‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 23 sur 153 · FIN DU ROYAUME DE GRENADE · texte numérisé non relu

FIN DU ROYAUME DE GRENADE

cidencen'a pas échappé aux pieux chroniqueurs), la croix d'argent de la croisade , la bannière de Saint- Jacques et le gonfalon royal de Caslille furent plantés sur la plus haute tour de l'Alhambra. Abou-Abdallah se dirigeait silencieusement vers le pont du Géoil, où Ferdinand , à genoux , rendait grâces à Dieu de sa victoire. Quand il aperçoit le vaincu, il remonte à cheval et le prie de rester sur le sien. Abou lui donne l'accolade sur le bras droit, et lui parle en ces termes : « Nous te livrons notre personne, la

palais et l'on y célébra la messe. Ce palais est si vaste que la moindre partie en est plus grande que toutSéville. Lors de la première entrée, on déploya dix-sept étendards chrétiens, dont un datait de cent cinquante années et avait été perdu par la chrétiens avec les autres. Lorsque la messe fut finie et que l'on eut sacrifié au Christ ce lieu où il avait été offensé pendant huit cents ans, le roi et la reine, à la tête de dix mille chevaux et de cinquante mille hommes de pied, firent paisiblement un< brillante entrée ; il fut aussitôt ordonné que les prisonniers qui étaient au pouvoir des Maures fussent mis eu liberté : ils vinrent en procession avec la croix et avec l'image de la bienheureuse vierge Marie , qu'ils avaient avec eux en prison, et je les conduisis au roi, qui, comme prince catholique, les accueillit arec bonté. Il me commanda d'attendre la reine, qui s'en venait avec d'autres troupes ; avec elles était le cardinal d'Espagne, et ladite reine les reçut arec grande politesse ; puis elle ordonna qu'ils fussent conduits au château de Sanla-Fé. Je me trouvai à toutes ces choses, parce que j'étais avec ledit commandeur. Lors de la première entrée dans la citadelle, quand les soldats s'y furent installés , un moine du saint ordre, ayaut pris une croix, monta dans la plus haute tour, où se trouvaient l'archevêque de Calahor, l'évêque d'Agila, léréquede Candise, l'évêque de Malagri et plusieurs autres chapelains; lorsqu'il eut élevé cette croix, ils se mirent à chanter tout d'une voix : 0 crux, ave, spts unica. 11 y avait là l'étendard de Saint-Jacques et la bannière royale, que tenait dans ses mains le frère du comte de Sifuentes , et trois fois lesdits étendard* furent inclinés devant la croix. L'hymne fini, un homme d'armes, étant monte sur ladite tour, se mit à crier par trois fois : Saint Jacques Grenade et CaitiUe. Ces villes sont, par ton assistance , sous l'empire du roi et de la reine. Ils ont réduit cette ville de Grenade, les autres places et tout le royaume à la foi catlwlique, et par la force des armes, avec Vaide de Dieu de la vierge Marie, de saint Jacques , d'Innocent VIII, de ses prélats , des gens, villes et peuples desdits roi et reine et de leurs royaumes. Cela fait, on sonna les trompettes, et les bombardes furent déchargées en présence du roi et de la reine, qui firent amener le fils du roi de Grenade, donné en otage, pour le rendre à sa mère. Le grand commandeur et le comte de Teutilin sont restés avec deux, mille chevaux et cinq mille piétons dans ledit château, où l'on a mis trente mille sommes de farine et vingt mille d'orge. Dans le château de Santa- Fe sont restés le major don Juan de Santo et le majordome don Alcunzelo avec «es gens. Le jour suivant, le roi et la reine revinrent dans leurs logements, et edui d'après se fit la procession du château jusqu'à la ville de Sanla-Fé, où étaient le roi et la reine avec quatre cents moines et prêtres ; les prisonniers qui y vinrent , au nombre de sept cents , furent vêtus et gratifiés par le roi et la rrne, et je me suis trouvé à toutes ces choses. Donné à Grenade , le 7 janvier U92. (Bernard del Roi.)

ville et notre royaume ; Dieu le veut. Nous espérons que tu useras de ta victoire avec clémence et générosité. » Puis il continua sa marche jusqu'au point encore appelé le dernier Soupir du Maure, c'est-à-dire la cime du Padul , qui devait bientôt lui dérober la vue de Grenade, et sur laquelle il s'arrêta pour contempler une dernière fois sa capitale. La sultane Aischa, qui le précédait dans la voie de l'exil , demanda ce que faisait son fils : // pleure, lui fut-il répondu. Qu'il pleure comme une femme, repliqua-t-elle, le royaume qu'il n'a pas su défendre comme un homme : reproche injuste dans la bouche d'une femme qui avait fait tant de mal. Du reste , Abdallah, monté sur le trône après en avoir renversé son père , s'y était maintenu en avilissant la nation et en s'avilissant lui-même. Était-il à présumer qu'il en supporterait la perte avec noblesse ? Incapable de se résigner à vivre en sujet dans un pays où il avait régné , il vendit ses domaines à Ferdinand , et s'en alla mourir en Afrique , en défendant un de ses parents à qui le sultan du Maroc disputait le royaume de Fez.

Aujourd'hui encore, l'Andalousie célèbre par une fête annuelle la fuite du roi Boabdil. La cloche de FAlhambra, l'aflluence des Espagnols qui accourent de tous les environs , le bruit des instruments et les chants du peuple, comme si l'on touchait encore aux jours du péril et de la victoire, attestent la profonde haine nationale et religieuse, comme ils expliquent les moyens employés alors pour l'assouvir.

Ainsi finit en Espagne la domination arabe , après avoir duré sept cent quatre-vingts ans; mais nous continuerons l'histoire de cette nation , à laquelle on ne saurait refuser cet intérêt qui s'attache toujours à un peuple qui périt.

La haine des Espagnols pour les Maures , celte haine qu'ils avaient , pendant huit siècles, considérée comme patriotisme, comment n'aurait-elle pas éclaté alors, surtout quand elle pouvait le faire impunément? En dépit des capitulations, il leur fut défendu d'exercer publiquement leur culte, et l'on prohiba même toute manifestation extérieure de leurs croyances. Ceux qui se firent chrétiens furent favorisés au détriment des autres, qui se virent menacés des persécutions dirigées contre les juifs par l'inquisition. Isabelle leur défendit de porter de la soie, de l'or, de l'argent, du drap écarlate ; ils devaient avoir sur l'épaule une bande d'étoffe rouge, avec un capuce vert sur la tête , et les femmes un morceau de drap bleu de largeur de quatre doigts, comme les juives. En i50l, l'entrée du royaume fut interdite à tous les Maures; enfin les rois chrétiens s'arrêtèrent à un parti

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