DANEMARK
arrêter et conduire en prison, couvert de haillons et monté sur une rosse, tandis qu'on brûlait les chartes de donation trouvées dans les archives. Boniface VIII ordonna des informations sur ces faits, et mit l'interdit sur le royaume après avoir reconnu l'impossibilité d'amener une solution pacifique. Cet interdit donna lieu à des troubles si graves que le roi fut obligé de courber la tête.
Nous passerons sous silence les guerres extérieures et intérieures d'Éric VIII, nous bornant à rappeler qu'il promulgua les lois féodales de CEsthonie, adoptées partout où dominaient des seigneurs teutoniques.
Son frère Christophe il, quoiqu'il eût démérité du pays par une is*>. révolte, lui fut donné pour successeur, mais sous l'obligation de résigner plusieurs prérogatives royales, entre autres le droit d'établir de nouveaux impôts, d'en exempter le clergé et de l'affranchir de sa juridiction. Il s'engagea à ne donner aucun bénéfice à des étrangers; à ne point faire la guerre sans avoir pris l'avis des états, et à ne promulguer de lois que de concert avec les diètes, qui durent être convoquées tous les ans. La monarchie fut ainsi mutilée par l'aristocratie nobiliaire et ecclésiastique, sans que les bourgeois et les paysans participassent à la confection des lois. Mais ce ne fut pas assez de ces concessions pour lui concilier le \m. clergé et les grands ; ils se soulevèrent, le dépouillèrent de toute autorité, et divisèrent le royaume en six duchés : les îles de Sleswick, le Jutland avec la Fionie et les îlots qui en dépendent, les îles de Seeland et de Langeland, la Scanie, l'Halland, l'Ile de Laland et l'Esthonie.
Le roi et les ducs se firent mutuellement la guerre jusqu'au moment où Waldemar IV, fils de Christophe II, fut salué roi. 1340. Habile dans les armes et la politique, énergique et formé par le malheur, il recouvra les différentes provinces, à l'exception de l'Esthonie, qu'il vendit aux chevaliers teutoniques. Il mani- »*• festa clairement la volonté de revendiquer les droits de la couronne, en introduisant dans l'armée une discipline rigoureuse et les usages étrangers, et en décrétant des taxes pour racheter les domaines engagés. Le Jutland se souleva; mais quand le roi vit qu'on prenait sa condescendance pour de la faiblesse, il eut recours aux armes et triompha. Il dissipa de même et vainquit «co. la coalition des villes hanséatiques, qui voyaient d'un œil jaloux la noblesse danoise se livrer au commerce, à l'exemple des Normands, ses aïeux. Dans l'intention de tuer le roi et de recouvrer les provinces dont il s'était rendu maître, elles formèrent
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ma.
JM8. alors une ligue plus puissante avec le roi de Suède, les comtes de Holstein, les ducs de Sleswick et de Mecklembourg et les nobles du Julland. Waldemar fut réduit à se retirer en Bohême auprès de Charles IV, qui cita les rebelles devant son tribunal. Après avoir ravagé le Danemark, les villes hanséatiques finirent par conclure la paix, moyennant des privilèges étendus, et Waldemar revint dans ses États. Au milieu de tant de commotions, il s'efforça de garantir les propriétés et d'encourager le commerce, et le royaume lui fut redevable de ne pas être mis en lambeaux. Son attention se porta aussi sur les lettres, et l'histoire surtout; il inventa un nouvel alphabet runique, avec lequel il fit transcrire les anciennes inscriptions sur pierre, pour les effacer ensuite.
Avec lui finit la dynastie des Estrithides; Marguerite, sa fille, belle et attrayante, avait épousé Haquin II, issu de la race des Folkunger, qui régnaient en Suède.
Norvège.
A Olaus III le Pacifique, qui introduisit la civilisation en Norvège, avait succédé Magnus III, qui, après avoirconquis lesiles Hébrides, les Orcades, les îles d' Angles»' y et de Man,les confia, avec le titre de royaume des Iles, àson filsSigurd ; il tenta aussi de s'emparer de l'Irlande, et déjà il avait pris Dublin lorsqu'il périt au nos. milieu des marais où les ennemis l'avaient attiré. Ses fils se parmi, tagèrent le royaume; mais Sigurd, à son retour de terre sainte, le fit rentrer entre ses mains. Il fut de nouveau divisé sous son fils Magnus IV, puis disputé au milieu d'une succession de prétendants qui bouleversèrent le pays ; enfin Magnus VI, âgé de cinq ans, tics. fut couronné en présence -d'un légat du pontife ; c'est le premier roi de Norvège qui soit monté sur le trône au milieu d'une cérémonie pareille. Le royaume fut déclaré électif.
Ce prince eut un redoutable émule dans Sverrer, le plus grand homme que la Norvège ait produit. Élevé par un père d'une conditionobscure, qui le destinait à l'Église, il apprit de sa mère qu'elle l'avait conçu de Sigurd 111. Alors il se mit à la tête d'une faction de mécontents , dits Pieds de Bouleau (birkibeins) à cause des chaussures qu'ils s'étaient fabriquées, et vécut avec eux dans les bois. J1M. Suivi de soixante-dix de ces hommes, il devint la terreur des forêts et des montagnes de la Norvège, prit le titre de roi, et, après avoir défait les royalistes {heklung) et tué Magnus, il occupa le trône, où il se maintint en dépit des prétendants et des excommunications.
ltw Lorsqu'il eut cessé de vivre, en laissant la réputation des plus belles vertus d'un roi, les guerres civiles se ranimèrent; enfin Ha- «47. quin VI, reconnu par toutes les factions, soumit l'Islande et le
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Groenland. Il gouverna sagement, et se fit respecter dos antres princes ; aussi son règne est-il considéré comme l'époque la plus brillante de la Norvège. Il mourut durant la guerre avec l'Écossc, que termina son fils Magnus VII, moyennant la cession des Hébrides contre le payement d'un tribut. Ce prince laissa la cou- «es. ronne héréditaire, d'élective qu'elle était, et sut se concilier le clergé en laissant les élections libres.
Les Norvégiens avaient eu diverses lois particulières dont il n'est arrivé jusqu'à nous que le Gula-ting d'Haquin Ier, de l'an 940, tiré des coutumes antérieures, et auquel Olaiis le Pacifique, saint 11*3. Olaiis et Magnus le Bon firent plusieurs additions. Ce code était en si grande réputation que Guillaume le Conquérant lui emprunta diverses dispositions pour l'Angleterre. Au douzième siècle fut compilé ou promulgué un recueil de lois municipales {biarkeyadrett), espèce de droit commun qui servait de base aux statuts particuliers des villes, spécialement en ce qui concernait le commerce, la navigation et la pêche.
Magnus VII, peu content de pacifier son pays, voulut lui donner des lois en corrigeant et promulguant de nouveau Ykidrskraa (jus aulicum) de saint CHaùs ; la diète nationale de 1274 approuva les lois antérieures revues et appropriées au temps. Ce code, nommé aussi Gula-iing, devint la loi commune du royaume, et resta en vigueur jusqu'en 4557. D'après ses dispositions, quiconque possédait la valeur de six marcs devait avoir un petit bouclier rouge entouré de deux cercles de fer, une hache et une épée; tout Norvégien qui possédait plus de douze marcs était tenu d'y ajouter un bouclier long et un casque en fer, et celui qui allait à dix-huit, une cuirasse. Ces armes étaient fabriquées avec un grand soin, et l'on en passait l'inspection dans l'assemblée annuelle. Celui qui le premier donnait avis d'une invasion étrangère recevait trois marcs du roi, et un de chaque corporation; s'il était exilé, il rentrait dans sa patrie. Alors l'avis se propageait au moyen d'une flèche portée nuit et jour par trois hommes considérables ; quiconque la voyait, libre ou serf, comprenait qu'il était appelé au rendez-vous général. De grandes précautions étaient recommandées pour le cas où l'on redoutait une invasion. Les individus qui prenaient part aux expéditions obtenaient de grands privilèges, et l'on suspendait toute procédure intentée contre eux. Le clergé était exempt des taxes que tous les autres payaient, et chaque district devait tenir prêts un certain nombre de navires.
Éric II, fils de Magnus , fut surnommé Y Ennemi d*s prêtres à »*«°
cause de ses fréquentes querelles avec l'archevêque et de son mépris pour les interdits ; ces démêlés pourtant se terminèrent à l'amiable. Ce prince déclara de bonne prise tout bâtiment des villes hanséatiques qui serait trouvé dans la Baltique, par le motif que ces villes soutenaient les Danois, ses ennemis ; elles lui déclarèrent la guerre, interceptèrent le commerce des grains, et l'obligèrent d'accepter la paix, de fournir une indemnité pour les dommages éprouvés, et d'entrer lui-même dans la ligue hanséatique.
Lorsque s'éteignit la race des Ynglings [en Norvège, Marguerite, héritière du Danemark, sut faire préférer à ses compétiteurs
JJ7e son fils Olaf, qui réunit deux royaumes depuis longtemps ennemis ; 83 cette réunion pourtant ne pouvait avoir lieu, puisque le Danemark
était électif, et la Norwége héréditaire. Marguerite. Marguerite , régente du royaume, s'occupa de se faire des amis, d'éloigner la guerre, et s'allia avec les villes hanséatiques; à la
iM7. mort d'Olaf V, elle fut élue princesse et protectrice du Danemark, chose insolite dans le Nord, et dont elle dut l'honneur à sa réputation de vertu et d'habileté. Par succession, elle monta sur le trône de Norvège, où elle désigna pour* son héritier son petitneveu Henri, fils de Vratislas VII, duc de Poméranie. Albert, roi
imî. de Suède, voulut lui disputer ces deux royaumes; mais il en fut puni , car Marguerite , à l'instigation des principales familles, envahit ses États.
su*!*. En Suède, Ingc Ier, dit le Bon , l'emporta sur ses compétiteurs, brûla le temple d'Upsal, sanctuaire des Suédois idolâtres, et dès lors assura la prédominance du christianisme. Les idolâtres se retirèrent dans la Tawasténie, d'où ils inquiétaient les possessions suédoises; une croisade marcha contre eux, et subjugua cette province, où fut fondée la ville de Tawasteberg.
ns,. Les affaires ecclésiastiques furent réglées dans la diète de Linkiôping, où le royaume fut divisé en quatre diocèses, Upsal, Skara, Li»kiôping et Vesterœs. qui relevèrent de l'archevêque de Lund, comme les évêchés danois et norvégiens, jusqu'à l'époque où le siège d'Upsal fut érigé en archevêché. Tout Suédois propriétaire fut obligé de payer annuellement un denier à Saint-Pierre pour l'entretien d'un hospice à Home. Les exhortations du légat firent
«ta. renoncer à l'usage d'aller toujours armé. Le célibat fut plus tard imposé aux prêtres.
Éric IX, appelé le saint Louis du Nord et canonisé comme lui, avait battu les Finnois, qui ne cessaient d'inquiéter son royaume;
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à la vue des ennemis restés sur le champ de bataille , il versa des larmes en songeant qu'ils étaient morts sans baptême. Reconnaissant ensuite qu'il n'aurait jamais la paix tant que ce peuple ne serait pas gagné au christianisme et à la civilisation , il résolut de le convertir, et ses efforts furent couronnés de succès; il fonda la ville d'Abo, et réforma les statuts du rovaume. L'ensemble de la législation suédoise est appelé loi de saint Éric. Tombé entre les mains du prétendant Magnus Éricson , il eut la tête tranchée ; les Suédois et les Goths se levèrent pour venger le bon roi , et Magnus, vaincu , fut tué par Charles, fils de Suerker Ier, qui prit alors le titre de roi des Suédois et des Goths. Mais, si les Goths 1IWétaient fidèles à sa race , les Suédois vénéraient celle de saint Éric; Suerker II résolut donc de l'exterminer d'un coup. Un prince réussit pourtant à lui échapper, et, secondé par les Norvégiens , monta sur le trône avec le nom d'Éric X ; il fut , à ce qu'il moparaît, le premier prince couronné parmi les rois de Suède.
Soit l'effet du hasard ou d'un accord, les rois avaient été élus alternativement dans les deux familles de saint Éric et de Suerker; après l'extinction de l'une et de l'autre , celle des Folkunger leur succéda dans la personne de Waldemar 1er. Comme il avait à peine im douze ans , Birger, son père , gouverna avec une grande sagesse, fortifia les frontières, construisit des routes et des hôtelleries, réforma la justice en abolissant les ordalies, limita l'esclavage, fonda Stockholm pour fermer l'entrée du lac Mélar aux pirates russes et esthoniens, et donna à cette ville des statuts qui attirèrent de nouveaux habitants, et devinrent le fondement du droit communal en Suède.
On avait assigné aux trois frères du roi des apanages trop considérables, ou plutôt le royaume avait été partagé entre eux de manière à constituer une sorte de confédération. Waldemar en conçut de la jalousie ; il voyait avec peine qu'ils grandissaient dans l'opinion comme héritiers présomptifs, et qu'il devenait lui-même un sujet d'aversion , d'abord pour la conduite orgueilleuse de Sophie de Danemark , sa femme , ensuite à cause de ses amours criminelles avec sa belle-sœur Judith , qui était religieuse. Il pensait expier ses torts par le pèlerinage de Jérusalem et sa condescen- ,;*sdance envers le clergé, qui , à force d'immunités , fut soustrait à la juridiction royale; mais enfin la guerre éclata entre les frères. L'inhabile Waldemar succomba , et préféra au trône l'existence irsobscure d'un particulier avec l'amour d'une Danoise.
Son frère Magnus régna sans opposition , et reçut le surnom de luidvlos ( serrure) , pour indiquer que sous lui on n'avait pas be-
soin do fermer sa porte, tant était grande la sécurité publique. Il se fit aimer du clergé et du peuple ; afin de balancer le pouvoirdes grands et de stimuler les nationaux, il appela de nombreux étrangers aux magistratures, et , pour sa tranquillité personnelle, il extermina les autres princes folkungièns. Dans le synode de Taïga, le clergé , en reconnaissance des bons offices de Magnus envers l'Église, lui accorda un impôt sur les biens ecclésiastiques pouréteindre ses dettes, et déclara excommunié quiconque attenterait à sa vie ou à sa couronne. De son côté, la diète de Stockholm lui attribua toutes les propriétés considérées comme étant du domaine public , telles que lacs, rivières, mines, forêts; il sut encore augmenter ses revenus par le dessèchement des marais , le défrichement des landes et l'exploitation des mines de fer. Stockholm fut embellie de nombreux édifices; Étienne Bonœil, architecte de Paris, fut appelé avec des maîtres maçons et des sculpteurs pour décorer la cathédrale d'Upsal dans le genre de Notre-Dame.
Les païens s'étaient retirés dans POstrobothnie , d'où ils faisaient le commerce avec la Tawasténie. Les Suédois, dont leurs richesses excitaient la convoitise , envahirent leurs établissements; Magnus concéda atout particulier la propriété de ce qu'il acquerrait en Laponie, et dès lors commença l'assujettissement de ce pay3.
Cette prospérité du royaume s'évanouit sous son fils Birgerll, qui monta sur le trône à l'âge de dix ans, à une époque où la peste, la famine et les Russes vinrent ravager le pays. Torkel Ca« nutson administrait le royaume avec vigueur; mais les frères du roi suscitèrent une guerre civile, firent décapiter le ministre, s ent* parèrent de toute l'autorité, et, après avoir emprisonné le roi luimême, ils se partagèrent la Suède. Birger les fit assassiner; mais, chassé du royaume , il alla mourir en Danemark , et les villes proclamèrent son neveu , Magnus H Smek. Ce prince incapable se laissa gouverner par le sénat , par sa femme, Blanche de Namur, et par Bengt, son favori. Les vices du roi et le luxe de sa femme ayant épuisé les finances , Magnus , pour remplir le trésor, exigea le denier de Saint-Pierre, sous le prétexte de faire la guerre aux Russes schismatiques. Avec cet argent , il leva une armée et assaillit Novogorod ; mais , vaincu, il dut acheter la paix moyennant la cession de la Savolaxie. Le mécontentement lui aliéna ses sujets, le pape l'excommunia pour avoir levé le denier de Saint- Pierre, et la peste envahit le royaume; en outre , il avait moutre du mépris pour sainte Brigitte , à laquelle des visions et des relations donnaient de l'importance sur l'opinion et le gouvernement.
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et qui reprocha ses vices au roi. Smek fut donc obligé d'abdiquer i3«o. en faveur de son fils Éric XII, auquel, après un règne agité , succéda le frère de Haquin II , roi de Norvège. Bientôt Magnus et 1561 Haquin furent détrônés, et la race des Folkunger finit avec eux. »*»■
La Suéde fut un royaume électif tant qu'elle fut dominée par constitution
* ■ suoUoi.se.
les Folkunger, bien que la couronne ne sortit jamais d'une même famille. Le prince élu devait faire le tour du royaume (1), et son couronnement avait lieu à Upsal. La première dignité de l'État était celle du iarl des Suédois et des Goths , ministre et général suprême , qui, vers la fin du treizième siècle, céda la prééminence au drosl et au maréchal. Le drost (dapifer?) devint premier ministre; le maréchal était inspecteur des écuries et grand maître des cérémonies , sans aucun pouvoir militaire. Un ecclésiastique remplissait les fonctions de chancelier; il n'y avait point de fiefs, et toutes les propriétés étaient allodiales et soumises à la taille. Seul Magnus Ladulos en exempta les propriétaires qui voulurent s'obliger au service militaire. La noblesse n'était donc pas attachée à telle ou telle terre; mais elle comprenait une classe de citoyens élevée au-dessus des autres par certains privilèges, qui résultaient du mérite personnel et de dignités honorifiques. Une autre noblesse s'introduisit avec la chevalerie, comme aussi l'usage des armoiries et des noms de famille ; car jusqu'alors le nom du père avait servi exclusivement à désigner les individus.
La Suède dut à cet état de choses l'avantage d'être exempte de guerres privées, et la politique seule mit les armes aux mains des factieux.
Les nobles formèrent une assemblée nationale qui n'avait pas d'analogue dans les autres pays , car les membres étaient convoqués individuellement. Ce n'est qu'en 1319 qu'on trouve uue assemblée représentative dans laquelle , outre les deux< premiers ordres et les députés du tiers état ou des villes , on voit figurer les paysans ; depuis cette époque , ils conservèrent le droit d'en faire partie. Le clergé, unique sauvegarde jusque-là contre les usurpations de la couronne, ne s'arrogea pourtant jamais la juridiction civile.
La Suède était divisée, pour la justice, en harad , dont les tribunaux , siégeant trois fois l'année et composés d'un juge as-
(li C'est ce qu'on appelait le tour d'Éric, probablement en mémoire de saint Kric, a qui sont attribuées toutes les vieilles coutumes et les lois rltères à la nation, et dont la légende dit qu'il parcourut ses États sur un ebar, pour connaître ceux qu'il devait gouverner.
sisté de douze prud'hommes, prononçaient en première instance. Pour les appels, on s'adressait aux lagman , qui siégeaient une fois Tan dans chaque harad. Au roi appartenaient la connaissance des crimes capitaux et la révision des procès civils. La composition n'était pas admise pour l'assassinat. Le vol jusqu'à la valeur d'un marc entraînait la peine de mort ; au-dessous , celle du fouet et la perte des oreilles. Tout délit contre la sûreté publique était considéré comme une violation du serment prêté au roi , et puni , en conséquence, de l'exil et de la confiscation. Les peines capitales comprenaient la roue, la décollation et le gibet ; les femmes étaient enterrées vives.
Le clergé ne contribuait , pour les besoins publics , que par des dons volontaires. Après Y acte d'union, il s'introduisit une noblesse avec tout le cortège des idées féodales. Chaque noble était obligé d'avoir un cheval et une armure complète. Tout roturier put être reçu noble , pourvu qu'il fût en état de chevaucher et de manier les armes. Pour convoquer l'armée , le roi envoyait dans chaque district un bâton (budkafk); un homme sur huit se rendait avec ses armes et des vivres au lieu assigné.
Les Suédois ne connaissaient pas la servitude, parce qu'il n'existait aucun corps de noblesse héréditaire, et qu'ils n'avaient point subi d'invasions récentes. Des hommes libres habitaient dans les villes et les campagnes , aptes à devenir nobles, comme nous l'avons dit. A l'exemple des cités allemandes, les villes étaient régies par des lois démocratiques; dans les villes fondées par la ligue hanséatique , les Allemands participaient aux emplois municipaux. Comme ils n'avaient point de navires, ils se servaient de ceux des Danois; par le manque de sel et de houblon, ils se trouvaient dans la dépendance des villes hanséatiques, qui seules faisaient le commerce dans le pays.
L'autorité royale n'avait fait que décroître au milieu de ces luttes. Aux termes d'un code promulgué par Magnus II pour mettre d'accord la législation des diverses provinces . les nationaux n'étaient point obligés de suivre le roi dans une guerre hors du territoire. Toute aliénation des domaines royaux faite par un prince pouvait être révoquée par son successeur. Le roi devait jurer d'observer les prescriptions du code, d'honorer le sénat , de suivre ses conseils , de n'y point laisser siéger des étrangers, et de ne leur confier ni châteaux ni provinces, non plus que l'administration des biens de l'État. Il lui était interdit de lever de nouvelles taxes, sauf le cas de la guerre, pour les dépenses de son couronnement et du tour d'Éric , le mariage d'un fils, la dot d'une fille ou