‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 14 sur 153 · MAHOMET II · texte numérisé non relu

MAHOMET II

pare à seconder la croisade prêchée par Pie II, et que nous avons vue rester sans effet. Alors Mahomet proclame la guerre sainte, et s'avance sur Nègrepont avec quatre cents voiles et trois cent mille soldats. Il l'assaillit trois fois ; mais Nicolas Canale le repoussa d'abord avec l'artillerie qui tirait jusqu'à cinquante-cinq IMfc coups par jour; cependant la ville finit par être prise, bien que défendue rue par rue. Paul Erizzo, qui commandait la citadelle, se rendit à la condition de sauver sa téte ; Mahomet ne la fit pas tomber, il est vrai, mais il le lit scier en deux, pour se venger de la perte de soixante-dix mille Turcs qui avaient péri sous les murs de la place.

Les Turcs dès lors se montrèrent aussi redoutables sur mer wemu*que sur terre. Paul II excita les Italiens à former une ligue, qui, en effet, se forma entre Ferdinand de Naples, le roi Jean d'Aragon, Venise, Milan, Florence, les ducs de Modène et de Ferrare, les marquis deMantoue et de Montferrat, le duc de Savoie, les républiques de Sienne et de Lucques. La mort du pontife et les jalousies qui surgirent entre les petits potentats italiens ne permirent pas qu'elle produisit quelque effet. Sixte IV réussit également à réunir quelques forces, et s'allia avec Ussum-Kassan de Perse, qui envahit l'Asie Mineure; mais cet auxiliaire, manquant de courage et d'artillerie , ne tarda point à battre en retraite, et les Vénitiens demeurèrent presque seuls. Un petit nombre d'entre eux tint généreusement au siège de Scutari, et même à Lépante contre une nuée de Turcs; mais ces derniers triomphèrent enfin, et vinrent apporter l'esclavage et la peste entre l'Isonzo et le Ta- ma. gliamento. Enfin, à la paix, Venise céda Scutari et tout ce qu'elle avait conquis dans cette guerre, en conservant sa juridiction dans Constantinople, et l'exemption des droits de douanes, moyennant une somme de dix mille ducats par an.

Nous parlerons ailleursde l'effroi que causèrent les Turcs lors- i«w. qu'ils débarquèrent en Italie et saccagèrent Otrante. L'orage qui menaçait le pays parut dissipé quand Mahomet termina ses jours, mjj^ près de Nicomédie, à l'âge de cinquante et un ans, en disant : Je voulais conquérir Rhodes et l'Italie. La joie que sa mort causa aux chrétiens atteste combien il était redouté. Le pape Sixte IV, qui s'apprêtait à gagner Avignon, ordonna de fêter ce jour comme un. dimanche, et de le solenniser pendant trois autres jours, au milieu des décharges de l'artillerie et par des processions générales.

L'empire d'Orient n'en était pas moins effacé du monde, et cette Grèce dont l'Europe avait reçu la civilisation venait de pé-

nrl i. Mais non, un peuple n'est pas mort tant que subsistent les éléments de sa nationalité. Une môme religion réunissait les Grecs contre les sectateurs de Mahomet ; ils parlaient une même langue, dans laquelle ils répétaient les chants nationaux, éternelle protestation contre un joug odieux ; beaucoup môme s'y étaient soustraits en se réfugiant dans les montagnes et en conservant l'habitude de la résistance. Des hauteurs du Pélion, de l'Olympe, du Pinde thessalien et des monts Agrafa, des bandes de Grecs tombaient de temps à autre sur les Turcs, qui les appelèrent Clephles, c'est-à-dire brigands, et contraignaient les maîtres à traiter avec eux, à reconnaître leur indépendance. Les Grecs de la plaine, dont les clephtes ne respectaient pas les champs, furent obligés de s'armer contre eux : ils instituèrent donc une milice («rmatoli) avec des capitaines particuliers; mais ceux qui la composaient, quand les pachas devenaient trop exigeants, se révoltaient, et, se faisant clepthes eux-mêmes, perpétuaient la rébellion.

Quelques-uns aussi, qui ne purent se résigner à la servitude, émigrèrent, et Gênes les accueillit dans l'île de Corse (2), comme Naples et la Sicile dans leurs vallées.

L'Europe déplora longtemps le sort des Grecs, puis elle les oublia; les poètes seuls se transmirent d'âge en âge la noble tâche de faire valoir les droits du malheur, et ne cessèrent d'exciter les princes d'Occident à délivrer la Grèce de ses oppresseurs. Quand un peuple n'a pas perdu ses souvenirs, quand les lettres sont là pour faire de temps à autre retentir à son oreille un chant commémoratif, il est destiné à se relever, et la Grèce s'est relevée.

(1) On trouvera ce qui concerne la constitution de l'empire ottoman et des pays qui en dépendaient, liv. XV, ch. 8.

(2) C'étaient des Maïnotes ou Spartiates. Gônes les imposa au dixième des fruits et cinq livres par feu, en leur assignant les terres en friche de Paoncia , Recida et Pias«ologna, qui furent bientôt cultivées et peuplées. En reconnaissance , ils restèrent lidèles aux Génois contre les Corses ; contraints par les forces supérieures des naturels à s'embarquer pour Ajaccio, ils laissèrent vingtsept Grecs enfermés dans la forteresse d'Uncivia, qui, pendant cinq jours, repoussèrent les attaques de deux mille cinq cents Corses , et finirent par se retirer eux-mêmes à Ajaccio. Les restes de cette colonie se rencontrent encore à Cargèse et à Ajaccio, avec les mœurs, les usages et les chants de leur ancienne patrie.

ESPAGNE ET TORTOGAL

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