‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 25 sur 153 · ESPAGNE. EXPULSION DES MAURES · texte numérisé non relu

ESPAGNE. EXPULSION DES MAURES

coururent dans les Alpuxarres pour exciter la révolte , d'autres soulèvement passèrent à Maroc et à Alger pour demander des secours. Mar- AiPu*arrw. bella, Almeria, Grenade, avaient des gens prêts à en ouvrir les portes. A la tête de cette vaste trame était un homme de courage, qui , à la place de son nom chrétien de Fernando de Valor, prit celui de Mohainmed-ben-Omeïa , qui rappelait aux Maures les anciens califes de Cordoue.

Ces machinations n'échappèrent pas à la vigilance du marquis deMondegar; mais il ne put les déjouer. Les révoltés, s'étant réunis dans les montagnes, relevèrent l'étendard rouge; les femmes elles-mêmes s'armèrent de longues épingles, pour les enfoncer dansles flancs des chevaux. Les premières troupes envoyées contre eux furent repoussées, et vingt combats suffirent à peine au marquis pour pénétrer dans les Alpuxarres. La guerre continua avec des chances diverses , jusqu'au moment où don Juan d'Autriche, le vainqueur de Lépante , marcha contre les insurgés avec une grosse armée ; mais il ne crut pas s'abaisser en consentant à traiter et en promettant le pardon. Muley-Abdallah , qui avait succédé à Mohammed , fut t ué , et Ton dissémina les Maures hors du royaume de Grenade.

Mais, quoique faibles et divisés, ils étaient en butte à la haine nationale; on les accusait tantôt d'intelligence avec tous les ennemis du pays, tantôt de vol et des méfaits les plus odieux. Leur expulsion totale avait donc été résolue dans le conseil d'Etat ; mais w J**^brc cette mesure rencontra de l'opposition de la part des seigneurs , dont les terres seraient restées désertes. D'autres soutenaient que ces intelligences prétendues étaient imaginaires; qu'une population divisée, surveillée, avilie, décimée périodiquement par l'inquisition, ne pouvait raisonnablement inspirer de craintes; qu'au lieu de priver l'Espagne d'habitants et d'artisans , surtout depuis que les expéditions d'Amérique dépeuplaient le pays, il fallait plutôt employer les moyens de douceur pour les convertir, lever les prohibitions qui empêchaient les mariages mixtes, et admettre les Maures aux emplois.

Le parti de la rigueur l'emporta, et Philippe III, ou plutôt le duc de Lerme, décréta l'expulsion. Seize galères de Gênes, dix-sept deNaples, neuf de Sicile, vinrent avec des troupes italiennes pour embarquer tous les Maures , qui reçurent l'ordre de ne prendre d'or et d'argent que ce qu'il leur fallait pour le voyage ; mais ils purent emporter le prix de leurs biens vendus , à la condition de le convertir en denrées du pays. Ils durent laisser leurs enfants au-dessous de quatre ans, les femmes maures mariées à des

chrétiens , enfin les tnarans, qui, depuis deux ans, habitaient avec les chrétiens, ou qui pouvaient justifier d'avoir reçu la communion pascale.

Plus de cent cinquante mille Turent transportés eh Afrique; d'autres traversèrent les Pyréttées pour gagner les ports de la Guyenne et du Languedoc (1). Ainsi fut effacée de l'Espagne une nation qui , dans un espace de huit siècles , ne s'était pas fondue avec les indigènes. Lorsqu'ils ne furent plus entraînés par cette fièvre de conquêtes qui agita toujours les musulmans , les Arabes, établis sur une terre fertile, atteignirent un haut degré de civilisition sous des rois désireux de donner au pays delà splendeur et de la prospérité. Tandis que les champs se couvraient des plus riches moissons , d'immenses troupeaux erraient dans les montagnes comme dans leur péninsule native ; les villes s'embellissaient de palais et de mosquées qui excitent encore l'admiration ; l'industrie prospérait, les bonnes études étaient cultivées, au point d'éclairer l'Europe et d'en exciter l'émulation. La nécessité de défendre les frontières leur fit conserver les habitudes militaires ; la guerre terminée, ils donnèrent l'exemple d'une courtoisie inconnue aux races germaniques, et ne contribuèrent pas peu à développer en Europe le sentiment chevaleresque.

Cependant, l'inimitié incessante des chrétiens ne leur permit jamais de se considérer comme enracinés sur un sol où ils se voyaient continuellement menacés; d'un autre côté, un caractère inquiet, turbulent, suscitait des luttes particulières , les poussait à contrarier leurs rois, à bouleverser tout ordre social, à faire intervenir les chrétiens dans leurs querelles, ou môme à trahir la cause nationale, déjà si compromise.

La persécution ne s'arrêta point aux Maures. Après la prise de m/*. Grenade, Ferdinand et Isabelle résolurent de chasser les juifs, qui exerçaient un commerce considérable et possédaient de grandes richesses. Les juifs cherchèrent à détourner le coup en offrant de payer trente mille ducats pour les dépenses de

(I) Henri IV ne pouvait rester indifférent à l'arrivée «le deux cent mille réfugiés; il ordonna donc ( 22 février 1610) de les accueillir avec humanité, voulant que ceux qui entendaient professer la religion catholique pussent demeurer en tonte sécurité, et que l'on procurât aox autres les moyens de gagner les |x>rls avec le moins de frais possible. De grosses troupes de Mauresque» continuèrent pendant longtemps à se Vendre en France . et Marie de Médicis en agit à leur égard comme le roi son époux. Cependant les Français du Midi se plaignaient des dégâts et delà perturbation qu'apportaient ces hôtes indisciplinés ; mais il fut toujours impossible de leur interdire rentrée do territoire.

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