‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 16 sur 153 · ESPAGNE ET PORTUGAL · texte numérisé non relu

ESPAGNE ET PORTUGAL

Avec le juif qu'il eut pour ministre des finances, commença la faveur que les rois de Gastille montrèrent aux hommes de cette nation, soit en les employant dans les affaires d'administration, soit en les opposant aux grands.

Alphonse avait eu pour maltresse Éléonore de Guzman , qui le gouverna jusqu'à sa mort, et dont il eut dix enfants. Pierre, surnommé le Cruel , ne lui eut pas plutôt succédé qu'il la fit périr. rierrM?rruci Henri de Transtamare, Ton de ses fils, s'enfuit avec beaucoup c iwo. °* de peine en Aragon, où il réunit les bannis et les mécontents , dont la conduite de Pierre accroissait chaque jour le nombre. Marie de Padilla, devenue sa maîtresse, le brouilla avec sa mère, lui fit répudier Blanche de Bourbon après trois jours de mariage, et l'entraîna même à la faire périr après sept ans de réclusion ; il abandonna bientôt aussi sa nouvelle épouse , Jeanne Fernandez de Castro , pour revenir à Marie de Padilla. Ses méfaits excitèrent des soulèvements , qui devenaient un prétexte à des méfaits nouveaux. Dans sa rigueur farouche , il ne respectait ni sa mère ni les fils de son père; ceux qu'il put saisir furent immolés, et il alla même jusqu'à faire servir un banquet dans la salle encore fumante de leur sang. Abou-Saïd, son compétiteur au trône de Grenade, étant venu lui demander la paix sous la foi d'un sauf-conduit, il le massacra, lui et trente-cinq personnes de sa suite, pour s'emparer de son or.

Un troisième Pierre, non moins méchant que les deux autres qui régnaient alors en Portugal et en Gastille, plus dissimulé même et plus perfide encore, occupait le trône d'Aragon. Il dé-» clara la guerre à Pierre le Cruel , pour venger la mort de son frère tué par lui ; alors le roi de Castille fit égorger sa belle-sœur et les enfants de Henri de Transtamare , qui commandait l'armée ennemie.

Henri de Transtamare n'en devint que plus ardent à la vengeance, favorisé qu'il était par les rois de France, d'Aragon, de Navarre, et secondé par l'intrépide Bertrand Duguesclin. Ce vaillant capitaine, voyant la France désolée par les grandes compagnies d'aventuriers qui faisaient la guerre privée quand la guerre publique avait cessé , se rendit dans leurs quartiers , et leur offrit deux cent mille florins, avec promesse d'une somme pareille s'ils voulaient l'accompagner dans une expédition contre les Maures et, au besoin, contre d'autres ennemis. Ils acceptèrent l'offre, et beaucoup de jeunes nobles , désireux de faire leurs preuves sous un tel maître, se joignirent à lui. Eu traversant le territoire d'Avignon , il envoya demander au pape le pardon de leurs péchés et

deux cent mille florins; la première demande fut accordée, on se récria sur la seconde, mais il fallut compter l'argent.

Une fois entrés dans la Castille , ils proclamèrent Henri II , et poussèrent vivementPierre, qui, obligé de sortir de son royaume, se réfugia à Cordoue , puis à Séville et enfin en Portugal , où il trouva un asile chez l'évêque de Santiago. En récompense de ce service , il l'égorgea, et, s'emparant de ses (résors, il alla implorer à Bordeaux le secours du prince Noir, Édouard d'Angleterre, qui faisait alors la guerre à la France.

Le prince anglais embrassa sa cause, et, encore une fois, au delà des Pyrénées, il se trouva en face do Duguesclin, contre lequel il avait déjà combattu en France. Les deux rivaux , chacun à latéte de cent mille hommes, en vinrent aux mains à Navarette, près de Ségovie ; Pierre et les Anglais l'emportèrent, et Parmée castillane fut mise en fuite. Duguesclin résista seul, appuyé contre un pan de mur; il renversa Pierre , et, s'avançant vers Édouard, Au moins, dit-il , je n'aurai rendu mon êpèe qu'au plus vaillant prince de la terre. Pierre , retenu à lui, s'élançait pour se venger, et il l'aurait égorgé si le prince Noir n'eût protégé son noble prisonnier; mais il ne put soustraire le pays aux horribles vengeances de Pierre, ni obtenir l'exécution de ses promesses, et il se retira mécontent. Le sire d'Albret lui ayant dit un jour : Le monde prétend que vous retenez Duguesclin prisonnier pour tapeur seule que vous en avez , Édouard lui rendit la liberté.

Henri, qui s'était enfui à Tolosa, avait pénétré, déguisé en pèlerin , jusque dans la prison de Duguesclin ; tous deux s'occupèrent alors de réunir des soldats, et, plus prudent ou plus heureux que Pierre, Henri finit par le vaincre à son tour. Le roi de Castille , arrêté dans sa fuite , fut amené devant lui ; mais à peine l'eut il aperçu qu'arrachant l'épée d'un soldat, il se précipita sur Henri ; un duel s'engagea entre les deux frères , et Pierre expia de son sang tout celui qu'il avait versé (4).

(i) m Et là mourut le roi don Pèdre, le 23 mars de ladite année... Il avait tué beaucoup de personnes dans sa vie, et c'est pourquoi lui advint ce malheur. » Voilà de quelle manière l'impassible Ayala termine son récit. Cronica det rey don Pedro, p. 554.

Don Pedro est représenté sous les couleurs les plus noires dans les romances et sous des traits intéressants dans les t raidies. Il y a cependant une romance qui indique la diversité d'opinions qui dès lors existait sur son compte :

«■ Le roi don Pèdre gll occis MX pieds de don Henri, non pas tant par la prouesse de son ennemi que par la volonté du ciel. Don Henri dépose son poi-

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