ESPAGNE ET PORTUGAL. H
ment dans le livre suivant, et dans lesquelles s'immortalisent Henri et sa devise : Désir de bien faire.
Le nouveau roi fit traduire en portugais, par son chancelier Jean de Regras, le code de Justinien , avec les gloses de Barthole et d'Accurse , afin que , suppléant au silence des anciennes lois visigothes, il devînt le code du Portugal (1). Il établit à Lisbonne le siège du gouvernement, et abolit l'ère d'Espagne (2). Avec une nw. nation inquiète comme celle des Portugais, et quoique assis sur un trône usurpé , il conserva pendant quarante ans la paix dans sa famille et le pays. Par son testament , il reconnut la représentation nationale comme inhérente au droit public du Portugal.
Édouard , qui lui succéda, poursuivit les expéditions maritimes m* et la guerre d'Afrique. Son frère, Ferdinand, assiégea Tanger; mais , assiégé lui-même par le roi de Fez , qui le tint bloqué entre la ville et son camp , il dut capituler par famine , en s'obligeant à évacuer l'Afrique et même Ceuta. Les cortès refusèrent de ratifier le traité , et l'infant , qui s'était donné en otage , resta prisonnier jusqu'à sa mort.
Édouard, qui était d'un caractère doux et ami des lettres, mn. mourut de la peste, laissant un fils, Alphonse V, âgé de sept ans. Les troubles qui s'élevèrent au sujet de la régence produisirent une guerre civile. Sur l'exhortation du pape Calixte III, il prépara une expédition contre les infidèles, débarqua à Ceuta, et prit Arzil {Julia Constantin] et Tanger; mais l'ambition d'obtenir le trône de Cas tille comme époux de Jeanne, qui en était l'héntière, l'empêcha de poursuivre ses succès. Humilié d'avoir échoué dans cette tentative , abusé par les paroles de Louis XI , il s'imagina qu'il ne pouvait plus régner avec honneur, abdiqua en faveur de son fils , et partit pour Jérusalem. On courut après lui pour le 1477. déterminer à revenir; il céda, et, comme son fils ne voulait, à aucun prix , accepter son abdication , il reprit les rênes du gouvernement, et termina la guerre avec la Castille, qu'il abandonna à l'infante Isabelle. Enfin il abdiqua de nouveau, et mourut de la peste , après avoir, dans un règne de quarante-trois années , préparé les brillants succès de Jean II et d'Emmanuel. Avec lui iw>. finit le moyen âge du Portugal; car la littérature classique remplaça bientôt celle dont le6 rois antérieurs s'étaient servis pour composer des vers. Une bibliothèque fut créée par Alphonse, qui
(1) Ordonaçoens de reyno de Portugal; Lisbonne , 1512.
(2) Elle commençait trente-huit ans avant J.-C. Elle fut abolie en Castille en 1383, à Valence en 1358, en Aragon en 1359.
ihst. imv. — t. XII. s
voulut que l'Italien frère Juste Baldino écrivît en latin l'histoire portugaise; le droit romain modifia la législation nationale.
Kn Gastille, Henri il de Transtamare avait dirigé plusieurs fois ses armes contre la Guyenne anglaise et la Navarre. Pierre le Gruel avait cherché à se fortifier contre l'aristocratie en s appuyant sur les opprimés, sur le peuple , les juifs et les musulmans; Henri , au contraire, se fit le complice des grands, et, à ce titre, ne put rien leur refuser; aussi la noblesse reprit son arrogance et retarda l'expulsion des Maures. Jean, son fils, eut , sans compter sa malheureuse expédition de Portugal, des démêlés continuels avec le duc de Lancastre , seigneur de la Guyenne; il finit cependant par affermir dans sa famille la couronne de Gastille et de Léon . et l'on décréta que l'héritier présomptif du trône porterait à perpétuité le titre de prince des Asturies.
Le premier qui le porta fut Henri Hi ; monté sur le trône, il s'appliqua à consolider l'œuvre de ses prédécesseurs. Un jour, à son retour de lâchasse, il ne trouve pas à dîner, et son majordome lui déclare qu'il n'y a plus d'argent en caisse, ni crédit, ni rien à mettre en gage. Il lui donne son manteau etse rend dans le palais où, rivalisant de magnificence, les comtes de Transtamare, de Villena, de Médina-Cœli, les Yélasquez, les Guzman et l'archevêque de Tolède se livraient aux plaisirs de la table. 11 les écoute faire étalage de leurs richesses et des pensions qu'ils touchent du trésor; mais le lendemain il les fait appeler, et parait armé au milieu d'eux, avec l épée au poing, lisse lèvent, et lui s'assied ; puis il leur demande tour à tour combien ils ont vu de rois. L'un répond deux, un autre trois. Et moi, ajoute-t-il alors , fen vois vingt en Castille. Oui, vous êtes autant de rois pour le malheur du pays et à ma honfc ; mais vous avez cessé deregner et de vous jouer du véritable roi. Ei il appelle les bourreaux, qui arrivent fortement escortés.
Épouvantés, les grands se mettent à genoux , versent des larmes en prodiguant les promesses , et Henri leur fait grâce; mais, ayant convoqué les cortès à Madrid, il leur dit : Le trésor est vide, et il n y a que deux moyens pour le remplir, ou mettre de nouveaux impôts, on révoquer les donations faites par mes tuteurs. L'assemblée applaudit; les donations sont annulées, la solde militaire est diminuée, et les seigneurs qui veulent s'opposer à ces réformes sont châtiés. Les Grenadins tremblent, et lui rendent hommage; enfin Tamerlan demande son alliance. Henri aurait certainement dirigé ses armes contre les infidèles pour les exterminer, s'il n'eût été arrêté par la maladie. Il bâtit le château de Madrid, qui devint la résidence de ses successeurs.