FRANCE. PHILIPPE LÈ BEL
d'audience et ses attributions. Il prononça l'affranchissement absolu des serfs du Valois, parce qu'ils avaient, était-il dit, les droits de l'homme : grave blessure faite à la féodalité. Les seigneurs de Comminges reçurent, dans les Pyrénées, cette signification du parlement : A nous seuls, dans tout le royaume, appartient de poursuivre et de punir le port d'armes.
Philippe III avait donné un exemple nouveau en accordant des lettres de noblesse à Raoul, son orfèvre; Philippe IV donna celui d'ériger une pairie, dignité qu'il conféra à trois princes du %w,. sang ; s'immiscant aussi dans la vie privée, il régla par des lois somptuaires le repas et l'habillement des grands. Au grand mangier, il ne dut être servi qu'un potage au lard et deux mets, sans fraude; a et au petit mangier, un mets et un entremets. S'il est o jeûne, se pourra donner deux potages aux harengs et deux « mets, ou trois mets et un potage ; et l'on ne mettra en une es- • cuelle qu'une manière de chair, une pièce seulement, ou une t manière de poisson. » Défense à tout duc, comte ou baron de se faire faire plus de quatre robes par an ; môme défense pour les femmes; les prélats ne peuvent avoir que deux robes; les chevaliers, deux ou trois, à proportion de leur richesse (1). Aucune bourgeoise ne pouvait avoir de char, ni se faire éclairer de nuit par des torches en cire ; il leur était défendu, ainsi qu'à leurs maris, de porter ni vair, ni petit-gris, ni hermine , non plus que de l'or et des pierreries.
C'est chose nouvelle que d'entendre le roi de France parler en maître aux seigneurs ; or Philippe IY agit ainsi à la suggestion des conseillers qui l'entouraient, gens souvent de bas étage, et des jurisconsultes qui avaient puisé dans le droit romain une idée exorbitante du pouvoir royal, avec l'habitude de pousser un principe jusqu'à ses dernières conséquences. Les seigneurs, occupés de guerre et de chasse, n'ayant guère le loisir ni le goût d'étudier les institutions, la classe des légistes plébéiens resta seule en possession de l'administration de la justice. Pour agrandir le pou-
(l) Que les <] a moi sel les, si elles ne sont pas châtelaines on ne possèdent pas deux mille livres (25,G0O fr.) en terres, se contentent d'une robe; que l'étoffe choisie par les prélats ou barons ne coûte pas plus de vingt-cinq sous tournois l'aune de Paris ( 10 fr.); l'étoiïedes bourgeois, douze sous six deniers; celle de leurs femmes, jusqu'à seize, s'ils possèdent la valeur de deux mille .livres tournois ; s'ils ont moins, elle est fixée à dix sous pour les hommes, a douze pour les femmes.
L'habillement complet d'une dame de palais coûtait huit livres (100 fr.), et Ton dépensait par au cent sept livres onze deniers ( 1,400 fr. ), pour habiller le fils aîné du roi et sa femme.
uivr. lîtiv. — t. xn. 10
iMj TREIZIÈME ÉPOQUE.
voir royal, leur but exclusif, ces légistes ne cessaient de battre en brèche les privilèges ecclésiastiques et féodaux, sans s'arrêter devant les injustices et les usurpations. Le jurisconsulte Pierre Dubois déclarait [que summa régis Ubertas est, semper fuit nu M subesse, et loti regno imperare sine reprehensionis humanx timoré. C'était l'esclavage moral de la nation, proclamé sous le nom d'indépendance. Le roi se crut donc autorisé à résoudre toutes les questions sans consulter ses feudataires , sauf le cas de paix et de guerre, parce qu'ils avaient à fournir des subsides et des hommes. D'un autre côté, il convoquait plus fréquemment les députés des villes ; puis, comme il s'était réservé la faculté de révoquer les juges et de choisir, selon le besoin, ceux qui lui paraissaient convenir le mieux, il resta l'arbitre suprême des procès criminels, comme il arrive dans les commissions spéciales.
Parmi ces légistes , une célébrité fâcheuse s'attache au nom de Nogaret , professeur de droit à Montpellier, qui , en donnant à des violences tyranniques l'apparence de la légalité , mérita son élévation au poste de chancelier et de garde des sceaux. Gomme Plaisan , comme Marigny, il oublia l'Évangile pour les Pandectes, l'esprit pour la lettre. Ces hommes eurent des textes pour justifier tous les abus, et réussirent, par l'iniquité, à fonder le système moderne du pouvoir monarchique central , à étendre l'influence du roi sur toutes choses, à introduire partout ses délégués, à attirer toutes les affaires au parlement.
Avec l'extension de l'autorité royale, la nature des salaires changea. Les soldats ne sont plus entretenus par les vassaux de la couronne; il leur faut une paye ; les fonctionnaires ne sont plus rétribués en terres , et ne s'assoient plus à la table du souverain ; il faut donc encore de l'argent pour toutes ces dépenses , et l'argent devient le principal moteur de la machine sociale.
Pour s'en procurer, Philippe eut recours à la force et à l'astuce. Il rançonna souvent les juifs , puis il les expulsa du royaume sans qu'il leur fût permis de rien emporter : mais ils trouvèrent moyen , par les lettres de change , de se soustraire à cette spoliation. Par rachat ou par usurpation , il s'appropria le droit exclusif de battre monnaie, droit qui appartenait à tout seigneur suzerain, et, par des altérations fréquentes, il put augmenter l'impôt à son gré.
Il n'en faisait pas moins crier dans les rues que sa monnaie était aussi bonne que celle de saint Louis , tout en défendant de l'essayer ou de la peser, et d'en introduire d'étrangère. Il trouvait en outre des expédients toujours nouveaux pour lever des impo-
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sitions extraordinaires , tailles sur les Lombards , maltôte sur le peuple; mais, comme le peuple était pauvre , il mit l'Église à contribution par des demandes qui étaient des ordres. Il exhortait sans cesse les ecclésiastiques à lui faire des offrandes , parce que ce qui est donné est plus agréable à Dieu et aux hommes que ce qui est accordé par jorce.
Mais Philippe recourut avec tant d'insistance aux biens du clergé pour subvenir aux frais de la guerre et solder la corruption, qu'il finit par se brouiller avec les pontifes. A Nicolas III , p.np«i sous qui s'était concilié le différend du saint-siége avec l'Empire, 15t avait succédé Martin IV (Simon de Brion), créature de Charles d'Anjou (i j , peu aimé du peuple ; puis Honorius IV ( Jacques Savelli ), qui montra un caractère énergique dans un corps débile ; ,W8ensuite Nicolas IV ( Jérôme Musci d'Ascoli ), qui agrandit les domaines des Colonna. Après sa mort , les Golonna eurent pour adversaires les Orsini , qui tinrent longtemps la nouvelle élection en suspens; enfin ils s'accordèrent pour faire porterie choix sur un pieux ermite appelé Pierre Morone. Les cardinaux le trouvèrent vétu de haillons; il s'agenouilla devant eux; à leur topr, ils tombèrent à ses pieds et le saluèrent pape. Malgré son refus, on l'obligea d'accepter. Charles d'Anjou , roi de Naples , et Charles Martel, roi de Hongrie, tinrent la bride de sa haquenée lorsqu'il fit son entrée dans Aquila. Il prit la tiare sous le nom de Célestin V; t«* mais il ne tarda point à reconnaître son inaptitude aux affaires, et, dans son vif désir de regagner sa pieuse retraite, il abdiqua la papauté, exemple nouveau jusqu'alors.
Benoit Caïetano d'Anagni, qui, dit-on, l'avait poussé à cette Bgiihwvni. résolution le remplaça sous le nom de Uoniface VIII. Aussi fort par le savoir que par l'intelligence des affaires, et portant haut les droits spirituels et temporels du saint-siége, il se proposa d'accomplir l'œuvre de Grégoire VII et d'Innocent III , c'est-à-dire do soumettre la puissance temporelle à l'autorité ecclésiastique (-2).
(i) Jl était Tourangeau , et mourut d'indigestion; ce qui fait dire à Danle, Purgatoire, 24 :
Ebbe la santa Chiesa in le sue braccia ;
Del Torso, fu , e purga per digiuno
V anguille di Bolsena e la vernaccia (espèce de vin blanc).
Entre ses bras il eut la sainte Église. A Tours Il avait pris naissance, et, depuis bien des jours, De Bolsenne, en ces lieux, par le jeûne il rachète Les anguilles au goût exquis et la blanquette.
(1) mémoire de ce pontife a été défeadne récemment dan* la Dublin