‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 13 sur 153 · MAHOMET H · texte numérisé non relu

MAHOMET H

Conraène se soumit en vertu d'un traité , et fut transféré à Constantinople , où l'inexorable Mahomet , sous prétexte de trahison, le fit mettre à mort avec toute sa famille. Les querelles des princes de la Caramanie fournirent à Mahomet l'occasion de s'interposer; il les chassa tous, et mit à leur place Moustapha, son troisième fils. Ussum-Kassan du Mouton Blanc leur donne asile; Mahomet s'en irrite , l'attaque et le défait.

Tournant alors ses armes contre les Génois, Mahomet s'empara 1Wfpar surprise d'Amastreh, dont il transporta les habitants à Cons- 1MI, tantinople;il agit de même à Caffa, entrepôt de leur commerce et siège de leur puissance de la mer Noire , qu'il prit par trahison, et d'où il expédia quarante mille habitants à Constantinople. Quinze cents enfants génois furent enrôlés dans les janissaires. Mahomet se rendit ensuite maître de Tana, d'Azov et des autres villes sans effusion de sang. Ces contrées furent alors agitées par divers descendants des anciens khansdu Kaptchak ; puis les Russes en occupèrent une portion ; ils allaient môme s'emparer de tout le pays, si Mahomet II n'était pas venu à son secours. Menkéli-Kéraï, un de ces princes, qui s'était réfugié parmi les chrétiens pour se soustraire à la colère de ses frères, fut envoyé à Constantinople pour y être étranglé (1); mais , au lieu du supplice, il obtint un gouvernement dans la Crimée.

Restaient les chevaliers de Saint-Jean , qui , depuis la prise d'Acre, anode» s'étaient établis à Chypre, où régnaient les Lusignan ; de Limisco, ils n'avaient cessé de guerroyer contre les infidèles; mais, troublés par leurs démêlés continuels avec les Lusignan, ils résolurent de conquérir l'île de Rhodes. A l'époque où les croisés s'emparèrent de Constantinople, cette île échut en partage à un prince italien; puis elle avait appartenu aux Génois, et enfin elle était revenue à l'empire d'Orient ; mais le seigneur de la Gualla,

(t) Un cérémonial exact règle les supplice* chez les Turcs, comme parmi nous les honneurs. Le plus honorable, réservé pour les grands de l'empire, est d'être étranglé avec la corde d'un arc. La décapitation est infamante, et plus encore le gibet et le pal. Les gens vulgaires sont pendus ; on étrangle les ulémas et les militaires ; les officiers civils ou militaires sont décapités, et leurs têtes exposées trois jours avec un écrit au indiquant leur nom et leur crime. Personne ne visite Constantinople sans avoir les yeux blessés de ces horribles snectacks. La tfttvî d'un vizir ou d'un pacha à trois queues y est exposée dans un plateau d'argent, sur une colonne de marbre, prés de la seconde porte du sérail ; celle d'un pacha à deox queues, d'un général ou d'un ministre, sur un tailloir de bois sous la première porte , devant laquelle on jette sur le sol la tête des condamnés d'un ordre inférieur. Les tètes coupées dans les provinces sont salées , et expédiées à Constantinople.

qui la gouvernait, s'était rendu indépendant, et plusieurs fois les Turcs vinrent la ravager. Le grand maître de l'ordre, Foulques de Villaret, l'enleva par surprise, ainsi que les îles adjacentes, et les chevaliers, courant de là sur les Turcs, venaient en aide à ceux que menaçaient leurs armes. Orkhan les avait en vain assiégés en 1315; depuis, ils avaient pris Smyrne, et en étaient restés maîtres de 1343 à MOI, quand cette ville leur fut arrachée par Tamerlan.

Les chevaliers de Saint-Jean s'étaient enrichis des dépouilles des templiers, qui leur furent abandonnées à l'abolition de cet ordre ; puis, dans le chapitre général tenu à Montpellier par Élion de Villeneuve, la Religion fut divisée en huitjangues, Auvergne, Provence, France, Italie, Aragon, Castille, Angleterre , Allemagne ; à cette dernière appartenaient les prieurés de Danemark, de Suède et de Hongrie. Dans un autre chapitre tenu à Avignon, il fut arrêté que l'on s'occuperait de rédiger les statuts de l'ordre.

Mahomet II reconnut l'importance de Rhodes, et, dès que sa flotte se trouva libre, il la dirigea contre cette île. Jean-Baptiste Orsini, trente-huitième grand maître, fit appel, pour sa défense, aux chevaliers de toute langue. Il conclut la paix avec le sultan d'Egypte et le prince de Tunis, afin de pouvoir tirer des blés de l'Afrique; puis il se fit conférer par l'ordre un pouvoir absolu sur ses biens et ses forces pour toute la durée de la guerre. Mésid-Pacha se présenta devant Rhodes avec cent soixante voiles, débarqua cent mille hommes, et fit le siège de la capitale; mais les chevaliers firent de tels prodiges de valeur que les Turcs furent obligés de se retirer après quatre-vingt-neuf jours de siège, laissant neuf mille morts et emportant treize mille blessés.

Vers la même époque, les Ottomans avaient souvent envahi la Styrie et la Carinthie. Quarante mille d'entre eux, ayant pénétré dans la Transylvanie, se trouvèrent arrêtés par Étienne Bathori, qui périt dans la mêlée, mais avec trente mille ennemis.

Les privilèges de Venise à Constantinople et ses possessions dans le Lovant lui avaient été garantis par Mahomet ; mais, à mesure que les musulmans s'étendaient, ses possessions restaient comme des îles au milieu d'une immense inondation, toujours prête à les engloutir. Une occasion des plus légères fit bientôt éclater les hostilités. Un esclave du pacha d'Athènes, ayant volé cent mille aspics, s'enfuit à Coron ; les Vénitiens refusent de le livrer, parce qu'il est chrétien, et la guerre éclaté. Les Turcs prennent Argos; mais Venise parvient à la recouvrer, et se pré-

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