‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 146 sur 153 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

L'empire de l'esprit passe alors des écrivains originaux aux érudits , classe laborieuse mais dénuée d'invention ; aussi , en métaphysique et en morale , ne dépassèrent-ils pas la limite où les scolastiques étaient parvenus; dans l'histoire et les antiquités, ils laissèrent beau jeu à l'imposture; dans l'exposition, ils torturèrent la pensée, sans atteindre à la pureté qu'ils recherchaient.

L'érudition est la forme générale de toute étude et du progrès de ce temps : les textes sont une puissance, et , pour convaincre, il suffît de citer; la médecine s'attache à expliquer ou à combattre Hippocrate et Galien ; la philosophie cherche dans Platon ou dans Aristote le fondement de ses argumentations et jusqu'au voile dont elle couvre ses hardiesses ; l'alchimie s'appuie d'anciens noms révérés ; la stratégie , en dépit des nouvelles armes , se fatigue à étudier Onésandre et Végèce , ou à reconstruire le pont de César sur le Rhin ; l'architecture demande à Vitruve non pas seulement les préceptes de l'imitation, mais encore la justification des innovations.

Dans cette arène inévitable, les esprits indépendants ne bornent pas la restauration des classiques à une industrie littéraire, mais l'étendent à la vie elle-même. Empereurs et républiques y cherchent à l'envi des lois et des institutions; les jurisconsultes les interrogent pour étendre et parfois pour entraver les droits nouveaux ; si Nicolas Montano , si Rienzi et Porcari méditent des réformes dans leur patrie, c'est sous l'inspiration de souvenirs classiques.

Cependant , au milieu de leurs études, qui roulaient toutes sur l'antiquité, ces pédants courageux sentaient s'agiter le monde moderne; pendant que, sur la foi de l'érudition, Colomb s'obstinait dans sa glorieuse erreur, Pierre Martire d'Anghliera écrivait à Pomponius Laetus (1) : « Il ne se passe pas de jour qu'il ne nous a arrive des prodiges nouveaux de ce nouveau monde, de ces « antipodes de l'Occident qu'un certain Génois, nommé Christophe, a a découverts. Je crois bien que tu as tressailli d'allégresse, et « n'as pu qu'avec effort retenir tes larmes quand je t'ai donné avis « par lettres de cet univers précédemment ignoré. Quelle nour- « riture plus suave pour de sublimes esprits? Je puis en juger a d'après moi-même, car je suis heureux lorsque je puis m'entreo tenir avec quelques personnes revenues de là. Que les miséraa bles avares fassent leurs délices d'accumuler des richesses; a pour nous, c'est dans la contemplation de semblables merveilles

(1) Ep. 152.

« que se réjouissent nos esprits. Que firent de plus les Phéniciens a lorsque, dans des régions lointaines, ils réunirent des peu- « pies errants et fondèrent d'autres cités ? Il était réservé à nos « temps de voir nos connaissances et nos idées s'agrandir d'une et façon non moins étonnante, et tant de choses nouvelles apparaître « à Timproviste sur l'horizon. »

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