‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 35 sur 153 · FLANDRE · texte numérisé non relu

FLANDRE

nité. Nous avons dit comment la Flandre avait été réunie au royaume. Les Flamands, nation positive, s'étaient habitués, en luttant contre une nature ennemie, au travail et à la constance. Étrangers aux idées chevaleresques et aux fantaisies poétiques, marchands et tisserands honnêtes , animés du seul désir de fabriquer leurs étoffes le mieux possible, et de les vendre aux prix les plus élevés, ils avaient atteint un haut degré de prospérité. Bruges était un vaste entrepôt de marchandises de toutes sortes; Gand commençait à montrer l'orgueil un peu grossier d'un marchand enrichi, et l'on ne prononçait guère le nom de la Hollande sans ajouter la riche. Mais, si elle avait les manufactures, la laine lui manquait; si elle avait des milices, elle était dépourvue de cavalerie ; si elle faisait le commerce, elle n'avait point de vaissnaux. En outre, elle ne constituait pas une seule nation , mais une réunion de tribus et de villes rivales, de classes rivales et de métiers rivaux. Enfin la souveraineté, comme les femmes pouvaient en hériter, passait aux mains tantôt d'un étranger, tantôt d'un autre.

La femme de Philippe avait vu d'un œil jaloux les toilettes somptueuses avec lesquelles les marchandes et les brasseuses de Flandre étaient venues au-devant d'elle : Je croyais, avait-elle dit, être seule reine ; mais f m vois six cents ici. Philippe se proposa de rabattre l'orgueil de ces bourgeois et d'épuiser leurs bourses. Pierre Flotte et Jacques de Cliâtillon, comte de Saint-Pol, qu'il leur envoya pour les gouverner, mirent en usage les expédients les plus subtils à l'effet de leur soutirer de l'argent. Se plaignaient-ils, le parlement fermait l'oreille, et les seigneurs français, habitués à traiter avec dédain les gens de leurs communes, faibles et désunies, les jetaient en prison. Dans cette extrémité, que rcste-t-il, hormis la rébellion? Tout citoyen s'engagea donc à enlever selle et bride au cavalier qu'il logeait; puis, au signal donné par les marmites, qui résonnèrent non moins terribles que les cloches de 8V' Palcrme, ils se mirent à massacrer les Français et pressèrent leurs préparatifs de guerre. Le bruit se répandit dans le pays que Ghâtillon arrivait avec des barils pleins de courroies pour les pendre, et que la reine avait recommandé, quand il expédierait les pourceaux de Flandre, de ne pas oublier les truies. Résolus donc de se Imttre jusqu'à l'extrémité , ils marchèrent contre l'armée française , commandés par Jean, comte de Namur, qui brûlait de venger son père le comte Guy de Dampierrc, emprisonné par Philippe ; ils la rencontrèrent dans les plaines de Courtray, où, au J1 nombre de vingt-cinq mille artisans, guerriers improvisés, ils devaient lutter contre cinquante mille hommes de troupes aguerries.

lièrent tous ensemble ;

les chevaliers mirent pied à terre, et renvoyèrent leurs chevaux pour . n'avoir aucun avantage sur les autres. Les chefs des corps de métiers furent créés chevaliers. La bataille s'engagea, et les Français furent misdans une déroute complète. Pierre Flotte et le comte de Saint- Pol furent assommés àcoupsde masse, et quatre mille paires d'éperons d'or, suspendues dans la cathédrale de Courtray, attestèrent le sanglant triomphe des Flamands.

Philippe avait perdu, dans cette journée, l'élite de son armée ; néanmoins il se procura de l'argent par tous les moyens qu'il employait d'ordinaire, prit à sa solde des galères génoises, s'avança contre eux en personne, et les vainquit à son tour ; mais, comme il pleuvait des Flamands , il dut se résigner à traiter avec les insurgés, et à leur rendre le vieux Guy de Dampierre. De retour à Paris, il consacra dans Notre-Dame son effigie équestre, en reconnaissance, non de ce qu'il avait remporté la victoire, mais de ce qu'il avait échappé au péril.

Déçu dans l'espoir qu'il avait conçu de spolier la Flandre de ses richesses, il fut obligé d'avoir recours à d'autres ressources. Il se mit à altérer les monnaies, promettant d'indemniser sur ses biens et ceux de sa femme les personnes qui les accepteraient ; mais il en résulta une telle confusion que le clergé offrit deux vingtièmes du produit annuel de tous les bénéfices, à la condition qu'il s'engagerait à ne plus avoir recours à cet expédient, aussi perfide que grossier. Il le promit, et recommença. Une révolte ouverte s'ensuivit; puis, comme on refusait de recevoir les pièces de bas aloi, le trésor les encaissait, mais pour un tiers seulement de leur valeur (1). Le roi bannit ensuite les juifs pour leur vendre

(1) Par livre on entendait une livre d'argent de douze onces, divisée en douze sous, qui formeraient aujourd'hui 3 fr. 20 cent. Voici la valeur approximative du marc d'argent en France.

Années. Liv. Sous. Den. Pr. C.

Sous Charlemagne et Louis le

Débonnaire

Charles le Chauve

Carloman

Hugues et Robert

Louis VI!

Philippe- Auguste

Saint Louis

Philippe le Hardi

Philippe le Bel

Louis le Hutin

LES PAPES A AVIGNON. ihl

à prix d'or la permission de rester dans le royaume. Une autrefois, il les fit arrêter tous, séquestra leurs biens, et fit verser au trésor les créances qui leur étaient dues. Ces moyens ne suffirent pas ; alors les gens du fisc lui indiquèrent une autre voie, dans laquelle il fut dirigé par les avocats.

Après la mort de Benoît XI, l'élection de son successeur fut longtemps disputée entre les Gaëtani, qui désiraient un pape italien, et les Colonna, qui le voulaient français. Philippe , ayant appris que Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, était un des compétiteurs, le fit venir, et lui dit : Je puis vous faire pape si vous me promettez six grâces : la première , que vous me réconciliiez avec l'Église; la seconde, que vous rendiez la communion a moi et à tous les miens; la troisième, que vous m1 accordiez les dîmes du clergé dans mon royaume pour cinq années , afin de subvenir aux dépenses de la guerre de Flandre; la quatrième, que vous abolissiez entièrement la mémoire du pape Boni face ; la cinquième, que vous rendiez la dignité de cardinal à Jacques et à Pierre Colonna, et que vous raccordiez à quelques-uns de mes amis; quant à la sixième grâce , je vous en parlerai en temps et lieu. L'archevêque , persuadé qu'il lui serait redevable de la tiare, promit sur l'hostie ce qu'il demandait, et fut élu sous le nom de Clément V (1). Au lieu de se rendre à Rome, il invita les car- 8

Années.

Sous.

Dem.

Fr.

Henri II ,

Louis XV

Louis XVI, depuis 1775

jusqu'à l'i

de la république

De cette époque jusqu'à. .

(1) Villani , qui raconte cet entretien , n'y était pas a coup sûr en tiers. Le

dinaux à le couronner à Lyon , et dès lors commença ce que les Pap„ 4 Italiens appelèrent la Captivité de Babylone. Clément V, après a* gnon. avojr couru de diocèse en diocèse avec une suite dévorante de 1909. serviteurs et de courtisans , s'installa enfin dans Avignon , ville qui appartenait au comte de Provence, sous la suzeraineté de l'Empire.

Peut-être le traité mentionné ci-dessus ne fut-il qu'une invention maligne pour expliquer la basse complaisance de ce pape , qui , par la fréquente concession des dîmes , enrichissait les souverains de l'argent d'autrui. Il abrogea la constitution Clericis laicos, déclara que la bulle Unam sanctam n'était pas contraire au royaume de France , nomma cardinaux douze créatures de Philippe, moyen assuré de perpétuer la servitude, et donna l'absolution à Nogaret. Un concile fut chargé de faire le procès à la mémoire de Boniface VIII, dont la condamnation eût été la ruine de la papauté ; mais ce concile , réuni à Vienne , déclara que les inculpations n'étaient pas fondées, et deux chevaliers catalans se présentèrent, disposés à soutenir l'innocence du pontife l'épée à la main.

Philippe céda sur ce point de rancune personnelle pour autre chose qu'il avait plus à cœur; c'était peut-être la sixième grâce réservée. Or Clément V, une fois engagé dans la voie honteuse des concessions , dut se trouver amené , de l'une à l'autre , à la pire de toutes.

TrmpHers. Les templiers se trouvaient répartis en différentes provinces, dont les plus anciennes, celles d'Orient, avaient été occupées par les musulmans, à l'exception de Chypre ; celles d'Occident étaient le Portugal , la Castille, l' Aragon, la France et l'Auvergne, avec la Flandre et les Pays-Bas, la Normandie, l'Aquitaine, la Provence, l'Angleterre, la haute Allemagne, le Brandebourg et la Bohême, •i l'Italie, la Pouille , la Sicile. Dans ces diverses contrées, ils comptaient neuf mille commanderies , tellement riches qu'elles rapportaient environ huit millions de livres (112,000,000 fr.). Des trente mille chevaliers dont se composait l'ordre, la plupart appartenaient à la France, et c'était communément parmi les Français que l'on choisissait le grand maître, prince souverain. Ils étaient commandés en guerre par un maréchal et un gonfalonier ; chaque province avait un grand prieur, de qui relevaient d'autres prieurs et les commandeurs. Lorsqu'ils eurent perdu le temple de Jérusalem , ils en choisirent un autre moins exposé , à Paris, dans

peuple réduisit en fait ce que les événement* firent supposer ; mais aucun autre historien n'en parle.

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