SUÈDE
la construction d'un château royal. Lorsqu'il s'agissait de percevoir une contribution légale , un évôque avec six nobles et autant de bourgeois par province déterminait la quote-part de chaque commune. Les lois anciennes furent maintenues , et le consentement de la nation devint nécessaire pour en introduire de nouvelles.
Les douze conseillers séculiers et quelques-uns choisis dans le clergé , que le roi nommait après son couronnement , prirent le titre de sénateurs du royaume , et se constituèrent comme pouvoir intermédiaire entre le roi et les états , ce quifut un commencement d'aristocratie; les immenses possessions que la terrible peste noire accumula dans les mains de ceux qui survécurent contribuèrent à son agrandissement.
Après la déchéance des Folkunger , la diète décerna la couronne imà Albert, prince de Mecklembourg; mais, outre la guerre que lui firent les deux princes déposés, sa qualité d'Allemand et la faveur qu'il accorda aux Mecklembourgeois pour les mariages et les emplois lui attirèrent la haine de ses sujets. Contraint de soudoyer des troupes, il épuisa si bien les finances que le sénat fut obligé de lui accorder (pour une année sans doute) la moitié des revenus de tous les particuliers. Les mécontents se tournèrent vers Marguerite, veuve de Haquin II, le dernier des Folkunger, régente du Danemark et reine de Norvège. Elle adressa un cartel à Albert, qui envoya pour toute réponse à ce roi sans hauis~de-chausses une pierre longue de trois pieds, pour y aiguiser des aiguilles. En w{gkf échange , elle lui fit remettre une bannière formée avec des lanières de ses chemises; puis, elle le vainquit à Falkôping, et le fit prisonnier. Ses parents et ses fauteurs allemands se soutinrent dans leurs forteresses; dans la crainte d'être égorgés par les Suédois, ils organisèrent entre eux une confédération armée, dite des Frères du bonnet , qui sema l'épouvante par les menaces et les supplices. Les villes mecklembourgeoises de Wismar et de Rostock créèrent une autre association de pirates dits les Frères Vit* FrtrjjJJlutaliens, parce qu'ils fournissaient des vivres à Stockholm. Comme ils invitaient à faire partie de leur association quiconque voulait donner la chasse aux vaisseaux norvégiens et hanséatiques , tout le commerce se trouvait interrompu dans la Baltique et les mers du Nord , dont ils inquiétaient les côtes. Les Allemands , secondés par eux, se maintenaient en Suède, lorsqu'il fut convenu, par le traité de Lindolm , qu'Albert et les antres prisonniers seraient m. mis en liberté pour trois ans, à la condition que, ce délai expiré, si la paix n'était pas conclue , le roi se constituerait de nouveau
prisonnier avec son fils, ou payerait soixante mille marcs d'argent. Stockholm fut laissée aux cités médiatrices comme garantie du traité; car Marguerite était persuadée que, les trois années écoulées, Albert n'exécuterait pas les conventions et qu'elle recouvrerait la capitale, ce qui arriva en effet. Alors les villes hanséatiques déclarèrent la guerre aux Vittaliens , et les expulsèrent. i3M. Marguerite, surnommée la Sémiramis du Nord, amena la Suède inun. à reconnaître pour roi son petit-neveu Éric de Poméranie, et l'acte d'union des trois royaumes fut signé à Calmar. Dans cet acte , qui conservait à chaque pays ses droits particuliers, au lieu d'en faire la propriété d'une famille, il fut stipulé qu'à chaque vacance du tronc les états des trois royaumes éliraient en commun , pour roi , un fils du prince défunt ou de sa fille, ou, à leur défaut, un personnage de haut rang; qu'ils ne se détacheraient que d'un commun accord du souverain qu'ils auraient élu; que le roi gouvernerait chaque royaume selon ses lois particulières et avec le concours de leurs sénateurs propres ; qu'ils se soutiendraient mutuellement contre l'ennemi, mais que le royaume attaqué payerait les troupes et la rançon des prisonniers; que les alliances seraient communes , et que l'exil entraînerait l'exclusion de tous les États.
Ainsi réunie, la Scandinavie aurait pu, avec ses montagnes riches en fer, en cuivre , en argent , ses bois de construction , ses lacs, ses fleuves poissonneux, ses pâturages abondants, avec sa population, renommée au dehors par son courage, jalouse de sa liberté au dedans, adonnée au commerce, à l'agriculture, et parlant des dialectes d'une même langue qui attestait sa communauté d'origine, se fondre en un vaste et puissant État; mais l'idée de nationalité se développe tard parmi les peuples. La seule ambition d'une femme illustre , secondée par les jalousies de certaines familles, était parvenue à rapprocher ces royaumes; pouvait-on espérer qu'ils restassent longtemps d'accord? Le Danemark avait donné le christianisme à la Suède et à la Norvège; il prédominait en conséquence, favorisé qu'il était par les évoques. Marguerite disait à son fils - La Suède vous donnera à manger, la Norvège vous habillera ; mais les Danois vous défendront. Les rois de Danemark (1) devaient , pour conserver leur suprématie, se résigner à des concessions continuelles envers leur noblesse, au détriment de leur propre autorité et des franchises des bourgeois. En Suède, les bourgeois, qui avaient con-
(I) Jusqu'à Gustave Wa<a, aucun roi de Suède ne sut écrire son nom.