GUERRE
porter les armes était réservé aux seuls conquérants , et le reste de la population vivait sans défense dans une dure oppression.
La féodalité , par le fractionnement des armées en petits corps, classés selon l'importance du fief, et vêtus, armés, exercés d'une manière différente, détruisait la possibilité d'efforts combinés dans un même but. La cavalerie , où les nobles avaient le droit exclusif d'entrer, faisait la principale force des armées'; les vassaux composaient l'infanterie. Le cavalier devait s'attacher à se couvrir de façon qu*il ne put être blessé par les armes ordinaires. On inventa, en conséquence , des armures d'un travail solide et combiné avec art, sorte de carapace impénétrable , qui pourtant ne privait pas le corps de la liberté de ses mouvements. Un homme à pied n'aurait pu porter une pareille charge ; de là cette prédominance acquise par la cavalerie. Les étriers furent inventés pour aider à monter et à descendre ; afin de procurer plus de commodités dans les longues marches et de soutenir les reins , on introduisit l'usage des arçons : deux progrès essentiels.
Sous leur écaille de fer, les cavaliers défiaient les traits des archers et lès piques de l'infanterie , qui dès lors perdit toute importance. S'agissait-il de tenter un assaut ou de faire la guerre , c'est-à-dire de porter le pillage aux villes voisines , les vassaux étaient appelés aux armes ; mais il suffisait qu'ils pussent frapper, et se tenir au poste qu'on leur avait assigné. S'ils étaient culbutés par l'ennemi , il n'y avait point à craindre qu'ils désertassent; car, liés comme ils Tétaient à la glèbe, ils retournaient de toute nécessité à leurs cabanes , où le seigneur les retrouvait dès qu'il avait de nouveau besoin d'eux.
Les fantassins, combattant à découvert , restaient exposés aux masses de fer et aux épées tranchantes des cavaliers , qui en faisaient un véritable carnage; on employait donc l'infanterie moins pour aider dans le combat que pour fournir un abri aux cavaliers, lorsque, vaincus ou fatigués, ils venaient se réfugier dans ses rangs. A la bataille de Bouvines , le comte de Boulogne avait dis- «»«• posé ses gens de pied en un vaste cercle, dans lequel il se retirait lorsqu'il se sentait las de combattre , pour reprendre haleine derrière cette palissade vivante.
Il est probable qu'en Espagne quelque organisation meilleure avait été suggérée par la nécessité d'opposer aux Sarrasins des masses compactes; néanmoins le peu de traditions qui nous sont restées de ce pays nous montrent que la valeur personnelle y tenait le premier rang. Le Cid a moins la bravoure savante d'un général d'année que l'audace aventureuse d'un batailleur (cai/t-
peador). Dans les croisades, chaque homme acquérait de l'importance, d'abord comme soldat de Dieu, ensuite parce qu'il fallait opposer l'Union au nombre, la discipline à l'enthousiasme ; il devint donc indispensable alors de mieux ordonner les piétons, de les exercer, de disposer pour eux des magasins, de leur payer une solde, de leur assigner des quartiers et des drapeaux communs. L'exemple des Ottomans, qui introduisirent les janissaires, enseigna aux Européens à former des armées régulières. Les ordres religieux militaires durent adopter un ensemble d'exercices et de mouvements, grâce auxquels ils l'emportèrent sur les autres troupes. Nous voyons aussi revivre à cette époque l'art des sièges et l'emploi des machines semblables à celles des anciens; mais, là encore, c'était en sacrifiant les gens de pied que l'on tentait les plus grands efforts.
A l'exemple des croisés, on apprit à se réunir en masses nombreuses, et dès lors reparaissent les gros bataillons; cependant les héros de ces expéditions ne sont vantés nulle part comme d'habiles capitaines, si ce n'est dans le poème classique du Tasse.
Si l'invention du carroccio fut une tentative pour mettre quelque ordre dans les rangs des nouveaux affranchis, elle atteste qu'il n'en existait point alors de meilleure; mais les communes, surtout en Lombardie, avaient sans doute fait quelques progrès dans l'art de la guerre, puisque leurs milices purent résister à l'habileté guerrière de Frédéric et soutenir le choc de la cavalerie allemande. Pour leur profit et leur réputation, les condottieri surent mieux dresser les bandes qu'ils recrutaient; en effet, des hommes adonnés par choix au métier des armes devaient en posséder nécessairement les qualités essentielles, sinon le véritable courage, qui naît du sentiment du devoir. La force, toutefois, consistait encore pour eux dans la cavalerie et dans le poids de l'armure, quand une invention nouvelle vint changer la face de la guerre (1).
rï?î?n à 1* natron ou nitron des anciens était une substance saline sim-
(1) Voyez C. Promis, dissertations ajoutées au Trattato d'architetlura civilc e militare de François di Geoge M.uuim ; Turin, 1841.
Onodei, DelV origine délia polvereda guerra; Actes de l'Académie de Turin,
Grebn, Traité de la nature, des principes et de la fabrication des dijfèrentes espèces d'armes à feu; Londres, l»35.
G. H. Dufour, Mém. sur l'artillerie des anciens et sur celle du moyen âge ; Genève, 1840.
Moritz Mbyer, Technologie des armes à feu. Skkltos, Spécimens of arms and armours.
pie; mais ils ne connurent pas le véritable nitre ni ses effets, non plus que la fabrication du sel de nitre, c'est-à-dire la transformation du nitrate de potasse. Peut-être la connaissance en vint-elle à l'Europe de l'Inde et de la Chine, où il se rencontre préparé par la nature, et qui savaient déjà, très-probablement, la manière de le mélanger avec du charbon. Géber-ben-Haïan, chimiste arabe, nous apprend que sa nation connaissait le sel de nitre au huitième siècle ; le moine Roger Bacon indique comment il doit être préparé pour obtenir une forte détonation et en faire des feux d'artifice.
On a parlé beaucoup du feù grégeois, et les recherches les plus récentes attestent que l'on donnait ce nom à différentes compositions, dont l'ingrédient principal était le sel de nitre combiné avec une matière grasse. Mais qui enseigna le premier à mélanger soixante-quinze parties de cette substance avec quinze et demie de charbon et neuf et demie de soufre, pour en former la poudre? c'est ce qu'on ignore. Le moine allemand Schwartz, qui, dit-on, aurait fortuitement trouvé cette combinaison, parait devoir être rangé parmi les êtres fabuleux ; il est plus probable que le secret en a été apporté par Ie3 Arabes, qui letenaientde laChine. Comme ce peuple touchait à la chrétienté sur plusieurs points, les procédés chinois s'y introduisirent de différents côtés; aussi voyons-nous la fabrication de la poudre apparaître tout à coup en divers lieux sans qu'il soit fait mention de son inventeur.
Nous avons appris que les canons furent employés par les Chinois contre les Mongols en 4222, au siège de Kaï-Fung- fou (1), et ensuite par les Arabes dans les batailles livrées en Espagne. Après beaucoup de discussions, il paraît démontré qu'ils furent connus par les chrétiens dans les vingt premières années du quatorzième siècle. Ils sont mentionnés avant 1316 par George Stella, auteur officiel d'une histoire de Gênes; puis il est parlé, dans un document florentin de 1326, de boulets de fer et de canones de métallo (2) : tant il est faux qu'on s'en soit servi pour, la première
(I) Les canons dont il est parlé antérieurement n'étaient que des flèches embrasées. On sait que plus tard les Chinois furent redevables aux jésuites de quelque amélioration dans l'art de fondre les canons.
(1) Dans les Archives des Riformagioni de Florence , on trouve cette disposition du il février 1326 : Item pofsint dicti dotnini priores artium, et vexitlifer justifia:, una eu m dicto qffieio duodecim bonorum virorum, eisque liceat nominarc, eligere et deputare unum vel duos magistros in officiâtes et pro officiait bus ad/aciendum et fieri faciendum pro ipso comuni pilas seu
PALLOCTAS FERRE AS ET C AUMONES DE METALLO PRO 1PSIS CAKNONIBUS ET PALLOCT18,
fois en Italie, dans la guerre de Chioggia. Les Français s'en servirent en 4338, à Puy-Guillaume (1). Villani parle, à l'époque de la bataille de Grécy (1346), comme d'une chose qui n'était déjà plus nouvelle, « des bombardesqui faisaient trembler la terre avec « un tel fracas qu'il semblait que Dieu tonnât, non sans grande a destruction de gens et de chevaux (2). »
Nous trouvons donc que les Français firent usage de l'artillerie en 4338, les Espagnols en 4343, les Anglais en 4346. Il est rapporté qu'une poudrière sauta à Lubeck en 4361 (3). A l'époque de la guerre de Forli, en 4358, les troupes papales se servirent de bombes, et il y avait une fonderie de canonsà Saint Archange en Homagne. En 4376, André Redusio donna une description exacte de la bombarde (4). Les Ottomans employèrent l'artillerie en 1384, et les Vénitiens s'en servirent, la même année, contre Léopold d'Autriche, puis dans la guerre de Chioggia. Selon Corio, Jean Galéas possédait déjà, en 4397, trente-quatre pièces d'artillerie, tant de gros que de petit calibre. Elmham, dans la
habendis et operandis per ipsos maglitros et officiâtes et alias personas in defensionecom. Flor. et castrorum et terrarum, quxpro ipsos comuni tetientur, et in damnum et prejudicium inimicorum, pro illo tempore et termino et cum illis o/ficio et salario, eisdem per comttne Flor. et de ipsius comuni pecunia per camerarium camere dicli comunis solvendo illis temporibus et terminis, et cum ru immunit ate et eo modo et forma, et cum illis pactis et conditionibus , quitus ipsis prioribus et vexillifero et dicto officio XI l bonorum virorum placuerit.
Dans les registres publics «le Lucques on trouve, sous la date du 25 août 1382 : Cum per commissarios Lucanl comunis ordlnatum fuerit quod pro munilione et tuitione civitatis Lucarne fièrent quatuor bombardœ grosso-, et sic per Johannem Zappeta de Gallicano jam duo fabricatx sint, et in civile Lucana ductx; et denarUs egeat prxfatus Johann es pro fabricatïone et constructione rtliquarum, etc.
Le 27 octobre 1470, Paul Nicolini demandait la permission de bâtir, à IVtraio, un édifice à eau pour aléser des canons (épingares ). Memorie Luchesi , II, 222.
(I) Du Cangb, Gloss,, ad Bombard.t i trouvé cette mention dans les registres de la Cour des comptes : A Henri de Faumechon, pour avoir pouidre et aulties choses nécessaires aux canons qui estaient devant Puy-Guitlaume.
12) Storie, XII, 67.
(3) Chronica Slavic, p. 208.
(4) Est bombarda instrumentum ferreum cum trumba anteriore teta, in qua lapis rotundus, adformam trumba: habens cannonem a parte poste— riori secum conjungentem, longum bis tanto quanto trumba, sed exiliorem, in quo imponitur pulvis niger arlificialis cum salnitro et sulphure, et eje carbonibus salicis per foramen cannonis prxdicti versus bucamt etc. De bellicîs Machinis miss.
Vie de Henri V, dit qu'en 1 418, lorsqu'une armée anglaise assiégeait Cherbourg, les assiégés lancèrent des boulets de fer rouge pour brûler les baraques du camp (1). Les Polonais connurent plus tard les canons. Les Russes les employèrent, en 1482, au siège de Felling en Livonie, et les Suédois trei2e ans après. En 1488, Ivan III Vasiliévitz, vainqueur des Tartares, appela à Moscou le Génois Paul Bosio pour fondre des canons, dont l'un , transporté dans le Kremlin, fut nommé, à cause de sa grosseur, l'empereur des canons (czar pouska).
Les canons furent employés, dans l'origine, conjointement avec les autres engins de guerre; ils étaient laits de lames de métal enchâssées dans des douves de bois, que retenaient des cercles en fer. Plus tard on en fondit en fer de différentes formes ; puis, après en avoir reconnu le défaut, on eut recours à un alliage de cuivre et d'étain. Au commencement du quinzième siècle, le plus gros canon ne dépassait pas le poids de cent quinze livres ; mais, vers 1470, il en apparut de gigantesques. Allegretto Allegretto, qui écrivait àSienne en 1478, s'exprime ainsi : a On a « essayé notre grosse bombarde en deux morceaux, faite par « Pierre dit Campana ; elle a en tout sept coudées et demie t de long, savoir, le tube cinq, coudées, et la culasse , deux et « demie. Le canon pèse quatorze mille livres, et la culasse onze « mille, en tout vingt-cinq mille livres ; elle lance de trois cent o soixante-dix à trois cent quatre-vingts livres de pierre, selon « la pierre ($). » II parle ensuite de la bombarde du pape, longue de six coudées et un tiers, et chargeant trois cent quarante livres de balles. On donnait parfoisà une pièce, outre le nom formidable qu'elle recevait (3), des figures extravagantes, comme à celle que l'on voyait dans le château de Milan, coulée « en fer en a forme de lion, tellement qu'à la voir on aurait cru voir un de « ces animaux gisant (4). » On imprimait m£me sur les boulets des caractères ou des figures, ce qui nuisait à la justosse du tir. Les pièces variaient aussi dans leur construction, et la serpentine, la couleuvrine, le fauconneau, le basilic, l'aigle, le gerfaut, l'aspic, le saute-martin, le chasse-corneille, etc., indiquaient dif-
(I) Massas /erreas rotundas igneis condenles fervoribus a saxivomorum faucibus studuerunt emtttere. P. 155.
(?) Rer. Ital. Script., t. XXIII, 794.
(3) La Vipère, la Uoune, lu Ruine, l'Éléphant, le Buffle, le Déluge, le Grand Diable, te Tremblement de terre, Plus-de-moU, etc.
(4) Fil arête.
férents genres de canon, auxquels on ne s'avisa de donner le même calibre que dans le siècle passé.
Comme on ne songeait d'abord à obtenir des canons que des effets égaux à ceux des catapultes , des mangonneaux et des autres machines de la balistique ancienne, dont on raconte des merveilles (i), on croyait arriver mieux à ce résultat en les faisant d'une grosseur énorme. Après avoir écarté les assertions trop vagues, nous trouvons Ténonciation précise de projectiles démesurés , qui plus généralement étaient en pierre, mais parfois aussi de fer et de bronze (2). Monstrelet rapporte qu'en U78 on fit à Tours une bombarde qui de la Bastille portait jusqu'à Gharenton; mais la couleuvrine de Nancy, fondue en 1598, qui avait une longueur de 120 pieds , c'est-à-dire une longueur qui ne s'était pas encore vue en France, convainquit qu'au delà de certaines limites la force de la pièce n'est plus en proportion de sa longueur (3). On continua néanmoins longtemps à faire de gros canons , probablement pour les sièges , et l'on cite notamment les énormes pièces des Turcs; mais on les trouva pour l'effet bien inférieures à ce qu'on en attendait. Toutefois l'artillerie des Ottomans passait pour l'une des plus redoutables [A) ; on disait même que l'argile des eaux douces de Constantinople était la plus propice pour la fonte
(1) An siège de Zara, en 1346, il fut lancé des pierres de 3,000 Unes. Les Génois firent jouer au siège de Chypre , en 1373, une machine qui lançait de 11 a 18 cantari de ISO livres chacun (la livre vénitienne est 0,477 de la livre métrique : c'étaient donc 1287 livres à Chypre, et 1431 à Zara). Ce siège coûta à la république plus du trois millions de ducats, c'est-à diredix-huit millions de francs .
(2) Il est parlé en 1405 de bombardes qui lançaient des boulets de 4 à 500 livres (Sakuto, XXII, 817) ; d'une pièce de 530 livres en 1437 ( Nem Capfoni; XVI II, 3285); d'un autre de six cantari génois en 1420 ( J. Stella, XVII, 1282) ; de plusieurs de 1,000 et 1200 livres en 1453 (Marteke, Thes. nov. Anecd.f I, 1820). Les Turcs continuèrent à lancer des pierres avec les mortiers , et quand les Anglais forcèrent en 18o9 le passage des Dardanelles, ils emportèrent en triomphe un boulet de granit de 770 livres de France
D'après les dernières expériences faites à Metz par MM. Piobert et Arthur Morin, on peut imprimer à un obus du calibre de 12 pesant 4 kilog., une vélocité do 745 mètres par seconde, la plus grande qui jamais ait été communiquée à un projectile.
(3) On a placé devant l'arsenal de Metz une pièce en bronze de 96, qui avec son affût pèse 14,000 UL, et seule 11,000. Elle a 4 mètres 61 cent, de long ; son boulet , du calibre de 6,27, pèse 78,50. Elle a été prise par les Français dans la forteresse d'Elireinstein, vis-à-vis de Coblentz, en 1798. Yoy. Écho de l'Est, décembre 1841.
(4) 11 est rapporté qu'au siège de Rhodes il fut lancé des boulets de 11 empans de tour, c'est-à-dire 0,780 de diamètre et du poids de 645 kU. Itinéraire de
Saint'Brasca;m*n, 1481.
des canons. Aussi , durant la guerre de Candie , on en chargea une lwwt* grande quantité sur des vaisseaux de ligne , et même sur des navires marchands , quoique l'exportation en fût défendue (1).
La charge des canons donnait beaucoup de peine, et causait une grande perte de temps; en effet, il fallait dévisser la culasse, y verser la poudre, qu'on enfermait sous un bondon, puis la revisser, et ajuster par-dessus le boulet : tout cela après avoir refroidi le tube avec de l'eau ou des linges mouillés. Lorsque ensuite on les avait mis en batterie dans un endroit , on ne savait plus les déplacer selon le besoin ; d'où il résultait que , bons pour battre des murailles, ils gôuaient les mouvements d'une armée en campagne. Ils restèrent donc sans grande importance dans tout le cours du quinzième siècle , et ne firent pas encore changer les tours rondes et les simples fossés des fortifications pour le système des bastions anguleux et des ouvrages avancés. L'énorme canon que Mahomet II dirigea contre Constautinople ne tirait que sept fois par jour; ce qui ne l'empêcha point d'éclater. L'idée qu'eut son constructeur de le rafraîchir après chaque coup avec de l'huile parut admirable. On signala comme un fait extraordinaire que François Sforza , au siège de Plaisance, eût tiré soixante coups de bombarde en une nuit (2), et qu'au siège de Scutari , en 1478, onze canons eussent tiré cent quatre-vingt-huit coups , nombre inouï jusqu'alors. Après le milieu même du seizième siècle , les deux escadres de France et d'Angleterre qui combattaient dans la Manche, tirèrent vanité d'avoir échangé en deux heures trois cents coups de canon : pauvres résultats néanmoins si nous les comparons aux prodiges de notre siècle ; en effet , un vaisseau peut lancer deux mille livres de fer à la minute, et continuer son feu durant dix heures. Cest le seizième siècle qui eut l'idée , belle et simple , de dénommer les pièces d'après le diamètre des bouches , et de les diviser en deux espèces déterminées par la longueur du tube; les plus longues furent appelées couleuvrines, et les plus courtes canons.
Charles Brisa, bombardier normand, est donné par Davila comme l'inventeur de l'artillerie volante; mais, en Italie, elle avait déjà paru dans la bataille de la Molinella en 1A(J8. Les Français fabriquèrent des canons légers , montés sur de petits chars, et qu'un soldat pouvait même porter; dans la guerre d'Italie, ils en employèrent de très-faciles à manœuvrer, faits d'un tube en cuivre
(I) Hammeb, liv. LV. — En 1840, les Anglais s'emparèrent à Aden, dans l'Inde , de trois canons arec inscription hindoustane, longs de 18 pieds 2 pouces 1/2, de 17 pieds 1 pouce 1/2, et de 15 pieds.
(1) SmONCTTA, X, 432.
IIIST. umv. — t. xn. .T
de l'épaisseur d'un bouclier, et enfermés dans un étui en bois que l'on enveloppait de cuir. Une paire de bœufs les traînait, et un attelage pareil tirait le char qui portait les boulets et les munitions; l'usage des boulets en fer ne devint général qu'en 1500.
La solidité, nécessaire pour les canons de rempart, était un inconvénient pour ceux de campagne ; on distingua donc les uns des autres. Frédéric H de Prusse employa l'artillerie de campagne dans la guerre de 1741 , et les Autrichiens apprirent de lui à s'en servir; mais les Français, persuadés que plus la pièce est longue et grosse , plus elle a de portée et de justesse , s'obstinaient à conserver l'ancien système. Ce ne fut qu'après des expériences répétées que Jean-Baptiste Gribeauval , en 1776, distingua l'artillerie de siège de celle de campagne; en outre, il introduisit l'unité de tactique pour les batteries, c'est-à-dire un nombre fixe de bouches à feu et de caissons.
Sigismond Malatesta de Rimini fabriqua, en 1460 , les bombes de bronze , formées de deux hémisphères réunis par des bandes de fer, avec une mèche à l'orifice, et qui se lançaient avec des mortiers à culasse en forme de cloche. En 1524, Jean-Baptiste délia Valle de Venafro enseigna à fondre ces globes creux appelés grenades; c'est donc à tort qu'on les dit employés pour la première lois au siège de Wachtendonk en 1588 (1).
Les mines usitées chez les anciens et dans le moyen âge étaient des voies souterraines qui servaient à pénétrer dans les places , ou des galeries construites pour saper les fondements des tours et des murailles , que l'on renversait de cette manière. On songea promptement à y employer la poudre , et la première idée en vint en 1405, pendant le siège de Pise; mais cette innovation n'eut, pour le moment, ni effet ni suite. Les théoriciens proposèrent les mines à diverses reprises ; mais les Génois furent les premiers à les pratiquer au siège de Sarzanello, en 1487. Après eux, les Espagnols les employèrent , perfectionnées par l'illustre et malheureux Pierre Navarro, pour faire sauter le château de l'Œuf à Naples, en 1502.
On pensa de bonne heure à mettre des bombardes sur les vaisseaux (1). On rencontre les pétards dans le cours des guerres
(I) L'ambassadeur vénitien André Guuoni écrivait ce qui suit : ■ Le duc
m Cosme de Toscane se platt aux feux d'artifice, et il a le moyen de faire une « balle d'un si grand art que, sortie de la pièce, elle se brise où I on veut, soit « près, à trente coudées de distance, soit à moitié route ; partout où elle at- « teint et éclate, elle cause une grande mortalité de gens. » (3) On trouve dans les Archives de Médicis, rangée 45 , l'original de la lettre
civiles de France, et ils sont d'abord employés par les huguenots au siège de Calais en 4580; cinq années après, Lesdiguières s'en servit utilement pour s'emparer de Montélimar et d'Embrun. L'artillerie fit ensuite des progrès pendant la guerre de Trente ans. Gustave- Adolphe avait trois cents pièces de canon sous les murs de Nuremberg; Napoléon, treize cent soixante- douze en Russie, et beaucoup plus à Bautzen et à Lutzen. L'obusier, mortier perfectionné , qui lance des projectiles creux par un tir droit ou curviligne , se trouve employé , en 4 693 , à la bataille de Nerwinde ; celui de Bélidor fut essayé au siège d'Ath en 1697, et lacaronade, long mortier inventé par Robert Melville, parut en 4779.
On s'est beaucoup ingénié pour rendre l'artillerie plus raeur- I Hère ; les boulets rouges , que l'on vit pour la première fois au siège de Cherbourg en 1418, furent employés par les Polonais en 4575; peu auparavant, Valturo avait proposé de lancer des globes de bronze remplis de poudre. Williams Congrève inventa les fusées, dont le premier essai jeta l'épouvante dans Copenhague (4807).
Jean de Bourgogne avait dans son armée quatre mille canons Arquebmr». à main , et les Suisses dix'mîne a ^JfofM ; c'est sous ce nom que MouîK'om' sont désignés d'abord le mousquet et l'arquebuse , substitués à l'arbalète pour lancer de petits projectiles. Placés d'abord à demeure sur les fortifications, on les rendit ensuite portatifs (4). On
soirante de Ferdinand , roi de Naples, à Laurent le Magnitique (ap. Gave) :
Rex Siciliœ.
Magnifiée vir, omice mi carissime.
Ayant ouï dire que, dans l'arsenal de cette seigneurie, il y a un constructeur, nommé maître Joanni, qui a nouvellement trouvé une certaine nature de navires qu'il appelle arbatrocti, lesquels portent des bombardes tirant des pierres de OCL. livres, nous avons eu plaisir à apprendre cette invention, et nous aurions fort à cœur d'en voir l'effet. En conséquence, nous vous prions de vouloir nous envoyer le dit maître Joanni, pour montrer aux nôtres le genre de coupe desdits navires, afin que nous puissions en frire construire un à lui ou aux nôtres, pour notre satisfaction; car en cela vous nous ferez grand plaisir, etc., etc.
Datumtn civitate Calent (Calvi) Xllijan. 1488. Rex Feiwinandus.
Joannes Pontanus.
(1) Avant l'invention de la poudre, on appelait mousquet une arme de tir, ainsi nommée d'une espèce d'épervier (Vémouchet) qui lui-même tire son nom de son instinct à donner la chasse aux mouches. On trouve déjà le mousquet en 1375, et il perçait les cuirasses à trois cents pas, en lançant des balles de deux onces. Jean- Jacques Walhausen, grand capitaine qui écrivait en 1015 sur
3fi
TREIZIÈME ÉPOOUE.
lit dans la chronique de Forli , du chanoine Giuliano, qu'en 1331 les bannis de cette ville balistabant cum sclopo versus terram; la chronique d'Esté raconte, à l'année 1334, que le marquis Renaud d'Esté prœparari fecit (contre Bologne) maximam quantitatem sclopetorum , spingardarum, etc. En 1346, la Tour de Turin, qui se trouve à la tête du pont bâti sur le Pô, était garnie d'arquebuses. En 4381, le conseil municipal d'Augsbourg envoya trente mousquets à l'armée des villes impériales, qui guerroyaient contre les nobles de Franconie, de Souabe et de Bavière. En 4422, l'empereur Sigismond emmena en Italie cinquante mousquetaires ; en 4449, les Milanais en comptaient vingt mille dans leur milice.
Les premiers mousquets furent un tube de bronze , puis de fer, avec une lumière où s'appliquait une mèche, dont le feu embrasait la poudre de l'amorce. Afin d'éviter le recul , on y adapta un rebord qui s'appuyait contre une fourchette en fer, sur laquelle on fixait l'arquebuse (4) pour la décharger.
Comme les fantassins avaient à tenir l'arme d'une main et la fourchette de l'autre , on dut adapter la mèche dans la gueule d'un petit dragon , qu'un ressort faisait abattre sur la poudre du bassinet. La machine pesait environ cinquante livres, ce qui la rendait très-difficile à manœuvrer (2). Les premières armes faites de cette manière parurent vers 4480. Les troupes de Charles-Quint et de Léon X en firent usage contre Parme en 4524 ; elles devinrent ensuite communes dans la guerre des Pays-Bas.
Il faut ajouter que la fabrication de la poudre et des canons
l'infanterie, pais eu 1010 sur la cavalerie, parle eu détail du maniement de cette • arme.
Les divers passages les plus anciens concernant les armes à feu ont été recueilli* par Samuel Meyrik dans un mémoire inséré dans V Archéologie de la Société des antiquaires.
Voy. aussi L. Lalanne, Essais sur le feu grégeois et sur l'introduction de la poudre à cation en Europe, et principalement en France, dans les Mém. de l'Acad. des inscriptions et belles-lettre*; Paris, 1843.
(1) Uaken-bucftse, bombarde à crochet.
(2) • L'arquebuse à feu, dite autrement à corde ou à mèche , était employée par les arquebusiers tant à cheval qu'à pied. Ils portaient, les jours de faction, dix à douze morceaux de corde cuite suspendus à leur baudrier ou enfoncés dans leur ceinture ; ils avaient toujours à la main un de ces morceaux allumé par un bout ou par les deux. Voici comment ils faisaient feu : après avoir chargé l'arquebuse et en avoir tourné le bout vers l'ennemi, en ayant la crosse sous le bras droit, ils prenaient avec la main droite un des bouts allumés de la corde qui pendait alors de la gauche, et le plaçaient dans le serpentin; découvrant ensuite le foyer où était l'amorce et ajustant le serpentin à l'arquebuse , ils portaient le feu de la corde sur le pulvérin,qui allumait la charge à l'intérieur. » (Grassi.)
d'arquebuse était mauvaise, et qu'on ne savait ni entretenir le feu, ni employer le fusil comme arme défensive ; aussi ne renonça-t-on pas aux anciennes armes , et le Suisse , pour les nouvelles , n'aurait pas déposé sa pique , ni l'Anglais son arc. Nous possédons un traité manuscrit du Milanais Lampo Birago , sur la manière de faire la guerre aux Turcs , où il donne la préférence a l'arbalète sur le mousquet, attendu que ce dernier ne peut servir que de près, et lorsqu'on est commodément placé; qu'il se charge mal en bataille , et s'ajuste plus mal encore ; que l'humidité gâte la poudre et éteint la mèche; qu'il ne porte pas plus loin que l'arbalète , et laisse le soldat sans défense tandis qu'il le charge. C'étaient là des inconvénients auxquels il fallait parer, comme on le faisait peu à peu; aussi le nombre des arbalétriers alla-t-il en diminuant , tandis que celui des arquebusiers s'accrut ; toutefois Charles-Quint menait encore des arbalétriers à cheval pour combattre les Barbaresques. Fourquevaux préférait également les arcs et les arbalètes aux arquebuses (1), et de grands hommes de guerre restèrent de cet avis tant que la baïonnette ne fut pas venue s'adapter au bout du canon.
L'invention des armes à feu fit en outre crier à la lâcheté et à l'inhumanité; on prétendit qu'elle détruirait la race humaine, et qu'en attendant elle anéantissait l'héroïsme , le dernier manant pouvant donner la mort au champion le plus vaillant et le mieux aguerri. Il est très-vrai que l'arme nouvelle établissait une égalité " formidable entre les vilains et le baron , qui jusqu'alors les avait impunément foulés aux pieds de son destrier bardé de fer.
Voilà pourquoi les armes à feu se perfectionnèrent lentement. La carabine parait due aux Arabes, d'autres disent aux Calabrais, qui en armaient des barques dites carabes. Dans la guerre de Picardie en 1559, Henri II de France avait un corps de chevau-légers qui en était pourvu. Les Espagnols se servaient déjà de cartouches en 1567 (2). A partir de 1550 , on trouve le pistolet, ainsi
(t) instruction sur le fait de la guerre, ï, 4.
(2) Elles n'étaient pas inconnues en Italie, car Jean-François Morosini, ambassadeur de Venise en Savoie, écrivait ce qui suit à la Seigneurie en 1570 :
« Outre les marins que Son Excellence (Emmanuel-Philibert) embarque sur te* galères, elle a coutume d'y mettre jusqu'à quatre-vingts ou cent soldats pour combattre. Elle fait prendre à ceux-ci deux arquebuses chacun, avec une préparation de cinquante charges, arrangées avec la poudre etla balle ensemble, bien serrées dans un papier, de manière qu'aussitôt l'arquebuse déchargée, il n'y a antre chose à faire pour la charger de nouveau qu'à mettre en une seule fois ce papier dans le canon , avec une promptitude incroyable. Un des forçais habitué a celte tâche sur chaque banc s'en acquitte lorsqu'il en est besoin ; ainsi tandis
nommé, dit-on, de la ville de Pistoie, où il fut inventé. Le fusil fut inventé à Nuremberg en 1517, c'est-à-dire qu'au lieu de la mèche , on plaça dans la gueule du serpent un silex d'où jaillissait l'étincelle, quand la roue d'acier, montée au moyen d'une clef, venait à tourner en dessous et mettait le feu à l'amorce. Ce perfectionnement était encore si défectueux que la mèche fut conservée ; les armées françaises n'y renoncèrent qu'en 1703, c'est-à-dire à l'époque où, sur les conseils de Vauban , la baïonnette remplaçait les piques de l'infanterie.On sait que, presque jusqu'à la fin du siècle passé , la France seule possédait le secret de tailler les pierres à fusil avec assez de facilite pour pouvoir les vendre à très-bas prix.
Il était impossible avec le mousquet de tenir contre la cavalerie, tandis qu'on voyait les Bohémiens et les Suisses l'enfoncer avec leurs piques; on chercha donc à combiner l'une et l'autre arme, et c'est à quoi l'on parvint avec la baïonnette , inventée à Bayonne en 4640. On la plaça d'abord dans le canon, ce qui empêchait lu décharge du fusil , et devenait impossible en face de cavaliers déterminés; mais, en 1681 , on fit des baïonnettes à viroles, c'est-àdire avec le manche creux , et, dans le courant du dernier siècle, à douille entaillée à la manière actuelle.
La baïonnette fut employée pour la première fois, comme arme décisive , sous le commandement du duc de Lorraine , au siège de Bude, le 2 septembre 1686; depuis cette époque, on reconnut de plus en plus l'importance d'une invention qui résolvait le grand problème de réunir en une seule arme les moyens de combattre " de loin et de près, par le tir et la main. C'était la réduction de l'infanterie à l'unité simple : armement unique, petite quantité de force , peu d'espace et de mouvement , égalité des forces physiques entre les soldats.
Gustave- Adolphe donna des gibernes à son infanterie en 1620; mais il parait qu'une poudre plus fine que celle de la charge se mettait dans le bassinet, et ce fut seulement en 1744 que l'on prescrivit, en France, d'employer pour l'amorce la poudre même de la cartouche.
Déjà, à cette époque, s'était introduit l'usage d'enchâsser dans un fut en bois les arquebuses et les mousquets. On croit que la baguette pour les charges fut inventée par Mocchetto Veletri en 1526; les Prussiens commencèrent , en 1703, à se servir de ba-
que le soldat s'occupe de décharger >.on arquebuse, le forçat a déjà chargé et préparé l'autre, de manière que, «ans aucun intervalle de temps, les arquebusades pleuvent, au grand détriment de l'ennemi. » (Rapp. d'amb. vén. série II, t. n, p. 135. )
guettes en fer. Dès le principe, on faisait partir le coup au moyen du choc de la marteline sur la pierre à feu ; mais, en 1777. on établit en France le fusil tel qu'il a servi, sauf quelques modifications , dans toutes les guerres de l'empire.
A Pépoque où commença l'emploi des armes à feu, de même qu'on augmenta considérablement l'épaisseur des murailles, les chevaliers aussi renforcèrent leur armure , à tel point qu'au dire d'un contemporain ils ressemblaient à des enclumes ; mais on ne tarda point à s'apercevoir que leur masse nuisait à l'agilité, sans profiter à la défense. A la suite surtout des innovations suggérées par George Basta, les cuirasses furent abandonnées aux commandants en chef et à un corps distinct ; alors s'accrut la difficulté de tenir ferme dans une position, et les batailles devinrent plusexpé* ditîves.
Nous ne parlerons pas ici des nombreux systèmes d'artillerie essayés à toutes les époques, et à l'adoption desquels les gouvernements doivent apporter d'autant plus de circonspection qu'ils n'ont pour but qu'une plus grande extermination d'hommes, et que, six mois après qu'ils ont été employés par une puissance, ils deviennent communs à toutes. Au commencement du dix-neuvième siècle, on s'occupa d'appliquer la vapeur aux armes. La proposition en fut faite, en 4805, par Chasseloup; Gérard l'exécuta en 4814, Perkinsen 4823, et le Silésien Besetzny en 1826. Perkins put lancer, à la minute, quatre cents balles qui , à la distance de trente-trois mètres, allaient s'aplatir contre une plaque de tir ; ainsi, d'après lui, une livre de charbon de terre produisait autant d'effet que quatre livres de poudre. Fulton , après avoir appliqué la vapeur aux vaisseaux comme force motrice, s'occupa de la faire servir à leur défense ; il construisit donc une frégate dont la machine, tout en imprimant le mouvement au vaisseau, faisait rougir les boulets, agitait trois cents faux destinées à empêcher l'abordage, et lançait, en une minute , six cent soixante litres d'eau bouillante. Si jamais on arrive à perfectionner ces deux systèmes , ils offriront de puissants moyens de défense.
Mais qui s'attendrait à trouver les canons à vapeur dans les œuvres de Léonard de Vinci, ou plutôt parmi les inventions d'Archimède? On voit, lettre B, page 33, des manuscrits de Léonard, à la Bibliothèque impériale de Paris, divers dessins de ce grand peintre, apostillés comme d'habitude, et on lit au-dessous de l'un d'eux : Invention d'Archimède. L architronite est une machine de cuivre fin, qui jette des balles de fer avec grand bruit et fureur. Il s'emploie de cette manière : le tiers de l'instrument est placé
dans une bonne quantité de Jeu de charbon; quand feau sera bien bouillante, serres la vis b, qui est sur le vase d'eau a, b, c ; en serrant la vis, il se débouchera en dessous, et toute son eau descendra dans la partie rougie de l'instrument ; elle se convertira aussitôt en une si grande fumée que cela paraîtra merveille, surtout en voyant la furie et en entendant le fracas de ta machine. Cette fumée faisait partir un boulet qui pesait un talent.
On voit que Léonard ne donne pas ici cette invention comme sienne, mais qu'il l'attribue à Archimède; le mot de talent qu'il emploie ferait même croire qu'il l'a tirée de quelque ancien livre du savant Syracusain, aujourd'hui perdu. Peut-être nous fournirait-il la preuve que la puissance de la vapeur, conquête caractéristique de notre siècle , était connue très-anciennement.
Quoi qu'il en soit, l'artillerie a pris, dans les dernières guerres, un très-grand développement. Les fusées à la Congrève ont fourni un nouvel instrument de mort, bien que leur direction ne soit pas encore bien assurée. Les obusiers de siège de Villantroys , plus puissants que les obusiers ordinaires ; l'obusier de bataille des Russes, nommé licorne; les canons à bombes de Paixhans, le boulet-mitraille des Anglais, les différentes manières de pointer, sont des innovations qui attestent que la science militaire a progressé comme toutes les sciences. Un grand perfectionnement a été apporté récemment au fusil par l'adoption du chien à percussion. Il est indubitable que, par la rapidité de l'effet , par l'exactitude et la portée du tir, ce système donnera une grande supériorité à la nation qui la première l'aura généralement adopté.
Combien était loin de s'attendre à de pareils résultats le moine qui, peut-être en s'occupant d'alchimie, entendit pour la première fois la détonation de la poudre ! Et pourtant cette invention devait changer la nature de la guerre , soustraire le courage à la supériorité de la force physique, relever l'autorité royale en Occident, empêcher les pays civilisés de devenir désormais la proie des barbares, et obliger ceux-ci à s'éclairer et à se policer; mais, peut-être , nuit-elle aussi à la liberté des peuples en donnant la supériorité pratique aux souverains, seuls possesseurs des canons et des forteresses.
Ce siècle fut encore signalé pas d'autres inventions. Le médecin Arnaud, dans le milieu du quatorzième siècle, distilla, pour la première fois, l'eau-de-vie, et passa pour magicien. Les Belges et les Liégeois se disputent la découverte du charbon de terre ; il est certain qu'en 1347 les ouvriers employés à l'extraire lor-