‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 147 sur 153 · STATISTIQUE EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE EUROPÉENNE

Marin Sanuto donne, à Tannée f 450, cet aperçu des

Hevenus de toutes les puissances chrétiennes , et ce qu'il leur est possible

dejaire.

Le roi de France, avec tout l'effort de ses revenus et des contributions des princes, ducs, marquis, comtes, barons, chevaliers , évêques, abbés, canonicats, prêtres, citoyens, avec les bomntes exerces au maniement des armes qu'il a chez lui, peut faire en tout 30,000 hommes à cheval. Pour les envoyer au dehors, les dépenses étant doubles, il ne peut faire dans ledit royaume plus de la, 000 chevaux. La guerre à ruiné précédemment les églises et les revenus. Total 15,000

Le roi d'Angleterre, avec tout l'effort de ses revenus et avec les contributions des princes et autres, ut supra, avec ce qu'il a chez M d'hommes exercés aux armes, payés chaque mois, peut faire 30,000 chevaux. Ces deux puissances sont de pair pour se mesurer en guerre ; elles ont toujours tenu avec vigueur dans leurs luttes, et, si l'une des forces avait été plus grande que l'autre, il y en aurait eu une d'écrasée ; celle des Anglais perdit de sa vigueur lorsque la division entra chez eux, et qu'ils ne purent faire leurs approvisionnements. Avant 1414, cette force élaitde 40,000 chevaux. Les guerres ont affaibli ces pays, diminué les hommes et les revenus, de manière que, voulant envoyer ladite force au dehors» il convient de Ja réduire à moitié, ce qui fait, chevaux 15,000

Le roi d'Écosse, qui est seigneur de grands pays et de peuples trèspauvres, ne pourra tenir, avec ses revenus et tailles de clercs et laïques, plus de 10,000 hommes d'armes k cheval, payés chaque mois, à l'intérieur; au dehors, par la grande dépense, chevaux 5,000

Le roi d'Kspagne, avec tous ses revenus, et contributions de clercs et laïques, avec tout son effort d'hommes exercés aux armes, 30,000 chevaux. En 1414, il entretenait 20,000 chevaux ; mais, voulant se tenir

hors de cher lui, il faudrait compter pour les dépenses doubles, chevaux 15,000

Le roi de Portugal, avec tous ses revenus de clercs et laïques, avec tout son effort, en les payant chaque mois , ferait chez lui, en hommes exercés aux armes, 6,000 chevaux, dehors 3,000

Le roi de Bretagne, avec tous ses revenus et les contributions des clercs et laïques, pourrait entretenir chei lui, en les payant chaque

mois, en hommes exercés aux armes, 8,000

vaux (I) , 4,000

Le maître de Saint-Jacques, avec tous ses revenus, en hommes exercés

aux armes, chez lui, 4,000 chevaux ; au dehors 2,000

Le duc de Bourgogne, avec tous ses revenus, ut supra, chez lui, 1,000 chevaux ; en 1414, il en avait entretenu 3,000. Mats les guerres

ont ruiné le pays. Au dehors, chevaux 1,500

Le roi René, avec tous ses revenus, ferait chez lui 6,000 chevaux;

hors de chez lui , chevaux 3,000

Le duc de Savoie, avec tous ses revenus, ferait chez lui 8,000 chevaux ; au dehors 4,000

Le marquis de Montferrat, chez lui, 2,000 chevaux ; dehors 1,000

Le comte François Sforza, duc de Milan, 10,000 chevaux chez lui ;

au dehors avec peine .s.ooo

Le marquis de Ferrare , 2,000 chevaux à l'intérieur ; au dehors 1,000

Le marquis de Mantoue, chez lui, 2,000 chevaux ; au dehors 1,000

La communauté de Bologne, chez elle, 2,000; au dehors 1,000

La communauté de Sienne, chez elle, 2,000 ; au dehors l,ooo

La seigneurie de Florence, chez elle, 4,000; au dehors 2,000

En 1414 elle aurait pu entretenir 10,000 chevaux.

Le pape, avec les revenus de ses terres et les subdivisions du clergé,

chez lui, 6,000 ; au dehors 3,000

En 1414, 8,000 chevaux.

Le roi aragonais, dans le royaume de N'a pies, chez lui, 12,000 ; au

dehors 6,000

Les différents princes du royaume, qui sont puissants 2,000

La communauté de Gènes, depuis les discordes intestines et la guerre,

chez elle, 4,000; au dehors 2,000

En 1414, 5,000 chevaux.

La communauté de Barcelone avec les seigneurs de la Catalogne, en hommes et cavaliers, payés tous les mois, chez elle, 12,000 ; au dehors 6,000

La basse et haute Allemagne, avec tous ses princes, ecclésiastiques et laïques, avec toutes ses villes libres ou non, et avec son empereur, chez

elle, 60,000; au dehors 50,000

Le roi de Hongrie, avec tous ses ducs , seigneurs, barons et princes, laïques et ecclésiastiques, depuis la guerre, chez lui , 30,000 ; au dehors 15,000

En 1414 , 50,000 chevaux. -

Le roi de Pologne avec tous ses ducs, marquis, barons, citoyens et

communautés, chez lui , 50,000; au dehors 25,000

La Valachie, chez elle, 20,000 ; au dehors 10,000

La Morée, depuis les guerres, chez elle, 20,000 ; au dehors 10,000

En 1414, 50,000 chevaux.

L'Albanie, la Croatie, l'Esclavonie, la Servie, la Russie et la Bosnie,

avec tous leurs revenus, chez elles, 30,000 ; au dehors 15,000

Le roi de Chypre, chez lui, 2,000; au dehors 1,000

Leduc de Nisia, dans l'Archipel, chez lui, 2,000 ; au

(i) Ce doit être une erreur, reproduite auul dans l'état dea retenu» qui vient après ; car. a l'époque où Tirait l'auteur, la Bretagne n'était qu'un duché incapable, adonj noua, d'rntrrtrnlr

DU LIVRE XIII. 717

Le grand maître de Rhodes, avec tous ses revenus et toutes les subdivisions des coramanderies ecclésiastiques et laïques, chez lui, 4,000 ;

au dehors 2,000

Le seigneur de Mételin , chez lui, au dehors 1,000

Le roi de la Géorgie, chez lui, 10,000 ; au dehors 6,000

En 1400,30,000 chevaux.

L'empereur de Constant impie **

Puissances des infidèles.

Le Grand Turc, chez lui, 400,000 chevaux, et des hommes vaillants

pour se défendre des chrétiens ; au dehors 200,000

Le prince de Caramanie, chez lui, 60,000 ; au dehors 30,ooo

Ousoun Hassan avec toute sa puissance, chez lui, 200,000 ; au dehors 100,000

Le Caraïssan avec toutes ses forces, chez lui, 20,000; au dehors. . 10,000

Zauza avec toutes ses forces, chez lui, 200,000 ; au dehors 100,000

Le Tamerlan avec toute la puissance des Tartares, chez lui,

1,000,000; au dehors 600,000

Le roi de Tunis , de Grenade, et les autres villes de Barbarie, armant des galères et des fustes contre les chrétiens , a l'intérieur,

100,000; au dehors 60,000

Revenus de quelques princes chrétiens en 1423.

Le roi de France, en 1414, avait deux millions de ducats; mais, après quarante ans (1) de guerres continuelles, son revenu ordinaire

est de 1,000,000

Le roi d'Angleterre avait aussi deux millions ; mais, depuis les guerres qui ont ravagé l'Ile, il n'a que 700,000

Le roi d'Espagne avait en 1410 trois, millions ; mais depuis les

guerres, il a à peine 800,000

Le roi de Portugal avait 200,000 en 1410; maintenant 140,000

Le roi de Bretagne, en 1414, avait 500,000 ; maintenant 140,000

Le duc de Bourgogne, en 1400, avait trois millions, que les guerres

ont réduits à 900,000

Le duc de Savoie, son pays étant franc, a toujours un revenu de.. 160,000

Le marquis de Montferrat, idem, idem 100,000

Le comte François, duc de Milan, a un revenu de 600,000

Le duc Philippe Marie, en 1423, un million. La seigneurie de Venise avait, en 1423, un million et cent mille ducats ; maintenant 800,000

Le marquis de Ferrare avait en 1423, 700,000, et depuis les guerres

d'Italie 150,000

Le marquis de Muntoue avait, en 1423, 160,000; maintenant 600,000

Bologne avait , en 1423,400,000; maintenant 200,000

Florence avait, en 1423, 400,000 ; maintenant 200,000

Le pape, qui en avait bien plus, a aujourd'hui 400,000

Les Génois, à cause de leurs discordes, sont réduits à 180,000

(i) Cet aperçu statistique a dû être fait en i«s, et la date de lut, mise en tête, est probablement une tante de copiste.

Le roi aragonais, dans le royaume de Naplos avec la Sicile 110,000

Auparavant il avait un revenu beaucoup plu»

Revenus de nos possessions de terre ferme, et dépenses qu'elles nécessitent.

Recette. Dépende. Restant.

Le Frioul, notre patrie, chaque année. 7,050 6,330 1,170

Trévise et son territoire 40,000 1 0,100 29,900

Padoue,trf 65,500 14,000 51,500

Vicence, id 34,500 7,600 26,900

Vérone, td 52,500 18,000 34,500

Brescia, id 75,500 16,000 59,500

Pergame.id 21,500 9,000 16,000

Crème, id 7,400 3,900 3,500

Ravenne, id 9,000 2,770 6,230

Totaux 317,400 88,200 229,200

Revenus de Venise.

Les gouverneurs retirent chaque année 150,000

Le bureau de sel 165,000

Les huit bureaux obligatoires de la chambre des prêts 233,500

Les bureaux de l'arsenal 73,280

La chambre des prêts. . , . , ... 150,000

Total.. . 1,000,980

Dépenses ordinaires 133,680(1)

Salariés 26,500... 160,180

Restent... 840,800

Des possessions maritimes on relire Jous les ans 180,000

Décime *ur les maisons et autres possessions dans le territoire de

la république 25,000

Prolits sur l'argent du décime, dont ou retient la moitié à la chambre 15,000

Possessions et maisons de louage à l'étranger 4,000

Sur les revenus des prêlrea 22,000

Sur les juifs de mer, deux décimes par an 600

Sur les juifs de terres, deux décimes par au 1,000

Décime sur les marchandises 16,000

Nolis et pierres précieuses 6,ooo

Éclianges et taxes , ; 2,000

A reporter... 1,131,400

De cette somme il faut déduire :

Pour les contribuable* insolvables 6,000

Pour la moitié des profits sur l'argent dn décime 7,500

Pour la partie des profits sur le revenu des prêtres, allouée au patriarche 2,000

A reporter... 15,500

(1) Ce chiffre, qui manque dans l'original, a etc mit i

DU LIVRE XIII

Report.

Autres revenus extraordinaires.

Report . . .

Pour l'entrée des marchandises Pour les pierres précieuses Pour échanges et taxes

Total nel, ducats

Que de tristes pensées pour les Italiens qui comparent ce tableau statistique du quinzième siècle à ceux du dix-neuvième 1

Lorsqu'il fut question pour Venise, en Mit, de se liguer avec les Florentins contre le duc de Milan , le doge Thomas Mocénigo se prononça constamment pour la négative; François Foscari , jeune procurateur, pour l'affirmative ; tous deux, celui-ci avec une ardeur juvénile, l'autre avec la prudence d'un vieillard, soutinrent leur opinion dans le grand conseil. La harangue du doge est rapportée par Sanuto, qui dit l'avoir tirée du manuscrit même de ce prince.

« Notre jeune procurateur messire François Foscari, sage de conseil, a dit à la tribune tout ce que les Florentins ont exposé au collège et tout ce que nous avons exposé nous- même en réponse à vos seigneuries. Il dit qu'il est bon de secourir les Florentins, en ce que leur bien r>t le nôtre, et par conséquent notre mal le leur. En temps et lieu je leur répondrai à propos. Jeune procurateur, Dieu créa et fit la nature angélique, qui était la plus noble chose créée, et lui donna certaine mesure pour connaître la voie du bien et celle du mal. Les anges choisirent la mauvaise mesure du mal. Dieu les punit et les chassa du paradis en enfer , et de bons ils devinrent méchants. On ne peut dire autant des Florentins, qui vont cherchant le mal. 11 vous en arrivera autant si nous consentons à ce qu'a dit notre jeune procurateur, messire Foscari. Nous vous exhortons à vous tenir en paix. Si jamais le duc vous faisait une guerre injuste, vous avea Dieu, qui voit tout ; ce sera lui qui nous donnera la victoire. Vivons en paix, parce que Dieu est la paix, et que celui qui veut la guerre aille en enfer !

« Jeune procurateur, Dieu créa Adam sage, bon et parfait, et lui donna le paradis terrestre, où était la paix, avec deux commandements de Dieu, qui lui dit : Jouis en paix de tout ce qui est dans le paradis; mais ne mange pas du fruit de tel arbre. Il tut désobéissant, et pécha par orgueil , ne voulant pas reconnaître qu'il était créature. Or, Dieu le priva et le chassa du paradis, où était la paix, et le mit dans la guerre, qui est ce monde. Il se damna luimême, avec toute la race humaine ; un frère tua l'autre, et il alla de mal en pis. Il en arrivera ainsi aux Florentins pour avoir guerre, et, si nous faisons à la manière de notre jeune procurateur, autant en adviendra à noua tous.

« Jeune procurateur, après le péché de Caio, l'homme ne connaissant pas Dieu, dont il ne faisait pas la volonté, Dieu le punit par le déluge, à l'exception de Noé, qu'il voulut préserver. Ainsi adviendra aux Florentins, pour vouloir faire à leur gré. Dieu détruira leur pays et leurs biens, et ils viendront habiter

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