ROYAUME ARABE DE GRENADE
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qui avait appelé d'Afrique les Mérinites, le trône fut occupé par Mahomet III, qui parvint avec peine à dompter les Grenadins rebelles et à les tenir dans le devoir. La prédominance des chrétiens n était déjà plus douteuse; il -ne put empêcher Ferdinand IV de Castille de prendre Gibraltar, et fut môme obligé, pour obtenir la paix, de lui céder liedmar, Quesada,et de lui payer un tribut. Aluniras était alors assiégée par Jacques d'Aragon. Les Grenadins soulevés contraignirent Mohammed d'abdiquer en faveur de Nasar son frère, qui vit lever le siège d'Algésiras. Nasar fut inquiété par des soulèvements continuels, et enfin déposé par Ismaëlde MaIaga.Ce nouveau roi, sévère pour lui-même comme pour les autres, bannit l'usage des liqueurs fermentées et défendit les controverses. Entendant un jour ses alfachi discuter sur la religion, il se leva et dit : Ce qu'il m'importe de savoir, c'est queje dois mettre en Dieu toute mon espérance , et voilà , ajoutât-il en portant la main à son cimeterre, voilà mes arguments. Attaqué par les chrétiens, qui avaient poussé jusque sous Les murs de Grenade, il les défit; mais, comme il revenait triomphant, il I1I0. fut assassiné.
Son fils Mohammed IV tint en bride Grenade, toujours rétive ins. et mobile, vainquit les chrétiens et recouvra Gibraltar; mais le roi de Castille, après s'être mis d'accord avec les rois d'Aragon et de Portugal , attaque Mohammed, le bat et l'assujettit à un tribut de douze mille écus d'or. C'était sur les sollicitations du pape, et grâce à ses subsides, qu'il avait entrepris cette guerre. Mohammed alors fait un appel aux Africains ; le roi de Fez accourt, occupe Gibraltar en son propre nom, et fait assassiner celui qu'il était venu secourir.
Sous son frère Yousouf, Aboul-Assan-Ali , neuvième sultan raérinite, proclama la guerre sainte, et, pour exterminer les chrétiens, il vint d'Afrique avec quatre cent mille liommes de pied et quarante mille chevaux, que portaient deux cent cinquante vaisseaux escortés de soixante-dix galères; il amenait avec lui ses femmes et ses tils dans la pensée de s'établir en Espagne. Grenade était dans la joie, et les chrétiens tremblaient. Les trois royaumes de Castille, de Portugal et d'Aragon s'unirent pour la défense commune ; Gênes et Lisbonne offrirent des bâtiments pour isoler les Africains de leur patrie. On en vint aux mains ; deux cent mille Maures périrent dans la bataille, et le nom- RA AUr de bre des prisonniers fut immense. Le roi de Fez reçut une blessure, ,V^i«i!V2r perdit deux de ses fils, ses trésors et sa femme de prédilection; il s'enfuit en Afrique, où il trouva son peuple révolté. Alphonse,
poursuivant ses avantages, assiégea Algésiras, qui pendant deux années vit des prodiges de valeur accomplis par les preux chevaliers accourus de tous côtés. Bien que les Maures fissent usage de l'artillerie, encore inconnue aux chrétiens, la place finit par m*-«o. capituler. Gibraltar aurait succombé également, si la peste n'eût moissonné l'armée chrétienne et terminé les jours d'Alphonse.
Yousouf tenta de ranimer l'islamisme à l'aide de prescriptions pieuses, et de rappeler sur Grenade la bénédiction d'Allah; il ordonna de réciter les versets moraux du Coran, de faire des prédications dans les mosquées, et d'en bâtir une partout où se trouvaient dix maisons. Les jeunes gens devaient être placés derrière les vieillards et les hommes mariés , les femmes séparées des hommes, et défense était faite aux hommes de sortir avant que les femmes se fussent éloignées. Il fut recommandé qu'à la fin du ramazan, au lieu de donner des concerts, de payer des danseuses et de courir les rues en se jetant des eaux parfumées, des dattes et des oranges, on recueillit des aumônes pour secourir les pauvres et les prisonniers, ou réparer les routes et les mosquées. Les cadavres ne devaient pas être enveloppés dans les draps de soie et d'or, mais dans un linceul de toile blanche; les gémissements des pleureuses étaient supprimés. ïl prit aussi de bonnes mesures de police, organisa des rondes nocturnes pour la conservation de l'ordre, et maintint la discipline militaire. II embellit les mosquées et les palais ; à son exemple, les Maures bâtirent des maisons en bois de cèdre peint et sculpté, ainsi que des palais en pierre de taille ornés de mosaïques et de marbres.
iiw. Yousouf, ayant été assassiné dans une mosquée, eut pour successeur Mohammed V, son fils , qui se vit détrôné par son frère Ismaël, lequel, à son tour, fut tué dans une émeute et remplacé
iw. par Abou-Saïd. Mohammed V , qui avait imploré les secours du roi de Maroc, revint avec deux armées africaines et l'assistance du roi de Castille; mais des révoltes lointaines forcèrent les troupes musulmanes et le roi chrétien à s'éloigner. Abou-Saïd , qui , dans l'espoir de se concilier le roi de Castille, était allé le trouver avec un grand cortège, fut égorgé par les ordres de don Pèdre, qui convoitait ses richesses. Alors Mohammed V, remonté sur le trône, fit prospérer Grenade au milieu d'une longue paix. Au contraire, les règnes d'Abou- Abdallah- Yousouf II, de Mohammed VI et de Yousouf III furent très-agités ; mais ce dernier, en conquérant Gibraltar sur les Africains, procura à Grenade une grande splendeur.
m». La décadence commença sous Muley-Mohammed VII, fils de