‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 142 sur 153 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

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de l'occident et du midi de l'Europe. La ligue hanséatique prévaut au point d'anéantir presque les trois puissances Scandinaves, qui restent, pour ainsi dire, étrangères au système européen. La Russie , en secouant le joug mongol , fait preuve de ces forces qu'elle déploiera dans la suite pour asservir ou civiliser tant de nations. La Bohême, la Hongrie et la Pologne se sont étendues , acquérant la puissance et la gloire. Les Mongols disparaissaient de l'Europe.

Tamerlan est le dernier météore sorti du sein de l'Asie pour bouleverser l'Occident; son apparition arrête le torrent ottoman, qui pouvait devenir funeste à l'Europe avant que les nationalités se fussent consolidées , et lorsque les feudataires combattaient encore entre eux , la France avec l'Angleterre , les Russes avec les Polonais et les Mongols. Le bouddhisme , répandu parmi les peuples des plateaux de l'Asie centrale , adoucit leurs mœurs; la nouvelle direction prise par le commerce les réduit à chercher les moyens de subvenir à leurs besoins autrement que par des excursions vagabondes , et les nouveaux États qui se sont organisés sur la frontière occidentale arrêtent leurs débordements ils finissent donc par se perdre en se mêlant soit à la civilisation occidentale , soit à celle de la Chine. Si nous exceptons les Russes , il n'y a plus de barbares en Europe ; la longue lutte des héros espagnols est couronnée par la victoire. La Hongrie, pour s'opposer aux Turcs, s'associe à la république européenne , et cesse d'être orientale ; elle reçoit des colonies allemandes et la culture italienne, au point que sous Mathias Corvin elle dépouille même par trop son caractère national.

Malheureusement les musulmans s'établissent sur les plus belles contrées de l'Europe; mais ils ne peuvent être appelés barbares que par rapport aux nations plus policées , car ils ont moissonné les fruits de la civilisation arabe et persane, et la grande puissance commerciale et maritime qu'ils ont déployée ne permet pas de les comparer aux nations qui jadis avaient envahi l'empire romain. II est vrai que l'orgueil sensuel, sur lequel leur religion se fonde , ne leur permit aucun grand progrès; c'étaient d'ailleurs des conquérants qui dévastaient les pays, enlevaient des esclaves, imposaient de lourds tributs. Le rapide accroissement de cette puissance s'explique par la condition des peuples limitrophes , comme elle explique, de nos jours, sa conservation, malgré l'anéantissement de tous ses éléments d'existence. La Russie languissait esclave des étrangers; l'Italie se jalousait elle-même, et l'Autriche affaiblissait la Hongrie dans des vues cupides d'agrandissement.

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Si les musulmans, qui possédaient les côtes de la Méditerranée et de l'Archipel , eussent réduit en pachaliks la Pologne , la Hongrie et l'Allemagne , ils auraient resserré la civilisation dans des limites bien étroites. La résistance qui fut opposée à ces nouveaux envahisseurs rendit un instant à la république chrétienne celte unité, au moins de vœux, qu'elle semblait avoir oubliée avec les croisades. De là naquit la puissance de la maison d'Autriche; car il fallait contre ce torrent une digue solide, et ses possessions se trouvaient précisément en première ligne. Après avoir converti l'empire germanique en héritage, elle lui imprima une vigueur nouvelle, si bien que l'Allemagne parut de nouveau prévaloir en Europe. Le drame magnifique offert par les rivalités des Guelfes et des Gibelins a dégénéré , il est vrai , en luttes partielles entre les familles de Bavière, de Bohême et d'Autriche ; mais, au milieu même de l'avilissement de ses chefs , que de grandeur dans la nation ! Elle fonde en Prusse une souveraineté nouvelle ; elle rend la Silésie tudesque, de slave qu'elle était; elle ouvre des mines en Hongrie et en Transylvanie; elle couvre la Baltique de vaisseaux, et fait revivre, dans les ligues des Suisses et des Hanséatiques , l'esprit d'association, jadis particulier à ces tribus originaires; enfin elle étend la civilisation et le christianisme sur les rivages de la Baltique.

• En Italie , les mille petites républiques, si aptes à propager la lumière et le mouvement , se réduisent à un petit nombre qui ne songent qu'à s'équilibrer entre elles, tandis qu'à leurs portes grandit une puissance qui menace de les anéantir toutes. En France, le fait le plus notable est la marche progressive de la royauté vers le pouvoir absolu ; la position delà capitale et l'organisation des armées permanentes concoururent à ce résultat. Le dernier grandduché devient un nouveau lleuron de la couronne française , et l'unité territoriale affermie entraine à sa suite l'unité de langage et de juridiction, comme celle de l'administration et de l'Église, La nation anglaise se montre , pendant les guerres de France, vaillante au métier des armes; mais elle ne tarde pas à les tourner contre elle-même dans laquerelle des deux Roses; l'aristocratie s'épuise en faveur du roi, et le désordre fournit à Henri YIU le moyen de concentrer dans ses mains les éléments propres à constituer, sous l'apparence des formes anciennes, une puissance sans limites. L'Église elle-même, au moment où s'affaiblit son autorité universelle, est obligée de se procurer un pouvoir temporel qui, après avoir été pour elle, dans l'origine, une chose secondaire, devient alors la partie réelle de son pouvoir politique.

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