‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 135 sur 153 · LITTÉRATURE HORS DE L'ITALIE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE HORS DE L'ITALIE

Nouvelles, « qui sont très-plaisantes à raconter dans toutes les bonnes compagnies, pour se tenir en joie , » et où figurent le Dauphin lui-même , le duc de Bourgogne et les grands de la cour. Os récits sont toujours licencieux, bien que débités en présence de dames.

Ce genre de compositions marque un progrès de la langue française, dans laquelle commencent à s'introduire les modes de la langue d'oc et les formes lyriques. Charles , duc d'Orléans , dut le i»i-i*«r.. jour à Valentine de Milan , et cette origine explique la finesse de son «ont, si supérieur à celui de ses contemporains nationaux. Excité par sa mère mourante à venger l'assassinat de son père, il se ligua contre le duc de Bourgogne avec les ducs de Bourbon et de Borry ; à la mort du premier, il s'unit au roi de France , combattit à Azineourt , et , fait prisonnier, il se consola par des chants de sa captivité de vingt-cinq ans. Les compositions les plus originales de ce siècle (1) attestent les progrès de la langue et du goût; l'exposition en est facile, les rimes soignées et bien entendues, les élisions et les enjambements évités. Il sacrifie lui-même aux allégories , aux imaginations alors en vogue , et ra pensée est faible mais gracieuse ; au lieu de langoureuses lamentations ou de vulgaires doléances , il tempère par le sourire l'expression de la douleur (2;. Il regrette une beauté qu'il a laissée sur le continent; mais il sut captiver le cœur de toutes celles de l'Ile, qui voulurent, en l'honneur de sa mère , que le jour de Saint- Valentin fut consacré à la Fête d'Amour.

Jean, duc de Bourbon, son compagnon d'infortune (3), René

fl) Poésies de Charles, duc d'Orléans, publiées sur les manuscrits orinihaux et authentiques, par M. Champollion-Figeac ; 1842 — Poésies de Chartes d'Orléans, par M. Guichard; Paris, isiî.

{?.) En regardant vers le pays de France , L'ng jour m'advint adoure sur la mer : Qu'il me souvient de la doulce plaisance Que je soulois audit pays trouver ! Si commençai du cœur à souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit De veoir France que mon cœur amer doit.

Alors changeai en la nef d'espérance Tous mes souhaits en la priant d'aller Oultre la mer, sans faire demourance, Et à France de me recommander.

(3) Le duc d'Orléans adressait au duc de Bourbon, qui obtiut son cong«; pour la France , le madrigal suivant :

Puisqu'ainsi est que vous allex en France,

d'Anjou et Jean II de Lorraine , cultivèrent aussi la poésie, mais n* en isw. avec peu d'inspiration (4). Normand Alain Chartier, secrétaire dp la maison du roi , fut en si grande réputation de son temps que Marguerite d'Écosse , femme de Louis XI , le voyant endormi , lui donna un baiser sur a cette précieuse bouche d'où étaient sorties a tant de belles et vertueuses paroles. » Nous avouons n'être pas de l'avis de la reine ; sa chronique est très-ennuyeuse , et. dans les vers qui nous restent de lui , il étale une morale de carrefour. Ké en t43i. François Villon , escroc et débauché crapuleux , racontait en vers ses propres filouteries, qui le conduisirent deux fois au pied du gibet . Le roi le gracia ; mais, en face de l'échafaud même, il continuait ses plaisanteries, dont le cynisme exclut jusqu'au mérite de l'intrépidité. Il se moque, dans son Testament, de ceux qu'il fait ses légataires, pensée qui depuis a été souvent imitée. S'il ne déter-

Duc de Bourbon , mon compagnon très-chier, Où Dieu vous doint, selon la desirance Que tous avons, bien pu voir besougnicr, Mon fait vous vculx descouvrir et chargier De tout en tout, en sens et en folie : Trouver ne puis nul meilleur messagier ; Il ne faut ja que plus je vous en die.

Premièrement, si c'est votre plaisance, Recommandez-moi, sans point l'oublier, A ma dame ayez-en souvenance; Et lui dites, je vous prie et requier, Les maux que j'ai, quand me fault esloignier, Maugré mon veuil, sa douce compagnie :

Vous savez bien que c'est de tel mesticr, Il ne faut ja que plus je vous en die.

Or y faites, comme j'ai la fiance, Car un ami doit pour l'autre veiller.

Si vous dites : Je ne sais sans doutance Qui est celle; veuillez la m'enseignier ; Je vous réprus que ne vous faut serchier Fors que celle, qui est la mieux garnie De tous les biens qu'on saurait souhaitier : 11 ne faut ja que plus je vous en die.

Congé.

Si ai chargé à Guillaume cadier Que par de là bien trouvent vous supplie, Souvienne vous du fait du prisonnier :

11 ne faut pas plus que je vous en die.

(I) Les poésies deClotilde de Surville ne sont pas pins authentique- que celles d'Ossian.

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