‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 28 sur 153 · ESPAGNE. FERDINAND ET ISABELLLE · texte numérisé non relu

ESPAGNE. FERDINAND ET ISABELLLE

les sciences. On disait de lui qu'il semblait se reposer quand il travaillait. 11 diminua les immunités des nobles et des villes, fit reviser les titres des privilèges ou des juridictions, et revenir ainsi à la couronne une somme annuelle de trente millions de maravédis. Il disait que, pour être maître des autres, il fallait l'êtré de soi-même ; réfléchir lentement , exécuter promptement, faire sans dire et employer de la poudre sourde. Il n'affectait pas l'éclat extérieur, et se souciait peu de laisser à ses alliés la gloire d'une entreprise, pourvu qu'elle tournât à son avantage. Pour obtenir ce résultat, il ne considérait ni liens ni serments; violant sa parole toutes les fois qu'il y trouvait son compte, il était inaccessible à toute reconnaissance comme à toute générosité. Il fut aimé des Espagnols, exécré des étrangers et surtout des Italiens.

Plus généreuse et plus loyale, Isabelle unissait aux vertus d'un roi les qualités d'une femme ; bien qu'elle fût dévote, elle savait tenir le clergé en bride. Désireuse de purger l'Espagne des Maures au point de s'obstiner au siège deGrenade, malgré l'opinion des officiers, elle adoucit pourtant les persécutions dirigées contre eux; elle ne voulait pas que les juifs fussent inquiétés. Elle aimait les lettres et entendait le latin, quand Ferdinand savait à peine signer son nom. Autant il était Froid et positif, autant elle se montrait ardente, chevaleresque, pleine d'imagination et d'enthousiasme, ce qui la faisait admirer du peuple. Son mari avait disgracié et dépouillé de ses grades le grand capitaine de Cordoue, auquel il devait tant; Isabelle l'accueillit et le consola. Elle écouta avec intérêt Christophe Colomb quand les autres le tournaient en dérision ; elle arma des vaisseaux à ses frais pour la découverte de l'Amérique, et défendit les Indiens contre les mauvais traitements des vainqueurs. Elle s'occupa de réformer les lois et de guérir les plaies causées par les guerres intestines, protégea l'imprimerie, qui venait d'être introduite dans le pays, et affranchit lés livres des droits d'entrée; elle abolit Vaicavala, taxe d'un dixième sur toutes les ventes, qui entraînait des visites et empêchait la circulation.

Isabelle et Ferdinand ne laissèrent d'autre enfant que Jeanne, d'une intelligence plus que bornée. La maison d'Autriche ne laissa point échapper un mariage aussi avantageux à ses intérêts, et la fit épouser à Philippe le Beau. A la mort d'Isabelle, Jeanne hérita de la Castille sous la régence de Ferdinand ; mais Philippe le Beau, qui maltraitait sa femme autant qu'il en était adoré, vint en Castille, malgré son beau-père, et lui enleva toute autorité. Sur ces xy*' entrefaites, il mourut des suites d'un excès, et Jeanne en perdit le

peu de bon sens qui lui restait; elle fit exhumer son mari, apporter dans sa chambre son cadavre, et attendait toujours qu'il ressuscitât. Non moins jalouse après sa mort, que de son vivant, elle en éloignait toute autre femme, et refusait de s'occuper d'affaires. Ferdinand acheta la régence , et la Castille fut de nouveau l,,f* réunie à l'Aragon. Il occupa aussi la Navarre sous le prétexte que Jean II d'Albret avait refusé le passage aux troupes qu'il voulait envoyer en France pour la guerre de la sainte Ligue; il se trouva ainsi maître de toute l'Espagne.

Reconnaissant combien il serait funeste pour sa patrie de passer sous une domination étrangère, Ferdinand regrettait vivement de laisser à l'Autriche un si bel héritage. Il contracta donc un nouveau mariage, et il eut un fils; mais, l'ayant perdu, il chercha à raviver en lui ses forces génératrices à l'aide de médicaments qui, au contraire, le rendirent incapable de toute occupation. Il chercha aussi, par son testament, à restreindre l'héritage de de Charles d'Autriche ; mais enfin il le fit son héritier universel, en instituant lecardinal Ximenès régent de Castille, et don Alphonse, archevêque de Saragosse, son fils naturel, régent de l' Aragon; puis il mourut à l'âge de soixante-quatre ans. MfMtn ^n atlrmue a ce cardinal Ximenès une grande partie des mérites d'Isabelle. Né en Castille dans une humble condition, il s'était rendu, avec beaucoup de fatigue, à Rome au moment où le pape s'occupait de donner du pain et des emplois aux Grecs fugitifs; puis il se renferma dans une retraite extrêmement rigoureuse, d'où il fut tiré pour devenir confesseur de la reine. Dans sa haute fortune, il ne s'écarta jamais de la règle de Saint-François ; il allait à pied et vivait d'aumônes. Quand Isabelle l'eut fait nommerarchevôque de Tolède, il n'accepta ce poste qu'après en avoir reçu, par deux fois, l'ordre précis du pontife, sans toutefois se relâcher en rien de la sévérité qu'il s'était imposée, et cachant toujours le froc du moine sous la soie et les fourrures. Les tentures magnifiques qui ornaient sa chambre couvraient le misérable grabatoù il reposait. Il ne mangeait que d'un plat, et envoyait aux pauvres malades le surplus du service; il n'avait qu'une mule et point de valets de chambre ni de gentilshommes. Ce fut seulement sur l'ordre exprès d'Alexandre VI qu'il s'entoura de ce cortège dans lequel une cour d'étiquette et de pompe voyait une nécessité; il n'en devintque plus sévère, comme tous ceux qui sont contraints de sortir de la ligne qu'ils se sont tracée.

Comme provincial de son ordre, Ximenès voulut en opérer la réforme par la suppression des abus qui plus tard fournirent

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