UNION DE CALMAR
serve le plus grand nombre des libertés Scandinaves, repoussèrent les Danois avre énergie. Les Norvégiens se montrèrent plus dociles, soit qu'ils fussent maintenus par l'influence du clergé, ou la peur de la Suède. Les rois de Danemark n'avaient songé qu'à se rendre absolus, et les nobles suédois ne visaient qu'à dominer la monarchie. De ces intérêts en lutte, qu'une main vigoureuse ne refrénait pas, il résulta des malheurs pour tous et une recrudescence de haine entre ces nations réunies.
Marguerite continua, tant qu'elle vécut, à augmenter ses possessions et son autorité. Les Danois lui décernent l'honneur d'avoir élevé leur royaume à son plus haut degré de splendeur. Les Suédois détestent cette étrangère , qui sacrifia leurs intérêts à ceux des Danois , les chargea d'impôts , accorda des fiefs et les principaux emplois à des Italiens , des Anglais et des Allemands qui, fiers de leur civilisation, traitaient avec insolence et mépris la grossièreté suédoise.
Après la mort de cette grande reine, Éric le Poméranien (1) succomba sous le poids d'un fardeau au-dessus de ses forces. Marguerite avait conféré le duché de Sleswick à la maison de Holstein; mais, lorsqu'elle se sentit assez puissante , elle tenta de le recouvrer. Éric consuma dans la même entreprise vingt ans d'hostilités, de dépenses, d'ennuis et de déceptions. Son ineptie dans la paix et la guerre lui aliénait les Suédois et les Danois; il voulait, disait-il , être roi, et non pas un simple seigneur, et il ne savait refréner ni les nobles ni les paysans. Engelbrecht , patriote sans ambition , se mit à la tête du soulèvement de la Dalécarlie, et sut maintenir l'ordre et la modération parmi cent mille insurgés; dans les forteresses qu'il prenait l'une après l'autre, il remplaçait par des indigènes les commandants étrangers; après la déposition d'Éric, il fut élu administrateur du royaume. Mais m». Charles Canutson, maréchal du royaume, qui aspirait au trône, éloigna et fit tuer peut-être le loyal Engelbrecht , pour donner carrière à ses passions cupides et cruelles. Les trois royaumes furent bouleversés. Éric eut recours aux armes et aux négociations ; il fut tour à tour déposé et réélu , pour des mérites ou des torts différents , dans les divers pays de l'Union. Enfin Christophe, mo. comte palatin du Rhin , fut proclamé roi de Danemark , puis de la Suède et de la Norvège. Afin de se concilier les peuples, il con-
(1) Ici M reproduit l'embarras que nous avons trouté en Espagne. Éric est IX en Danemark, III en Norvège, XIII en Suède. Il est mieux désigné sous le mu nom de Poméranien.
firma le code do Magnus II , promulgua un droit municipal , et favorisa le commerce pour soustraire l'Union au monopole des hanséatiques ; après s'être efforcé toute sa vie de dissoudre cette confédération de marchands , il mourut en recommandant aux Danois l'accomplissement de cette tâche.
Éric, qui s'était retiré dans l'île de Gothland , exerçait la piraterie sur les côtes, où il interceptait l'arrivage des grains; il causa une telle disette , que la population fut obligée de mêler à la farine de l'écorce d'arbre broyée. Ces privations et d'autres circonstances malheureuses éloignèrent de Christophe un peuple m*- naturellement mobile ; le chagrin qu'il en ressentit l'entraina dans la débauche ; il mourut sans laisser d'enfants.
L'Union fut alors dissoute (1), et l'ambitieux Charles Canutson ciurt™ 11 parvint à se faire nommer roi de Suède. Les Danois élurent Adol-
ou VII .
phe VIII, duc de Sleswick et comte de Holstein ; mais ce seigneur chrutun i. jeur proposa à sa place Christian , comte d'Olderabourg , son neveu et son héritier. De ce dernier prince sont issus les rois de Danemark à commencer de 1448, les rois de Suède à partir de 4751, les czars de Russie depuis 4762, et de plus les diverses branches de la maison de Holstein.
La Norvège et le Gothland furent disputés entre Charles VIII et Christian ou Christiern Ier, qui, ne pouvant s'accorder, eurent recours aux armes. Le second était ignorant et grossier; l'autre, instruit, bon latiniste et savant mathématicien; mais son imprudence lui aliénait les Suédois. Il avait réprimé l'aristocratie , et surtout les deux puissantes familles des Wasa et des Oxenstiern. Lorsqu'il se trouva contraint de s'enfuir à Dantzick, Christian fut reconnu roi de Suède ; l'Union , ainsi renouvelée, fut ensuite confirmée par l'élection de son fils comme son successeur. A la mort
neo. d'Adolphe VII, Christian obtint, sans effusion de sang, ce que vingt ans de guerre n'avaient pas donné à Éric, la réunion du Danemark et du Holstein. Far cette acquisition les souverains de ce royaume devinrent membres de la confédération germanique.
Mais une révolution dont les motifs sont imparfaitement connus renversa Christian du trône, où l'on rappela Charles VIII, qui fut
«** bientôt déposé, puis restauré; à sa mort, Christian ne put recouvrer le pouvoir en Suède.
m\. Ce prince, ne pouvant accomplir un pèlerinage à Jérusalem, comme il en avait fait le vœu , se transporta à Rome. Sixte IV
(1) Le renouvellement de PUnion est le but que poursuit la Société secrète de la jeune Scandinavie.
UNION DE CALMAK.