche de Trévise , où les plaisirs et les lettres l'empêchèrent de regretter le royaume qu'elle avait perdu. Cet héritage anticipé fournit en abondance à' Venise des vins, du blé, des huileset du cuivre. Malheur à celui qui eût blâmé ce fait; on l'aurait noyé.
Nous avons déjà vu dans combien de guerres Venise avait été entraînée pour s'être immiscée dans les affaires d'Italie; mais le conseil, qui voulait retirer des conquêtes de terre autant de grandeur que les comptoirs du Levant lui valaient de richesses , éveilla la jalousie des autres États, qui se réunirent pour briser son sceptre.