‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 17 sur 153 · ESPAGNE ET PORTUGAL · texte numérisé non relu

ESPAGNE ET PORTUGAL

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Henri D monta sur le trône de Léon et de Castille par droit de conquête, par acclamation populaire et par son mérite personnel; mais le successeur légitime aurait été Ferdinand de Portugal, comme héritier de Jean , infant d'Aragon , immolé par Pierre le Cruel. C'est ce qui amena entre les deux royaumes la guerre dont nous avons parlé. Henri, aussi habile que vaillant, employa les trésors laissés par Pierre à payer les redoutables bandes d'aventuriers, qu'il congédia; il punit le roi de Grenade, et équipa une flotte avec laquelle il mit en déroute celle des Portugais. Après avoir réuni à son royaume la Biscaye , avant-poste de la Navarre et de la Gascogne, il dirigea de nouveau ses armes contre Ferdinand, et, s'avançant jusqu'à Lisbonne, il incendia la Hotte portugaise , mit le feu à la ville, et força son rival à faire la paix ainsi qu'à mettre au serv ice du roi de France cinq vaisseaux équipés.

Le Portugal avait été épuisé par cette guerre, et chaque jour il descendait plus bas grâce à Éléonore Tellez de Meneses , femme intrigante qui sut devenir l'épouse de Ferdinand, malgré l'opposition du peuple de Lisbonne soulevé. Dès lors tout fut abandonné aux intrigues de la nouvelle reine, ennemie acharnée de quiconque pouvait lui disputer le pouvoir; elle entraîna dans de

pwrd, et de son pied il presse le coa de son frère. Il ne se croit pas encore en sûreté contre son invincible Irere.

« Les deux frères luttèrent, luttèrent de manière que le défunt aurait été un Cain si le survivant ne l'ent été. Les hommes d'armes, émus de compassion et de joie, accourent, mêlés les uns aux autres, pour contempler le grand événement.

« Ceux de Henri chantent , font résonner les trompettes, crient Vive Henri ! et ceux de don Pèdre, poussant des gémissements et des cris redoublés, pleurent le roi mort.

• Les uns disent que c'est justice, les autres méfail ; (pt'il ne faut pas accuser uo rot d'être cruel quand les temps demandent de la cruauté ; que la multitude oe doit pas demander compte au roi s'il fait bien ou mal en des circonstances si graves ; que les fautes d'amour viennent d'une si belle cause qu'elle les fait excuser, et qu'en voyant les yeux de la belle Padilla, personne ne refusera de vanter comme sage un roi qui pour elle ne mit pas, nouveau Rodrigue, tout le royaume en feu.

« Ceux des vaincus dont l'âme est assez vile ponr suivre soudain le vainqueur par crainte ou bassesse célèbrent la vaillance de Henri, et appellent don Pèdre tyran. Hélas! justice et amitié périssent avec qui succombe. La fin tragique du grand maître, celle de son tendre (ils, la captivité de Blanche sont rappelées pour exécrer sa mémoire, seuis quelques aim> iioeies oseni eiever la voix vers le ciel pour implorer justice.

« La belle PadiWa pleure la triste catastrophe qui fait d'elle l'esclave du roi vivant, et la veuve de celui qui n'est plus. Ah ! don Pèdre, de perfides comeits, me confiance trompeuse , ton courage intrépide Vont conduit à cette mort infâme , etc. »

nouvelles guerres son faible époux , déshonneur de la couronne, sauf la douceur, comme son père en avait été l'honneur, sauf la cruauté.

nu. Le trône appartenait, après lui, à l'infante Béatrix ; mais, comme on la disait adultérine, divers prétendants le lui disputèrent. Jean le Bâtard, fils naturel de Ferdinand, grand maître de l'ordre d'Avis, déploya plus d'énergie que les autres. Se confiant dans la haine que la régente avait soulevée, il pénètre dans le palais, où il égorge son amant, soulève le peuple de Lisbonne , et se fait proclamer protecteur jusqu'à ce que Béatrix ait mis au monde un fils. Mais Jean Ier de Castille, mari de l'infante, arrive à la tête d'une armée; il est favorisé par la jalousie de la noblesse et par l'incertitude d'un nouveau règne. Éléonore lui cède la régence ; puis , accusée d'avoir voulu le faire assassiner, elle est renfermée dans un couvent. Une épidémie oblige bientôt les Castillans à se retirer; alors le grand maître rassemble les cortès à Coïmbre, où le savant jurisconsulte de Regras , disciple de Barthole, démontre que les droits de Béatrix sont nuls, et que les meilleurs sont ceux du plus fort. En conséquence, on proclame roi le grand maître,

«m. qui donne à sa dynastie le baptême de la victoire à Aljubarotta (1). Après s'être emparé du trône par des intrigues , Jean le Bâtard l'occupa dignement; il repoussa le roi de Castille, qui continuait la guerre uniquement pour sauver son honneur. Relevé de ses vœux de grand maître, il épousa Philippine, fille du duc de Lancastre, dont il eut cinq fils, tous mentionnés par l'histoire : Édouard , qui lui succéda; Pierre, duc de Coïmbre et de Montcmayor; Henri, duc de Viseu, grand maître des chevaliers du Christ; Jean , grand maître de Saint-Jacques de Portugal, et Ferdinand, grand maître d'Avis; en outre, il eut un fils naturel nommé Alphonse. Afin de leur faire gagner leurs éperons d'or,

mi il dirigea une expédition sur la côte d'Afrique, où il prit aux Maures Ceuta, repaire de pirates. A cette conquête commencent les expéditions maritimes dont nous aurons h parler longue-

(1) Les Portugais étaient alors dans l'usage, qu'ils conservèrent longtemps encore, de faire, ens'élançant sur l'ennemi, d'horribles grimaces, comme pour l'épouvanter. Les officiers en donnaient le commandement en disant . Cura ftroz. ao enemigo! Visage farouche à l'ennemi !

La victoire signalée d'Aljubarolta était célébrée chaque année par une espèce de bacchauale dans laquelle un orateur exaltait le courage des Portugais en môme temps qu'il conspuait la lâcheté des Castillans, leur lançant des injures grossières que le peuple répétait au milieu des applaudissements et des huées. « Mais (dit M vruna, 18-19 ) il faut bien pardonner quelque chose à la joie inspirée par la délivrance de la patrie. «

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