‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 22 sur 153 · PIN DO ROYAUME DE GRENADE · texte numérisé non relu

PIN DO ROYAUME DE GRENADE

qu'un remontra que ni le vieux Assan ni le faible Abdallah ne convenaient pour régner dans des circonstances aussi difficiles, et, d'un commun accord, Abdallah-el-Zagal , la terreur des frontières, fut placé sur le trône. Assan se retira, et mourut dans le repos avant d'assister à la ruine du royaume. Pour combattre son oncle El-Zagal, Abdallah réclama le secours de laGastille; il l'obtint, mais pour le malheur des deux partis.

Ferdinand ne cherchait, dans cette expédition , qu'à augmenter sa puissance. Isabelle , pleine de générosité, de sentiments chevaleresque, de religion, d'enthousiasme, ne songeait pas à son propre avantage , mais à délivrer sa patrie des étrangers et des mécréants; elle était secondée par les conseils de Ximenès , grand homme d'État et d'Église, héros et politique profond, digne ministre d'une telle reine. Dans son désir obstiné de sortir victorieuse de cette lutte , Isabelle accompagnait son époux à la guerre , s'occupait de la discipline et des subsistances; elle dépensa des sommes considérables pour se procurer une armée bien équipée, et ce fut alors pour la première fois que l'Espagne vit des troupes régulières remplacer les armées féodales. A la tète de ces forces bien organisées , Ferdinand, sous le prétexte de venir en aide à son vassal Abdallah, prenait Tune après l'autre les villes , contre lesquelles il employait les bombes ou les grenades. Velez-Malaga, puis Malaga elle-même furent emportées; cette dernière place, aux mains des chrétiens, fermait la Méditerranée aux Maures. El-Zagal, voyantl'impossibilité de résister, et ne voulant pas d'ailleurs s'humilier devant son neveu, céda à Ferdinand les villes qu'il possédait , et se retira en Afrique. Abdallah avait promis à Ferdinand , s'il s'emparait des villes restées au pouvoir de son oncle, de lui abandonner Grenade. Ferdinand réclama donc la remise de cette ville; mais le prince maure , apercevant le précipice creusé sous ses pas, répondit qu'il avait promis au delà de son pouvoir ; il réunit les grands, les excite h défendre la religion, la patrie, et fait prêcher la concorde par des alimi et des alfachi. Ce dernier effort parut donner pendant quelque temps une vigueur nouvelle à la résistance.

Six mille hommes d'élite, tant Espagnols qu'Italiens , sous la SiJ*»«-ih. conduite des rote , des illustres chevaliers et des représentants des ûrmafc. puissantes cités, descendent dans la plaine de Grenade , et mettent le siège devant la place. La Véga , tout émaillée de jardins et hérissée d'armes, devient un théâtre de combats, d'aventures amoureuses, de magnificence et de tournois. Les oliviers, los grenadiers, les mûriers, les vignes ont dû faire place aux pavillons,

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au milieu desquels flotte l'étendard à fond d'or, avec le Christ brodé. Tous ont juré sur cet étendard de ne pas sortir de la Véga que Grenade n'ait succombé ; c'était un camp formidable et tout à la fois une cour brillante, les dames ayant suivi la reine. Les tentes, les banderoles, les boutiques offraient un brillant coup d'œil, et les jeunes guerriers rivalisaient de luxe pour se distinguer aux regards de leurs dames.

Le feu prit par accident au pavillon de la reine, qui campait toujours auprès de son mari , et se communiqua rapidement aux tentes voisines; loin de se décourager, elle fit construire des baraques en bois et en pierre, ce qui donna naissance à la ville de Santa-Fé : c'était la preuve que les Castillans ne se retireraient pas avant d'avoir accompli leurs projets.

De bonnes fortifications et la valeur opiniâtre des citoyens prolongèrent le siège pendant plus de six mois; mais le manque de vivres et le découragement firent conclure une capitulation. Il h novembre, fut .stipulé que les rois, les généraux, les vizirs, les cheiks du pays avec tous les habitants , jureraient fidélité au roi de Castiile ; que le roi de Grenade recevrait des possessions et des rentes dans les Alpuxarres; que les musulmans conserveraient en toute liberté leur culte , leur croyance , leurs usages , leur langue et leur manière de se vêtir; qu'ils seraient régis par des alcades pris parmi eux, conformément à leurs lois nationales ; qu'ils ne payeraient d'autres contributions que celles dont ils étaient tenus envers leurs rois; qu'ils seraient exempts de tribut pendant trois ans; que cinq cents jeunes gens des meilleures familles seraient consignés en otages; enfin que tous ceux qui voudraient passer en Afrique avec leurs biens mobiliers en auraient la faculté.

Le 2 janvier 1492 (1), à trois heures d'un vendredi ( cette coïn-

(I) Voici la relation d'un Italien témoin occulaire :

" Les Maures de Grenade, contraints par la force des armes et par ia famine, se rendirent audit roi et à la reine le 2 de janvier 1492. Afin que le roi et la reine pussent entrer* avec sécurité dans Grenade, les Maures leur envoyèrent pour otages les fils du roi , avec six cents cavaliers et les deux premiers personnages de la ville, lesquels furent répartis parmi les principaux de l'armée. Le lendemain, au point du jour, le grand commandeur de Léon, avec cinq cents chevaux et quatre cents hommes de pied, se rendit chez le roi, avec lequel étaient un Maure, fils du gouverneur de la ville, et deux autres principaux chefs. Un nommé Zabi vint au-devant de lui , et le conduisit jusqu'à la citadelle, oii l'on trouva une porte de fer fermée , que Ton ouvrit avec les clefs remises par Zabi. Alors ledit commandeur distribua ses gens en deux portions dans les lieux les plus forts du château. Il se rendit ensuite au palais royal, où se trouvait le roi avec ses hommes d'armes, et, lorsqu'ils entendirent que le commandeur y entrait , ils en sortirent par une porte secrète. Un autel fut aussitôt dressé dans le

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