‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 141 sur 153 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Les astronomes regardaient, il y a peu d'années, comme fixe un astre de la constellation du Cygne; or il est démontré aujourd'hui que cet astre se déplace chaque année , en ligne droite , de plus de cinq secondes, c'est-à-dire qu'il parcourt dans un an au moins quarante millions de lieues.

Nous avons fini de décrire le moyen âge ; c'est aux lecteurs à juger si le cas ne serait pas le même. L'homme qui s'occupe moins d» s vicissitudes des rois que des intérêts des peuples devait comprendre l'importance de cette période; celui dont l'attention se porte non-seulement sur les héros meurtriers, mais encore sur les bienfaiteurs de l'humanité, ne pouvait la dépeindre comme une scène perpétuelle d'ignorance, de violence et de désordre (i). Cette confusion d'où nous sommes partis, et qui empêchait les regards éblouis de suivre la marche des événements ou d'en prévoir le résultat, -a cessé; la féodalité a accompli sa destinée, de même que les communes ; un âge nouveau commence sous le nom de renaissance, âge bien différent de celui durant lequel l'Europe fut surprise par les envahisseurs septentrionaux. La dissolution de la société romaine avait été leur ouvrage, et par eux les familles l'avaient emporté sur l'État. Parmi ces familles, celles des vainqueurs étaient séparées des vaincus à titre de dominatrices, les plus puissantes formant une confédération imparfaite, sous laquelle toutes les autres classes venaient s'échelonner comme subordonnées.

En conséquence , les lois politiques revêtirent quelques-uns des caractères des lois civiles , et celles-ci quelques-uns de Tordre politique, attendu que la souveraineté fut une conséquence immédiate de la possession des terres. Il ne put donc exister de nationalité ; les rapports de chacun demeurèrent circonscrits dans les limites de la propriété , et les villes , centre de culture intellectuelle et d'action, perdirent leur importance.

Les lois religieuses seulement , maintenues indépendantes du pouvoir civil et qui survécurent à son extinction, s'étendirent naturellement, et offrirent un système rationnel qui différait de la féodalité; celle-ci, en effet, ne se fondait que sur la conservation

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des vainqueurs au détriment des vaincus , et mesurait le degré du châtiment, non d'après les circonstances et l'intention, mais selon la position sociale du délinquant.

Les communes agrandirent les familles par l'incorporation du non possesseur, à la seule condition qu'il habiterait la cité , œuvre à laquelle aidèrent les maîtrises et les corps de métiers. De là on passa facilement à l'idée d'un pouvoir public , et l'on rédigea des statuts d'abord, puis des codes , qui dérivaient, non d'un principe philosophique , mais des relations sociales.

La législation canonique favorisait ce résultat en réalisant la centralisation universelle du monde chrétien. Les rois, en se substituant aux feudataires, étendirent lafamillejusqu'â lui faire embrasser tous les habitants de territoires dont la nature avait déterminé les limites.

Désormais les nations sont casées , composées, instituées; l'individualité de chacune est complète ; peuples et gouvernements se serrent autour d'un centre commun , en supprimant ce qu'il y avait de trop local et de trop particulier dans la société. Les anciennes institutions de l'Europe périssent ; si depuis Charlemagne tout s'était fractionné, tout désormais tend à se réunir. Les royaumes sont plus vastes, les idées plus générales ,Jes intérêts plus développés; il y a plus de force et de stabilité dans les gouvernements. Les nations prennent un caractère distinct, selon la forme diverse affectée par chaque peuple lors de la grande migration ou de la conquête , forme modifiée ensuite par les croisades , la chevalerie et les communes. Les Goths et les Mozarabes se fondent en Espagne, et la lutte soutenue pendant tant de siècles dans leurs foyers , non pour conquérir, mais pour se défendre, rend les Espagnols graves et orgueilleux. Les éléments anglo-normands et saxons, dans leur lutte sur le sol anglais, engendrent le gouvernement , la langue et le caractère qui se développent dans la guerre chevaleresque contre la France , et dans les querelles sanglantes des deux Roses. En France, la civilisation romaine modifie les coutumes germaniques au point de faire considérer les Français comme l'opposé des Allemands. Au contraire , la Germanie se décompose en souverainetés innombrables, qui, par leur querelles et leur refus de concourir à l'unité, précipitent le pouvoir suprême du premier rang qu'il occupait au moyen âge, et le font servir à des ambitions de famille , à des manèges d'intrigants , à l'ambition arrogante des barons.

Le Nord ne se ressent ni des croisades ni de la chevalerie , de manière qu'il se développe conformément à sa nature originaire , à ses rapports avec l'Asie et à la culture intellectuelle qu'il reçoit

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