POLOGNE, LITH0AN1E ET PRUSSE
Boleslas II le Hardi, duc de Pologne , se fit couronner roi pendant que Henri III était occupé contre le pape ; mais, voluptueux et cruel, il s'aliéna tellement les esprits que l'évêque de Cracovie l'excommunia. Furieux, il envoya des hommes d'armes pour l'arracher de l'autel où il célébrait le saint sacrifice ; comme ils n'osaient commettre un pareil sacrilège , lui-même frappa mortellement le prélat, qu'il fit ensuite hacher en morceaux. Pour venger la victime, le peuple lui conféra les honneurs du martyre , et saint Stanislas devint tout à la fois le patron des Polonais et le symbole de leur future destinée. Encouragés par l'excommunication lancée par Grégoire VII, ils se soulevèrent contre Boleslas, qui , obligé de s'enfuir, subit le châtiment des remords, et finit par se tuer ou s'ensevelir dans un monastère.
L'autorité suprême fut offerte à son frère Wladislas, qui l'exerça sous le titre de duc. 11 fit la guerre , et ses successeurs l'imitèrent, tantôt à l'Empire, tantôt à la Bohème, à la Prusse ou à la Poméranie. Ce dernier pays, habité par les Leckhes, de race slave comme les Polonais , ne dépendait probablement de la Pologne que par le lien du vasselage. L'Évangile y fut prêché par saint Othon, évêque de Bamberg; il instruisit et baptisa beaucoup de personnes , en commençant par le duc Wratislas , qui congédia vingt-quatre femmes; l'horrible usage de tuer les enfants peu robustes fut aboli parmi le peuple. Les habitants de Stettin, capitale du duché, repoussèrent le christianisme, parce qu'on voyait parmi les chrétiens des larcins, des assassinats et des actes d'inimitié inconnus aux Poméraniens; pour favoriser les conversions, Wratislas promit de ne lever dans tout le pays que trois cents marcs d'argent et un homme seulement sur dix pour le service militaire.
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Othon démolit les temples, et , dans le nombre, celui qui renfermait la célèbre effigie deTriglaf, dieu triple du ciel, de la terre et de l'enfer; dans ce temple se trouvaient des richesses considérables, parce qu'on y déposait le dixième du butin. Othon brisa l'idole, et en envoya les trois tètes au pape comme un trophée. La vigne fut introduite dans le pays, afin qu'on pût se procurer du vin pour le sacrifice de la messe.
Othon, s'étant aperçu que les Poméraniens méprisaient tout ce qui avait l'apparence de la pauvreté , et faisaient grand cas de ce qui éblouissait les yeux , revint dans l'appareil de prince évéque , suivi de cinquante voitures chargées d'étoffes précieuses, de toiles et autres objets de luxe. Ce faste, joint à la magnificence des habits du saint , à l'or, à l'argent , aux miracles, ne contribua pas peu à leur conversion.
Bleslas III eut l'imprudence de partager ses vastes États entre m«. ses cinq fils ; ce partage donna naissance à des guerres civiles , dans lesquelles intervinrent les armées nationales et celles de l'étranger; les ducs se renversèrent les uns les autres, et, pendant leurs querelles, les guerres ou les conflits se continuaient avec les Prussiens indomptables, les Russes et l'Empire. A ces calamités il faut ajouter l'invasion des Mongols, qui bridèrent Cracovie, et revinrent plus tard ravager le pays, dont ils enlevèrent, en une seule fois, vingt et un mille jeunes filles.
Les Polonais continuèrent de s'entre-tuer. Prémislas II réunit sous ses lois une grande partie du pays et se fit couronner roi, du consentement de Boniface VIII; il fut peu après massacré par les im. siens.
La Pologne était continuellement agitée par les factions que • soulevait chaque élection des rois. Le plus remarquable parmi eux est Casimir III le Grand, prince victorieux et organisateur, im-isio. qui apaisa les troubles, et rétablit la paix avec la Bohème et Tordre Teutonique. Il occupa la principauté de Gallicie, le duché de Masovie , et soutint de longues guerres tantôt avec les Lithuaniens, tantôt avec les Mongols, qui plusieurs fois envahirent son royaume. (1 substitua des lois fixes aux coutumes orales, et supprima les tribunaux particuliers des colonies allemandes. Il n'y avait pas de tiers état , puisque des entraves empêchaient le commerce ; mais il lui donna une représentation en appelant aux diètes les députés des villes immédiates pour les affaires qui les intéressaient. Il ne voulut pas que les arts et métiers se formassent en maîtrises, ni que la noblesse pût les exercer. Ces défenses profitèrent aux juifs, à qui ce roi concéda plusieurs privilèges , en faveur, dit-on, de la
belle Esther, Tune des nombreuses femmes auxquelles il prodigua ses amours. Les nobles l'appelèrent le Hoi des paysan*, à cause du soin qu'il apportait à les soustraire aux avanies des seigneurs; il détermina les corvées dont ils étaient tenus, les modes d'affranchissement , la manière dont ils pouvaient acquérir, et leur permit de faire apprendre des métiers à leurs enfants. Il fonda aussi l'université de Cracovie (1364).
Les bourgeois n'avaient pas de privilèges, et, comme les paysans, ils étaient soumis aux corvées. Boleslas le Chaste accorda à Cracovie, puis à d'autres villes, un gouvernement municipal à la manière allemande, et des juges de la cité, dont les sentences étaient déférées par appel à Magdebourg , et de là aux tribunaux de l'Empire. Sous ce prince , on découvrit les salines de Bochnia, qui devinrent une grande richesse pour le pays et pour la couronne.
Quoique Strzegenski ait écrit une chronique polonaise, et que Vincent Kadlubek, évôque de Cracovie, ait composé, par ordre du roi Casimir'le Juste, une histoire qui va jusqu'en 1204, on ne peut guère se former une idée de la constitution de la Pologne. La monarchie y paraît d'abord tellement absolue, que le roi pouvait laisser le royaume à qui il voulait , comme un patrimoine, et que, s'il réunissait les nobles, c'était uniquement pour leur manifester la volonté royale. Ils lui devaient le dixième de leurs revenus, des ouvriers pour les habitations royales, des vivres et des fourrages pour la cour quand elle traversait leurs domaines; du reste, ils n'avaient aucune juridiction sur les sujets, ne pouvaient ni construire des châteaux , ni chasser, ni défricher les forêts , ni exploiter les mines , et, comme tous les autres, ils étaient passibles de peines afflictives, y compris la mort. Accompagnés de quelques personnes instruites et considérables qui leur servaient de conseil, les rois parcouraient le royaume pour rendre la justice, recevoir les appels, examiner la conduite des juges ordinaires.
Cependant, lorsque la Pologne fut morcelée en principautés indépendantes, souvent en guerre avec celui qui portait le titre de chef, les princes, afin de s'attacher les vassaux et le clergé, durent accorder quelques privilèges. Ces concessions amenèrent, sous le règne de Casimir III, le changement de la constitution.
Il désigna pour lui succéder, au lieu de sa fille, Louis d'Anjou, son neveu, fils du roi de Hongrie; pour obtenir l'assentiment des nobles, il limita l'autorité absolue des rois Piasts par l'obligation qu'il s'imposa de soumettre aux états la ratification des traites, et de ne point grever les nobles de nouveaux impôts; de ne pas les