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CHAPITRE XXIX

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La théologie restait toujours la reine des sciences; mais, bien Théologie, que les commentaires et les dissertations se multipliassent à l'infini , aucun écrivain n'approcha de la renommée de saint Thomas et de saint Bopaventure. Nicolas de Lyra , le plus vanté des commentateurs et qui, de juif converti , était devenu l'antagoniste le plus vigoureux de ses anciens coreligionnaires, passa toute sa vie sur les saintes Écritures, entassant d'une manière fatigante les arguments péripatéticiens, les gloses et les explications (1).

Raymond de Sebonda, professeur de médecine à Barcelone, soutient la révélation dans la Théologie naturelle; il affirmait que les vérités relatives à Dieu et à l'homme sont cachées dans la nature, à l'aide de laquelle l'homme peut apprendre ce qui lui est nécessaire, comprendre l'Écriture et s'assurer de sa vérité ; que ce livre primitif de la nature n'exige point de science antérieure pour être lu, qu'il ne peut être effacé ni falsifié, et qu'il vient directement de Dieu. Il suivit donc les traces de saint Thomas, qui, lui aussi , avait cherché à expliquer les mystères par les causes naturelles, et devança Y Existence de Dieu par Fénelon, ainsi que les livres de Glarke et de Paley. Cet essai incomplet et faible , comme il devait l'être nécessairement, acquit pourtant de la célébrité, puisque l'ingénieux Montaigne ne dédaigna point de le traduire : hommage suspect, il est vrai, de la part d'un pareil sceptique. Il y puisa toutefois, de môme que Bacon, Pascal , Leibnitz etBossuet, des idées élevées sur la philosophie et la religion (2).

(1) On disait de lui : Si Liranus non lyrasset, totus mundus delirasset.

(2) Bacon lui a emprunté ce parallèle : « Dieu nous a donné deux livre*, celui de l'ordre universel des choses ou la Nature, et la Bible. Le premier est commun à tous, mais non pas le second ; car il faut être instruit pour pouvoir le

La querelle des minorités fournit longtemps une ample matière aux discussions et aux subtilités , mais des questions plus sérieuses et plus vitales furent agitées dans les conciles de Baie et de Constance, où nous avons vu figurer au premier rang yEnéas Sylvius et le chancelier Gerson.

Il y en a qui veulent attribuer à ce dernier le livre le plus célèbre du moyen âge, Y Imitation de Jésus- Christ; d'autres désignent comme auteur Jean Gersen de Gavaglia en Piémont, abhé des bénédictins de Verceil de 1220 à 1210; d'autres encore ce Thomas à Kempis que nous avons cité parmi les frères associés de Deventer. C'est pour lui que se déclarent les Allemands et les Flamands, qui s'appuient sur les anciens manuscrits, dans l'un desquels, année 1441 , on lit : Finitus et complétas per manu m Thomas a Kempis. En effet, il offre des ratures et d'assez nombreux changements pour le faire considérer comme le texte original. C'est à lui encore que l'attribuèrent la première édition de l 17! . la tradition vulgaire et la Sorbonne elle-même (1). Mais on oppose que Thomas ne fut qu'un copiste employé par le collège de Deventer; que la chronique contemporaine de Sainte-Agnès dit de lui : Scripsit Bibliam nostram totaliler et multos alios libros pro domo et pro pretio ; que ni cette chronique ni une ancienne liste de ses ouvrages ne mentionnent Y Imitation. On observe , en outre, que beaucoup de phrases tiennent du français et de l'italien (2), ce qui indique que l'auteur parlait l'une de ces langues , et non pas l'allemand. Les Français insistent en faveur de leur illustre concitoyen Gerson, se fondant sur d'autres éditions du quinzième et du seizième siècle publiées en France et en Italie , entre autres sur une édition faite à Venise en 1183 ; mais Gerson donne le catalogue de ses écrits sans faire mention de celui-là, en outre, il fut prêtre séculier, continuellement adonné aux affaires , tandis

lire. En outre , le livre de la nature ne peut ni se falsifier, ni s'effacer, ni s'interpréter faussement ; il en est tout autrement de la Bible. L'un et l'autre «ont provenu» du même auteur : aussi s'accordent -ils bien l'un avec I autre, et ne se contredisent-ils pas... Même tin, même sujet; ils contiennent une discipline pareille, une iuslructiou semblable. Ils diffèrent en ce que l'un procède par argumentation et preuves, l'autre par décision et autorité. L'un représente plu*, l'obéissance, l'autre le savoir. »

(1) Un arrêt du parlement, du 16 février 165?, défendit aux bénédictins d'imprimer Vimitation avec le nom de l'italien Gersen, et permit aux chanoines réguliers de le faire avec celui de Thomas à Kempis.

(2) Scientia sine timoré De.i quid importai ? — Résiste in pnncipto uclinattont tuœ. — Yigilia serotina. — Homo passionatus. — Viverecum hoou contrariantibus. — Timoratior in cunctis actibus.

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que l'auteur de Y Imitation paraît avoir été un moine, ami de la retraite et du silence.

Beliarmin, MabiUon et la plupart des bénédictins prennent parti pour Gersen, sur le témoignage d'un manuscrit fort ancien qui porte son nom, et de divers autres qui paraissent d'une époque antérieure à Thomas à Kempis et à Gerson. Un passage (liv. I, ch. 24) qui semble faire allusion à Dante, et reporterait dès lors le livre au quatorzième siècle, pourrait être accidentel (1). C'est ainsi que le sort d'Homère était réservé à ce petit livre, le plus lu après la Bible et dont on compte au moins mille huit cents réimpressions; il a été traduit dans toutes les langues sans qu'aucune version atteigne la concision énergique du texte latin, incorrect, il est vrai, mais semblable aux figures de saints que Ton plaçait alors sur les tombeaux, belles et suaves malgré leur immobilité. Ce livre ne met pas en scène les prophètes, les docteurs et l'Église ; c'est un entretien de l'âme avec son auteur, et l'attrait vient de cette intimité. Comme, au lieu de disputes et de décisions particulières, il ne contient que des élans de l'âme, rien de caractéristique n'aide à reconnaître l'auteur. Cette incertitude môme ne lui est pas défavorable, puisque la personnalité s'efface pour ne laisser que le cœur et le sentiment. A une époque où tout était dispute, on n'y découvre pas trace de polémique , mais tout au plus quelques plaintes sur les malheurs du temps, avec le conseil d'y échapper en se formant une solitude profonde où l'on puisse écouter la parole de Dieu : en imitant le Christ , on est amené sur une voie progressive qui conduit, au moyen de l'abstinence et de l'ascétisme, à la communication et enfin à l'union. Ces passages successifs, l'auteur inconnu les expose au peuple dans la langue du cloître ; ainsi est devenu populaire un livre qui n'était que le travail ascétique d'un moine.

On continuait dans les écoles à combattre sous les vieilles ban-

(1) Le manuscrit d'Arona, qui existeà la Bibliothèque de Turin, avait <Hé juge* vieux de cinq siècles par une assemblée de savants; mais Daunon et Hase, habiles paléographes, ne le croient pas antérieur au quinzième siècle. Galeani Napione, puisdeGrégory, Mémoire sur te véritable auteur de l'Imitation, 1H27, soutinrent les droits de Gersen, de Verceil ; Gence, ceux de Gerson , Nouvelles considérations historiques et critiques sur l'auteur et le livre de t'imitalion de J.-C, Paris, 1826. 11 pense que le manuscrit le plus ancien est celui de Mœlec, de 1421. Onésyme Leroy prélendit, en 1826, avoir découvert le texte primitif français de X'Inùtation à Valenciennes. De Grégory, refut* dans le Journal des Savants, décembre 1826, a publié depuis Y Histoire du livre de V Imitation de J.-C. et de son véritable auteur; Paris, 1843, en revendiquant pour ce livre, par de nouvelles raisons, une origine italienne.

nières d'Aristote et de Platon , du raisonnement et de l'enthousiasme, du syllogisme et de l'inspiration. Les Grecs venus de Conspwioiophf». tantinople imprimèrent une nouvelle vie à l'école platonique, bien qu'elle fît renaître les erreurs du néoplatonisme , et qu'elle réi«Mt. pandît des opinions fantastiques. Marsile Ficin, fils d'un médecin de Florence, traduisit Platon et Plotin. Le premier est rendu dans un latin clair, avec une fidélité admirable pour le temps, au point de suppléer à quelques lacunes dans l'original; la version de Plotin est plus obscure, soit à cause du texte lui-même, ou parce que Ficin s'était familiarisé avec ce mysticisme à un degré bien rare parmi les hommes d'étude. Sur ces modèles, il composa une théologie et une psychologie (1), dans lesquelles il affirme l'identité de la science avec la religion. Homme d'imagination et d'entraînement plutôt que dialectitien, il confondait, dans son enthousiasme, le savoir avec l'art et la vertu. Sur le fait de la destination humaine, lespéripatéticiens s'étaient divisés entre Alexandre d'Aphrodisia, qui croyait l'âme inséparable du corps, avec lequel elle mourait, et Averroès, qui la faisait retourner à Dieu pour s'absorber en lui. Ficin le réfute; d'après lui, l'âme humaine émane de la Divinité à laquelle elle peut se réunir par la vie ascétique. Il prouvait l'immortalité de l'âme par la raison que, s'il en était autrement, l'homme serait l'être le plus malheureux ; il repoussait l'opinion de l'âme universelle.

Cosme de Médicis, qui avait fourni à Ficin les moyens d'étudier, l'engagea à créer une académie platonique ; elle fut composée de Mécènes, d'auditeurs et d'élèves qui fêtaient les jours anniversaires delà naissance de Platon et de Cicéron. Parmi ses membres était Pléthon Gémistius de Morée, qui, après avoir flotté entre le 1400. Christ et Platon, se rallie enfin à l'école éclectique d'Alexandrie, moitié chrétienne, moitié païenne, érudite sans critique, superstitieuse sans ferme croyance ; il proclame la morale du Portique et de l'Académie, la politique de Sparte et la personnification symbolique des attributs de Dieu dans la divinité de l'Olympe.

rï dc'î»9 mi Ce Platonîsme> dérive de l'école d'Alexandrie, s'associait facirando'c " lement à la cabale, qui trouva un puissant appui dans Pic de la Mirandole. Phénix des beaux esprits, tout jeune encore, il émerveilla l'Italie par sa mémoire prodigieuse. Les années qu'il avait passées à étudier la scolastique, art facile et vain, lui parurent un temps perdu ; persuadé qu'Aristote et Platon diffèrent peu au

(1) Theoloçia platonica, de immortalitale videlicet animorum ac extern a felMate, Ubri XVIII.

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fond (1), il tenta de rapprocher leurs doctrines et de les réunir. Dans la pensée que Platon avait emprunté sa sagesse aux Orientaux, il étudia leurs ouvrages, surtout ceux des cabalistes; c'est de là qu'il tira la plupart des neuf cents thèses, qu'il proposa à Home sur la logique, l'éthique, la physique, la métaphysique , la théologie, la magie, en offrant de les soutenir, sauf l'autorité de l'Église. Malgré cette réserve, il avait émis des propositions qui répugnaient tellement à l'orthodoxie , qu'elles causèrent une grande rumeur et qu'il ne fallut, pour le sauver, rien moins que son rang, ses protestations de soumission et le serment de les modifier de la manière que le pape déciderait. Ici commencèrent les écrits pour et contre, jusqu'au moment où le pape Alexandre VI déclara qu'il était innocent. En effet, à cette époque, il avait modifié ses opinions et son genre de vie, en renonçant aux amours et aux faciles conquêtes qu'il avait obtenues.

Dans I \ Heptaphus, Pic explique la création comme si la Genèse ne devait pas être entendue dans le sens littéral, mais dans une acception symbolique, et comme s'il fallait l'interpréter selon les quatre mondes, physique, céleste, intellectuel et humain (2). U

(1) Qui Aristotelem dissentire a Plaione existimant a me ipso dissentiunl, qui concordent utriusque facto philosophiam. De Ente et Uno, proœui .

(2) « On peut juger de la méthode suivie par Pic dans ses Commentaires par la manière dont il explique ce que Moïse dit de la création de l'homme. L'homme se compose d'un corps, d'une âme raisonnable et d'une chose intermédiaire qui unit les substances , appelée esprit par les philosophes et les médecins. Moïse donne au corps le nom de limon, à l'esprit celui de lumière et à l'âme raisonnable celui du ciel, parce que l'Ame se meut circulairement comme le ciel. Les paroles de Moïse, Deus creavit cœlum et tcrram ;/actum est vespere et mane dies unus, signifient donc que Dieu créa Pâme et le corps; or, comme l'esprit associant s'y réunit, le soir et le matin, la matière ténébreuse du corps et la matière lumineuse de l'âme donnèrent origine à l'homme. Pic explique d'une manière plus étrange encore les paroles suivantes de Moïse : Congregentur aqux qux sub cœlo sunt in locum unum. L'eau est l'image de la faculté de sentir, qui établit l'analogie entre l'homme et les animaux. Le rassemblement des eaux sous le ciel indique donc l'union des sens corporels dans ce qu'Aristote appelle sensorium commune, d'où ils se répandent comme une mer qui déborde dans toutes les parties du corps. Moïse place le soleil, la lune et les étoiles dans le ciel ; or, selon Pic, le soleil signifie l'âme s'élevant à l'esprit de Dieu où à l'esprit intellectuel; la lune, cette môme âme Rabaissant aux facultés des sens; les étoiles, les diverses formes de l'âme, les facultés de combiner, de juger, de conclure, etc. Le bien suprême auquel tendent tous les êtres, auquel tous doivent* revenir est la félicité. Ce que tous les hommes désirent est pareillement le principe de tout; mais les êtres immortels peuvent seuls se mouvoir circulairement et retourner à leur principe. L'esprit de mouvement entraîne les âmes ; si elles le suivent , elles restent abandonnées à leur faiblesse, à leur démence, et sont inforla-

projetait une exposition allégorique du Nouveau Testament, une défense de la Vulgate et des Septante contre les juifs , une apologie du christianisme contre tous les infidèles et hérétique», enfin Mtk une harmonie de la philosophie ; mais il termina ses jours à trente-deux ans. Son livre le plus important est dirigé contre l'astrologie, dans lequel il n'oublia aucun des arguments employés d< puis pour la combattre; néanmoins il prétendait expliquer à l'aide de la cabale la cosmogonie de Moïse et l'incarnation du Verbe.

Pierre Tommai de Ravenne publia à Venise, en U94, une méthode de mémoire artificielle (t). C'est la chose la plus obscure et la plus difficile du monde; mais elle devait paraître extrêmement facile tison auteur, qui après avoir entendu une leçon, la répétait tout entière, en commençant par le dernier mot. 11 savait le Code par cœur, avec une infinité de gloses ; il répétait cent quatre-vingts textes à l'aide desquels un moine milanais avait prouvé l'immortalité de l'âme; en jouant aux échecs, tandis qu'un autre jouait aux dés et que lui-même dictait deux lettres, il lui fut possible de redire tous les mouvements des pièces du jeu, toutes les combinaisons des dés, tous les mots des lettres, en commençant par la fin. not w. Le cardinal allemand Nicolas de Cusa déclara la guerre à la scolastique. Savant mathématicien et tout dévoué à Pythagore, il considérait les nombres comme les principes de la science humaine. Dieu, selon lui, unité absolue, est l'infiniment grand ou rinfiniment petit, qui engendre de sa propre essence l'égalité et ce qui joint l égalité à l'unité.

La scolastique avait encore pour adversaires les mystiques, dont Amalric de Bene et David de Dinan avaient formulé les doctrines, qui furent préchées à Strasbourg, en 1216, par Ortlieb; mais les frères du libre esprit, qui les professaient, étaient considérés comme hérétiques et tombaient dans le panthéisme. Ces doctrines furent adoptées et purifiées en Allemagne par Eckart , qui les exposait au peuple en langue vulgaire ; il forma une école respectable, qui exerça d'autant plus d'influence que les misères du siècle avaient disposé à la méditation et à la piété, en y faisant reconnaître la main de Dieu. Aussi les prédications des dominicains Eckart, Tauier, Suso, et de l'augustinien Ruysbraeck, étaient

mto. La félicita suprême consiste donc à se réunir à Dieu, après avoir dépouille toutes les imperlecuons qui sont l'effet de la pluralité et de la complication • Hurle.

(1) Phénix, h ve ad artificialem memoriam comparandum brevis qntdtn et facilis, sed re ipsa et studio comprobata introductio.

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écoutées avec ferveur sur les rives du Rhin ; ou formait des associations d'amis de Dieu, non-seulement pour se livrer à des exercices ascétiques, mais encore pour spéculer sur le mysticisme métaphysique : c'étaient les premiers efforts pour renverser la barrière entre la science et la foi, et pour concilier le fini avec l'infini (1).

De 4343 à 4316, le minorité Paulin adressa à Marin Badoero, duc de Candie, un traité italien, avec le titre latin de Recto Eegimine, qui mériterait d'être imprimé : l'auteur analyse avec simplicité et clarté les devoirs d'un magistrat ; comme tous les hommes d'État d'alors, il est pour le gouvernement d'un seul, mais il veut que le chef s'entoure d'un conseil de sages (2).

Les deux premiers livres du de Regimine principum, composé par le romain Egidius, maître de Philippe le Bel et archevêque de Bourges, sont une direction de conscience pour les rois ; le troisième est un traité de droit politique, où se trouvent examinées les diverses formes de gouvernement et les lois civiles qui s'y réfèrent, avec une discussion sur les opinions d'Aristote et de Platon, plus le fragment du pythagoricien Hippodamus. Ennemi de la servitude personnelle, Egidius ne reconnaît d'empire qu'autant qu'il se conforme aux lois éternelles de la justice; il est partisan de la république, au moins dans les petits États. Cet ouvrage est un monument singulier de la culture élevée que conservèrent au moyen âge quelques esprits d'élite. On ne lit plus rien du grand érudit Alphonse Tosato, évêque d'Avila , lumière du concile de Baie, mort en 4454, et sur la tombe duquel on lit cette épitaphe : Hic stupor est mundi, qui scibile discutit omne.

Jean Reuchlin puisa chez Ficin et chez de la Mirandole les idées platoniques qu'il répandit en Allemagne. D'une érudition très-éten- mt due, et versé dans la science pratique de la vie extérieure et de la politique, il est un de ceux qui auraient pu le mieux mettre sur la voie d'une réforme religieuse bien entendue.

Les mathématiques n'avaient pas cessé d'être cultivées en Italie, tou*mr pour le service de la magie ou dans l'intérêt du commerce. An- Uquc*' (1 don de Nero, que nous avons compté parmi les astrologues et qui fut le maître de Boccace, multiplia dans ces nombreux voyages les observations astronomiques , afin de corriger les anciennes cartes de géographie. Les Vénitiens appliquèrent à l'art nautique la trigonométrie, dans laquelle ils introduisirent les décimales; si

(1) Sciimidt, Mém. sur le mysticisme allemand au XIXe siècle, 1845. (?) De Monarcfiia. Voir Scloms,22s.

nous en croyons Zanetti, ils auraient inarqué, dès 4317, les degrés sur les cartes marines (4). Paul Dagomari , dit de l'Abaco, employa le premier la virgule pour diviser par groupes de trois chiffres les nombres trop longs, et introduisit les agendas. Les grands travaux architectoniques et hydrauliques, les canaux , les moulins à vent et à eau, une filature à Bologne en 1344, qui, mue par la force de l'eau, produisait le travail de quatre mille ouvriers, enfin les machines de guerre attestent que la géométrie et la mécanique étaient cultivées avec fruit. En 1445, Gaspard Nadi et Aristote de Feravante transportèrent, avec ses fondations, la tour de la maison de ville de Bologne, qui avait quatre-vingts pieds de hauteur; ils redressèrent, avec une dépense de cent cinquante livres seulement, le clocher de Cento qui surplombait de plus de cinq pieds (2).

mm. Les mathématiques furent extrêmement redevables à deux contemporains de Frédéric IH, George de Peurbach et Jean Muller. Le premier, qui professait à Vienne, considéré comme le restaurateur des sciences exactes, ne possédait d'autres livres que la traduction de l'Almageste par George de Trébizonde; il expliqua pourtant l'astronomie physique, le mouvement des planètes, et construisit des tables trigonométriques. La division sexagésimale avait été employée par les Grecs pour le cercle, le rayon et le calcul des cordes. Cette graduation fut conservée dans le neuvième siècle par les Arabes, qui introduisirent le sinus dans les tables. Peurbach divisa le rayon en six cent mille parties, fournit des règles pour calculer les sinus des arcs, et les calcula lui-même en parties de ce même arc par chaque minute de quart de cercle, tandis que les tables d'Albatègne ( qui passe pour l'inventeur des sinus) n'arrivaient qu'à des quarts de degré. Peurbach fit de grands progrès quand Bessarion lui eut fait connaître les auteurs grecs.

iin 76. H eut pour élève Jean Muller de Kônigsberg, qui, venu jeune en Italie avec le cardinal Bessarion, étudia le grec et les anciens géomètres; il enseigna dans la suite à Vicence, à Bade, à Nuremberg, et acquit une grande réputation sous le nom de Regiomontanus, dérivé de celui de sa patrie. Dans le traité du triangle, il résout les principales difficultés de la trigonométrie rectiligue et

(1) Voy. Libui, Hist. des sciences mathématiques, II, 202.

(2) Alido6i, Instruttione, etc. Peut-être ces tentatives avaient-elles encourage Léonard de Vinci à faire un modèle à l'aide duquel « il prétendait soulever le temple de Saint-Jean à Florence , et à y ajouter des degrés en sous-œuvre sans le renverser. » Vasari, dans sa Vie.

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sphérique, qui, après lui, resta deux siècles sans presque faire un pas. Ignorant le travail exécuté par son maître, il rédigea une table de sinus pour six millions de parties ; puis, reconnaissant l'avantage du système décimal, il en prépara une autre en calculant la raison des sinus par le rayon de dix millions de parties, c'est-à-dire jusqu'à sept décimales. Il y ajouta le Canon fœcundus, table de tangentes seulement pour des degrés entiers, et sur un rayon de cent mille parties.

Il eut le premier l'idée de faire un almanach avec la position des astres, les éclipses et les calculs de la situation du soleil et de la lune, pour un espace de trente ans. Appelé à Home par Sixte IV pour la réforme du calendrier, il y mourut dans la force de l'âge.

Beaucoup de traités d'algèbre ou , comme on disait alors, d'almacabale, se trouvent manuscrits dans les bibliothèques ; mais le premier imprimé fut le traité italien de Luc Pacioli de Borgo, franciscain, professeur de mathématiques à Milan, qui appelle l'algèbre art majeur f dit par le vulgaire règle de la chose. Il arrive jusqu'à l'équation de second degré, mais sans aller plus loin que Fibonacci (1); néanmoins, comme il observa que les règles relatives aux racines sourdes peuvent se rapporter aux grandeurs incommensurables, il indiqua qu'il pressentait l'application de l'algèbre à la géométrie (2). Il traite de l'arithmétique commerciale, et il est le premier qui ait exposé la tenue des livres en partie double, à la manière italienne. N°, c'est-à-dire numéro, indique le connu; co, c'est-à-dire chose, l'inconnu; ce (cens), le carré; eu, le cube; p et m équivalent à -h et à — (3). Ainsi, quand nous écrivons aujourd'hui 3x Ax1 — 5x3 2#* — 6, on traçait alors 3 co. p. 4 ce. m. T> eu. p. 2 ce. m. 6 N°. Les ouvrages de Pacioli servirent de base à tous les travaux des mathématiciens du siècle suivant.

Grégoire Reisch , prieur de la chartreuse de Fribourg, par VEpitome omnis philosophix , alias Margaritaphilosophica , tract ans de omni génère scibili , imprimée à Heidelberg en i486, et qui eut douze éditions avant 1535, répandit largement les connais-

(1) • Comme nous suivons en majeure partie Léonard Pisan (Fibonacci), nous déclarons que toute proposition avancée sans nom d'auteur doit èlre considérée comme de Léonard. » (Summade arithmetïca geometria.)

Nous citons ce passage pour le laver du reproche de plagiat qui lui a été fait.

(2) Un de ses petits traités est intitulé Modux solvendi varias casus figurarum quadrilaterarum rectangularum per viam algebnv.

(3) Selon Libri, les deux signes + et — furent inventés par Léonard de Vinci, tandis que Chades, dans son important Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie (Bruxelles, 1837 ), en attribue le mérite à Stifels.

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sauces mathématiques et physiques ; cet ouvrage nous fait même connaître divers progrès accomplis par ces sciences dans le moyen âge.

Les astronomes étaient tous préoccupés de rêveries astrologiques; lorsque parut l'ouvrage de Pic de la Mirandole, destiné à les combattre , Lucio Bellanti soutint la thèse contraire dans V Astrologue defensio; le fameux Livre du Pourquoi de Manfredi est tout en faveur de l'astrologie. La science marcha cependant. Jean Bianchini de Bologne publia des tables astronomiques où sont combinés tous les mouvements des planètes; le Ferrarais Dominique-Marie Novara détermina la position des étoiles qui se trouvent dans l'Almageste; il conçut l'idée d'un changement dans l'axe de rotation de la terre , et eut pour disciple Copernic , auquel il donna peut-être l'idée du système pythagoricien. Ce système fut enseigné clairement par Nicolas de Cusa (1), bien qu'il le donnât comme une hypothèse. Paul Toscanelii de Florence traça , dans la cathédrale de sa patrie , le gnomon le plus élevé qui existe au monde. Alphonse de Portugal et Christophe Colomb le consultèrent au sujet de la navigation pour les Indes.

Les sciences naturelles ne s'appuyèrent sur l'expérience et les mathématiques que dans le siècle suivant , en substituant les réalités aux chimères , l'évidence aux songes et à l'autorité,

La médecine s'égarait à la suite des préjugés, et le livre de Marcile Ficin , de la Vie humaine, ne se compose que de formules pour conserver la santé et prolonger l'existence au moyen d'observations astrologiques; il rapporte les maladies et l'efficacité des remèdes à l'influence des étoiles, et les vieillards, à l'en croire , pouvaient rajeunir en buvant du sang de jeunes gens.

Ces folies , communes à Arnaud Bacaon , à Arnaud de Villeneuve et aux autres médecins les plus renommés alors , furent combattues par PicetGerson, grand ennemi des remèdes superstitieux ; la faculté de Paris les condamna comme art diabolique, et Benoît XIII déclara la magie hérétique. Comme les guérisons prétendues miraculeuses se multipliaient aux tombeaux de saint Roch , de sainte Catherine de Sienne , de saint André Corsini et autres, l'Église intervint pour empêcher de crierau miracle, à moins que la maladie nefùt incurable et la guérison instantanée. Les pestes fréquentes accrurent la dévotion a saint Sébastien, à saint Job , à saint Roch surtout, qui précisément , dans le cours de ce siècle ,

(i) Voy. leliv. XV.

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avait quitté Montpellier, sa patrie , pour aller en Italie assister \os malades atteints de la contagion. Souvent aussi l'on peignait, sur la façade des églises et dans les tabernacles , le long des chemins , d'énormes figures de saint Christophe , dont la vue, disait-on, préservait e mauvaises rencontres et surtout de la mort subite. Comme ce genre de mort se multipliait beaucoup, à ce qu'il paraît, on invoquait souvent saint André Avellino contre elle, et l'on avait recours à d'autres dévotions de ce genre pour la conjurer.

Quoique les ouvrages grecs eussent reparu , Hippocrate fut peu étudié dans l'original ; on recherchait de préférence les doctrines des Arabes et des juifs. Les systèmes de ces derniers se trouvent exposés dans Riolan ; mais les juifs furent plus heureux dans la pratique que dans leurs livres; aussi continuèrent-ils à jouir de plus de crédit que les autres médecins. Charlemagne et Charles le Chauve avaient eu recours à leurs services , et Charles-Quint les imita ; ce prince en envoya un à François Ier, qui , le soupçonnant d'être chrétien , ne voulut pas lui rendre compte de sa maladie.

En France , jusqu'au quinzième siècle, il ne fut pas permis aux médecins de se marier; aussi la plupart entraient-ils dans les ordres , afin de pouvoir jouir des bénéfices ecclésiastiques, malgré la désapprobation du concile de Latran.

Il est fait mention d'un grand nombre de médecins dans l'histoire des différents pays ; nous nous bornerons à rappeler les plus notables. Antoine Guarnerio de Pavie eut le bon esprit de repousser les enchantements et autres procédés chimériques. Michel Savonarola, bon observateur, s'écarta hardiment d'Averroès; il n'en croyait pas moins que Nicolas Piccinino avait engendré à l'âge de cent ans ; qu'après la peste de 13i8 on avait vingt-deux ou vingtquatre dents, au lieu de trente-deux; qu'un animal pouvait naître quelquefois avec le fœtus. Dino du Garbo, la gloire de son temps, ajouta des subtilités nouvelles à celles qui étaient propagées par les Arabes.

Marsile de Sainte-Sophie , Gentile de Foligno , Pierre de Tossignana, Guillaume de Varignana, Christophe Barzizza, Jean de Concorezzo et d'autres Italiens exercèrent avec distinction la médecine, sur laquelle ils écrivirent, et tous pratiquèrent la chirurgie.

Mais , hors de l'Italie , cette dernière était abandonnée avec mépris à des barbiers ignorants; Mathias Corvin, atteint d'une blessure , envoyait au loin , promettant de grandes récompenses à quiconque viendrait le guérir. Vincent Vianeo de Maida , Branca

et Boiani de Tropea introduisirent la greffe animale en refaisant le nez. Guy de Cauliac , originaire de l'Auvergne et médecin d'Urbain V, supérieur à son temps, rejeta les subtilités et fit des opérations hardies. Le gouvernement vénitien , qui devança les autres dans beaucoup de sages mesures, ordonna le premier, le 7 mai 1308, qu'on disséquât chaque année quelques cadavres. Plus tard Mondini de Luzzi , professeur à Bologne , disséqua publiquement des cadavres, et publia une description du corps humain faite d'après nature , avec des tableaux anatomiques. Il est vrai qu'il ne sait pas s'affranchir de sa vénération pour les anciens, et qu'il sacrifie l'évidence même à la théorie deGalien; mais il rejeta beaucoup d'assertions imaginaires, décrivit ce qu'il avait vu réellement , et l'expliqua avec simplicité et précision. Aussi son livre fut-il , pendant trois siècles, le texte de toutes les écoles d'Italie, qui faisaient des additions à mesure que la science agrandissait son domaine. Après lui s'introduisit l'usage d'ouvrir chaque année, comme il le faisait, un ou deux cadavres dans les universités.

Barthélémy de Montagnana, professeur à Padoue, est cité comme ayant fait quatorze autopsies; en France, on commença en 1376 ; ce fut seulement en 1556 que Charles-Quint obtint des docteurs de Salamanque la décision que les catholiques pouvaient ouvrir des cadavres humains. La saignée n'en était pas moins regardée comme une opération importante. Les médecins discutaient sérieusement sur l'endroit et le moment où il convenait de la pratiquer, et, lorsqu'elle était ordonnée dans quelque maison princière , les chevaliers du voisinage s'y réunissaient; puis, en cas de bonne réussite , on remerciait Dieu , en se livrant à des fêtes pendant plusieurs jours.

Dans le cours de ce siècle , les pharmaciens français furent soumis à un règlement, comme c'était l'usage chez les Arabes; ceux d'Allemagne tiraient d'Italie les préparations pharmaceutiques. Le plus grand nombre des pharmaciens s'occupaient de la droguerie ; aussi , dans certains endroits , épicier signifie pharmacien , confiseur. Lorsque les cités leur délivraient la licence , elles leur imposaient l'obligation d'envoyer quelques sucreries au corps de ville. Une société de physique fut fondée au Saint-Esprit de Florence. Saladin d'Ascoli publia un Cowpendium aromaioriorum pour servir de guide aux pharmaciens, dont il exige tant de qualités qu'il serait heureux de les voir en posséder la moitié Saint Ardouin en fit autant pour Venise, Ciriaco d'Augustis de Tortone pour l'Italie occidentale , Paul Suardo pour le Milanais. Hermolaus

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Barbaro et Nicolas Léonicène , par leurs commentaires de Pline , firent avancer la botanique officinale.

Assez longtemps après la renaissance des études , la médecine s'engagea dans la meilleure voie, celle dont on veut, sans motif déterminant, faire honneur à Hippocrate , et qui consistait à comparer, dans l'homme , l'état de santé avec l'état de maladie, en s'aidant des sciences naturelles méditées avec soin.

Certaines maladies nouvelles contribuèrent à ramener de l'érudition à l'observation , des textes aux faits. Telles furent la mort noire et la tussis ferina , qui apparurent en France , sous forme épidémique, en 1414; telle encore la tarentule, espèce d'épidémie alors connue en Italie , qu'on attribuait à la morsure d'une araignée, et qui faisait danser ou portait à dos actes extravagants. Le scorbut prit aussi une force inusitée dans les longs voyages sur mer, que l'on commençait à entreprendre. La sueur anglaise, qui se manifesta dans la Grande-Bretagne en 1486, y causa de grands ravages, et se reproduisit aussi plusieurs fois ailleurs , pour être fatale surtout aux personnes robustes, jeunes et d'une condition aisée. La terrible plique, qui s'acclimata en Pologne à la suite de l'irruption des Tartares, se propagea aussi en Bohême et en Autriche. L'étude de ces maladies porta à établir une distinction entre celles qui dépendent d'un germe spécifique, et les affections morbides occasionnées par des changements d'atmosphère , par des conditions locales ou l'effet pernicieux de la nourriture.

On connaissait déjà cette maladie, suite et châtiment du libertinage, qui, répandue en Italie à l'époque de la descente de Charles VIII , y fut appelée mal français , tandis qu'elle recevait en France le nom de mal napolitain. Onaproduitdes statuts, attribués à la reine Jeanne Irc, qui mettaient pour condition à l'ouverture des maisons de débauche dans Avignon, que les prostituées seraient tenues de subir une visite par semaine , afin qu'elles ne pus- m:, sent infecter la jeunesse (1); mais il a été.prouvé que ces statuts

(I) La reina vol che toudos loisamdis la baylouna et un barbier deputats dos causants visitoun fondas las filias debauchadas que seran aou bourdeou. Se sen trova qualuno qu'abia mal vengut de paillardisa, que sian séparados, per évita lou mal que la jouinesse pourie prendre.

La Revue médicale ( octobre I83i ) dit qu'Astruc écrivit à un seigneur d'Avignon pour le prier de se mettre à la recherche de ces statuts ; celui-ci, qui n'en avait jamais entendu parler, s'adressa à M. de Garcin , chez qui se réunissait une société nombreuse. On rit beaucoup de la demande, et l'on résolut de simuler ces règlements; Astrucfut dupe de cette tromperie. On se moqua beaucoup de lui; mais la plaisanterie était bien misérable. Freschi ignorait cette fraude lorsqu'il publia son édition du SprengeJ.

n'étaient qu'une sotte mystification, il noue reste une lettre dé Pierre Martyr d'Anghiera à la date de 4489, où il parle du mal gai" iique (1) ; mais ce nom lui-même donne à suspecter l'exactitude de la date. Après bt au coup de discussions sur ce point, il reste douteux si cette maladie a été Apportée d'Amérique. Le premier qui l'ait affirmé est Léonord Schmauss de Strasbourg , en 1518; il était trop éloigné de le|>oque et des lieux. Son argument le plus fort consiste à dire que les maladies naissent là même où se trouve leur remède. Or legaïac croit en Amérique* donc le mal y est né» Il est certain que Ladislas de Naples mourut en UU d'une maladie qui avait beaucoup d'affinité avec celle-là, maladie si nouvelle qu'on la crut l'effet d'un venin subtil qu'une maîtresse lui aurait administré (2).

La véritable syphilis se manifesta en 1493, avec tant de violence et sur une si grande échelle, qu'il est difficile de croire qu'en si peu de temps elle eût été propagée aussi loin par le petit nombre de personnes revenues du nouveau monde. Peut-être se compliquait-elle de la lèpre , répandue alors par lea Maures chassés d'£spagne. Quoi qu'il en soit, cette maladie causa une immense épouvante , parce qu'elle parut devoir anéantir l'espèce humaine en l'attaquant à sa source. On l'attribua aux péchés des hommes, aux blasphèmes usités dans les maisons de débauche , et des dévotions furent ordonnées pour en conjurer la furie* On employa de bonne heure , comme remède , l'usage intérieur du mercure; après l'exportation du gaïac, en 1517, bois appelé saint pour les effets curatifs, on abandonna le premier médicament jusqu'à Pa- Une délibération prise par le conseil de ville de Pans, le 1S février 1508, ordonne que les vèrolés étrangers soient expulsés de l'hôpital» et les malades nationaux placés dans des maisons particulières, de peur qn'ilx ne communiquent leur infection aux pauvres et aux sœurs religieuses. Une quête générale sera faite à leur profit, et l'archevêque sera prié d'accorder des indulgences à ceui qui y contribueront. Mémoires de l'Acaâ. des sciences morales et politiques, t. IV, p. 538.

(1) lapeculiaremte nostrx tempestatis morbumqui appellutione hispana bubarum dicUur, ab Ilalis morbus gnllicus, medkorum eliphantiam a/«, alti aliter appellant, incidtsse pr&cipilem libero ad me scriàu ptde. Ep.

(2) Voy. G i an.no> e, Storia civile, etc., XXIV, 28.

On trouve cette maladie mentionnée dans la Summa conversât ionis et curatioms , quv Gulielnuna dicitur parce que cet ouvrage (ut achevé à Vérone par Guillaume Piaceiitino, en 1275. Le chapitre 48 du Ier livre est intitulé : De pustulis atbis et scissuris et corrupt tombas qux fiunt in virga et ctrca prmputium proptercoitumcum meretrice, vel/œdat velab alia causa; Venise,

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racelse; mais on fit un tel abus du gaïac que son emploi devint plus désastreux que la maladie elle-même.

Pétrarque se montra grand ennemi des médecins et surtout des M**" légistes, dont il abandonna les écoles parce que, dit-il, « l'iniquité « des hommes a gâté l'usage de la jurisprudence. Je ne pouvais a sou ff ri r d'apprendre une science dont je ne voulais pas faire un a emploi infâme, et, quand bien même j'aurais voulu me conduire « avec honnêteté , je l'aurais pu difficilement, car mon honnêteté « eût été taxée d'ignorance (1). » Il attaque souvent les astuces des gens de loi , leur style dur et barbare ; cependant il eut pour ami Jean d'Andréa, Bolonais ou Florentin , le plus grand canoniste de son temps, dont les deux filles, Novella et Bettina, professèrent elles-mêmes le droit canon. Paul de Liazari , élève de Jean d'Andréa , forma Jean de Legnano , devenu si célèbre qu'à sa mort les boutiques furent fermées en signe de deuil.

André d'isernia fut surnommé l'Évangéliste du droit féodal , et le roi Robert l'emmena avec lui pour soutenir à la cour d'Av ignon les droits qu'il avait au trône de Naples. En racontant que Frédéric Il avait imposé certaines taxes nouvelles sans en attribuer un tiers à l'Église . il ajoute que l'àme de ce prince requiescit in pice , et non in pace. Il fut tué par un officier allemand , contre lequel il avait opiné dans une cause féodale.

Nous placerons aussi parmi les hommes de science Dante Ali— ghieri , qui sut tout ce que l'on connaissait de son temps , et pressentit quelques-unes des découvertes ultérieures. 11 indiqua clairement les antipodes et le centre de gravité de la terre (2) ; il fit des

(1) Ep. ad posteras.

(2) On sait qu'Arislote y lait aussi allusion ; le chroniqueur Rolandino dit, Ut. XIII, ch. 9 : Tune visa est gens Lombardorum, tota prompta ad locum concurrere ubi creditw Kcelmus, non aliter quam ad punctum terrx médium, quod philosophi centrum dicunt , ponderosa cuncta tendete nalura- Hier élaborant.

Les antipodes sont clairement indiqués par Pétrarque :

.y fila stagion che il ciel rapido inchina Verso accidente, e che il dl nostro vola A génie che di là forse V aspetta.

Dans le moment où , tournant sur le pôle, Le ciel rapide incline a l'occident, Où notre jour vers d'autres gens s'envole, Bien par delà, dont le regard l'attend.

(Cant. V.)

Quando la sera secacia il chiaro giorno B le ténèbre nostre altrui /an alba.

observations pleines de finesse sur le vol des oiseaux , le scintillement des étoiles , l'arc-en-ciel et les vapeurs qui se forment dans la combustion (1). Avant Newton , il assigna à la lune la cause du flux et du reflux (2) ; avant Galilée , la maturation des fruits à la lumière , qui en fait évaporer l'oxygène (3) ; avant Linné et avant tout autre , il déduisit des organes sexuels la classification des végétaux (4), affirma que toutes les plantes, même les plantes cryptogames et microscopiques , naissent de semence (5) , que les fleurs ouvrent à la lumière leurs pétales, découvrent leurs étamines et leurs pistils pour féconder leurs germes (6) , et que les sucs nutri-

Lorsque le soir chasse le jour qui luit, Et que fait l'aube à d'autres notre nuit.

(Sestin. L)

(1) Bnf., XIII, 40 ; XXm, 23.- Purg.t II, 14 ; XV, 16. — Par., 11,8; XII, 10, et ailleurs.

(2) E corne il volger del ciel délia luna Copre e discopre i lidi senzaposa.

De même en se mouvant que le ciel de la lune. Sans trêve , par les flots fait couvrir , découvrir Le rivage des mers...

( Parad.t XVI. )

(3) Guarda al calor del sol che si fa vino Giunto alC umor che dalla vite cola.

Vois, lorsqu'elle s'unit, en la vigne fertile , Au fluide léger que son rameau distille, Si ne devient pas vin la chaleur du soleil.

(Purg., XXV.)

(4) CtCogni erba si conosce per lo semé.

Sans peine on reconnaît toute herbe à la semence.

(Purg., XVI. )

(5) Quando alcuna pian i a Senza semé p a lèse vi s* appiglia.

Ne te doit étonner que parfois une plante Vienne a surgir du sol sans semence apparente.

(Purg., XXVIII.)

(6) Quali ifioretii, dal notturno gelo Chinait e chiusi, poi che 'l sol gV imbianca,

Si DRIZZAN tutti APERT1 ifi lOTO SUlO.

Comme au froid de la nuit et s'incline et se ferme

La délicate fleur pour se rou vrir soudain,

Se dressant sur sa tige aux ravonsdu matin...

( En/., II.)

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tifs circulent dans les plantes (1) ; avant Leibnitz, il signala le principe de la raison suffisante (2) ; avant Bacon , il indiqua l'expérience comme la source doù dérivent nos arts humains (3) ; il fait même allusion à l'attraction universelle (4).

Les commentateurs s'émerveillent de ce que Dante connut les constellations des pieds du Centaure et de la Croix du Sud (5) ; les

(1) Corne d'un tizzo verde ch' arso sia ' DalVun de' capi, che dalV altro geme B cigola per venlo che va via...

Comme !e tison vert qui d'un bout se consume, Tandis que hors do feu l'autre extrémité fume, Et se vide de l'air qui sort en gémissant.

(En/., XIII.)

(2) Intra due cibi distant* e moventi

D' un modo, prima si morria difame Che liber nom V un si recasse a dentï.

Un homme entre deux mets également distants, Et pour son appétit également tentants, Se laissera mourir de faim en même place Avant que sur l'un d'eux il ne la satisfasse.

(Parad., IV.)

(3) Da questa istanzia puà deliberarte Esperienza, se giammai la provi, Ch'esser suol fonte a rivi di vostr' arte.

Le problème sera, lorsque tu le voudras , Par toi-même éclairci, grâce à l'expérience, D'où découle surtout votre humaine science.

(Parad., II.)

(4) Quesli ordini di su tutti rimirano, B di giù vincon si , che verso Dio Tutti tirati sono e tutti tirano.

Tous ces ordres divers , tendant vers le milieu,

En même temps qu'en haut ils contemplent, admirent,

Agissent en dessous, tellement que vers Dieu

Tous étant attirés, tous de même ils attirent.

(Parad., XXVHI.)

(5) lo mi volsi a man destra, e posi mente AW altro polo, et vidi quai tro s telle Non vlste mai fuor ch 'alla prima génie... O settentrional vedovo sito,

Poichè privatose1 di mirar quelle !

Alors vers l'autre pôle, à droite me tournant, J'y lixai mon regard, et j'y vis quatre étoiles....

éditeurs milanais des classiques le supposent ou prophète , ou sorcier , ou ami de Marco Polo ; néanmoins les fréquents voyages des marchands italiens au détroit de Bab-el-Mandeh et leur connaissance particulière des planisphères arabes enlèvent tout merveilleux à ces notions astronomiques. Selon la géographie de Dante, avant que Lucifer fût tombé du ciel et emprisonné au point de la terre vers lequel sont attirés tous tes corps pesants , l'hémisphère boréal se trouvait sous l'eau , et un grand continent existait dans l'hémisphère austral opposé au nôtre. Là vécurent Adam et Ève , les premiers humains qui virent les quatre étoiles dont est privée et veuve la partie septentrionale du monde. Une grande catastrophe ayant changé la face de notre globe , il surgit dans notre hémisphère une grande sèche , c'est-à-dire un continent dont Jérusalem est le centre, tandis qu'aux antipodes la masse aride s'engloutissait et se faisait un voile de la mer par épouvante de Lucifer; un cône de soulèvement forme la montagne du purgatoire, sur la cime de laquelle s'étend le paradis terrestre.

Nous l'avons dit, Dante fait un tel abus, et si mal à propos, de sa science astronomique que , lors môme qu'il ne tombe pas dans l'erreur, il oblige le lecteur à des raisonnements interminables pour saisir le sens des phrases par lesquelles il entend désiguer les jours et les heures des aventures dont il parle.

Mais avait-il foi dans l'astrologie , comme le veulent ses commentateurs?

Dante , en cela , s'écartait du maître de ceux qui savent , dont l'opinion est que la vie active ne convient pas à la perfection des êtres célestes, et se rapprochait de Platon , avec lequel il croyait que les intelligences ou vulgairement les anges sont destinés nonseulement à la vie contemplative , mais encore à une existence active. Il en fait donc les moteurs et les régulateurs des sphères , non toutefois par voie du mouvement, mais de pur entendement ( Voi che intendendo il terzo ciel movete ). Ces astres deviennent ainsi à ses yeux autant d'intelligences qui exécutent les décrets de la Providence, sous l'impulsion de l'amour [L'amor che move il sole e l'altre stelle) , qui pénètre dans tout l'univers, et resplendit plus ou moins selon les lieux. Cet amour, en imprimant au ciel empiré une impulsion circulaire , propage son mouvement de sphère en sphère jusqu'au globe de la terre. C'est ce mouvement réglé inva-

\ ni autre jusqu'ici que les premiers humains One ne les vit... O toi , boréal hémisphère. Tu restes triste et veuf, privé de leur lainière !

(Purg.y I,)

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riablement qui dispense aux mortels, à des degrés différents, les vertus divines dont les étoiles sont douées par la volonté d'en haut; niais cette influence n'entraîne pas nécessité , sans quoi il n'y aurait ni mérite ni démérite (Se cosi fosse in voi fora distrutto, etc. ) ; les astres ne font que déterminer les premiers mouvements , qui sont dirigés par l'éducation , la raison , le libre arbitre et même les hasards , selon que la nature trouve la fortune contraire ou favorable.

Le poète n'accorde donc aux astres rien de plus qu'une influence sur les tempéraments ou sur la puissance végétative, dont l'union avec les deux facultés sensitive et rationnelle , dit-il dans le Convivio , forme et compose l'àme de l'homme. Il énonce plus clairement, dans le de Vuiyari Eloquio, que l'homme est végétable, sensitif et raisonnable. En tant que végétable , il tend à sa propre conservation ; en tant que sensitif, aux plaisirs; en tant que raisonnable, à la vertu. Il doit, en conséquence , être dirigé de manière à acquérir l'habitude de faire le bien et d'empêcher le mal , sous les trois rapports signalés.

L'opinion que les planètes influaient sur les tempéraments a été professée par des hommes graves et instruits; elle n'a pas même encore perdu tout crédit. Nous ne sachions pas que personne nie que l'homme est poussé ou retenu , dans beaucoup de ses actions , par son tempérament. Lors donc que Dante se félicite d'être redevable à la constellation des Gémeaux de tout son esprit , quel qu'il soit, il entend seulement l'influence que celte constellation eut sur sa naissance, dans la conformation des organes, qui, par des voies mystérieuses où l'intelligence humaine ne pourra jamais porter la lumière, modifient la pensée et la volonté. Lorsqu'il fait dire à Brunetto Latini que, s'il suit son étoile , il ne peut manquer d'arriver glorieusement au port(i) , il se conforme aux habitudes de son maître , adonné à l'astrologie et qui , dit-on , avait tiré l'horoscope de Dante. Lorsqu'il dit encore , dans le chant XXVI de V Enfer : Si le bien un est provenu d'une étoile amie ou d'une source meilleure, il annonce suffisamment, par cette forme dubitative , combien il était éloigné d'attribuer une importance absolue aux étoiles, opinion qui aurait été en désaccord avec ses doctrines théologiques , philosophiques et poétiques (2).

On ne nous fera pas sans doute un crime de nous être arrêté

(I) Enfer, XV.

(V Cecco d'Ascoli cite dans VAeerba, liv. III, cb. 10, nue lettre qui lui lut adressée par Dante contre l'influence des planètes.

63t> TREIZIÈME ÉPOQUE.

sur les doctrines des grands génies, dont les erreurs même peuvent servir à l'instruction.

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