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CHAPITRE XXXII

DE AUX- ARTS

Architecture. Plusieurs édifices gothiques que nous avons mentionnés dans le siècle précédent furent terminés ou même commencés dans celui-ci, entre antres la cathédrale de Milan, la Chartreuse do Pavieet Saint-Pétrone de Bologne. A l'exemple des lettres, qui

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revenaient aux auteurs classiques , les arts se tournèrent vers les formes de l'antiquité ; ce retour, appelé renaissance , n'était pas encore une imitation servile. Si l'originalité féconde qui , dans le siècle précédent , s'était élevée jusqu'à inventer un art nouveau, se fût mise alors , en protitant des exemples anciens , à mieux raisonner l'ensemble , à proportionner les parties , à corriger les ornements, à s'aider des progrès de la mécanique , il aurait pu en sortir une bonne architecture tout à fait moderne , qui n'eût point sacrifié au goût du moment l'expérience de plusieurs siècles, les hardiesses inconnues aux anciens, et les formes engendrées par des idées et des habitudes nouvelles.

L'architecture gothique , née à l'ombre de l'autel , avait grandi à construire des églises et des couvents. La puissance et les richesses des laïques, devenues plus grandes, exigeaient des édifices qui ne pouvaient plus conserver l'ancien caractère sacerdotal. Quand chaque pays eut consolidé sa nationalité , et que les rois se furent efforcés de concentrer en eux tout le pouvoir, les sociétés maçonniques leur portèrent ombrage comme instrument de la redoutable puissance papale , et parce que leurs privilèges étaient inconciliables avec les constitutions nouvelles. En Angleterre, Henri VI les déclara illégales, menaçant d'amendes et de prison celles qui tiendraient des chapitres. La réforme religieuse ne tarda point à leur porter le dernier coup , au point qu'il n'en resta plus que le nom et les statuts, conservés d'abord dans l'espoir qu'elles se relèveraient , et dirigés ensuite vers d'autres buts de politiqueou de philanthropie.

Les traditions difficiles et compliquées de l'art furent perdues ; les moyens d'assistance réciproque disparurent ; l'ordre et la régularité du style classique furent adoptés. Mais qu'arriva- t-ill les moyens nouveaux ne se rattachèrent point aux besoins nouveaux de la société ; on eut des copies sans rapport avec l'original , des imitations sans vie , qui, loin de reproduire l'œuvre antique, se contentaient des apparences superficielles, incompatibles avec l'essence de l'esprit moderne.

Telle ne fut pas la pensée de ces talents glorieux qui les premiers s'appliquèrent à relever l'architecture, œuvre commencée en Italie, où elle était facilitée par les restes de l'antiquité. Le passage d'une époque à l'autre se montra d'abord dans la partie ornementale , qui prodigua les guirlandes et les animaux so gneusement imités , mélangés de créations fantastiques , dites grotesques et arabesques, de modillons, de candélabres, de pierreries et de marbres de couleur. On voit des ouvrages de ce genre à Ve-

GTG TREIZIÈME ÉVOQUE.

nise, dans l'église des Miracles à Brescia, dans le mausolée de Barthélémy Coléonc à Bergame, sur la cathédrale de Cômeet sur celle de Lugano , ainsi que dans la Chartreuse de Pavie. Ce siècle est surtout remarquable pour les beaux ornements dont il a décoré portes, fenêtres, chaires, pilastres avec un goût exquis , lors même que ces travaux sont l'œuvre d'artistes inconnus. Souvent la terre cuite fut substituée au marbre , et l'on releva l'humilité de la matière par l'élégance de l'exécution.

Le nouveau mode d'architecture fut dù principalement à deux Florentins, Brunelleschi et Alberti. Philippe Brunelleschi, ne montrant point de dispositions pour la profession de notaire, exercée de père en fils dans sa famille , fut placé chez un orfèvre, où il se prépara, comme c'était généralement l'usage , à faire de la sculpture, dans l'intention de devenir l'émule de Donatello; mais il reconnut bientôt sa vocation pour l'architecture et la possibilité d'y appliquer les études de géométrie , d'optique et de mécanique auxquelles il se livrait alors. Il sentit , lui aussi , le besoin alors commun de recourir à l'antique et de le renouveler; à coup sûr, l'architecture romaine lui offrait, plus que la littérature, un témoignage de la grandeur et de l'originalité de ce peuple glorieux. Si la peinture et la sculpture ne pouvaient emprunter aux exemples classiques qu'une plus grande pureté de dessin , l'architecture v trouvait des formes et des systèmes de construction tout à fait perdus alors. En effet , tandis que le style gothique avait flatté l'imagination et voulu, pour ainsi dire , attester le triomphe de l'idée sur la matière, les Romains s'étaient bornés à l'imitation intellectuelle de la nature, imitation qui tirait les effets des nécessités matérielles, qui faisait ressortir leur système de construction et le rendait plus sensible à l'aide des ornements.

Revenir de l'imagination à l'intelligence éclairée par les conquêtes des siècles, tel était le progrès que l'art devait accomplir; Brunelleschi, pour être en mesure, étudia les merveilleux restes de l'antiquité. « En observant à Rome la grandeur des édifices, a son attention était telle qu'il semblait hors de lui... Il s'exera çait sans cesse à imiter ces constructions , et il ne prit point de a trêve qu'il n'en eût dessiné de toute espèce..., fragments de a chapiteaux, colonnes, corniches (4). » Il calcula de nouveau les forces, les matériaux , les poussées, et se forma une idée exacte de l'art de construire, ainsi que du point où confinent la hardiesse et la témérité.

(i) Vasau.

BEAUX-ARTS

La pensée qui le tourmentait sans cesse était de réussir à ce que nul n'avait osé entreprendre , à jeter une coupole sur Sainte- Marie del Fiore , qu'Amolphe avait laissée à découvert. A cet effet, les Florentins avaient fait appel aux architectes de tous les pays du monde; l'on hésite à croire aux bizarres expédients imaginés dans ce but, comme celui d'ériger au milieu de la nef un pilastre auquel se rattacheraient les voûtes en manière de pavillon, ou bien de remp ir le vaisseau de terre, et d'y jeter des pièces de monnaie , afin que l'avidité de les trouver engageât à la déblayer lorsqu'elle ne serait plus nécessaire. Vérité ou fable, le problème était loin d'être facile. Les coupoles construites jusque-là n'offraient pas de proportions suffisantes pour couvrir le vide laissé par Arnolphe. Celle de Saint-Marc avait quarante et un pieds de diamètre, celle de Sienne cinquante-trois , celle de Pise un peu moins ; en outre , toutes étaient circulaires , élevées de manière à répartir le poids sur des points d'appui disposés selon le carré circonscrit au cercle de la base. Au contraire , les soutiens disposés par Arnolphe formaient un octogone tel que le cercle inscrit s'élargissait jusqu'à un diamètre de cent trente et un pieds. La coupole hémisphérique de Saint-Vital, à Ravenne , s'élevait sur une base octogone, mais petite et d'un mauvais effet , à cause des arcs placés aux angles pour faire combiner le cercle avec l'octogone.

L'ancienne Rome n'offrait pas non plus d'exemples à imiter ; mais Brunelleschi demanda des méthodes et des idées hardies au Panthéon , à la Minerve Médica, aux thermes impériaux , à la villa d'Adrien , quoique dans ceséditices la calotte pose immédiatement sur les murs de soutien , sans pendentifs. Il résolut de les mettre à profit, non pas en écolier qui imite, mais en maître qui crée. Il ne renonça pas non plus à l'ogive , conquise à l'art par le moyen âge ; car la poussée d'en haut se trouve corrigée par la lanterne superposée, et la construction requiert moins d'échafaudages et de cintres.

Ce fut avec ces idées qu'il forma son plan ; mais, quand il en parla , on se moqua de lui , d'autant plus qu'il affirma qu'il pourrait jeter sa coupole sans étais ou charpentes. Il se vit contraint de persuader les incrédules un à un , et fit si bien qu'il triompha de toute opposition , surtout lorsqu'il eut montré son modèle , qui révélait un genre tout à fait nouveau de construction , se servant à elle-même d'appui et de soutien. Une foU l'envie et la défiance vaincues, Use mit à l'œuvre, surveillant tout par lui-même , simplifiant les machines, faisant tailler les pierres exactement;

avant de mourir, il vit son ouvrage terminé (1). Il éleva sur les arceaux d'Arnolphe un tambour haut de vingt-quatre pieds , percé d'ouvertures circulaires, afin que le poids de la voûte tombât sur les soutiens par un double système d'arcades ; il fit la voûte double pour mettre celle de l'intérieur à l'abri de l'humidité, et les attacha Tune à l'autre au moyen de.fortes chaînes , ce qui leur donna cette immortelle solidité que n'atteignirent pas les autres coupoles , bien que plus petites. Sa forme artistique devait, dans la penséede Brunelleschi, résulter de l'observation scientifique ; en effet, elle produisit cette élévation majestueuse qui d'abord semblait le privilège des flèches gothiques. Ainsi la maison de Dieu domina sur l'habitation des hommes, et forma le caractère de la cité.

La renommée que cette œuvre valut à son auteur le fit rechercher partout ; Philippe Visconti , Pise et Pesaro lui confièrent la construction de plusieurs forteresses; à Mantoue , il fit des digues. U fut obligé de continuer Saint-Laurent de Florence tel qu'il avait été commencé , ce qui fait que le plan en est timide ; les colonnes et les bases corinthiennes se font remarquer par un bon style, mais les entre-colonnements sont trop ouverts, les corniches trop petites, les fenêtres trop étroites , et les piliers du centre trop élevés; le contour des chapelles se déploie jusqu'à terre, manière gothique qui ne s'harmonise pas avec le reste de l'édifice.

Le l'eu ayant pris à l'église du Saint-Esprit pendant un spectacle de son invention qui représentait le Paradis , il fut chargé de la reconstruire; mais elle ne fut commencée qu'après sa mort. Le plan offre d'heureuses proportions d'après le mode des anciennes basiliques; les colonnes corinthiennes sont mieux distribuées , et les demi-colonnes remplacent les piliers; on y remarque de la sobriété d'ornements et un caractère viril : dans son ensemble, c'est la plus belle église de Florence.

Aucune prétention ne se montre dans les constructions de Brunelleschi; toutes sont constamment appropriées à leur destination avec plus de sévérité que de grâce, plus d'harmonie dans l'ensemble que dans les détails, mais toujours avec le cachet du génie. Cosme de Médicis, qui lui avait confié la construction de l'abbaye de Fiésole, à laquelle il consacra cent mille écus romains , lui demanda le plau d'un palais ; mais il le trouva trop magnifique pour un particulier comme il voulait le paraître. Les Pitti furent

(1) La coupole a quarante-trois mètres de diamètre; elle est à cent mètres da sol, et on en compte quarante-deux de la coraiclie du tambour à I ourerturede la lanterne.

BEAUX-ARTS

plus hardis , et firent bâtir sur ses dessins cette magnifique demeure qui rappelle les constructions cyclopéennes, ou tout est robuste sans rien de gracieux ou de varié , avec des blocs saillants, sur une longueur de quatre-vingt-dix toises sans interruption. Luc Faucelli y ajouta l'étage supérieur.

Cette austérité excessive que Brunelleschi avait conservée à Mtchdonc l'architecture civile fut modifiée par Michelozzo, son meilleur élève. Il présenta à Cosme le plan d'un palais ( Ricardi ) , le premier dans Florence qui unit à la solidité le luxe de la construction , car il conserva les blocs taillés en bosse ; seulement il varia leur aspect extérieur, et distribua les appartements avec magnificence. Il vit à Venise , où il accompagna Cosme dans son exil , des monuments d'un autre genre , et lui- même en éleva dans cette ville , entre autres la bibliothèque de Saint-George. Le palais Cafagi , àMugello, est encore une de ses œuvres , de même qu'un palais à Fiesole , celui des Tornabuoni à Florence et la maison de plaisance des Careggi. Il dessina pour Cosme un hôpital qu'il voulait élever à Constantinople, un aqueduc pour Assise, la citadelle dePérouse; enfin il fit dans l'église des Servîtes le tombeau de son protecteur.

L'art , quant à la théorie du moins , eut encore un restaurateur Aib«tL dans Léon -Baptiste Alberti; beau, vigoureux, adroit aux différents jeux, aimant les cavalcades et la musique, il cultivait avec succès la poésie , surtout la poésie latine , au point de composer une comédie intitulée Phiiodoxeos , qui passa pour antique. Trèsversé dans le droit civil et canonique , il se plaisait à écouter les ignorants, persuadé qu'on peut toujours en apprendre quelque chose ; déguisé, il courait les boutiques, recueillait des informations sur les arts et surprenait des secrets pour les améliorer. Il réussit dans la peinture, et, comme la ressemblance était à ses yeux le premier mérite, il s'adressait aux enfants pour avoir leur opinion sur ses portraits. Il composa aussi trois livres latins sur l'art de peindre , et fut l'inventeur de l'artifice optique employé pour les panoramas.

Après avoir travaillé sur Vitruve, maltraité par le temps et les copistes, il reconnut que le meilleur moyen de le commenter était l'examen attentif des anciens édifices ; il alla donc les observer, les dessiner, les mesurer par toute l'Italie , voyageant avec Laurent de Médicis, Bernard Ruccellai et Donato Acciaiuoli ; lorsqu'il eut recueilli les vrais principes de l'art, riche de l'expérience acquise , il écrivit son traité de Re œdificatoria (1), le premier qui

(l) Imprimé à Florence en 1485.

ont paru depuis Vitruve. Dans le premier livre il traite de l'origine de l'architecture et de son utilité; il dit comment il faut choisir le sol et l'exposition, préparer, mesurer et diviser le terrain; autres règles pour les colonnes , les piliers, les toits , les fenêtres, les escaliers, les conduits, etc. D passe, dans le second livre, au choix des matériaux, aux plans, aux ouvriers; dans le troisième, aux modes de construction, aux fondements, aux pavages , aux voûtes. Le quatrième est consacré à des considérations générales sur l'opportunité des lieux et les cérémonies usitées chez les anciens. Dans le cinquième il donne des règles pour les châteaux des tyrans et les palais des bons princes, pour les temples, les académies, les écoles, les hôpitaux et les différents édifices civils, militaires, rustiques. L'histoire de l'art et la science des ma- ' chines remplissent le sixième ; le septième traite des ornements architectoniques pour les églises en particulier; le huitième et le neuvième, des routes, des tombeaux, des pyramides et d'autres constructions publiques , de la décoration des palais princiers , des hôtels de ville et des maisons de campagne. Le dernier livre est réservé aux eaux.

Simplicité, grandeur, variété d'invention, solidité, choix convenable d'ornements, l'étude des anciens lui avait appris tout cela; toutefois il n'atteignit jamais à la pureté classique, d'autant plus qu'il ne surveillait pas les travaux, une fois qu'il avait livré ses plans. Nicolas V l'employa à Rome , mais surtout à la restauration de Sainte-Marie Majeure et aux conduits de V Arqua Vergine; il s'apprêtait à construire un beau pont pour le château de Saint- Ange et un palais magnifique , quand la mort du pontife laissa ces projets sans exécution.

Alberti bâtit à Florence la porte de Sainte-Marie Nouvelle, le palais Rucellai dans ta rue de la Vigne , avec la loge en face, dont le style est bon, quoique moins correct dans l'exécution que dans la théorie. Il réussit mieux dans la loge de l'autre palais Hucellai, à la rue de la Scala , où il ne courba point l'arceau sur les colonnes, et dans la chapelle de cette famille à l'église de Saint-Pancrace. On accorde beaucoup d'éloges au chœur et à la tribune de Y Annonciade, qui est ronde à la manière du Panthéon , sans ouvertures, avec neuf chapelles alentour, ménagées dans les neuf arcades.

Ce travail lui avait été commandé par le marquis de Mantonc, Louis III, surnommé Auguste, qui l'emmena avec lui pour qu'il établit à Mantoue une école d'architecture et fit le dessin du temple de Saint-André. Le plan en est régulier et bien distribué; la façade

REAUX-AKTS.

rappelle Tare de Kimini et d'autres de eonstruction romaine , qu'il avait étudiés. L'intérieur, d'ordre corinthien , ne devait recevoir le jour que par la fenêtre située au-dessus de la porte principale et les ouvertures de la coupole et du fond du chœur, comme il avait démontré qu'il était convenable de faire pour les éditices religieux; mais ce plan fut altéré et surchargé par des adjonctions successives. Saint-Sébastien de Mantoue, en forme de croix grecque , est encore une de ses œuvres. La noblesse et le talent lui valurent un accueil favorable auprès des princes ; mais, au lieu de se faire leur courtisan, il leur inspira l'amour du beau.

Sigismond Malatesta , qui voulait attirer à Rimini l'élite des hommes et des femmes, et l'embellir par les arts, se proposa • de consacrer un temple aux cendres des grands hommes. Saint- François était déjà bien avancé dans le style gothique; il avait de très-hauts piliers auxquels des têtes d'éléphant servaient de base ou de chapiteau , et se divisaient en trois rangs avec des niches et autres ornements d'un travail exquis. Appelé à continuer cet édifice, Alberti ne put supprimer ce qui était fait; mais il sut donner à l'ensemble une grande majesté en le relevant par un stylobate, puis en tirant les belles et longues lignes d'un portique à la manière antique, interrompues sur les côtés par des sarcophages , tous exécutés dans le goût classique (1).

Un mélange pareil du style classique avec les exemples des derniers temps s'aperçoit dans d'autres éditices de cette époque. A Ancône, dans le palais du gouverneur, les ogives portent sur des colonnes composites; à l'hôpital de Milan , les fenêtres gothiques ont reçu des ornements romains. Cet éditice, dirigé par Philarète, d'une distribution parfaite et d'excellentes proportions, est un monument remarquable , d'un genre presque particulier à la Lombardie, et qu'on appelle bramantesque ; anneau entre l'art ancien et la renaissance , il offre la réunion de l'ogive et du plein cintre, beaucoup d'ornements et surtout des ornements en terre cuite; par l'association des deux styles, il eût conduit l'art vers un genre original, sans l'obstination qu'on mettait à traiter de barbare tout ce qui venait du moyen âge.

Il y a incertitude sur la famille et la patrie de Bramante , qui Bramante, en fut l'inventeur. Bien qu'on le dise issu des Lazari d'Urbin , on attribue probablement à un seul les ouvrages de trois individus, Milanais de naissance ou d'origine. Tant que le doute n'est pas

(1) Voyez, pour les idées religieuses et morales d'Alberti sur les tombeaux, le chapitre deuxième de sod livre VIII.

TREIZIÈME ÊPOgUE.

éclairci , nous devons suivre l'opinion commune, et dire qu'après avoir travaillé en Romagne Bramante fut appelé à Milan , où sa gloire est perpétuée par l'église de Saint-Ambroise , dont les colonnes doriques s'élèvent sur un beau soubassement ; par la coupole des Grazie, le péristyle de Saint-Celse, le lazaret, la sacristie de Saint Satyre ; à Rome , il mit la main à l'édifice le plus insigne des temps modernes.

César Gicerano , qui le premier traduisit et commenta Vitruve, passe pour avoir élé l'élève de Bramante.

Benoît de Maïano travailla à la cour de Mathias Corvin; Julien, son frère , éleva à Rome le palais de Venise, par Tordre de Paul II, qui le céda à la république, dont il était né sujet. C'est une construction immense pour son étendue et sa masse pesante , avec des distributions grandioses. Cet usage de donner aux palais l'aspect d'une forteresse continua jusqu'à Vignola , qui édifia dans ce genre le cbàteau de Gaprarola des Francesi. Le palais Strozzi à Florence, commencé par Benoit Maïano , fut terminé par Simon Pollaiuolo, surnommé la Chronique à cause de la manie qu'il avait de raconter sans cesse ses voyages. La corniche dont il le couronna est considérée comme un modèle , à l'égal de celle du palais Farnèse à Rome par Michel-Ange. On lui doit aussi la sacristie octogone du Saint-Esprit à Florence, si élégamment ornée, la grande salle des Cinq Cents et l'église d<- Saint-François du Mont, que Michel- Ange appelait la Belle Villageoise.

On présume que Poggio Reale , près de Naples , a été construit sur les dessins de Julien Maïano, lequel y réunit tout ce qui peut flatter dans une habitation royale , des jardins, des bosquets , des eaux , des volières. On montre , dans cette ville , la tour de Sainte- Glaire comme l'ouvrage de Masuccio. qui aurait ainsi, un siècle avant Bramante (I), ramené l'usage des ordres grecs; mais, s'il est certain que les fondements furent jetés en 1310, et si Masuccio put élever le premier ordre , rustique et sévère, il suffit d'un coup d'œil pour reconnaître que le second et le troisième , l'un dorique et l'autre ionique, qui ne sont pas encore achevés, furent exécutés dans un système tout différent.

Naples peut se vanter de posséder, dans l'arc de triomphe

(1) Antoine de Saint-Gall exécuta lu même pensée dan* le clocher de Saïut- Blai*e a Montepulciano. Vai.ehy accumule beaucoup d'erreurs dan* sou Voyage historique et littéraire en Italie, quand il dil : Le clocher de Sainte- Claire, par Masuccio If, est d'un beau et pur gothique. On remarque au troisième Mage l'heureuse innovation du chapiteau ionique opérée par Michrl-Ançr, avec lequel Varchitecte napolitain doit en partager l'honneur.

DEAUX-ARTS.

construit en l'honneur du roi Alphonse 1er, le meilleur qui ait été élevé depuis les Romains. Bien que placé disgracieusement entre les deux tours du Château- Neuf , il n'est copié sur aucun des anciens monuments de ce genre ; les parties et les accessoires sont bien disposés, et la décoration générale est d'une grande richesse. Quatre colonnes corinthiennes cannelées . assises sur un soubassement tout en bas-reliefs que rien ne peut surpasser, soutiennent l'arc, la frise et la corniche. Le compartiment supérieur figure l'entrée triomphale d'Alphonse ; au-dessus s'élève un autre arc, à la manière des anciens , qui , de même que la frise superposée, est en désaccord avec le reste. Il est tout en marbre blanc, avec de # bonnes statues et des ornements meilleurs , et parait avoir été exécuté sous la direction de Pierre Martino , Milanais , dont on lit l'épitaphe dans Sainte-Marie Nouvelle (1).

L'Hôtel de Ville de Paris fut dessiné par Dominique Boccadoro, de Cortone. Un travail qui va de pair avec les plus remarquables de ce siècle est la muraille que Sienne fit construire pour arrêter les eaux de la Bruna , et former un lac destiné à fournir la ville de poisson. Elle avait six mille cannes de long sur quatorze pas de largeur; vingt mille livres de poisson devaient être apportées du lac de Pérouse dans et* lac nouveau. Cet ouvrage ne fut pas toutefois a exécuté parfaitement, mais saveté, afin de gagner beaucoup plus que de devoir; aussi, à la fin de 1 i9i, il s'écroula d'un côté, en inondant le pays voisin, ce qui entraina mort d'hommes et de bétail (2). »

Venise construisait avec une plus grande liberté ; elle empruntait au Levant beaucoup de ses idées, embellissait le gothique et variait les formes d'une manière originale , comme on peut le voir dans le grand canal.

Les esprits eurent encore à s'exercer dans l'architecture militaire , parce que les anciennes forteresses ne résistaient plus aux canons ; il fallut donc rendre plus larges les terre-pleins des courtines , moins rapprocher les tours et les construire plus massives; les murailles durent être sans créneaux et peu élevées, ou plutôt

(!) Petrusde Martino Mediolanenùs , ad triumphatem arcis nova arcum solerter strurtum , et multa statuarix sortit suas munera httic .rdi pie oblata, a divo Alphonso rege in equestretn adscribi ordinem et ab ecclenia sepulchro pro se ac poster is suis donari meruit. MCCCCLXX.

C'est à tort que Vasari Pattrihue «i Julien Maiano; il n'exécuta pas moine les sculptures, qui, d'après un manuscrit de la bibliothèque du Vatican, appartiennent à Isaie de Pise, fils de Philippe, et peut-être à plusieurs artistes.

(2) Allecrktti.

s'enfoncer dans les fossés, de manière à se dérober au tir de l'ennemi; on creusa les fossés plus larges et plus profonds, avec le parapet extérieur, non plus en talus, mais vertical : le tout défendu par des ouvrages avancés, demi-lunes, ravelins, casemates, avec les portes bien fortifiées. Déjà l'on commençait à voir quelque espèce de boulevard, c'est-à-dire des bastions pentagones, pour lesquels aux défenses plombantes on substitua celles de flanc, aux murailles perpendiculaires les murailles en talus.

Ces perfectionnements s'introduisirent peu à peu ; mais avant Sanmicheli et Marchi, l'Italie eut une série d'ingénieurs militaires. Brunelleschi s'occupa de ces travaux , ainsi que le Siennois Maiuo. riano Jacques Taccola et Léon-Baptiste Alberti. Le Milanais Lampo Biraghi fut l'un des premiers qui parla des canons, dont il proposait l'emploi pour délivrer la terre sainte. Robert Valturio , sur les instances de Sigismond Malatesta , traita en érudit de l'art de la guerre chez les anciens , et ajouta les nouvelles machines. An-

mo-is<*. toine Philarète enseigne à fortifier une ville; mais, dans cette matière , il est inférieur à François de George Martini , de Sienne, qui a laissé un Traité d'architecture civile et militaire.

►cuipteur». En nommant les architectes, nous avons déjà mentionné les maîtres dans les autres arts; en effet, de simples maçons qu'Us étaient sous un rapport, ils s'élevaient au rang d'artistes , et l'on ne considérait comme artiste parfait que celui qui excellait dans toutes les parties du dessin. André Orcagna fut tout à la fois orfèvre, peintre, sculpteur, architecte et poëte (I). Ce fut lui qui fit, à Florence , la loge appelée plus tard loge des Lanzi à cause des soldats allemands qu'on y avait postés comme épou vantail de la liberté; destinée à faire tout le tour de la place , elle aurait offert un portique sans égal au monde si elle eût été continuée. Les sculptures d'Orcagn a , dans Or Saint-Michel, ne révèlent pas l'étude des modèles classiques, mais une richesse majestueuse et facile, avec une manière large dans les draperies. Dans le Campo Santo de Pise, il peignit les Novissimi (très-neufs), en empruntant à Dante des idées sévères; dur dans les contours, il cherche la perspective , bien qu'il ne sache pas l'adapter aux parties supérieures et latérales. Son Jugement universelle servit de type à Luc Signorelli pour celui qu'il fit dans la cathédrale d'Orviéto , et à Michel-Ange pour son célèbre tableau de la chapelle Sixtine.

Le corps des marchands voulut orner Or Saint-Michel avec une magnificence que beaucoup de princes eurent de la peine

(1) Il signait ses peintures scvîptor, et ses sculptures pictor.

BEAUX-ARTS

à égaler. Outre le saint Matthieu de Ghiberti, on y voit des ouvrages insignes de Nicolas d'Arezzo, qui , dans sa patrie, représenta, sur un bas-relief, la Vierge abritant le menu peuple sous son manteau , idée fréquemment reproduite à cette époque. Le tabernacle exécuté dans Saint-Michel par Orcagna est le chefd'œuvre de l'art en ce siècle. Il en existe un autre magnifique dans la cathédrale de Sienne , fait en 1492 par Laurent de Pietro de Vecchietta.

Jean de Pise, filsde Nicolas, dont nous avons fait mention au siècle précédent, continua la bonne sculpture, et dirigea, de concert avec Augustin et Agnolo de Sienne , le tombeau de Guido Tarlato, *m le plus beau que l'on eût encore vu; il est surmonté d une urne décorée de seize sujets qui représentent les exploits de Tarlato. On attribue à l'un de ces artistes la belle table , toute couverte de figures, que l'on admire dans Saint-François de Bologne, comme aussi l'arche sépulcrale de Saint-Augustin à Pavie , ornée de deux cent quatre-vingt-dix figures, récemment restaurées. André Ugolini de Pise, après avoir travaillé sous Jean, fut employé à Florence , où il décora la façade de la cathédrale , qui fut ensuite détruite. Il ne reste de lui que quelques bas-reliefs sur le clocher et les portes de Saint-Jean, éclipsées depuis par celles de Ghiberti. C'est à tort qu'on lui attribue le monument de Gino de Pistoie et la belle statue qu'on voit sur l'autel du Bigallo (1).

Jean Balducci vint aussi de Pise à Milan , où il fit la porte mesquine de l'église de Bréra et le monument de Saint-Pierre martyr, à Saint -Eustorge. Il est en marbre de Carrare, et huit bas-reliefs ornent le sarcophage, soutenu par diverses statues et surmonté d'une pyramide; il y a ajouté un petit temple, avec le Christ et différents saints. Cet ouvrage le cède pour le goût aux chaires de Pise et de Sienne , ainsi qu'au tombeau de saint Dominique ; mais il les égale en magnificence.

L'empressement avec lequel ces artistes étaient appelés au dehors atteste qu'aucun pays ne disputait encore à l'heureuse Toscane la suprématie des arts. A Venise pourtant, on signale plusieurs ouvrages de cette époque , entre autres les statues que, dans Tannée 1393, Jacob et Pierre Paul de Masègne posèrent sur l'architrave de l'abside de Saint-Marc ; les chapiteaux du palais ducal, exécutés peut-être par le généreux Philippe Calendario , et qui n'ont pas été surpassés par un art plus raffiné. La chapelle Émilienne, à Murano , suffirait pour mettre Guillaume de Bergame

(1) Cicocnuu, Storia délia scultura, dal suo risorgimento in Itdlia Jino al secolo MX; Venise, 1812-1818.

au nombre des plus remarquables. Le tombeau d'André Vendramin , aux Servîtes, orné des meilleurs bas- reliefs qu'ait produits l'art vénitien , ainsi que les mâts en bronze où l'on hisse les étendards sur la place Saint- Marc, sont d'Alexandre Léopardi , architecte et sculpteur éminent.

On doit à Antoine Bizzo de Bregno le monument Trono aux Frari, sans excès dans les ornements , outre l'Adam et l'Ère aujourd'hui dans le palais ducal, près de l'escalier des Géants, qui est son oeuvre; il fit encore la partie intérieure de ce même palais, et peut-être la façade vers le canal. Pierre Lombard et les élèves formés à son école travaillèrent beaucoup à Venise soit, comme arrhitectes ou» sculpteurs; ils rirent le monument Zeno à Saint- Marc, le palais Vendramin et l'intérieur du palais ducal vers le eoté de Saint-Marc , « exemple de riche et élégante ordonnance. » (I suffit de citer de Martin Lombard l'école de Saint-Marc , qui est d'un très-bel effet ; les vieux édifices du Hialto et la merveilleuse façade de l'archiconfrérie de Saint-Roch sont de Scarpagnino.

Une école fut établie à Niiples par les artistes pisans; Masuccio, qui l'agrandit après avoir étudié à Rome, fut chargé de terminer les travaux de Jean et Nicolas de Pise dans la cathédrale et dans les chapelles des Minutoli et des Caraccioli. Il fut surpassé par un autre Masuccio, qui réédifia Sainte-Claire, Saint- Jean à Carbonara et d'autres églises ; on lui doit encore les tombeaux de Catherine d'Autriche, de la reine Marie, mère de Robert, derrière l'autel de Saint-Laurent, celui de Charles de Calabre, dans la tribune latérale de Sainte-Claire , et celui de Robert, qui les surpasse tous (1).

André Ciccione éleva le monument de Ladislasdans Saint Jean, à Carbonara, monument dont les trop grandes proportions écrasent la petite église, et qui se complique d'étages trop nombreux; on donnerait des éloges aux ornements et aux figures si le travail était du quatorzième siècle. L'autre tombeau dont il est l'auteur dans cette chapelle des Caraccioli (différente de celle des Caraccioli-Rossi, qui appartient au seizième siècle), s'il ne vaut pas davantage , offre plus d'intérêt. Silia et le Milanais Giannotto

(I) Les débuts de l'art à Naples ont été remplis de fables par Bekmrd Doit- Nir.m, Vite de' pi t ton, seitltori e urchitetti napotetani, qui a été suivi par Laîizi. Un Prussien, Henri-Guillaun:e ScMttt, qui depuis plusieurs années s'occupe de l'bisloire des beaux-arts dans l'Halte méridionale, fera disparaître ces nombreuses erreurs et probablement ce Masuccio II.

Voyez le Disvorso sut momtmenti palrii delV archUttto Luigi Catalan*; Naples, 184?.

BEAUX-ARTS

firent les ornements et les statues des guerriers, qui reproduisent le costume de ce temps (t).

Nous ne manquerons pas de louer la chapelle de Saint-Thomas d'Aquin dans Saint-Dominique , sculptée par Ange Aniello Fiore; les compositions d'Antoine Bambooci de Pipernosont surchargées; les portes en bronze placées au château neuf, du temps de Ferdinand Ier, par Guillaume Monaco, le cèdent de beaucoup à l'arc de triomphe lui-même, quoiqu'elles lui soient postérieures de vingt années.

La Lombardie donna le jour à beaucoup d'artistes, la plupart désignés au dehors sous le nom de Lombards , et dont le souvenir a péri par la négligence de leur patrie ; il est probable qu'ils ont t'ait une grande partie des statues de la cathédrale de Milan et de la chartreuse de Pavie; à la façade de cette chartreuse furent ajoutées, à partir de 1473, quarante-quatre statues en pied et soixante médaillons de personnages illustres, sans compter les bas-reliefsetles incrustations. Parmi les sculpteurs on cite, comme les plus célèbres, André Fusina , Christophe Solaro, Augustin Busti, Jean-Jacques de la Porte, etee Marc Agrato auteur du. Saint Barthélémy dans la cathédrale de Milan, statue admirée, mais sans idéal , qui n'est qu'un ecorché drapé dans sa propre peau ; nous lui préferons la statue de Martin V par Jacobin de Tradate.

Les Lombards excellèrent surtout dans les travaux d'ornement; Gaspard et Christophe Pédoni , originaires de Lugano , travaillèrent beaucoup à Crémone, et firent à Brescia le vestibule des Miracles. Les Hadari exécutèrent des travaux délicats dans la cathédrale de Côme et probablement dans la demi-cathédrale de Lugano; on leur doit aussi des statues , et cependant personne ne cite leur nom. Comme nous l'avons dit , les Lombards élevèrent à Venise une foule de monuments. Plusieurs architectes et sculpteurs vinrent des environs de Côme et de Lugano; mais l'histoire n'a conservé que sous le nom de leur pays natal le souvenir des Bregni , des Campioni et autres du même genre. Bonino de Campione fit à Vérone le mausolée de Cansignorio , l'un des plus beaux ouvrages gothiques. Il est à six faces avec six colonnes , surmonté d'élégants chapiteaux; la grille en fer qui l'entoure est aussi trèsbelle.

L'ait prit son essor quand les Florentins eurent résolu de faire

(I) La peinture de Saint-Jean, à Carbonara, nous révèle un autre artiste milanais, inconnu par cetle inscription : Leonardus Bisuccio de Mcdiotano hanc capellam et hoc seputchrum pinrit. Ces peinture avaient été attribuées à Genuaro di Cola et à Stelanone.

la seconde porte du baptistère de Saint-Jean , et de la mettre en rapport avec la première, ouvrage d'André de Pise. Un concours fut ouvert, auquel se présentèrent Brunelleschi , le Siennois Jacques de la Guercia et quatre autres , parmi lesquels se trouvait Laurent Ghiberti , qui obtint la préférence. Il la méritait ; car, très-versé dans la connaissance des anciens, il les surpassait daus la perspective linéaire et aérienne. Comme il avait surtout cultivé la peinture , il essaya d'en faire ressortir les effets dans le relief; s'il ne réussit pas dans cette tentative, il fut souvent heureux aussi bien dans le choix et l'art de grouper les faits que dans l'exécution. Par le même procédé, il hasarda plusieurs tigures en creux, chose inusitée chez les anciens , dans le Miracle de saint Zanobi, qui orne Sainte-Marie del Fiore.

mtuif, Le Florentin Donatello eut la même pensée, comme nous le voyons surtout dans Y Adoration des Bergers, à Mont-Olivet de Naples. Mais il savait aussi sculpter le relief, entendait l'anatomie, avait de la vigueur, à ce point qu'il excitait l'admiration de Michel- Ange; ayant fait un christ d'après ce système, Brunelleschi lui dit qu'il ressemblait à un portefaix. Lorsque Donatello eut examiné celui que Brunelleschi lui-même exécuta plus tard dans Sainte- Marie Nouvelle, il s'écria : // t'est donné de faire des christs; à moi, des paysans. Dès ce moment il étudia mieux l'expression, comme on le voit dans sa Madeleine, dans son Saint Jean, quoique décharné, et dans d'autres statues, parmi lesquelles on remarque Saint George dans Or Saiut-Michel, le Zuccone sur le clocher et la Judith ; il eut toujours le bon sens de les adapter à la hauteur où elles devaient être placées. Nous rappellerons parmi ses bas-reliefs la Descente de croix dans Saint-Laurent , et ceux de Saint-Antoine de Padoue, sans omettre la chapelle des Brancacei à Naples ; il a un singulier mérite dans les figures des enfants. Son Galtamelata à cheval, a Padoue , est la première statue équestre des modernes (4). L'usage se répandit ensuite d'en ériger, comme celle de Nicolas d'Esté à Ferrare, de 1145, ouvrage de Nicolas Baroncelli, élève de Brunelleschi ; à Venise , le Coléone modelé im. par André Vérocchio et fondu par Alexandre Léopardi , qui la posa sur la plus belle base que l'on connaisse.

Sur les traces de Donatello marchèrent Didier de Settignano. auteur du tombeau de Marzuppini dans Sainte-Croix; Michelozzo. qui décora le palais que fit construire Cosme dans la rue des

(1) L'Oldrad de Tres*eno, dans le Brolletto de Milan , pourrait faire exception ; mais il est en haut-relief.

REAUX-ARTS

Bossi à Milan; Antoine et Bernard Rosellini. Un admire à Lacques le saint- Sébastien de Matthieu Civitali, son autel de Saint-Bégulus , avec la statue et les bas-reliefs d'une exécution précise et d'un meilleur style que celui de ses contemporains; le tombeau de Pierre de Noceto, secrétaire de Nicolas V, avec une architecture grandiose et des ornements finis. Son petit temple octogone si élégant , dans lequel est exposé le saint Visage, précéda de dix-sept ans celui du Bramante, qu'on admire à Rome dans Saint-Pierre de Montorio. Il enrichit Gênes d'autres ouvrages (i).

On voit dans un losange sur Sainte-Marie del Fiore, en face du Cocomero, une belle Assomption de l'an 1421 , au milieu d'un groupe d'anges que l'on croit de Nanni d'Antonio de Banco; ceux qui ont vu ce chœur d'enfants chantants qui se trouve dans la galerie de Florence n'hésitent pas à placer l'auteur, Luc de la Robbia , à l'un des premiers rangs parmi les artistes. On croit qu'il inventa le moyen de vitrifier la terre cuite , et il existe dans toute la Toscane des produits étonnants en ce genre. Les meilleurs se trouvent sur l'hôpital de Pistoie (2).

Jacques de la Quercia , qui orna Sienne , Lucques et Saint-Pétrone de Bologne, élargit le style de la sculpture. Il y a dans Sainte-Barbe de Naples une Vierge de Julien de Maïano, drapée richement, mérite alors inconnu. Benoît, son frère, qui l'aidait dans ses travaux , fit des ouvrages de marqueterie } la Palla de l'Annonciation, à Mont-Olivet , dans la même ville , est de lui.

Antoine Pollaiolo , peintre et orfèvre , se fait remarquer par un dessin vif et sûr ; il étudia l'anatomie sur la nature , d'où il apprit à donner du mouvement et une pose convenable à ses figures, comme on le voit dans les tombeaux d'Innocent VIII et de Sixte IV au Vatican, le premier plus simple, l'autre plus tourmenté. Il travailla aux portes de Ghiberti , cisela notamment une caille très-admirée, et fit aussi plusieurs nielles et des médailles.

Pierre et Paul Aretini , qui avaient appris le dessin d'Ange et d'Augustin de Sienne , exécutèrent les premiers de grands ouvrages de ciselure, et firent pour un archi prêtre d'Arezzo une tête en argent de grandeur naturelle. Peu après, Cione entreprenait l'autel d'argent de Saint-Jean de Florence , où des histoires bien appropriées sont représentées en demi-relief sur une plaque d'argent; Finiguerra, Pollaiolo et autres artistes postérieurs y ajou-

(1) Voy. sur Civitali et sur les ouvrages qu'on lui attribue à tort, puisqu'ils sont de différents membres de la même famille, les Memorie Lucchesi, VIII, p. 57 et suif., et deux leçons du marquis Mauarosa.

(?) Si toutefois ils sont de lui.

M lit. CUIT. — T. XII. 14

tèrent ensuite des ornements. Déjà auparavant , Ugolin , élève de maître Viéri de Sienne, avait terminé un reliquaire pour le saint Corporal d'Orviéto , du poids de six cents onces, orné de gracieuses peintures sur émail , monument précieux de Part de l'orfèvrerie. L'autel de Saint-Jacques, dans la cathédrale de Pistoie, auquel différents artistes travaillèrent de 1314 à Iio6, est aussi un ouvrage remarquable.

André Verocchio introduisit l'usage de modeler sur le vif les membres humains et les objets naturels, et associa l'étude de la nature à celle de l'antiquité. Il ne put travailler, comme on le dit , avec Ghiberti aux portes de Saint- Jean, mais son Amour serrant h dauphin, à la fontaine du Palais-Vieux , le tombeau de Jean et de Pierre, fils de Cosme de Médicis, dans Saint-Laurent, riche d'ornements où serpentent des guirlandes flexibles en bronze fondu, sont des chefs-d'œuvre. Il eut pour élèves Pierre Pérugin, François Rustici et Léonard de Vinci.

Un petit autel d'une grâce inexprimable , la télé de l'évéque Léonard Salutato, qui parait de chair véritable, sont des compositions achevées, dont Mino de Fiésole a enrichi la cathédrale de sa ville natale. Le monument du marquis Hugues dans l'abbaye de Florence, outre la légèreté de l'ensemble, se fait remarquer par de petits anges très-gracieux et une Vierge fort belle, malgré quelque sécheresse dans les contours. André Ferrucci, concitoyen de Mino, rivalisa avec lui.

Les monuments les plus propres à faire suivre les progrès de la sculpture seraient les mausolées, composés, pour la plupart architectoniquement, avec socle et fronton, le mort étendu audessus*, des anges soutenant une draperie, beaucoup d'ornements, quelquefois des bas-reliefs, puis en haut des Vierges etdes saints ; il n'y a point d'église qui n'en offre de pareils. Les plus notables, outre ceux que nous avons déjà mentionnés, sont le tombeau de Coléone à Bergame, par Antoine Amedeo de Pavie; celui du eardinal Gosmate; le mausolée des Torriani dans Saint-Ferme à Vérone, par André Ricci, architecte de Sainte-Justine de Padoue et l'auteur du candélabre de bronze consacré à saint Antoine; travaillé avec élégance et simplicité pendant dix ans, ce candélabre est dans ce genre l'ouvrage le plus riche et le plus grandiose. Pciniuff. Si, dans le siècle précédent, la sculpture avait dépasse la peinture, celle-ci à son tour dépassa la sculpture; aussi Rosi ni ne craint-il pas de dire qu'il y a « une plus grande distance des pein- « tures grossières des Grecs aux productions de Masaccio que a de celles-ci aux Chambres de Raphaël. » Giotto de Bondone de

BEAUX-ARTS. 694

Vespignano s'affranchit de la timide imitation des types étrangers ; tout jeune encore et pendant qu'il gardait les troupeaux de son père, il dessinait des chèvres, et s'habituait ainsi à copier la nature. Cimabue le tira de l'obscurité et lui enseigna la peinture, où il acquit bientôt un coloris agréable et transparent, l'art de bien disposer ses compositions, l'exactitude des formes et l'expression dans le dessin ; mais peut-être l'étude des marbres anciens lui fit-elle contracter de la roideur, surtout dans les extrémités.

Le premier ou l'un de ses premiers ouvrages fut le portrait de Dante, il fit aussi ceux de messire Brunetto, de Corso Donati et d'autres citoyens illustres, dans la chapelle du Bargello. Il peignit en dernier lieu, dans la salle des Marchands, « avec une in- « vention juste et vraisemblable, la commune de Florence volée « par une foule de gens, afin d'inspirer de la frayeur aux peua pies (i). » H dut probablement ces inspirations patriotiques à l'amitié de Dante, dont il se plut à reproduire les traits; comme lui, il erra dans les villes d'Italie, à l'état d'école ambulante. Boniface VIII le chargea de plusieurs ouvrages, dont il nous reste sa Barque de Saint-Pierre, en mosaïque, sous le portique de la basilique du Vatican (2). Il peignit à fresque l'intérieur de l'ancien portique de Saint-Jean de Latran. A Padoue, il retraça, dans la petite chapelle gothique des Scrovegno, sur l'emplacement de l'ancienne arène, la vie de la sainte Vierge, composition délicieuse ; il fit, en outre, un Jugement dernier et les figures symboliques des vices et des vertus, plus élaborées que louables. L'église de Sainte-Claire à Naples s'orna des richesses de son pinceau ; mais on les recouvrit de badigeon dans un siècle d'élégance barbare, afin de donner plus de clarté à l'église. Giotto laissa, dans plus de vingt cités, des ouvrages et des modèles dont les principaux existent à Florence, entre autres le couronnement de la Vierge dans l'église de Sainte-Croix.

Comme les autres artistes de son temps, Giotto aussi fut architecte, et nul clocher ne l'emporte sur celui de la cathédrale de Florence, bâti par lui avec la solidité qui, convient à de pareils ouvrages ; sur une base carrée de quarante troi3 pieds de côte, il s'élève à deux cent cinquante-deux pieds de hauteur; il est divisé en cinq étages ornés de faisceaux, de statues, de niches, de fenêtres, le tout entremêlé de compartiments en marbres variés. Son

(1) Vasaiu.

(2) Il toucha pour ce travail deux mille deux cents florins d'or, et huit cents pour le tableau du maltre-autel. Sacre grotte Vaticane, c. à.

intention était de le surmonter d'une pyramide de quatre-vingts pieds, ce qui aurait offert un coup d'oeil admirable (1).

Les élèves de Giotto étudièrent plus que lui les nuances, et adoucirent les contours au point de tomber dans l'afféterie. Dans le jugement qu'elle porte sur ses artistes, la critique systématique blâme ou loue la môme main, selon qu'elle y voit l'imitation de l'ancienne pureté ou l'inspiration du sentiment chrétien.

Étienne, son neveu, améliora la perspective, essaya les raccourcis: il forma Giottino, qui, par la gravité de l'expression et l'art de fondre les couleurs, surpasse les précédents; peut-être la mort seule l'empêcha-t-elle d'égaler son aïeul. Thaddée Gaddi, qui avait travaillé vingt-quatre ans avec Giotto , rivalisa avec lui dans la grande chapelle de Sainte-Marie Nouvelle, où il déploya une grande richesse d'allusions, de portraits, de ressources neuves et grandioses : c'était la religion triomphante par les efforts des saints Dominique et Thomas d'Aquin. Dans cette œuvre, son concurrent fut Simon Memmi de Sienne, coloriste plein de vivacité, aux compositions grandioses , immortalisé par Pétrarque, pour lequel il fit le portrait de Laure ; il enlumina un Virgile conservé dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan, peignit dans plusieurs villes d'Italie, et travailla dans Avignon pour les papes. Ainsi marchaient de front les deux écoles toscanes, consacrant l'honneur des arts italiens par le sentiment du beau et la convenance des œuvres : l'école de Florence plus érudite , plus ingénieuse et plus large ; celle de Sienne plus profonde de sentiment.

Les Lorenzetti et surtout Ambroise unirent à la suavité de la composition la vigueur du coloris. Berna reproduisit avec succès les animaux; les hautes magistratures exercées par André de Vanni ne lui firent pas abandonner le pinceau; Duccio donna les preuves d'un beau talent dans la cathédrale de cette ville; Thaddée de Barthole de Fredo, en s'appliquant plus à l'esprit qu'à la correction extérieure des contours, forme le passage de cette école à celle du Pérugin.

Jacques de Casentino réunit dans l'académie de Florence les principaux artistes. Assise était toujours la lice où s'exerçaient les peintres, de même que Subiacco, Mont-Cassin et autres cloîtres. Étienne et Simon Memmi, Pierre de Lorenzetto, Spinello d'Arezzo, le Vénitien Anton et Bufalraacco Buonamico, célèbre

(1) Ce root de Charles-Quint, si souvent répété, qu'on devrait mettre sous une cloche de verre, serait la pire critique qu'on put en faire, û ce n'était un puéril jeu de mots.

BEAUX- A RTS.

pour ses bizarreries, rivalisèrent dans le Campo-Santo de Pise. Une vanité pardonnable multiplia les chapelles de famille dans les églises, et les fit décorer par les artistes les plus habiles à manier le ciseau et le pinceau (1) ; enfin on voulut avoir des peintures et des sculptures jusque dans les demeures particulières.

L'art des miniatures sur les manuscrits continuait à être en honneur; mais il ne reste rien de frère Oderise d'Agubio et de ce Franco de Bologne dont les pages flattaient plus encore les yeux (2). On admire cependant, dans les Riformagioni de Sienne, des miniatures de la première moitié du quatorzième siècle, surtout celles de Nicolas de Sozzo, et quelques livres d'église. Il en existe d'autres au Mont-Cassin et à Ferrare. On conserve un bréviaire très-précieux à la bibliothèque Laurentienne , reste de tant d'autres que possédaient les Gamaldulesdes Anges, et parmi lesquels on distingue ceux qui sont dus à dom Sylvestre de Florence. Frère Laurent des Anges, chef d'une école d'enlumineurs, eut une si grande réputation que ses frères en religion conservèrent sa main comme une relique. Gherardo et Atavante, aussi de Florence, furent appelés, avec d'autres artistes, par Mathias Corvin pour orner ses manuscrits. Jean Fouquet, de Tours, peintre de Louis XI, fit les plus jolies miniatures que l'on puisse voir; elles se conservent chez les Brentano, à Francfort. Tout le monde a entendu parler du fameux bréviaire de Cà Grimani, qui se conserve dans la bibliothèque Marciana à Venise, enrichi de miniatures dues à trois célèbres artistes flamands, Jean Hemme-

(1) On admire notamment à Florence celle des Baromini et des Rinuccini dans Sainte-Croix ; des Strozzi dans Sainte-Marie Nouvelle ; des Bramacci aux Cannes.

(2) 0, diss' io lui, non se' tu Oderisi, L'onor cPAgobbio e V onor di quelVarte. Ch* alluminare è chiamala a Parisi ?

« Frate, » rispose, « più ridon le carte Chê pennelleggia Franco Bolognese :

V onore è tutto or suo, e mio in parte. »

Oli ! lui dis-je , Oderise, est-ce toi? toi, l'honneur D'Agubio tout ensemble et de cet art flatteur Qu'a Paris on appelle enluminer? — O frère, u .■prit-il, sait bien mieux charmer l'œil et lui plaire Ce que Frank de Bologne a, d'un pinceau savant, Paré de ses couleurs. Tout l'honneur maintenant Est sien, et m'en revient a peine une partie.

{Purgal.,Xl. )

linck, Ghérard de Gand ( Van (1er Meire ? ) et Livien d'Anvers [<k

Mitte?).

L'histoire de l'art doit apporter beaucoup d'attention à ce genre d'ouvrages, où l'imitation est moindre, et plus vive l'inspiiwt-iw. ration religieuse. Ce fut d'abord celui auquel s'appliqua frère Angélique de Fiésole, qui fondait en larmes lorsqu'il peignait le Christ. Devenu d'une exactitude soigneuse par l'habitude de la miniature, il imita correctement, et étudia ce que l'homme avait d'inlime, pour le traduire dans la variété des actes et des physionomies; aussi, bien qu'inférieur à Masaccio dans la partie mécanique de l'art, la suavité de ses têtes fait-elle aimer le peintre dont elles sont l'ouvrage. Ses saints, au milieu des angoisses du martyre, conservent une dignité qui révèle cette paix que le monde ne peut ravir. Après avoir couvert de fresques le couvent de Saint-Marc, il s'élève au-dessus de lui-même dans l'histoire de saint Etienne et de saint Laurent, au Vatican. En récompense de ses travaux, le pape lui offrit l'archevêché de Florence, qu'il refusa, pour continuer à vivre dans la pauvreté du couvent.

tm Le sentiment inspirait ces artistes; mais d'autres dans la peinture, ainsi qu'on le faisait pour la sculpture, visaient à l'art, à l'anatomie, à la nature. Paul Uccello, ainsi nommé pour son habileté à reproduire les animaux , s'occupa de trouver des règles pour ramener la perspective à un seul point , placer les figures sur des plans différents et faire les raccourcis, chose qu'il considérait comme la partie la plus importante de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent dans le cloître de Sainte-Marie Nouvelle. Doué d'un esprit supérieur et d'un talent plus heureux, Maso-

i*>«- lino de Panicale, dans le val d'Eisa, s'écarta du faire de Giotto pour donner, grâce aux leçons de Ghibérti , plus de majesté aux figures, plus de moelleux aux draperies; il mourut à trente-sept ans. Formé par ses leçons, Thomas Guidi, surnommé Masaccio, iMMtu. atteignit le plus haut degré de perfection où soit parvenue cette école, et ouvrit la route à la manière moderne par de belles attitudes, des mouvements naturels, d'heureuses combinaisons de clairobscur qui donnent aux formes du relief et de la rondeur. Les peintures que son maître avait commencées dans la chapelle d< s Brancacci , aux Carmes, l'animèrent d'une noble émulation; aidé par les œuvres et les conseils de Ghibérti et de Brunelleschi , il accomplit dans cette chapelle le plus grand monument de la peinture italienne avant Raphaël. Il représenta les affections de l'âme avec une si vive intelligence que Vasari dit : « Les choses faites avant lui peuvent se dire peintes, et les siennes vivantes , véritables , na-

WADI-AUTS,

turelles. » Il ne créa pas de moindres beautés dans la chapelle de Saint-Clément à Rome, objet d'étude pour les grands peintres qui lui succédèrent, et auxquels il aurait enlevé la palme si sa mort n'eût été prématurée (i).

La voie él ait donc ouverte aux grands progrès, et la science venait en aide aux arts. Brunellesehi , architecte et mathématicien, traça les règles de la perspective; les physionomies devinrent plus variées et moins sèches , les compositions plus rationnelles. On travaillait ordinairement sur bois, en faisant choix d'une planche compacte et susceptible d'un grand poli ; si le tableau exigeait qu'elle fût en plusieurs morceaux , on y étendait une toile , et pardessus la toile un enduit très-mince , ou parfois une feuille d'or qui devenait le fond. Ghirlandaio le premier allongea la perspec- tm. tive et ménagea la dorure, à laquelle il susbtitua des paysages ou des ciels; mais la découverte du procédé pour délayer les couleurs à l'huile fut surtout d'un grand avantage.

Ce procédé était ignoré des anciens, comme le démontre le si- wntore * lence de Pline, mais il était counu certainement au moyen âge ; car, dans le dixième siècle, le prêtre Théophile, vivant en Lombardie , enseigne dans un manuscrit , De colnribus et de arte colorandi vitra, à délayer les couleurs avec de l'huile de lin pour peindre les maisons et les portes (2); seulement, comme il em-

(1) Baldinucci dit : « Son principal but dans ses travaux fut de donner a ses figures une grande vivacité et, autant qu'il était possible, ni plus ai moins d'action que si elles eussent été véritables. Il s'appliqua, plus que tout autre maître avant lui, à faire en racr.ourci les nu* les plu< difficiles, et paiticulièrement à rendre la pose des pieds, des bras et des jambes, vus de face. Ce fut en cberrbaiit les plus grandes diflicultés dans ses ou\ rages qu'il acquit celle grande pratique et cette facilité que l'on remarque daos ses peintures, particulièrement pour les étoffes; son coloris est si beau et si bon son relief que l'opinion des meilleurs artistes a été en tout t» mps que, pour le coloris et pour le dessin , quelquesuns de ses ouvrages peuvent être comparés à ce qu'il y a de mieux en couleur el en dessin moderne. » Anuibal Caro a aussi composé en son honneur cette belle épitaphe :

Pi nsi, e la mia pUtura al ver fa pai'i ; L'alteggiai, l'avvivai, le diedi il moto, Le diedi affetto ; insegni il Buonarruoto A tutti glt altri, e du me solo impari.

Je peignis, et ma peinture fut semblable à la vérité : Je lui donnai l'action, la vie, le mouvement; Je lui donnai le sentiment. Que Huonarroti enseigne A tous les autres , et qu'il apprenne de moi seul.

(2) Voyez t. IX.

ployait le dissolvant le moins facile à sécher, il avait de la peine à peindre sur les premières couches. Dans son traité de peinture, qui est de 1437, Cennino dit : Je veux V enseigner à travailler à l'huile sur muraille ou sur bois, car les Allemands en font beaucoup usage; il indique la manière de faire cuire l'huile de lin, et de l'employer pour délayer les couleurs et les glacer. van^Eyk. On ne peut donc attribuer à Jean de Bruges (Van Eyk) d'autre 1 <<MU0' mérite que celui d'avoir perfectionné le vernis par la substitution de l'huile de noix et de pavot à celle de lin , ou le mélange d'un siccatif qui permettait de repasser immédiatement le pinceau sur la couleur; néanmoins il fut considéré comme l'inventeur de la peinture à l'huile , et l'on publia qu'Antonello de Messine, s'étant lié d'amitié avec lui, avait surpris son secret, pour le porter en Italie, où il l'avait enseigné à Ruggeri , son élève; que celui-ci l'avait communiqué au Vénitien Dominique , lequel en donna connaissance au Florentin André de Gastagno , qui le tua pour rester seul en possession d'un procédé encore inconnu en Toscane (1), où il remplaça l'usage de la détrempe.

Flamands. On ne connaît pas les commencements de l'école flamande ; mais l'Adoration de Vagneau, à Gand, suffirait pour classer au nombre des bons peintres Jean et son frère Hubert. Hugues Van der Goes est le plus illustre rejeton de cette école , qui finit avec Quentin Messis, mort en 1529. Ses élèves passèrent en Italie, se firent les admirateurs de Michel-Ange, perdirent toute originalité, et exagérèrent la couleur et le dessin.

Les négociants florentins rapportaient aussi de Bruges des tableaux, avec les marchandises du pays; un nommé Portinari, entre autres, en avait acheté un, que l'on attribue à Hugues, pour l'hôpital de Sainte-Marie Nouvelle. H aurait été désirable que les artistes italiens apprissent des Hollandais à ne pas négliger dans leurs belles compositions le soin des accessoires.

Cette négligence n'empêcha point l'école florentine de s'élever à une grande hauteur. Benozzo Gozzoli , élève de frère Angélique, doué d'une imagination féconde , joignit au sentiment qui distinguait son maître le fini de Masaccio. Il peignit dans le Campo- Santo de Pise vingt- quatre grands sujets avec une extrême vaut»*, riété; Montefalco et Saint-Géminien possédèrent aussi de ses ouvrages.

(1) Vasahi. Cicognara soutient (liv. III, ch. 2), ainsi que Tambroni , dans l'édition de Cennino , qu'il existe des peintures italiennes à l'huile antérieures à Jean

de Bruges.

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Frère Philippe Lippi , dans l'église des Carmes , ne le cède point à Masaccio pour les figures, remporte sur lui pour le paysage, et l'égale dans la tribune de Spolète. Sa vie fut des plus romanesques ; revêtu de l'habit monastique à huit ans , il ne tarda point à s'enfuir du couvent et tomba entre les mains des Barbaresques ; mais un portraitqu'il fit de son maître lui valut la liberté. De retour dans sa patrie , il s'éprit d'une religieuse pendant qu'il peignait dans le monastère de Sainte-Marguerite; il l'enleva, et eut d'elle un fils auquel il laissa son nom et son talent. Ces orages ne lui permirent pas d'arriver à la sublimité de l'art.

Nous voici arrivés à cette belle école dont le principal ornement fut Cosme Roselli , qui fit, avec Ghirlandaio, Luc Signorelli et frère Philippe , quatre compartiments dans la chapelle Sixtine. Dans Saint-Ambroise de Florence , il exécuta des groupes vraiment dignes de Raphaël; mais son beau style déclina.

L'étude de l'antique, qui s'était ravivée dans les arts comme dans les lettres, portait les peintres à rechercher plutôt la correction des formes que l'expression, à montrer plus d'habileté que de conception. Les particuliers leur demandaient pour l'ornement de leurs maisons , et les Médicis pour embellir leurs palais, des sujets mythologiques ou des scènes empruntées à la nature ; entraînés par ce genre , les artistes firent divorce avec les pensées tendres et pieuses qui jusqu'alors avaient fait leur gloire.

D'autres écoles s'élevaient cependant. Jean de Milan , qui laissa de belles peintures à Florence, et Andrino d'Édésia apportèrent la manière de Giottoen Lombardie, où s'illustrèrent Foppa, Crivelli, Nolfo de Monza, Borgognone et Boltraflfio. On ne trouve rien à Gênes jusqu'en 1451, ni en Piémont jusqu'en l i88. Ferrare cite Galéas Galassi et Antoine , plus moelleux et plus varié, puis Vaccarini et d'autres encore. Outre Franco , Bologne vit se distinguer Simon des Crucifix et Lippo Dalmasio des Vierges, qui tiraient ces noms de leurs sujets ; Jacques Davanzi , qui se préparait à peindre par le jeûne et la communion. Le bon François Raibolini, dit Francia, qui, à l'âge de quarante ans, abandonna les nielles et les médailles pour la toile , fit l'admiration des Bolonais jusqu'au moment où ils virent la sainte Cécile de Raphaël. C'est une calomnie que de faire mourir Francia d'envie , puisqu'il survécut dix ans à son glorieux émule ; il compta jusqu'à deux cents élèves, parmi lesquels Laurent Costa fut renommé pour la vigueur et la richesse du coloris.

Maitre Simon, Napolitain, élève de Tésauro , eut à peine vu le faire de Giotto qu'il s'efforça de l'imiter et de propager son école;

mais on n'a de lui rien de certain. Antoine Salario de Civita dans les Abruzzes, ou plus probablement de Venise, surnommé le Zingano , s éprend de la fille du peintre Colantonio (I), et, dans l'espoir d'obtenir sa main, quitte son état de potier de terre pour s'adonner à la peinture, où il excelle, comme l'atteste ['Histoire de suint Benoit dans le cloitre de Saint-Severin, dont le coloris a de la fraîcheur et les poses du naturel. Les autres artistes de cette école sont incertains et peu dignes d'attention.

Dans les États romains, Pierre de la Francesca, de Bourg Saint-Sépulcre, peignit pour les seigneurs de Feltre et de Ferrare, avec une gracieuse simplicité, des raccourcis difficiles; il était en outre bon mathématicien. Il introduisit le premier l'usage de faire des modèles en terre, et de les revêtir d'étoffes pour en copier les plis. Geutile de Fabriano apprit de frère Angélique sa manière suave et placide, et conserva ses pieuses traditions; il eut la gloire de donner l'impulsion à l'école vénitienne.

A Venise, l'art national fut lent, malgré l'exemple donné par des artistes grecs et le spectacle de leurs travaux au delà des mers, nouvelle preuve qu ils contribuèrent peu à la renaissance de ta peinture. Dès le sixième siècle , une colonie byzantine vint orner de mosaïques les églises de Grado et de Torcello; une autre plus illustre fut appelée en l'an 1000, par le doge Selvo, pour décorer Saint-Marc ; la prise de Constantinople remplit Venise d'artistes byzantins, qui n'en sortirentplus. Dans les mosaïques de Saint -Marc, la main de quelques artistes nationaux se laisse apercevoir à côté de celle des Grecs; mais, quant aux peintres nés Vénitiens, on n'en connaît point avant Paul le Vénitien et Laurent. Chei leurs successeurs, Jean-Antoine de Padoue, Sémitecolo, Guariento, Giusto, Alighieri et d'autres de la cité et de terre ferme , de Padoue surtout , on sent l'influence de Giotto.

Jacques Bellini reçut les leçons de Gentile de Fabriano, dont le nom passa à l'un de ses fils; ceux-ci , c'est-à-dire Jean et Gentile, chargés de retracer, dans quatorze compartiments du palais du doge, les fastes de leur patrie, utilisèrent les traditions léguées par Fabriano, Jean de Hruges et Hemmelinck, son élève, le plus gracieux peintre mystique de ce siècle; ces trois artistes travaillèrent beaucoup à Venise François Négri, écrivant au doge Léonard Loredano sur ce qui contribue à la gloire d'un gouvernement, disait que le sénat vénitien pouvait s'enorgueillir de posséder deux frères interprètes de la nature, dont l'un était admirable par la

(l; Il naralt qu'il y aurait eu deux Colantonio.

BEAUX-ARTS

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théorie , et l'autre par la pratique. Gentile se rendit à Constautinople, sur l'appel de Mahomet II ; on raconte que le sultan , pour »ti mt. lui fournir un modèle de décollation , fit sauter la téte d'un esclave. Chez lui dominent l'expression du sentiment et la poésie religieuse (1), bien qu'il crût pouvoir y associer l'art antique et la perspective. Jean , au contraire , inclinait plus résolùment au i*t«-i«6. mysticisme, et se bornait à de simples tableaux de piété pour des familles patriciennes, jusqu'à exclure, autant qu'il le pouvait, la sévérité pathétique et l'intensité d'expression. Il faut convenir qu'il est extraordinaire que, parmi un si grand nombre de sujets donnés par ces patriciens, il ne s'en trouve pas un qui soit mythologique. Les peintres étaient en même temps architectes, miniaturistes, orfèvres, ce qui leur donnait une grande habileté dans la pratique; ils mettaient leurs tableaux en harmonie avec Tordre de l'église pour laquelle ils les faisaient, avec les corniches dont ils les ornaient. Combien ne perdrait pas le tableau de Jean Bellini si on l'enlevait de l'église de Saint-Zacharie ! Jean adopta l'un des premiers la peinture à l'huile , et ses ouvrages, qu'il continua dans une vieillesse très-avancée, y gagnèrent une vigueur nouvelle.

Le Padouan François Squarcione le surpassait pour la science, »»*• la perspective et l'expression , mais lui était inférieur pour le coloris, la douceur des contours, la grâce des physionomies et le sentiment religieux. Il se forma sur les Allemands et les Grecs, dont il vit intacts , dans le Levant, beaucoup d'ouvrages mutilés depuis ou détruits, et offrit à sa patrie la plus belle collection de dessins de statues et de bas-reliefs ; aidé par les professeurs de l'université , il parvint à substituer aux traditions chrétiennes le culte de l'antique. On en vit le résultat dans André Mantegna, son iw-ut*. élève et son tils adoptif , qu'il prit ensuite en aversion lorsqu'il le vit se rapprocher des Bellini. Mantegna, qui parfois sut associer à l'imitation inanimée des anciens le sentiment et la poésie, ouvrit une école à Mantoue , où le duc Louis de Gonzague l'avait appelé pour peindre le Triomphe de César, devenu par la gravure son ouvrage le plus célèbre. Il avait pris de Squarcione son goût pour la perspective linéaire , dans laquelle il surpassa tous ses con-

(1) On lit mus deux de ses tableaux, lans l'académie de Venise : Gentilis Bellinus amore incensus crucii. 149A. — Gentilis Bellinus pio sanctissimx crucis aj/ectu lubens Jecit. 1500.— Jean écrivit au-dessous de la Madone de la »acrislic des Franciscains :

Janua certa poli, due mentent, dirige vilain, Qux peragam, commisa tu* tint omnia cura:.

temporains sous le rapport de l'habile combinaison des lignes quant au point de vue; son raccourci du Christ mort, dans la galerie de Bréra, à Milan, est la perfection dans cette partie de l'art. Son livre sur les géants peints en clair-obscur par Paul Uccello, dans le palais Vitaliani de Padoue, accuse des connaissances théoriques très-étendues.

Les peintres allemands qui travaillèrent à Venise y laissèrent des imitateurs; Jacques Barberino alla les étudier dans leur patrie, et prit tout à fait leur manière, qui se transmit à la famille des Vivarini , au faire franc et beau.

La peinture fut introduite de bonne heure en Allemagne par les missionnaires, qui , pour aider à leur parole, y apportaient des tableaux de piété. On montre dansSainte-Élisabeth et Sainte-Barbe de Breslau des peintures très-anciennes , et aux Bernardins une peinture sur bois encore plus célèbre, où sont représentés les trente-deux faits de la vie de sainte Edwige. Déjà, en 1 avait dans cette contrée une école de peinture remarquable. Le cloître d'Heisbronn fut décoré au temps de saint Othon , évêque de Bamberg (1139); en général, on peut dire que chaque abbaye, chaque monastère offre d'heureux essais d'art, surtout en fait de vitraux , de miniatures et de broderies. Nuremberg, qui se distingua particulièrement dans la sculpture en bois, cite une série de peintres en miniature et sur verre, bois et toile. Les verrières de Francfort passent pour des chefs-d'œuvre. Charles IV appela des artistes en Bohème , où ils formèrent une confrérie. Le goût des allégories et l'étude des détails est le caractère de l'école allemande , que Durer et Holbein portèrent à son plus haut degré , d'où la réforme la lit bientôt déchoir. Les meilleures sculptures se trouvent dans la cathédrale de Strasbourg , où l'on employa des fragments antiques sur lesquels peut-être se formèrent les artistes du pays. Quelques-unes sont de Sabine , fille d'Ervin de Steinbach. On voit sur le clocher une bande de sorciers, avec des formes de diables bizarres et des attitudes fort indécentes. La belle façade de la plus grande église de Berne est de ce temps ; outre les sculptures, on y admire quelques peintures, que la négligence catholique laisse malheureusement dépérir.

Les autres pays sont plus arriérés. Claux de Wrène et Claui Bluter, les premiers sculpteurs dont il soit fait mention en France, firent le tombeau de Philippe le Hardi à Dijon et d'autres ouvrages d'une exécution pénible. Jean Juste travailla à Tours vers la fin du siècle ; mais la descente de Charles VIII en Italie devait fournir aux artistes l'occasion de perfectionner leur méthode et leur style.

HEACX-ARTS.

L'architecture renouvelée ne passa les Alpes qu'au moment où François Ier et Henri II embellirent les châteaux de Blois et de Chambord et la cour du Louvre; elle tenta peu de chose en Allemagne et en Espagne. L'ogive se maintint en Angleterre jusque sous Élisabeth, et les premiers exemples du style de la renaissance se virent à Oxford sous Jacques Ier. L'hôtel de ville de Bruxelles, bâti en 4-401, dans le style du moyen âge, est d'une grande beauté avec son superbe clocher octogone qui s'élève du milieu du toit, tout découpé à jour, et dont la hardiesse égale l'élégance. Sur la façade , percée de quarante fenêtres en deux rangs, une galerie de dix-sept arcades gothiques soutient une espèce de balcon; une balustrade couronne l'édifice, et quatrevingts lucarnes rompent la monotonie du toit , couvert en ardoises. L'hôtel de ville de Louvain , qui est de 4448 , est aussi d'un aspect gracieux.

Le style mauresque n'était pas abandonné en Espagne ; on l'employait dans toutes les églises qui se bâtissaient sur les terres conquises à la religion; telles furent celles d'Orense de 1219; de Burgos, 1221 ; de Tolède, 122G; d'Osma, 1232; de Valence, 1262. Les Espagnols se servaient des artistes arabes. Le style gothique, importé par des Normands, fut employé dans les églises des templiers; il produisit le style mozarabe , l'arabe allemand et d'autres mélanges bizarres. Ainsi l'on voit le plein cintre , l'ogive et le mauresque réunis dans le couvent de las Huelgas auprès de Burgos, 1180, et un mélange unique dans la synagogue de Tolède de 1350. Les architectes valentiens, au quatorzième siècle , furent Fabia, Franc Martinez , Alfonse, qui bâtirent les cathédrales de Léon , d'Oviédo, de Barcelone, de Saragosse et de Guadalajara.

Après l'expulsion des Maures, on donna la préférence au stylo roman. Magnifiques sont la cathédrale de Séville, 1401 ; le couvent de Miraflores, 145-4; le Garral de Ségovie, 1457; Saint-Paul et Saint-Grégoire de Valladolid , 1 463-1488 , et les autres travaux de Jean d'Olozaga, de Henri d'Égas, de Pierre Lopez, de Martin de Gainsa, de Guillaume Boffy, de Pierre Blas et de Jean d'Arandia. Nous omettons les architectes appelés d'Allemagne et de Flandre.

Saint-Jean de los Reyes, élevé à Tolède en exécution d'un vœu de Ferdinand et d'Isabelle, commence à offrir des traces de renaissance. Autour de l'édifice sont suspendues les chaînes des prisonniers chrétiens trouvées à l'époque de la conquête. L'architecture sépulcrale y est magnifique, et de riches vitraux furent exécutés de 1415 à 1560, probablement par des étrangers.

Dans les siècles passés, c'est l'architecture qui avait dû tout dire, et tous les arts y avaient écrit comme sur un livre universel. Mais, une fois qu'un nouvel instrument d'expression est trouvé dans l'imprimerie, celui-là devient moins nécessaire; on n'a plus alors que des ouvriers et des artistes qui rendent la pensée d'un seul architecte , et dont ils reçoivent le plan de leurs travaux. L'unité y gagne ; mais le sentiment et l'inspiration y perdent beaucoup.

ÉPIL0QUE.

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