VILLES I1ANSÉATIQUES
qu'il ne put toutes surmonter ; car le code des lois nautiques et commerciales ne fut proclamé qu'en 1614.
Les confédérés visaient à un triple but : étendre le commerce extérieur, et obtenir le monopole sur les marchés qu'ils fréquentaient; se défendre réciproquement contre tous agresseurs sur terre et sur mer; terminer leurs contestations devant des arbitres. Ils s'obligeaient à maintenir pendant dix ans la paix et la sécurité contre tous, sauf les droits de l'empereur et la justice due aux souverains légitimes. Une des villes alliées était-elle attaquée , les autres devaient s'interposer pour obtenir la paix , ou bien lui prêter assistance dans la mesure déterminée. Aucune ne pouvait déclarer la guerre sans l'assentiment des quatre villes les plus voisines. Lorsqu'un différend s'élevait entre elles, on ne devait jamais faire intervenir des étrangers; on prévenait la régence de Lubeck , qui conférait à quatre cités le pouvoir de les concilier à l'amiable , ou de statuer par jugement. Aucune ne pouvait conclure de paix ou d'alliance avec des étrangers sans en référera la confédération (1). 11 y en avait quelques-unes qui jouissaient de tous les droits de la ligue; d'autres n'avaient point voix dans le congrès, et n'étaient admises qu'à titre de simples alliées ou comme sujettes d'autres cités. La principale condition était d'acquitter sa quote-part dans la contribution en argent et en hommes établie par le congrès.
Parmi les causes qui faisaient exclure de la ligue, la première était l'insurrection des citoyens contre les magistrats, tant l'anarchie les effrayait ! aussi, pour enlever aux citoyens tous motifs de révolte, le congrès était chargé de faire droit à leurs griefs. Les pactes avec l'ennemi, la désobéissance aux décrets de l'assemblée générale , le recours à d'autres tribunaux qu'à ceux de la ligue, entraînaient le môme châtiment. La pêche, les mines, l'agriculture , l'industrie de tous les rivages de la Baltique, étaient entre les mains des confédérés; les marchandises de la Suède, du Danemark , de la Norvège, passaient par leurs magasins , et ils faisaient exploiter les mines de la Bohême et do la Hongrie : ils tiraient du nord de l'Allemagne la bière, la farine, les grains, la toile, les draps communs; de la Prusse et delà Livonie , du lin, du chanvre, des bois, des blés, du goudron, de la poix , de la potasse* , du miel et de la cire , apportés de Pologne et de Russie. L'Angleterre leur fournissait ses laines, son étain, ses cuirs; les villes de la Saxe et du Rhin , des vins , des toiles , les métaux du
(1) SlUTOttlt-i.
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Hartz , et le tout s'expédiait à Bruges, leur principale factorerie dans les Pays-Bas (\ ).
Ils possédaient à Bruges le meilleur quartier, appelé le Pont, qui se composait de vingt-deux groupes d'édifices et de jardins, divisés en deux paroisses ; chaque groupe avait un nom distinct et une façade sur le port , ce qui permettait aux plus gros bâtiments d'y pouvoir aborder. De grandes places étaient ménagées dans les jardins pour déposer des marchandises, avec des magasins au-dessus desquels logeaient les facteurs; ils occupaient le premier étage , et le second était réservé pour les cuisines et les salles à manger. Au fond du jardin s'ouvraient des caves destinées à certaines denrées ; au-dessus se trouvait une vaste salle commune, et derrière, le verger.
Dans chaque jardin habitaient de quinze à trente familles dites parties , toutes composées d'un chef ( husbonde ) , de quelques commis , d'associés, d'élèves, de marins. En été, chacune d'elles faisait cuisine et table à part ; dans l'hiver, elles se réunissaient dans la salle commune, autour d'un grand feu dont la fumée s èchappait par une ouverture pratiquée dans le plafond; toutefois elles mangeaient à des tables séparées.
U husbonde exerçait une pleine autorité sur ses subordonnés, avec droit d'infliger des châtiments corporels. Un conseil de deux aldermans et de dix-huit assesseurs était chargé de maintenir l'ordre et de résoudre les différends selon les lois de la Sera, saut l'appel à Lubeck et à la diète. Aucun des habitants du comptoir ne pouvait avoir de femme, afin de conserver la paix et le secret, que l'on jugeait chose indispensable ; il leur était défendu , sous peine de mort, de visiter le quartier des bourgeois; la nuit, d'énormes chiens et des sentinelles veillaient à ce que personne n'approchât de l'enclos. Les habitants du comptoir, à l'exception des assesseurs , n'étaient pas des négociants , mais des agents commis par eux ; ils ne pouvaient faire aucune opération pour leur compte; après dix ans de séjour, ils retournaient en Allemagne.
Le comptoir était entretenu au moyen d'un droit léger d'entrée perçu sur les marchandises, avec le produit des amendes et du loyer que payaient les villes pour l'habitation des commis. On peut , par cet exemple , se faire une idée de ce qu'étaient les factoreries des Osterlins, comme les appelaient les Italiens.
Les républiques hanséatiques, comme celles de la Grèce et de
(I) Almkyek, Hist. des relations commerciales et diplomatiques des Pcp- Bas avec le nord de l'Europe; Bruxelles, 1840.
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la ligue lombarde, prirent de lu consistance par la guerre. Comme leur nombre ne fit qu'augmenter, cent dix-sept cités, en Tannée 1369 , se réunirent en congrès à Cologne , et déclarèrent la guerre à Waldemar IV, roi de Danemark.
Elles auraient pu , en rassemblant leurs forces , tenter de grandes entreprises , et profiter des circonstances pour conquérir leur indépendance et constituer une république fédérative, après avoir subjugué les princes environnants ; mais leur but exclusif était une association pour la défense mutuelle et la participation aux privilèges commerciaux. Quelques-unes n'avaient d'autres territoires que l'enceinte de leurs murailles; d'autres se trouvaient séparées de leurs alliées par des États puissants et jaloux; plusieurs d'entre elles n'étaient pas même indépendantes. Comment combiner de si grandes diversités , concilier des intérêts si différents? comment conjurer l'ambition des grands, la jalousie des petits, et enlever à tous le droit de faire leurs propres lois.
Qu'arrivait-il? n'étant pas unies assez fortement pour obliger leurs alliées à se soumettre aux décisions prises d'un commun accord et dans l'intérêt général , elles tombaient dans l'anarchie. Comme chacune pouvait contracter des alliances avec des États étrangers, elles s'entravaient réciproquement, ou bien, entraînées par des luttes d'intérêts contraires, elles se nuisaient les unes aux autres. En outre, inhabiles dans la politique et mues par l'égoisme, elles ne savaient pas s'élever à des idées d'une certaine grandeur ; aussi, même au milieu de leur plus brillante prospérité , elles ne montrèrent ni l'audace des grandes entreprises, ni la persévérance qui les accomplit , et jamais aucun prince des puissantes maisons d'Allemagne ne songea à se mettre à leur tête pour réaliser de vastes desseins.
D'ailleurs ces républiques ne reposaient pas sur l'activité d'une vive concurrence , mais sur des privilèges, sur l'exclusion des étrangers et sur les prescriptions d'une économie sans expérience. Un esprit minutieux et exclusif domine aussi dans leur droit privé ; on y retrouve des décisions à l'infini sur la capacité des barils , l'interdiction d'exporter ni or ni argent pour le faire ouvrer au dehors , de vendre des parfums falsifiés , de faire teindre les draps ailleurs qu'au lieu même de fabrication, de vendre des harengs avant la pêche, du grain avant la récolte, des étoffes avant qu'elles soient fabriquées ; c'était par voie d'échange, et non avec des espèces, qu'il était permis de trafiquer.
Lorsque le commerce européen, par la nouvelle route des Indes, leur eut enlevé le monopole quj faisait leur force t ces répu-
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bliques, au lieu d'imiter les autres pays, qui profitaient des nouvelles positions, s'attachèrent à leurs anciens privilèges avec une opiniâtreté plus tenace ; elles ne s'apercevaient pas de la révolulion opérée par les idées nouvelles. Avant cette époque , la ligue avait décliné ; les royaumes, en effet, à mesure qu'ils se consolidaient, se sentaient capables de se soustraire à cette oppression mercantile. A Novogorod, les maisons et l'église catholique de la factorerie étaient, comme d'habitude, entourées de murailles, et gardées pendant la nuit par des sentinelles et de gros chiens. La confédération y expédiait principalement des draps, à l'exclusion de tous autres négociants; il était même interdit aux Russes de vendre lears propres productions, si ce n'est par échange avec la factorerie hanséatique.
Ces exigences engendrèrent des jalousies et des démêlés. Les Russes se plaignaient que les Allemands les fraudaient sur la qualité et la mesure ; mais ils ne se sentaient pas en état de se passer d'eux. Aussi, dès que les hanséatiques menaçaient d'abandonner Novogorod, les Russes dissimulaient leurs mécontentements, craignant de ne plus avoir sans eux le débouché de leurs denrées, et ne sachant de quelle manière ils se procureraient des étoffes pour se vêtir.
Iwan III s'occupa de mettre tin à cette tyrannie. Lorsqu'il s'empara de Novogorod, il contraignit beaucoup de gens riches de se transporter dans l'intérieur, mesure qui fut très-préjudiciable à la hanse. Peu après leczar, par représailles de ce qu'elle avait arrêté et justicié des sujets russes pour crime de fausse monnaie, fit arrêter les Allemands et séquestrer leurs biens. La plupart purent s'enfuir, les autres restèrent prisonniers quelques années, et le comptoir de Novogorod fut détruit.
Alors les membres de la hanse se mirent à faire la contrebande entre la Russie, Stockholm et Wibourg, sans renoncer à l'espoir de recouvrer leurs privilèges, et surtout l'exemption des droits d'entrée ; mais, tandis que Lubeck réclamait ces avantages pour toute la ligue, les villes de Livonie les voulaient pour elles seules, ce qui mit entre elles la discorde. Lorsque les Anglais eurent découvert un passage pour gagner Arkhangel par la mer Blanche, et que le czar eut exempté de droits les navires qui arrivaient par cette nouvelle route, la hanse déchut encore, d'autant plus que ces bâtiments fournissaient aux Russes des armes , d*ont l'introduction était toujours défendue par la Baltique. Ainsi cessa son monopole, dont il ne lui resta que quelques concessions spéciales, réservées surtout à Lubeck.