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CHAPITRE XVIII

ÉTUDES CLASSIQUES

A la voir si grande à son début, qui n'aurait cru que la nouvelle littérature allait se lancer sur une voie particulière, tout à faitdif-

(1) Disons toutefois qu'on enlève aujourd'hui à Pandolfini la paternité de ce livre pour l'attribuer à l'illustre architecte I/on-Baptiste Alberti.

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férente de l'ancienne? Il en advint tout autrement, et l'enthousiasme de l'érudition arrêta l'essor du génie moderne. Pétrarque et Boccace, mais non pas Dante, qui ne connaissait la plupart des classiques que de nom, avaient pris à tache de ressusciter la littérature antique ; mais, si elle épura leur goût, elle fit que Pétrarque demandait la gloire à ses vers latins, et que Boccace introduisit ces longues périodes et ces inversions que repoussent les langues modernes.

Boccace fut l'un des premiers qui cultivèrent sérieusement le grec, répandu ensuite par ceux qui fuyaient devant le cimeterre des Turcs. Nous avons peine à croire avec Philelphe, que le menu peuple de Constantinopïe parlât encore la langue dorée d'Aristophane et d'Euripide, les grandes dames et les hommes de lettres, celles des historiens et des orateurs (4). A coup sûr, la prononciation était tout à fait altérée ; lui-même trouvait dans le Péloponèse une manière de parler « dépravée, qui n'avait rien de la langue ancienne et très-éloquente de la Grèce. » Colluccio Salutato écrit, en outre (2), que Plutarque avait été traduit du grec ancien dans l'idiome moderne. Toutefois il était possible d'appliquer avec le plus grand avantage une langue encore vivante à l'explication lies classiques. Le clergé d'ailleurs, qui ne s'était pas adonné aux affaires du gouvernement , ni aux distractions de la guerre, comme dans l'Europe féodale, pouvait employer ses loisirs à l'étude des lettres et à son instruction ; d'un autre côté, la subtilité des questions agitées en Orient portait à donner une extrême attention aux mots.

Mais, prêtres et laïques, les Grecs s'occupèrent des mots à l'exclusion de toute autre chose. Les discussions d'école ne permettaient pas de s'occuper des auteurs profanes, et c'est peut-être alors que périrent les lyriques doriens et éoliens, parce qu'ils étaient devenus inintelligibles pour les copistes. Du reste, le plus grand nombre des savants grecs considéraient la littérature classique comme une science morte ; ce n'est donc qu'après avoir été transplantée en Italie qu'elle donna des fruits.

Les hommes versés dans la connaissance du grec n'avaient jamais manqué en Italie; il est certain du moins qu'elle était étudiée, comme langue ecclésiastique, par les moines de Saint-Basile. Lorsqu'i 1 fut question de réunir l'Église d'Orient à celle de Rome,

(1) Ep. de 1451.

(2) Mènes, p. 294. Du Cange a indiqué dans la Bibliothèque royale un manuscrit du treizième siècle qui parait l'essai le plus ancien en grec moderne.

un zèle subit entraîna vers l'étude de cette langue. Le Calabrais Barlaam, moine du mont Athos et grand fauteur du schisme grec, étant venu de Constantin pli comme ambassadeur, enseigna, sans succès remarquable , cette langue à Pétrarque. Léonce Pilate, compatriote de ce religieux et son élève, s'établit à Florence dans la maison même de Boccace, qui le pria de traduire Homère; à cet effet, il fit venir à grands frais un exemplaire tlu Levant, et décida les Florentins à instituer pour lui la première chaire de langue grecque.

Manuel Chrysoloras, venu à Florence en qualité d'orateur de l'empereur Manuel, professa avec le plus de succès dans cette ville et ailleurs; puis une foule de Grecs arrivèrent en Italie à mesure que leur patrie tombait au pouvoir des musulmans. Théodore Gaza vint de Thessalonique, et George , de Trébizonde ; enfin, arrivèrent Jean Argyropoulo, Démétrius Chalcondylas et Jean Lascaris, issu de race royale. N'apportant avec eux d'autres biens que la connaissance des classiques, ils ne manquèrent pas d'en exagérer l'importance et de déclarer barbare tout ce qui ne s'y rattachait pas, dédaignant même le latin; c'est ainsi que le siècle des créations fit place à celui des grammairiens et des rhéteurs.

Des hommes d'un mérite plus réel étaient venus au concile de Florence, où des questions platoniques d'une nature sérieuse furent discutées. Bessarion, nommé cardinal, se fixa en Italie; il accueillit les Grecs émigrés, et raviva l'amour de Platon, dont la doctrine fut professée à Florence par George Gémistius Pléthon, et devint l'objet des études d'une académie. Ambroise, de l'ordre des Camaldules, au commencement de U00, trouvait dans Mantoue des enfants et des jeunes filles versés dans le grec ; la tille du marquis, âgée de huit ans, savait la grammaire de cette langue.

La première chaire de belles-lettres latines fut occupée parJeau de Ravenne, disciple de Pétrarque, et les Italiens, dont le g,>ùt s'était déjà raffiné, s'appliquèrent à retrouver les auteurs perdus, comme aussi à les imiter ; de manière qu'on peut dire que c'est en Italie et par des Italiens qu'ont été découverts tous les classiques. Pétrarque trouva dans Arezzo des fragments des Inst Mutions de QumtUien, quelques harangues de Cicéron, les trois premières décades de Tite-Live; il se mita la recherche des autres, sans oublier Virgile, dans la crainte qu'elles ne se perdissent par la molle insouciance des hommes. Il se rappelait avoir vu tlans son enfance les livres des Choses divines et humaines de Varcon, les lettres et les épigrammes d'Auguste, ouvrages qui

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ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Ce qu'il demandait avec le plus d'ardeur à ses amis, c'était quelque écrit de Cicéron, et, pour s'en procurer, il envoyait de l'argent, accompagné d'instantes prières, en Italie, en France, en Allemagne, en Grèce, jusqu'en Espagne et en Bretagne. Quelle joie ne fut pas la sienne lorsqu'il découvrit à Liège, ville tout occupée de négoce, d»ux oraisons du grand orateur, et à Vérone ses Lettres familières! Crotto lui expédia deBergame les Tusculanes ; Raymond Soranzo, le traité de Gloria, qu'il prêta à Convenevole sans le recouvrer, et qui s'est perdu. Nicolas Sigeros lui envoya de Constant inople un Homère en grec. Boccace allait rampant dans les greniers des couvents, pour y chercher des livres ; par économie ou pour plus d'exactitude, il les copiait de sa main.

« Mon vénérable maître Boccace de Certaldo me racontait, « dit Benvenuto d'Imola, qu'il était allé au noble monastère du a mont Cassin, dont il était avide de voir la bibliothèque, re- « nommée par sa riche collection ; il pria gracieusement un moine « de la lui ouvrir; celui-ci lui répondit avec brusquerie, en lui « montrant un escalier élevé : Montez, elle est ouverte. 11 s'y achea mina joyeux, et trouva le lieu qui renfermait un si grand tré- « sor sans porte ni clef. Étant entré, il vit l'herbe qui avait envahi « les fenêtres, et les livres couverts, ainsi que leurs étagères, a d'une couche épaisse de poussière. Tout étonné, il se mit à a ouvrir tantôt un livre, tantôt un autre, et trouva beaucoup de « volumes antiques et rares, tout déformés; aux uns on avait arec raché des cahiers, aux autres on avait coupé les marges. Affligé « de voir les travaux et les études de tant d'esprits illustres toma bés aux mains de gens d'une si grande ignorance, il s éloigna, « les larmes aux yeux ; puis, ayant rencontré un moine dans le a cloître, il lui demanda pourquoi des livres si précieux étaient a aussi indignement mutilés. Il lui répondit que certains religieux, « pour gagner deux ou cinq sous, en détachaient des cahiers, a dont ils faisaient de petits livres pour vendre aux enfants, et o qu'avec les rognures des marges ils arrangeaient des brefs « pour vendre aux femmes. Or, va maintenant, homme studieux, o te rompre la tête pour faire des livres (1) ! »

Poggio Bracciolini, étant allé au concile de Constance, trouva dans le monastère de Saint-Gall une abondance de livres a dans a une espèce de cachot obscur et humide, où l'on n'aurait pas a voulu jeter un condamné à mort. » Dans le nombre se trou-

(1) Commentaire sur le chant XXil du Paradis.

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vaient huit harangues de Cieéron, les Institutions de Quintilien, Columello, une partie de Lucrèce, trois livres de Valérius Flaccus, Silius Italicus, Ammien Marcellin, Tertullien ainsi que d'autres qui n'ont pas été retrouvés. Il donna des renseignements pour découvrir en Allemagne douze comédies de Plaute (1).

Plus tard VOrateur de Cieéron fut exhumé par Gasparin Barziza; les Lettres à Atticus, par un inconnu; Ghérard Landriano trouva à Lodi les livres de Y Invention et à Hêrennius : on eut de Paris les Lettres de Pline le Jeune; d'Allemagne, les Eglogues de Calpurnius et de Némésien ; Thomas Inghirami de Volterra découvrit à Bobbio le Voyage de Butilius Numatianus ($),

On regardait un manuscrit comme une des choses les plus précieuses, et une bibliothèque était de la magnificence. Melchior, libraire de Milan, demandait dix ducats d'or pour la copie d'un manuscrit des Épltres familières de Cieéron ; Antoine de Palerme vendait une métairie pour en avoir un de Tite-Live au prix de cent vingt. Thomas de Sarzane, qui fut ensuite pape, en achetait à crédit, et empruntait pour payer copistes et enlumineurs. Pétrarque se désolait 'de ce qu'il n'y avait pas un Pline dans Avignon. Sa bibliothèque, qui devait être choisie, fut cédée, moyennant une faible rétribution, à la république de Venise; celle de Saint-Marc eut pour noyau les livres que le cardinal Bessarion légua à Venise, « ville régie par la justice, où régnent les lois, où « la sagesse et la probité gouvernent, où habitent la vertu, la « gravité, la bonne foi. n En quittant cette ville, où il avait passé le temps de son exil, Cosme de Médicis laissa la sienne au couvent de Saint-George, et celle qu'il avait à Florence devint l'origine de la bibliothèque Laurentiana.

Nicolas Nicoli de Florence, dans la mesure de sa fortune, rivalisait avec Cosme par son zèle à réunir des livres ; il avait ramassé huit cents volumes, soit grecs, latins ou orientaux; il les transcrivait lui-môme, réordonnait et corrigeait les textes altérés par les copistes, ce qui le fit appeler le Père de l'art critique. Tous ces livres, qu'il légua pour l'usage public, furent déposés dans le couvent des dominicains de Sainte-Marie , dont la bibliothèque devint le modèle de celles qui se formèrent ensuite. Colluccio Sahjtato, affligé de l'altération des manuscrits , proposait d'établir des bibliothèques publiques , dirigées par des savants chargés de

(1) Stepherd, Vie de Poggio (anglais).

(2) De meilleurs manuscrit* lui font donner aujourd'hui le nom de Namazianus.

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reconnaître les meilleurs textes. Il en fit acheter une à Robert de Naples ; différents seigneurs imitèrent ce prince , et Ton cite un Andreolo d'Ochis, de Brescia, qui aurait vendu terres, maisons, femme et lui-même pour ajouter de nouveaux livres à ceux qu'il possédait déjà en grand nombre.

On trouve à cette époque plusieurs grammairiens renommés : le Sicilien Jean Aurispa, qui fut secrétaire d'Eugène IV; Jean Malpaghino de Ravenne, l'écrivain le plus correct après Pétrarque; Guarino de Vérone, qui professa en divers endroits, commenta les anciens, et fit, sans beaucoup de succès, plusieurs traductions du grec. Le lexique bibliographique {de Oriyinibun rerum) publie par Guillaume de Pastrengo , Véronais , ami de Pétrarque et ambassadeur du pape , suppose d'immenses lectures , bien qu'il se trompe surtout dans l'appendice qui traite des fondateurs des villes et des inventeurs.

Ambroise des Angeli Traversari , général des camaldules , ami , d'Eugène IV et son légat à Bàle , traduisit plusieurs auteurs grecs, et écrivit ses propres voyages (Hodeporicon). François Barbaro remplit de hauts emplois à Venise, et fut chargé d'ambassades auprès de plusieurs princes. C'est lui qui commandait à Brescia lors du siège de cette ville par Piccinino ; il trouva néanmoins du temps pour s'occuper des lettres et correspondre avec les hommes les plus célèbres. Hermolaùs Barbaro donna une édition de Pline, dans laquelle il avait corrigé cinq mille fautes, et combien n'en laissa-t-il pas encore ?

Gasparin Barzizza , de Bergame, fut chargé d'enseigner par Philippe-Marie Visconti et par d'autres. Il avait pris la manière de Cicéron; aussi son expression était-elle toujours élégante, sa période arrondie et la disposition des mots combinée avec soin.

Il eut pour disciple François Philelphe, de Tolentino, l'un des ism-uii. écrivains les plus célèbres et les plus atrabilaires. Lorsqu'il exerçait les fonctions de secrétaire du baile vénitien à Gonstantinople , il avait épousé une tille de Jean Chrysoloras. Avant d'avoir accompli sa vingtième année, il était appelé à Padoue pour y professer l'éloquence; il enseigna ensuite à Bologne, à Milan, à Florence, à Pavie. Manuel et Jean Paléologue l'envoyèrent, en qualité d'ambassadeur, au sultan Amurat II et à l'empereur Sigismond. 11 écrivit trente- sept livres de lettres, des satires et autres ouvrages qui, grâce à sa présomption, lui valurent des ennemis acharnés; il prit encore parti dans les dissensions politiques. Lorsque les autres savants acceptaient les faveurs des Médicis , il les repoussa, et soudoya môme des sicaires contre Cosme, comme on en soudoya

pour attenter à ses jours. Après avoir embrassé la cause de François Sforza , avec lequel il se brouilla bientôt , il devint à Rome l'objet des faveurs de Nicolas V; ensuite il se rendit à Naples, où le roi Alphonse le fit chevalier, et le décora du titre de poëte. Pie H ayant suspendu le payement de la pension qui lui avait été assignée, il maudit le pape et la papauté, et laissa même percer Tintenlion d'aller trouver Mahomet il, qui , touché par une ode de sa composition, avait délivré sa belle-mère et ses deux filles , prisonnières à Constantinople. Comblé de tant d'honneurs et de pensions, il ne cesse de se plaindre ; il va d'un prince à l'autre , inquiet, insatiable, dédie ses ouvrages à celui-ci, à celui-là, mendie de l'argent dans ses lettres, et couvre d'injures quiconque refuse ou retarde; car, disait -il, on m peut avoir, dans ce siècle, un autre Vhiliphe; et vous savez que personne ne peut se mettre en comparaison avec moi pour ce qui regarde ma faculté.

1380-HS9. Il y eut entre le Poggio et Laurent Valla des luttes célèbres à ' eette époque. Le premier remplit auprès du pape les fonctions de secrétaire pendant un demi-siècle, avec un mince salaire. Il composa une histoire de- Florence, un livre de facéties dégoûtantes et «les traités, plutôt moraux que politiques, sur la noblesse , le malheur des princes et l'inconstance de la fortune, ouvrages judicieux et substantiels. Critiqué par Valla dans cinq invectives, il lança contre lui les injures les plus grossières qu'il soit possible à la plume de tracer. Valla lui riposta sur le même ton, et dédia, chose étrange! ses Antidotes à Nicolas V, qui ne fit pas cesser cette querelle de mauvais lieu. Poggio soutint aussi des combats acharnés contre les autres grammairiens du temps : misérable exemple de ces démêlés honteux dont les écumeurs de la littérature renouvellent de temps à autre le spectacle repoussant !

ttM ur.-. Valla, avec moins de talent que son rival, mais plus d'érudition grammaticale, souleva des doutes qui étaient une très-grande nouveauté pour l'époque. Il déclara fausse la donation de Constantin , et fausse la lettre de Jésus-Christ au roi Abgar; il soutint que les apôtres n'avaient point composé chacun un article du Symbole; il fit sur le Nouveau Testament, à l'aide de la Vulgate, des notes assez sévères, et le premier il base les explications sur la langueoriginale. Il décochait des distiques et des sarcasmes contre l'ambition de la cour de Rome, les cardinaux et les grands qui tardaient à lui accorder quelque faveur; aussi trouva-t-il plus sûr de quitter les bords du Tibre et de se réfugier à Naples, où il ouvrit une école d'éloquence. Nicolas V le rappela, et lui donna de sa propre main, pour avoir traduit Thucydide, cinq

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cents écusd'or, avec le titre de chanoine et d'écrivain apostolique.

Son traité des Élégances de la langue latine, qui fut réimprimé, traduit, résumé, commenté, mis même en vers, contient des réflexions sur la manière d'écrire et de bonnes règles touchant la syntaxe, les inversions et surtout la synonymie. Dans la pratique, il se montra plus habile à connaître les mots qu'à les disposer en lion style; par scrupule de purisme, il rejeta des phrases d'une construction parfaite. U lança quatre autres livres d'invectives contre Barthélémy Fazio, qui riposta sur le môme ton.

Nous ne nous arrêterons pas à Pierre-Paul Vergerio deCapodistria, • historien des Carrarais et maître de Lionel d'Est" , ni à Charles Marsupini d Arezzo, secrétaire de la république de Florence ; nous omettrons également Antoine Panormita , poète lauréat de l'empereur Sigismond et auteur de Y Hermaphroditus, recueil d'épigrammes obscènes dédiées à Cosme de Médicis, blâmées par les moines et recherchées par les curieux. Perotti , évèque de Siponto, expliqua beaucoup de mots latins (Comueopia, sive lingua latinœ Commentarii) en travaillant sur Martial. Christophe Landino, se- u»-um> crétaire de la seigneurie de Florence, écrivit des poésies et des traités de philosophie; il traduisit Pline et la Sforziatle de Jean Simonetta; en outre, il publia sur Virgile, Horace et Dante, de longs commentai res, recueil peut-être des leçons qu'il faisait publiquement sur ces auteurs, chez lesquels, outre le sens matériel, il en cherchait un autre caché et moral. A l'imitation de Platon et de Cicéron, il composa des Disquisizioni camaldolvsi, dialogues entre des personnages fameux, où il fait aimer la vertu sans trop subtiliser sur les théories, mais en s'abandonnant à des rêveries platoniques. La forme du dialogue était aussi adoptée par Valla pour défendre l'épicuréisme, par Barbaro, Plalina, Palmieri, Alberti, Pontano,Matthieu Bosso; dans le de Claris Oratoribus, Paul Cortesc sut bien caractériser les savants de son époque.

PJus de célébrité était réservée à Ange Politien de Monte Pul- Poiweo. ciano. Recueilli très-jeune par Laurent de Médicis, qui devina son esprit, il professa à vingt-neuf ans l'éloquence grecque et latine; il savait l'hébreu, et, pour l'italien, il est compté parmi ceux qui réveillèrent la poésie endormie en la rappelant à l'élégance antique.. 11 fut accablé d'honneurs par les grands, et d'insultes par ses rivaux. Ses Misccllanées, recueil d'observations sur la grammaire et les mœurs, où il faisait souvent allusion aux auteurs latins , furent regardées comme un chef-d'œuvre; c'était une gloire d'y être mentionné, une injure de n'y pas figurer. Politien traite ces sujets avec une aménité solide et variée, bieji rare chez les érudits, et

avec une pureté supérieure à ce qu'on avait écrit avant lui. Il sentait vivement les beautés latines; il décrit bien , emploie les classiques avec beaucoup d'à-propos ; mais il est trop abondant dans ses descriptions, abuse des diminutifs, et tombe dans des impropriétés d'expression (i).

D'autres encore firent des vers en latin , et dans le nombre on cite Baptiste de Manloue, honoré d'une statue à côté de celle de Virgile, à qui Érasme ne le croyait pas inférieur; mais qui se le rappelle aujourd'hui? Maffeo Vf gio eut la hardiesse de composer le treizième livre de Y Enéide. Ces deux poètes furent surpassés par Jean Pontano , président de l'Académie de Naples, qui resta la plus illustre lorsque celles de Home et de Florence furent tombées.

La principale occupation de ces écrivains était de commenter les anciens auteurs, pour rétablir le texte, en faciliter l'intelligence , et aider à écrire correctement. On traduisit alors une foule d'ouvrages grecs; l'histoire , la mythologie et les antiquités furent mises à contribution pour expliquer les textes. Ces commentaires abondaient de frivolités , d'inepties et d'interprétations erronées, parce que la force des expressions n'était pas suffisamment connue; mais il est bon de considérer qu'il n'y avait , à cette époque , ni grammaire ni dictionnaire; qu'il fallait désapprendre le jargon du moyen âge , et prendre dans les classiques, dont les textes étaient rares d'ailleurs, ce qu'ils renfermaient. On était donc obligé de deviner les langues , d'expliquer un auteur par l'autre , d'aller à la recherche de l'or au risque de périr dans la mine. Enrichis par

(I) Comme il méprise de tout son cœur les barbares, il les invite à admirer les beautés et les qualités des Italiens; mais il donne la preuve qu'il connaît en quoi consiste le mérite en général plutôt que le véritable mérite des ltalieu*. Admirenlur nos, sagaces in inquirendo, circumspectos in explorando, subtiles in contemplando, injudicando graves, implicites in vinciendo, faciles in enodando. Admirenlur in nobis brevitatem styli, fetam verum multantin atque magnarum , sub exposilis verbis remotissimas sententias , plena* qu.rslionum, plenas solufionum ; quam apti s uni us, quam bene instruclt ambiguitates tollcre, scrupulos diluere, involuta evolvere flexanimts sifllo~ gismis, et infirmare/alsa, et vera confirmare. Viximus célèbres, o Hermolae, et posthac vivemus, non in scholis grammalicorum, et pxdagogiis, sedtn philosophorum coronis , in conventibus sapientium, ubi non de matre<Andromaches, non de IS'iobes filiis, atque id genus levibus nugis, sed de Au» manarum divinarumque rerum rationibus agitur et disputatur. In quibux meditandis , inquirendts et enodandis ita subtiles, acuti acresque futmus ut an ni, quandoque nimium et morosi fuisse forte videamur, si modo esse morosus quispiam aul curiosus nimio plus in indaganda verilate potest. Polit., Eplst., lib. IX.

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les veilles laborieuses de cesérudits, nous les traitons avec un ingrat dédain; nous nous glorifions de posséder ce que nous ne voulons pas qu'ils aient eu la gloire d'acquérir.

Leurs querelles acharnées donnèrent l'essor à la philologie, obligés qu'ils étaient de rendre compte de chaque phrase , de chaque expression; vinrent ensuite les dictionnaires, qui furent Dictionnaire*, d'un grand secours. Uguccione , évéque de Ferrare , en compila un à l'exemple de Papia ; Buoncompagno écrivit sur l'ordonnance artificielle et naturelle d'un dictionnaire. Le Caiholicon de Jean de Gênes, gros volume imprimé par Gutenberg en 4460, qui comprend grammaire et dictionnaire , est peu cité, et pourtant il surpasse tout ce qu'on pourrait attendre. L'auteur mentionne un grand nombre de classiques latins; il n'ignore pas le grec (i), et, comme Papia et les autres lexicographes, il n'exclut pas les saints Pères , dont l'intelligence entrait pour une si grande part dans les études du temps. Le premier dictionnaire grec parait être celui de Creston de Plaisance, qui fut suivi par C Etymologique de Marc Musuro, et les dictionnaires de Robert Constantin, de Scapula et d'Henri Étienne.

Ces hommes laborieux s'acquittèrent encore avec honneur Éducation d'une autre tâche , celle d'élever les enfants de toutes les grandes familles. Un des plus célèbres parmi eux fut Victorin de Feltre , qui fit l'éducation des fils de François de Gonzague , seigneur de Mantoue. Maître habile et d'une affection paternelle pour les élèves, il les voyait accourir de France, d'Allemagne et de la Grèce; comme il avait eu soin de recueillir des professeurs dans toutes les branches du savoir, on trouvait près de lui tous les moyens de s'instruire dans les sciences et les beaux-arts. Il exigeait de ses élèves une exposition précise , et de cette manière il ouvrit la route vers la littérature correcte. Il ne publia rien, et , chose étonnante parmi la classe irritable des doctes, il ne se trouva personne qui médit de lui. François Prendilaqua , l'un de ses élèves , écrivit sa vie en style élégant , et parvint au résultat le plus désirable, celui de faire aimer son héros.

11 est étrange de voir les princes , qui doivent gouverner un jour les peuples, confiés à des gens étrangers à la science du gouvernement, et qui ne sont capables que d'élever le prêtre et l'avocat; mais la mode ne cessa point. Les anciens enseignaient dans les écoles l'histoire et les idées de leur nation , sauf à laisser le petit

(1) Mihi non bene scienli.Unguam yrcecam, ne veut pas dire qu'il Tignorait, comme le prétend Eichborn.

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nombre étudier ce qui concernait les étrangers comme affaire de curiosité ou d'érudition; dans les écoles modernes , au contraire, les fils apprirent une langue différente de celle de leurs pères, les lois et l'histoire de sociétés étrangères à la leur ; d'où il résulta que les sentiments puisés dans le inonde où ils vivaient étaient en désaccord avec ceux de l'école.

Les langues nouvelles se polirent par l'étude des anciennes , mais parfois elles se dénaturèrent; le goût se raffina, mais l'imitation éteignit l'originalité ; on songea à connaître la civilisation antique plus qu'à perfectionner la moderne , et , parmi ces hommes studieux, les images, les pensées, les lois poétiques étaient celles d'autres temps. Pas un seul éclair de génie, pas un véritable élan d'éloquence pour déplorer les malheurs de l'époque et célébrer les bienfaits de la civilisation nouvelle; puis, par un égarement plus funeste encore , les écrivains s'ingénièrent à séparer le sentiment de la parole, la littérature de l'action , le style de la pensée.

Ces grammairiens, appelés aux magistratures et surtout aux fonctions de secrétaires, étaient, sauf quelques-uns, comme Salutato et Piccolomini, incapables de toute autre chose que de réciter des harangues de parade , dans lesquelles ils ne se bornaient pas à traiter les intérêts positifs , mais s'étendaient sur ce qui pouvait le mieux s'exprimer en latin. Aux républiques régies par des magistrats simples et animés du désir du bien public , ils préféraient les cours des princes et des seigneurs, où ils pouvaient obtenir la protection du maître et faire étalage de beaux discours ; ils jugeaient le monde non d'après la vérité , mais d'après le style, comme ils faisaient des auteurs , déguisaient la tyrannie sous des phrases pompeuses, justifiaient l'iniquité , et habituaient à des adulations que le plus intrépide aurait rougi d'exprimer dans la langue dont il se servait pour parler à ses amis. Non contents , dans les oraisons funèbres des princes , de flatter et de mentir, ils ne reculent pas devant les récits inconvenants, et rien ne rappelle , dans les sujets traités par eux , qu'ils parlaient en présence des autels.

Mécènes. Des études d'une nature pareille ne pouvaient s'alrmenter que par la protection des grands , et cette protection leur fut acquise; les petits tyrans italiens se disputaient l'honneur de favoriser les lettres , comme s'ils avaient espéré que leur patronage abuserait la postérité. Robert de Naples disait à Pétrarque : Je resterais plus volontiers sans diadème que sans lettres (1). Par le conseil du

(1) Pétrarque, Op., t. III, 1252.

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poète , nourri de la lecture de Virgile , il prononça des harangues dans des cérémonies ecclésiastiques et doctrinales. Les Scaligeri accueillaient quiconque avait du mérite; parmi les Carrare, Jacob envoya douze jeunes gens étudier aux écoles de Paris, et François visita souvent à Arqua Pétrarque , qui lui dédia le Gouvernement de la république; les ducs de Savoie fondèrent l'université de Turin ; plusieurs membres de la famille d'Esté cultivèrent les lettres, Lionel entre autres , dont les épîtres sont les meilleures de ce temps. Parmi les Visconti , Othon fonda des chaires dans Milan ; Luchino écrivit en vers, et obtint l'admiration de Pétrarque ; Jean établit une chaire pour Dante; le sombre Philippe-Marie lui-même caressait les gens de lettres. Sforza, son gendre, fit plus encore; il donna asile à l'architecte florentin François Philarète , à Constantin Lascaris, qui lit imprimer à Milan la première grammaire grecque, à Bonino Mombrizio, professeur d'éloquence, à François Philelphe, à Simonetta, Decembrio, Lodrise Crivelli et à Franchino Gaffurio , le premier qui ouvrit des écoles de musique.

Alphonse le Magnanime se faisait lire chaque jour quelque classique, adressait des interrogations savantes, et jamais, au milieu des armes, n'abandonnait les Commentaires de César et Quinte- Curce; il lui arriva un jour de faire taire la musique pour écouter la lecture de Tite-Live. A Giannozzo Manetti, que Florence lui avait envoyé comme ambassadeur, il fit une pension de neuf cents écus d'or; il allait à pied écouter les professeurs à l'université ; Antoine, dit le Panormita, Jean Solerio, Louis Cardona, Ferdinand de Valence, le cardinal Bessarion, Théodore Gaza, Philelphe, Nicolas de Sulmone, Jean Aurispa, Jean Pontano et bien d'autres encore furent honorablement traités à sa cour, où ils trouvèrent protection et faveur. Lorsque Julien de Maiano mourut , il fit accompagner son cercueil par cinquantede ses vassaux, habillés de deuil.

Il est inutile de revenir sur les Médicis, et nous avons suffisamment parlé de Nicolas V et d'Eugène IV.

C'était à qui pensionnerait les hommes de lettres , leur décernerait des honneurs, leur confierait des ambassades. Leur passage dans les villes était un triomphe , et des princes assistaient à leurs obsèques. Charles IV donna à Barthole le droit d'écarteler dans ses armes celles de Bohême, et ce jurisconsulte soutint qu'un docteur est chevalier ipso facto, après avoir enseigné dix ans le droit civil. Nous avons déjà parlé des triomphes de Pétrarque, et des conseils qu'il adressait aux princes et aux papes. Visconti disait qu'il redoutait plus une lettre de Coluccio Salutato que mille cavaliers florentins.

Tout le monde prenait part à cette gloire , à ces discussions des hommes de lettres. La découverte d'un manuscrit était un événement qui retentissait au loin ; en effet , combien ne devait pas être grand le plaisir de lire les classiques avant que les écoles en eussent dégoûté des l'enfance ! Dante les expliquait en chaire et jusque dans les églises. La correspondance du temps roule le plus souvent sur la recherche de manuscrits; le duc de Glocester remercie vivement Decembrio de lui avoir envoyé une traduction de la République de Platon. Les Miscellanées de Politien étaient attendues comme le Messie , et dévorées dès qu'elles av aient paru. Si l'envie ou les factions forçaient un lettré de s'expatrier, il était sûr, sans autre patrimoine que son mérite , d'être accueilli avec honneur et pensionné partout où il se présentait. Quand le jurisconsulte Jean de Legnano vint à mourir, {on ferma les boutiques. Quand Unico Accolti récitait des vers, c'était une fête dans toute la ville ; on illuminait les maisons, les savants et les prélats l'interrompaient au milieu de son débit par leurs applaudissements. Enfin la découverte même du Nouveau Monde devait se faire sur la foi de l'érudition.

En somme, la littérature n'était pas une distraction, mais la vie; un instrument, mais la fin. L'attrait de l'antiquité étouffait toute différence de sentiments , de religion , d'âge ; l'enthousiasme envahissait jusqu'à la critique ; heureux celui qui avait rectifié un passage fautif, ou deviné une erreur dans un texte ou chez un rival ! L'interprétation de telle ou telle phrase soulevait des discussions sans fin ; Traversari et Marsupini disputèrent sur un vers d'Homère (1) autant que des théologiens sur le sens d'un texte de l'Écriture; les querelles de pédants hargneux intéressaient, divisaient les villes et les provinces.

écoim. L'université de Bologne conserva sa supériorité sur les autres, et reçut d'Innocent VI une chaire de théologie. Les Trévisans en ouvrirent une avec neuf docteurs célèbres, au nombre desquels était Pierre d'Abano. Les Pisans exemptèrent de taxes les livres de sciences et de droit canon. L'université de Plaisance, dont Innocent IV avait favorisé l'établissement, et qui était déchue, fut relevée par Jean-Galéas. Il y avait dans Milan des cours publics

(1) Il s'agissait de savoir si ce vers ,

BoûXou.' iyd Xoôv oôov l|ificv<xi, fi dtKoXâxOai,

signifie : « Je veux que le peuple soit sauvé, ou périsse ; » ou bien : « Je veai que le peuple soit sauvé, ou périr. • Philelphe s'aperçut qu'ils avaient lort tous les deux.

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de jurisprudence , vingt-cinq maîtres de grammaire et de logique, quarante écrivains copistes, plus de soixante-dix maîtres élémentaires , plus de cent quatre-vingts professeurs de médecine , philosophes , chimistes, dont plusieurs touchaient un traitement pour soigner les indigents. L'université même de Pavie, ouverte et rendue prospère par les Visconti , les maisons y étant en surabondance, et le vin, le blé, le bois à bon marché (i), ne put nuire aux écoles de Milan , parce que les statuts autorisaient les étrangers comme les naturels à étudier les lois, les décrétâtes, la physique, la chirurgie , le notariat et les arts libéraux (2).

Les Florentins , désireux de remettre en honneur leur université, fondée en 1349, invitèrent Pétrarque à venir lire, comme l'on disait alors, tel livre qu'il lui plairait. Celle de Sienne, ouverte en 1320, avait décliné; elle fut réorganisée sous les auspices de Charles IV (1370), qui en érigea une autre à Lucques. Les papes fondèrent celle de Fermo en 1303, et Clément V celle de Pérouse en 1307 ; Boniface VIII en fonda une à Rome , où il ne restait plus que des écoles élémentaires; mais la translation du saint-siége à Avignon la fit tomber. Jean XXII en institua une en Corse en 1331; Benoît XII, à Vérone en 1339. Le concile œcuménique de Vienne (1311) voulut qu'il y eût dans les universités de Rome, de Paris, d'Oxford, de Bologne, de Salamanque, deux maîtres de langues pour Thébreu, l'arabe et le chaldéen.

Nous n'avons guère parlé jusqu'ici que de l'Italie, parce que là se trouvait réellement le trône delà littérature classique; elle fut pourtant bien accueillie et protégée au dehors de la Péninsule. L'Allemagne , qui, dans le siècle précédent , était descendue au dernier rang du savoir (3), se reprit d'amour pour la littérature ma. ancienne. Charles IV fonda l'université de Prague sur le modèle de celle de Paris , avec une bibliothèque à l'usage des maîtres et des écoliers; cette université servit à son tour de modèle pour celles de Vienne, d'Heidelberg , d'Erfurth, puis pour les autres fondées à Wurtzbourg, Leipzig, Ingolstadt, Rostock. Tubingue imita Bologne, et fut imitée par Witteniberg et Helmstadt (4).

(1) Azama, p. 406.

(2) GiuLisi, Contin., II, 594.

(3) Leibniz dit que le dixième siècle fut un âge d'or en comparaison du treizième ; Heeren appelle celui-ci un des plus inféconds pour l'étude de la littérature antique ; c'est pour Meiners un sujet de longues doléances ; Eichborn inscrit en tète du chapitre où il traite de cette époque : Die Wissenschaften verfallenin Barbarey.

(4) L'université de Vienne fut fondée en 1365, mais elle ne prit vraiment son

Mnèas Sylvïus nous donne une triste idée de ces écoles et de cette civilisation. « On trouve à Vienne, dit-il, une école d'arts a libéraux , de théologie et de droit pontifical , école nouvelle à « laquelle se rendent beaucoup d'étudiants de Hongrie et d'AUea magne. Deux théologiens célèbres, à ce que j'ai appris, y ont « enseigné à la première ouverture de l'université : Henri de Hesse, a auteur d'ouvrages remarquables, et le Sotiabe Nicolas de Din- « clespuhcl, homme recommandable par ses mœurs et son savoir, a et dont les personnes instruites lisent les sermons avec plaisir. « Thomas Hasselbach y professe à cette heure ; c'est un théoloa gien qui n'est pas sans renommée et qui fait, dit-on , de bons li- <t vres d'histoiro; je louerais sa science s'il n'eût consumé vingtce deux ans de sa vie à expliquer le premier chapitre d'Isaîe sans « arriver à la fin. Le pire dans cette école , c'est qu'elle consacre « trop <le temps à la dialectique, chose peu profitable, et pourtant « c'est là-dessus qu'on examine ceux qui aspirent au titre de maître « es arts, à l'exclusion de la musique, de la rhétorique et de l'a- « rithmétique ; les candidats, dans leur ignorance, produisent quela ques vers ou une épître composée par d'autres. Tout l'effort « consiste dans l'argumentation et de vaines discussions. Très-peu a d'entre eux savent quelque chose de solide ; au lieu d'étudier o les livres d'Àristote et d'autres philosophes, ils se contentent « d'en lire les commentateurs. Les étudiants préfèrent au travail a les plaisirs , le vin , la vie joyeuse ; il y en a bien peu qui , par « leur instruction, se distinguent de la foule, ce qui provient du « défaut absolu de surveillance. Us courent les rues nuit et jour, a molestant les citoyens et suivant les femmes... On ne saurait dire « ce qu'il entre de victuailles dans la ville; ce sont chaque jour de a grosses charges de pain , de poisson , de gibier, et le soir il ne a reste rien. A la vendange, il y a une vacance de quarante « jours, et Vienne reçoit une immense provision de vins... On ne a se fait pas tort dans l'opinion pour en vendre chez soi, et presque « tous les citoyens tiennent taverne ouverte, ils chauffent un poêle, « disposent tant bien que mal une cuisine , invitent des hommes a et des femmes, et leur fournissent gratuitement quelques mets « afin qu'ils boivent davantage , sauf à s'indemniser sur la mesure.

essor qu'en 1384; celle d'Heiilelberg, en 13*9; de Cologne, en 1389; d'ErfurUi en 1392; de Leipzig, en 1409; de WtirUbourg, en 1410, mais fermée bientôt, et rouverte en 1589; celle de Rostock, en 1419 ; de Louvain, en 1435; de Dote, en 1426; de Trêves, en 1454; de Gretfswald, en 1456; celles de Baie et de Fribourg en Brisgau, en 1460; d'Ingolst.idt , en 1472 ; celles de Tubingue et de Mayence, en 1477.

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« Le peuple, sensuel de sa nature, dévore en un jour le fruit « d'une semaine entière. Aussi y a-t-il des rixes tous les jours; «c tantôt ce sont les artisans qui en viennent aux mains avec les étu- « diants , tantôt des bourgeois qui se prennent de querella avec a des personnes de la cour, ou bien des ouvriers qui se battent or entre eux... Il ne se passe pas de fôte sans effusion de sang, et il a n'y a ni magistrats ni gardes pour séparer les combattants... Le a vulgaire est sale et couvert de haillons ; les gens vicieux y ahon- « dent, et peu de femmes se contentent de leur mari. Les nobles a séduisent les femmes des bourgeois, qui sortent de la maison par • une lâche et coupable connivence ; les jeunes filles choisissent a leur fiancé sans consulter leurs parents ; les veuves se marient « pendant la durée de leur deuil... » Nous croyons devoir taire le reste (ij.

Gérard von Groote, élève de l'université de Paris , fonda à Deven- ordre de ter, sa ville natale, un ordre dont chaque membre {(icheimniss- t*SSSSSi lebenx ) s'obligeait à faire tourner au profit de la société les talents qu'il avait reçus de Dieu, en gagnant pour lui-môme et les pauvres ; celui qui n'était pas propre aux travaux manuels s'appliquait aux sciences et à l'enseignement, sous la défense toutefois de déclamer devant un nombreux auditoire, comme chose de vanité, et de recevoir un salaire , qui tend à ravaler la noblesse désintéressée de l'enseignement. Cet ordre, qui associait les deux passions du temps, la piété et l'étude , s'étendait dans toute l'Allemagne ; dans les monastères dits de Saint -Jérôme , de Saint-Grégoire, des Bons- Frères ou encore de la Vie en commun, on apprenait les différents métiers et la calligraphie. Au dehors, des écoles de lecture, d'écriture et de mécanique étaient ouvertes pour les enfants pauvres ; on enseignait aux autres le latin , le grec , les mathématiques , les beaux-arts et aussi la langue hébraïque. Cet ordre comptait, en 1433, quarante-cinq maisons , le triple en 1460 ; en 1474 , il établit une imprimerie à Bruxelles.

Thomas à Keuipis (Hàmmerlein) transporta cette méthode à ihmwi. Saint- Agnès près de Zwoll , d'où sortirent les apôtres de la littérature classique en Allemagne (2); il recommandait à ses élèves

(1) ,£*EAS Svltiis, Ep. CLXV.

(2) C'étaient cinq Westphaliens : Maurice, comte de Spicgelberg, et Rodolphe Langiiis, qui devinrent prélats; Antoine Liber, Louis Dringrnberg , Alexandre Hegius, et le Frison Rodolphe Agricola. Hégius eut pour disciples Érasme de Rotterdam, Errninius, von dem liusclie, ami de Laurent de Médii U, le pape Adrien IV et Christophe Longolius, le plus grand ciwronieu de son biups. Liber réforma les études à Keinpen, à Alcmar, a Amsterdam ; Langius fouda une se-

d'aller étudier dans l'Italie, et c'est là que se formèrent en effet les meilleurs hellénistes allemands. Jean de Dalberg (camerarins Dalbargius), évêque de Worms, établit une bibliothèque qui devint le noyau de celle d'Heidelberg, regardée comme la plus riche du monde avant la guerre de Trente ans ; il fonda aussi la société Rhénane, académie qui résidait dans cette ville, et associait les études aux plaisirs et surtout aux libations bachiques. Conrad Celtes, bon écrivain et zélé propagateur du bon goût; Rodolphe Agricola, qui fut le meilleur écrivain en langue allemande (4), et Reuclin de Pforzheim , qui , dans son voyage à Rome , où il avait accompagné le duc de Wurtemberg , se lia avec les savants Italiens, appartenaient à cette académie. Nous ajouterons Wessel, de Groninguc, qui appliqua l'art aux livres sacrés; Langius, qui collationna tous les classiques imprimés alors en Allemagne, et élimina des écoles tous les livres vieillis. Grâce à eux, l'Allemagne marcha au premier rang, après l'Italie, dans la rénovation de la littérature.

La France, au contraire, y contribua peu. Matthieu-Nicolas de Clémengis expliqua le premier la Rhétorique d'Aristote et de Cicéron devant un nombreux auditoire ; mais son exemple ne fut pas suivi. La Sorbonne et l'université de Paris furent surtout renommées pour les études relatives à la politique et à la science. Quelques Grecs et des Italiens y professèrent les humanités ; mais les maîtres de grec et de rhétorique étaient exclus du rectorat, comme aujourd'hui les professeurs de littérature moderne.

Charles V de France commença la bibliothèque du Louvre avec neuf cents volumes , missels ou psautiers, pour la plupart richement reliés, peu d'auteurs profanes, très-peu de classiques, aucun ouvrage de Cicéron, ni d'autres poètes qu'Ovide et Lucain.

Alexis-Antoine de Lebrija f Nebrissensis) publia à son retour de Bologne dans l'Andalousie, sa patrie , plusieurs livres destinés à faciliter les études classiques. D'autres savants firent de vains efforts pour les introduire en Angleterre ; le mauvais latin d'Ox-

condo école à Munster; Dringenberg en fonda une autre à Scbelestadt (T Alsace, de laquelle sortirent Conrad Celtes {Meisid), Wirapheting, Rhénane, Bilibald Pirkheimer. Voy. Schoell.

(I) Ce fut pour lui qu'ErmoIaûs Barbarus écrivit cette épithaphe :

Invida clauserunt hoc marmore fata Rodolphum

Agricolamf/risil spemque decusque soli.

ScUicet hoc uno mentit Germania quidquid

Laudl» habet Latium, Grxcia qnidquid habet.

SCIENCES

ford était passé en proverbe. Les études florissaient au contraire en Hongrie, grâce à Mathias Corvin.

Richard de Bury, chancelier d'Édouard III, fit don de sa bibliothèque à l'université d'Oxford, avec ordre exprès de la mettre à la disposition des étudiants ; niais son catalogue ( Philobiblon ) montre à la fois sa bonne volonté et son ignorance.

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