‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 31 sur 153 · FRANCE. PHILIPPE LE BEL · texte numérisé non relu

FRANCE. PHILIPPE LE BEL

ans, roi prudent et opiniâtre, qui ne fut arrêté dans l'exécution de ses projets ni par la justice, ni par l'humanité, ni par des considérations de temps, de personnes ou d'opinions. Sa pensée dominante fut de détruire la féodalité, et d'étendre la prérogative royale tant au dedans qu'au (Jehors.

il renonça à ses prétentions sur l'Aragon ; il venait à peine de :«*«. régler ayec l'Angleterre d'interminables contestations, lorsqu'une rixe partielle entre des marins anglais et normands |e$ raviva au point d'amener une sanglante mêlée, où les Anglais eurent le dessus. Philippe demanda, une satisfaction, qu'il n'obtint pas; il cita alors Édouard comme félon devant ses pairs, et* comme il refusa de comparaître, il confisqua le duché d' Aquitaine, vers lequel il dirigea, des troupes pour exécuter la condamnation. Édouard, occupé de soumettre l'Écosse» souleva contre le roi de France plusieurs de ses feudataires, et réussit à le distraire de son entreprise ; mais l'intervention du pape les rapprocha pou r le im moment, et Édouard épousa une sœur de Philippe.

Nous avons vu le roi de France, qui d'abord n'était guère plus que le premier parmi ses pairs, acquérir chaque jour des droits et une importance royale, augmenter ses possessions restreintes et agrandir sa juridiction (1). Ce n'était pas véritablement une monarchie absolue en principe; mais elle n'avait aucune limite qui pùt légitimement l'arrêter. Elle avait en face ocelle les grands vassaux et le clergé ; mais le roi avait sur eux la prépondérance qu'il devait à la supériorité de ses forces, pien que le clergé con-

(l) On a vu, t. X, combien étaient restreints les domaines du roi de France, qui, au temps de Philippe 1er, ae réduisaient aux cinq comtés de Paris, Melon, Ltaropcs, Orléans et Sens, a ce» possessions vinrent s'ajouter la vfcomté de Bourges (lioo); la Seigneurie de Montjpéri (1118); If partie du Lyonnais située sur la droite de la Sàônc (1183) ; l'Artois (1191 ) : les comtés dTÉvreux, de Corbeil, de Dreux, de Meulan (1203); la Normandie, le Maine, l'Anjou ( 1204 ); les comtés de Poitiers et d'Auvergne, ainsi que le Vexin (120£); les comtes de Clermont en Beauvtisig ( 1218), d'Aleaçon et du Percbe (1221), de Maçon (1239); la ville de Mpntargis, la seigneurie p)u Gien et de Pont Saint-Maxence, sous Philippe II; les comtés de Carcassqne et de Béziers (1247); enfin celui dé Toulouse et ses dépendances (1270).

De» six grands fiefs placés entre l'Escaut et la Loire, ceux de Normandie et d'Anjou, n'existaient donc plus; deux autres étaient décimés au profit de la monarchie; en 1191, le comte de Flandre avait cédé An as, Bapaume, Aire, Saint- Ômer, Hesdin, Lens, en s 'engageant à l'hommage pour Boulogne, Guines, Sainl-Pol et Ardres ;en 1234, le comté de Champagne avait vendu à saint Louis les coentés de Blois, Sancerre, Chartres et la vicomté de Châteaudun ; le duché de Bourgogne et le comté de Bretagne constituaient l'apanage de deux branches cadettes de la maison de France.

ut

servât toute sa vitalité, le roi le plus saint et le plus débonnaire avait donné un grand exemple en supposant aux abus que les temps, et non la nature du pouvoir ecclésiastique, avaient fait naître.

Les rois ne cherchaient pas non plus à s'arroger les droits pour se faire despotes, mais pour mettre quelque ordre, quelque justice, quelque uniformité dans un pays morcelé en autant d'États qu'il y avait de fiefs, chacun avec des institutions, une justice et des inimitiés propres. L'éclat de la cour, le patronage général, le caractère d'équité, de respect pour tous les droits, d'amour du bien public, imprimé à la monarchie des rois précédents, surtout do Philippe-Auguste et de saint Louis, avaient contribué à créer l'État ; mais l'autorité, en passant dans les mains d'un despote, pouvait facilement se changer en tyrannie, précisément parce qu'elle manquait de contre -poids légal.

Ce fut ce qui arriva sous Philippe le Bel (1); aussi méchant et tyrannique que saint Louis avait été bon et fort, il rendit absolu le pouvoir, qui jusqu'alors avait été paternel. Son despotisme ne fut pas celui de Charlemagne, qui voulait pouvoir tout pour être en état de faire le bien ; Philippe voulut, sans considérations générales, sans intentions généreuses, satisfaire ses passions, ses caprices, sa volonté personnelle. Nous verrons, en conséquence, l'Église, la féodalité, la chevalerie blessées au cœur, non par le fait d'un homme de génie songeant à l'avenir, qui dédommage ou étourdit, mais par l'œuvre lente et froide d'avocats et de banquiers. C'est ainsi que des progrès remarquables sont dus quelquefois à ceux qui les recherchent le moins.

Il multiplia les ordonnances au détriment de la juridiction féodale et ecclésiastique. Ducs, comtes, barons, évêques, abbés, chapitres, collèges, gentilshommes, quiconque, en un mot, avait des juridictions temporelles dut avoir pour baillis et pour officiers de justice non des ecclésiastiques, mais des laïques. Cette mesure exclut d'un seul coup les clercs des fonctions judiciaires, et rendit la juridiction du parlement tout à fait séculière, au point que l'entrée en fut interdite aux prélats sans le consentement des présidents. Défense fut faite d'arrêter personne à la requête d'un prêtre ou d'un moine. Le cens que les possesseurs de mainmorte devaient payer pour acquérir de nouvelles propriétés fut porté à deux, trois, quatre et jusqu'à six fois la rente. Philippe le Bel organisa le parlement, distribuant ses travaux, fixant ses jours

(i) Glizot, Hist. de la civilisation ,lir. XV.

Page 1