‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 29 sur 153 · ESPAGNE. FERDINAND ET ISABELLE · texte numérisé non relu

ESPAGNE. FERDINAND ET ISABELLE

un prétexte aux novateurs ; il ne s'effraya ni de la résistance énergique qu'il rencontra, ni de la fuite d'une millier de moines qui préférèrent se rendre parmi les musulmans de l'Afrique. Il avait coutume de dire qu'un acte de sévérité en épargne beaucoup d'autres; il imposa à son clergé une exacte discipline, et, comme les mécontents avaient envoyé un des principaux. dignitaires à Rome pour s'en plaindre au pape, il le fit arrêter en route et retenir prisonnier. Un taureau attaqua et blessa les gens de sa suite sans qu'il accélérât le pas. Un acte qui aurait mis la discorde entre le roi et son gendre lui fut communiqué; il le déchira. Avec une si grande rigidité envers lui-même et envers les autres, il ne devait plier devant aucune considération. Il persécuta les Maures, et, quoique un jour surpris par eux, il resta impassible ; il poussa à l'excès les rigueurs de l'inquisition , abaissa la noblesse , et trouva un soutient contre la haine de ses ennemis dans la vénération du peuple, en faveur duquel il allégea plusieurs taxes et en supprima d'autres ; à Tolède, il fit disposer d'immenses greniers qu'il remplit à ses dépens. Il introduisit les registres de baptême et de mariages , si nécessaires pour prévenir les contestations; il réprima les conquérants [conquistador î ) de l'Amérique, fonda l'université d'Alcala , pour laquelle il fit élever des bâtiments magnifiques, et où il appela l'élite des professeurs; c'est à lui qu'on doit l'édition de la Bible polyglotte, édition d'autant plus admirable que les recherches nécessaires étaient alors plus difficiles et plus dispendieuses. Il entreprit à ses frais une expédition contre Oran, une des villes les plus fortes de la côte d'Afrique, dans laquelle étaient venus s'agglomérer les réfugiés d'Espagne ; il s'en empara; mais si grande fut la surprise qu'on eut recours aux miracles pour expliquer sa bonne fortune. Le cardinal y fit son entrée en s'écriant : Que la gloire en soit à toi, Seigneur, et non pas à nous! Ce fut l'unique possession conservée en Afrique par les Espagnols jusqu'en 4792(1).

Nommé à l'âge de quatre-vingts ans régent de Gastille jusqu'à l'arrivée de Charles d'Autriche, c'est-à-dire à un âge où les autres ne songent qu'à mourir, il se montra fécond et infatigable; il fut chef de l'État comme il avait été moine, sans ménagement et sans repos. Il fit en peu de mois ce qui aurait coûté des années à d'autres, et travailla de tout son pouvoir à consolider

(1) Le contemporain Juniie dit qu'il y avait alors à Oran plus de boutique.* que «la™ trois des meilleures ville» de l'Espagne.

l'autorité royale , dont son pays devait être la victime, et lui tout le premier. Les Français ayant attaqué la Navarre, il fit démanteler toutes les forteresses qui pouvaient donner appui à l'invasion, organisa des milices nationales, étendit le droit de port d'armes aux citoyens malgré la noblesse castillane , et se servit d'eux pour lui enlever des privilèges anarchiques. Il se concilia les villes en les autorisant à percevoir elles-mêmes les impôts , diminua la dette publique, et augmenta les revenus de la couronne en révoquant les concessions faites aux grands par le roi. Gomme ces derniers cherchaient à mettre quelques restrictions aux pouvoirs dont il avait été investi, il leur montra un parc d'artillerie, et leur dit Voici incs poi^voirs. Quelle reconnaissance ne lui aurait pas due l'Espagne, s'il eût fait pour la sauver de Charles tout ce qu'il fit pour la lui livrer! Le prince autrichien paya ses services de la plus basse ingratitude. La postérité peut lui reprocher d'avoir, en consolidant l'inquisition, préparé pour ce beau pays un moyen d'avilissement et de régularité servile.

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