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CHAPITRE V

ESPACÎîR ET PORTICÀL. EXPULSION DES MAURES.

Tandis que l'islam triomphait à l'orient de l'Europe, il succombait à l'occident. Les victoires du Gid, de saint Ferdinand, de Jacques, et le brillant succès de la plaine de Tolosa, avaient préludé à l'expulsion totale des Maures de l'Espagne. La lutte se prolongea néanmoins dans ce champ clos entre les barbares du Nord, arrêtés par l'Océan, et les barbares du Midi, venus par l'Océan. Lorsque les derniers n'eurent plus à défendre la Péninsule entière, mais seulement quelques provinces et un petit nombre de villes, leurs forces, en se concentrant, devinrent plus difficiles à briser. Pour éviter tout mélange avec les chrétiens, et s'épargner un état continuel de défiance, ils les contraignirent à abjurer ou à fuir. De leur côté, les Espagnols ne tolérèrent plus les mahométans, qui par suite refluaient dans les provinces restées à leurs frères; enfin ils se réfugièrent dans le royaume de Grenade, c'est-à-dire dans les pays au sud-est de la péninsule, où ils étaient protégés parles hauteurs de la Sierra-Nevada et delà Sierra-Loja.

Semblables à Antée, les musulmans tiraient des forces de la Libye, dont les princes leur faisaient passer des secours, et toujours utilement. Il est vrai que ces auxiliaires devenaient funestes aux dominateurs qui les avaient appelés; car ils finissaient par les déposséder. Mais le pouvoir qui remplaçait Tancien avait toute la vigueur de la nouveauté ; les Espagnols, au contraire, à mesure qu'ils acquéraient la possession tranquille de leurs provinces, déposaient cette valeur dont ils avaient fait preuve au moment du péril, se souciant peu que les Maures prospérassent dans d'autres provinces éloignées, ou que des pays avec lesquels ils ne savaient pas s'unir dans une fraternité nationale fussent menacés par leurs armes. La lutte se prolongea donc; mais nous allons voir maintenant les différentes principautés chrétiennes, nées du démembrement de la monarchie maure, former corps, et effacer la honte de la servitude étrangère.

La Navarre , oubliée au milieu de ses montagnes et presque Navarre, étrangère à la cause nationale de l'Espagne , avait été apportée par Jeanne Irc aux rois de France , qui la possédèrent jusqu'au moment où Jeanne lî fit valoir ses droits à cette couronne, et

proclamer roi Philippe , comte d'Évreux , son mari; elle promettait aux cortès , sous la foi du serment , de ne battre de monnaie nouvelle qu'une fois par règne; de ne vendre ni engager les domaines ; de ne confier qu'à des indigènes le commandement des forteresses , et de céder le gouvernement à son fils aîné dès qu'il aurait accompli sa vingtième ai nue.

lutta*. Philippe combattit vaillamment les Anglais en France, et mérita d'être surnommé le Bon; mais en son fils Charles II , dit le Mauvais , la perversité se trouva unie , comme pour devenir plus funeste, aux donsde l'esprit etaux agréments du corps. Après avoir opprimé ses sujets et porté le trouble en France, ce prince, affaibli par les excès, s'était fait envelopper, pour ranimer ses forces, dans un drap imbibé d'eau-de-vie, quand le feu y prit par accident , et termina ses jours d'une manière affreuse. i»s6. Sous le règne de Charles III le Noble, le royaume jouit d'une longue paix , et répara ses forces. Avec ce roi finit la maison d'É- \m. vreux , et le trône passa avec Blanche , sa fille , à Jean d'Aragon, fils de Ferdinand le Juste. A la mort de Blanche , Jean II ayant refusé de céder le royaume à don Carlos, son fils, comme la constitution l'y obligeait, il en résulta entre le père et le fils une guerre dont les chances varièrent. Des princes faibles se succédèrent ensuite , jusqu'au moment où Ferdinand le Catholique occupa la partie de la Navarre située au sud des Pyrénées; l'autre partie resta dans l'ancienne famille souveraine, et Jeanne d'Albret Papporta en dot à Antoine de Bourbon , père de Henri IV, qui réunit 1589 ce pays à la France.

Purtnni Le Portugal fiorissait alors sous Denis, surnommé le Père delà patrie, et dont le peuple disait : // fait tout ce qu'il veut. Généreux, libéral autant que sage et actif, il aima le savoir, composa des verset fonda l'université de Lisbonne, qui fut , dans la suite, transférée à Coïmbre. La langue portugaise se polit , et l'on écrivit dès lors dans cet idiome. Il couvrit de pins de vastes étendues pour arrêter les sables qui envahissaient le sol de la province de Leiria; il favorisa par de bons règlements l'exploitation des mines d'or et de fer, et, par les Génois, il améliora la marine, qui bientôt devait procurera son peuple la domination la plus étendue. Lorsque le saint-siége abolit les templiers, Denis voulait les maintenir dans ses États en considération de leurs services contre les Maures; mais, sur l'opposition de Jean XXII. il les fit entrer avec leurs biens dans l'ordre du Christ, régi par les statuts de celui de Calatrava. En un mot, Denis fit tantde bien que les Portugais lui at-

de Caitro.

Pierre le Cru»! de Por-

ESPÀGNE ET PORTUGAL. 107

tribuent toutes les bonnes institutions, môme celles qui sont dues à ses successeurs.

Alphonse IV, fils de Denis , avait troublé les derniers moments de sou père parla guerre civile, jaloux qu'il était d'Alphonse Sanchez, son frère naturel. A peine roi , il le condamne de sa propre autorité; mais ce prince défend à main armée sa personne et ses possessions. Nous parlerons ailleurs des guerres d'Alphonse avec la Castille et les Maures , guerres qui lui valurent le surnom de Hardi [Osado), Pierre, son fils, avait été fiancé à Blanche de Castille; mais, les cortès ayant cassé le mariage pour cause de défaut corporel chez l'infante , il en résulta des inimitiés avec ce royaume. Pierre épousa Constance , fille du marquis de Villena et d'Escalona , mais sans rompre ses relations avec Inès de Castro, sa cousine, qu'il épousa dans le plus grand secret une fois qu'il fut devenu veuf. Alphonse, craignant qu'il ne voulût déshériter les fi!> de Constance , lui demanda s'il avait épousé Inès. Sur sa réponse négative , il voulut l'obliger à contracter un autre mariage ; il refusa, et son père, à l'instigation de ses ministres, leur permit de faire mourir celle qu'il croyait la maîtresse de son fils. Pierre, outré de douleur, se révolta, comme Alphonse s'était révolté urTuK»i contre son père ; quoiqu'il eût promis à la paix de pardonner à ceux qui avaient conseillé cet assassinat , à peine fut-il monté sur «w. le trône qu'il leur fait arracher le cœur en sa présence , et ordonne de rendre les honneurs royaux au cadavre exhumé d'Inès (1) : de

(I) Le meilleur historien de ce temps, Fernand Lopez, ne dit rien du couronnement posthume d'Inès ni des autres circonstances poétiques du fait. Il parle seulement d'une réparation d'honneur faite par don Pèdre à celle dont il avait tenu secret le mariage contracté avec lui. Le comte de Barcellos s'exprima ainsi dans l'assemblée des États et des hauts dignitaires : « Amis, vous avez à avoir que le roi notre sire aujourd'hui régnant , se trouvant au bourg de liraaoce, du vivant du roi Alphonse, son père, prit pour femme légitime Inès de Castro, fdle de don Pedro Fernandezde Castro, et qu'elle l'accepta pour époux, en icconi plissant tous ses devoirs jusqu'au moment de sa mort. Mais cette union

fut pas publiée dans le royaume durant la vie du roi Alphonse, par la crainte que son (ils avait de lui , comme s'étanl marié sans son ordre et consentement; a ces causes le roi notre sire, à l'heure qu'il est, pour la décharge de son âme et pour dire la vérité , comme aussi pour ne pas laisser de doutes à quclque^ uus qui ne savent si ce mariage existe ou non, a fait serment sur les saints Evangiles, et donné foi et témoignage que la chose s'est passée comme je vous ai dit. Vous en trouverez la preuve dans un acte dressé par le notaire (ionzallo Perez, ici présent; vous verrez de plus les dépositions «Je l'évêque de Ouarda et Etienne Lobato , ici présente, qui assistèrent à ce mariage ( il lit alors donner lecture de leurs dépositions ). Et comme la volonté du roi notre sire est que cela ne reste plus cacbé, mais que tous en soient informés, pour dissiper le doute qui a pu subsister jusqu'ici, il m'a ordonné de vous eclaircir de tout, pour bannir

là, le surnom de Justicier Cruel , qu'il mérita du reste , non-seulement à cause des victimes immolées à son implacable amour, mais pour sa rigueur envers les ecclésiastiques et les nobles; cependant il se faisait aimer du peuple en allégeant les impôts et en mainte* nant la justice.

«stiiie. Ferdinand son fils , auquel il avait laissé le royaume pacifié et

vr-tm. j0 jpésop garni, dissipa l'argent et fit la guerre àlaCastille. Ce royaume avait été bouleversé, durant ia minorité de Ferdinand IV, par les rivalités des familles de Haro , de Lara , de la Cerda , de même que par les prétentions de plusieurs princes à la couronne. Denis de Portugal , le roi d'Aragon et celui de Grenade envahirent le pays, en proie à l'anarchie ; la violence et la perfidie s'étaient conjurées pour troubler la régence de la sage Marie de Molina et

,8,î- puis le règne de Ferdinand. Ce roi combattit avec succès contre les musulmans ; il mourut le jour môme que lui avaient assigné deux gentilshommes du nom de Carvaj al, envoyés arbitrairement à la mort , ce qui le fit surnommer Y Ajourné.

Les ambitions et les rivalités se ranimèrent pendant la minorité d'Alphonse XI , soutenu encore par la prudence de son aïeule. A peine eut-il le pouvoir en main qu'il l'exerça avec autant de douceur envers ses sujets que de sévérité à l'égard des bandes qui s'étaient formées sous les anciennes factions ; il réprima les nouvelles par la rigueur et les supplices. Heureux dans ses guerres

ii5o. contre les Maures, il venait de mettre le siège devant Gibraltar quand il mourut de la peste.

le soupçon de vos cœurs. Mais comme quelques-uns, en opposition à ce que je vous dis et à ce qui vous a été déclaré et lu, pourraient dire que cela n'avait point de valeur sans une dispense, vu le grand empêchement résultant de ce qu'elle était cousine du roi notre sire, il m'a chargé de vous instruire du tout , en vous représentant cette bulle , par laquelle le pape lui permet de se marier avec quelque femme que ce soit, fut-elle sa parente plus que ne Tétait dona Inès. »

Quant au châtiment infligé aux meurtriers, le même historien s'exprime ainsi : « Alvaro Gonzalès et Pedro Coelo furent traînés en Portugal et conduits à Santarem, où était le roi don Pèdre. Le roi , qui se complaisait dans sa vengeance, se montra très-affligé de ce que Diego Lopez lui fût échappé en mourant. Il les fit mettre sans pitié, et de sa main, à la torture, voulant qu'ils eussent à confesser jusqu'à quel point ils avaient trempé dans la mort de dona Inès, et ce que son père avait machiné contre elle quand ils allèrent commettre le crime de 6a mort. Aucun des deux ne répondit à ses demandes, et le roi, comme quelquesuns le disent, frappa au visage Pedro Coelo, qui jeta au roi des paroles honteuses, l'appelant félon, parjure, bourreau. Le roi les fit enfin tuer et ordonna d'arracher leurs cœurs, et il dit à celui qui les arrachait que c'était un office gracieux. »

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