‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 21 sur 153 · FIN DU ROYAUME HE GRENADE · texte numérisé non relu

FIN DU ROYAUME HE GRENADE

Yousouft prince orgueilleux et dur, haï des siens sans être redouté de l'ennemi. Grenade s'étant soulevé, il s'échappa avec peine et gagna Tunis. Son cousin Mohemmed-el-Zaquir s'empara du pouvoir et flatta le peuple par des fêtes. Tunis et la Gastille s'allièrent pour rétablir Mohammed , à qui le trône fut bientôt disputé par Ben-Alhamar. Ce concurrent, appuyé par Jean, roi de Gastille, le déposséda; mais sa mort laissa Mohammed remonter sur le trdne pour la troisième fois.

Durant ces révolutions, on voyait continuer sur les frontières les incursions, les ravages ordinaires, les calamités, avec des villes prises et reprises sans résultat définitif. Les usurpations se renouvelaient sans cesse dans Grenade, dont la turbulence révélait l'infirmité mortelle. Quelques aventures romanesques se faisaient à peine remarquer de temps à autre dans ces escarmouches uniformes. Ferdinand Narvaez , qui avait porté jusque sous les murs wo. de Grenade l'effroi des armes chrétiennes, s'en revenait un jour après avoir en vain battu la campagne , quand il aperçut un cavalier maure, beau jeune homme à la riche armure, monté sur un brillant coursier. Fait prisonnier, il se fit reconnaître pour le fils de l'alcade de Ronda. Narvaez s'étonnait de le voir pleurer comme une femme : Je ne m'afflige pas , lui répondit-il, d'avoir perdu ma liberté. J'aime, il y a déjà longtemps, la fille de V alcade d'un château voisin, et j'en suis payé de retour. Cette nuit elle m'attend; hélas! ce sera en vain!

Tu es un noble cavalier, reprit Narvaez , et, si tu m'engages ta parole, je te permets d'aller au rendez-vous.

Le jeune Maure donna sa parole, et partit; il était avant l'aube dans les bras de son amie, qui voulut à tout prix partager son sort. Elle prit tout ce qu'elle avait d'or et de bijoux pour payer sa rançon , ou pour subvenir à leurs besoins dans l'esclavage, et vint avec lui rejoindre Narvaez , qui , touché de leur amour, les renvoya en liberté. L'aventure fut racontée dans Grenade, et les ennemis même de Narvaez célébrèrent sa générosité dans un grand nombre de romances.

Il ne restait désormais aux musulmans que le territoire situé entre la mer, les montagnes d'Elvire et les Alpuxarres; mais ce territoire était devenu le refuge des musulmans disséminés ailleurs; de là, une agglomération qui pouvait amener la famine, d'autant plus que les coureurs ennemis détruisaient partout les récoltes. Les chrétiens tiraient leurs blés des contrées de l'intérieur, tandis que les Maures n'en pouvaient recevoir que de l'Afrique. Les premiers, pour faire la guerre, convergeaient de tous

côtés vers Grenade, en se donnant la main ; les seconds , pour la reporter chez leurs ennemis, devaient s'éparpiller sur des points éloignés.

Ajoutée à cela que les Maures étaient sans cesse agités par des commotions qui, dans leur état de faiblesse actuel, devenaient mortelles; ainsi, quand tout concourait à leur ruine, le mariage d'Isabelle et de Ferdinand fortifiait leurs adversaires, le lion de Castille se préparait dans les tours d'Aragon, et l'entreprise de sept siècles pouvait être couronnée de succès. Elle fut, en effet , menée à bonne fin par les rois, comme les Espagnols appelaient Ferdinand et Isabelle (1 ).

Abonl-Assan fut le roi destiné à voir l'agonie de la domination . mauresque. Homme courageux et avide de gloire , bien qu'il ne lui fût pas possible , ébranlé comme il Tétait par des rébellions continuelles et par des intrigues do sérail, de profiter du règne faible et agité de Henri l'Impuissant, il refusa le tribut habituel, attaqua l'Andalousie et surprit Zaliara ; mais, par représailles, les Castillans s'emparèrent d'Alhama , boulevard avancé de Cordoue. Trois fois Aboul-Assan s'efforça de la reprendre, mais en vain. Néanmoins Ferdinand , voyant l'impossibilité de conserver cette place forte au cœur des États ennemis, était disposé à la céder; Isabelle s'y opposa, parce qu'elle comprit qu'elle serait d'une importance capitale pour l'entreprise méditée.

Le mauvais succès d'Aboul-Assan accroissait dans Grenade le mécontentement déjà excité par sa rigueur. Il avait , en effet, exercé de terribles vengeances contre la puissante tribu des Abencerrages, à cause de l'amour que l'un d'eux avait obtenu de sa sœur; de plus, il répudia Aischa , sa femme, pour lui substituer une esclave favorite. Les Abencerrages accueillirent la reine répudiée, et proclamèrent son fils sous le nom d'Abou-Aldallah iwi. (Boabdil). Le jeune prince voulut signaler le commencement de son règne par quelque brillant exploit, et il attaqua Gonzalve de .Gordoue, qui devint par la suite célèbre sous le nom du grand Capitaine; mais il fut défait et pris.

Le parti d'Aboul-Assan prit alors le dessus, et le rétablit dans l'Alhambra; mais le roi Ferdinand, pour alimenter la discorde, rendit la lil>erté à Abdallah , l'embrassa, l'appela son ami , et les mobiles Grenadins le proclamèrent de nouveau. Les vizirs, honteux des conditions par lesquelles il avait acheté la paix des chrétiens , provoquèrent une bataille dans la ville même; enfin , quel-

(I) Piifcscorr, Ht t tory of Ferdinand and Isabella.

Page 1