‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 37 sur 153 · LES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

LES TEMPLIERS

Clément V fit donner lecture , dans le concile de Vienne, du 16Vs-î-i-procès des templiers. Un des membres voulut faire observer qu'il fallait d'abord entendre les défenseurs nommés par les chevaliers; le pape le fit emprisonner ; puis, avec un petit nombre d'assistants, il abolit, non par sentence définitive, mais par décret, Tordre des templiers dans toute la chrétienté , comme inutile et dangereux ; il n'avait pas eu foi dans les dépositions. Quant aux personnes, il se réserva de statuer sur quelques-unes , et s'en remit, pour les , aux synodes provinciaux. Ceux qui avaient avoué furent et retenus en prison ; on livra les relaps au bras séculier, et ceux qui n'avaient rien confessé sous la torture de la corde, dnrent être traités conformément aux lois ecclésiastiques. Us furent condamnés en Lombardie et en Toscane , absous à Ravenne , à Bologne et en Castille. Charles de Naples fit condamner à mort les Provençaux, dont il donna les terres aux hospitaliers; ceux d'Aragon se défendirent dans leurs places fortes , et, bien que vaincus, ils ne furent pas traités avec rigueur, mais incorporés dans les autres ordres. En Angleterre , les chefs obstinés furent eufermés dans des monastères ; en Portugal, ils se survécurent dans quelques ordres , devinrent les principaux promoteurs de la découverte du cap de Bonne-Espérance , et allèrent ensuite , sous

tiûcaux furent informes que l'on devait brûler cinquante-quatre templiers. Us chargèrent le prévôt de l'église de Poitiers et l'archidiacre d'Orléans , notaire du roi, de dire à l'archevêque de Sens et à ses sufïragants de bien y penser, et de différer, attendu que les frères morts en prison avaient afllnné , sur le salut de leur Aine, être accusés a tort; que, *i l'exécution avait lieu, les commissaires ne pourraient continuer la procédure , les accusés étant épouvantés au point qu'ils paraissent hors de sens... Le 13 mai, on amena devant les commissaires Émeric de Villars-le-Duc, la barbe rase, sans le manteau ni l'habit de templier, âgé de cinquante ans, qui fut huit ans dans Tordre comme convers, et vingt comme chevalier. Les commissaires lui expliquèrent les articles sur lesquels il devait être interrogé ; mais ce témoin, pâle, effrayé et invoquant, s'il mentait , une mort instantanée, comme d'être englouti soudain dans l'enfer , corps et âme; se frappant la poitrine et levant les mains vers l'autel, les genoux plies , dit que tous les méfaits imputés k l'ordre étaient des faussetés, bien qu'il en eut lui-même confessé plusieurs dans les tortures auxquelles l'avaient soumis Guillaume «le Marcitlacet Hugues de Celles, chevaliers du roi. Or il ajouta qu'ayaut tu emmener sur des chariots, pour être brûlés , cinquante-quatre frères de l'ordre qui n'avaient pas voulu confesser ces méfaits , et ayant appris qu'ils avaient été ars, il craignait, s'il devait être brûlé, de ne pas avoir force et patience suffisantes; qu'il était donc disposé à confesser et à jurer, par peur, devant les commissaires ou tous autres, les erreurs imputées à l'ordre, et à dire même s'ils le voulaient, avoir tué Noire-Seigneur... Il pria les commis>aiies et nous notaires présents de ne point révéler aux gt*ns du roi ce qu'il avait dit, craignant, s'ils le savaient, d'être traîné au même supplice que les cinquante-quatre templiers. ».

la bannière des chevaliers du Christ , guerroyer contre les musulmans en différents pays.

Le grand maître et trois autres chevaliers étaient restés dans les prisons de Philippe; soit par force ou politique , ils avaient fait des aveux. Trois commissaires pontificaux vinrent en conséquence leur signifier qu'ils étaient condamnés à un emprisonnement perpétuel ; mais Molay protesta de l'innocence de l'ordre , et un autre suivit son exemple. Philippe alors , sans vouloir écouter les juges | condamna les deux relaps au bûcher ; ils y montèrent avec un courage qui ne se démentit pas ; les deux autres furent emprisonnés.

Ce lâche et inutile assassinat acheva de répandre l'incertitude sur la culpabilité de l'ordre ( I ) ; car les hommes sont justement enclins à croire injustes les procédures secrètes. Lorsque ensuite les pièces apparurent au grand jour, on reconnut l'iniquité des juges et la vanité des imputations, qui, fondées peut-être pour certains individus, ne pouvaient atteindre Tordre entier ; c'étaient des légistes artificieux qui interrogeaient des chevaliers ignorants, habitués à ne répondre qu'avec l'épée. Il est vrai que certaines dépositions , et même les plus ignobles , furent recueillies en Angleterre, où la torture ne fut point employée ; mais qui ne sait de combien de manières un juge peut perdre la victime qui lui est désignée? or les légistes de Philippe le Bel devaient être passés maîtres dans cet art, après tant de procès contre les lépreux et les juifs, juridiquement convaincus d'empoisonner les puits et de répandre la peste , après les poursuites nombreuses dirigées contre les sorciers et les magiciens. Il ne sera pas inutile de rapporter un de ces derniers.

(I) Les premiers documents relatifs à ce procès furent publiés en 1650 par Pierre Du Puy , dans l'intention de disculper Philippe le Bel. « Les grands •> princes, dit-il, ont je ne sais quel malheur qui accompagne leurs actions les • plus belles et les plus glorieuses, tirées qu'elles sont à contre-sens et prises « du mauvais coté par ceux qui ignorent l'origine des choses, et se trouvent r. avoir intérêt dans les partis ; ennemis puissants qui donnent des raisons et u des fins vicieuses là où le zèle pour la vertu choisit d'ordinaire le sens le « meilleur. » Le docteur Moldenhawer publia ensuite dans leur entier, en 1791, les actes de la commission pontificale, traduits en allemand ; puis le docteur danois Mùnter, théologien protestant comme l'autre, fit imprimer les statuts de Tordre en 1794. M. Raynouard y puisa le sujet d'un tragédie qui lit grand bruit en France, et publia en 1813 les monuments historiques de l'ordre. Le baron \ la miner signala dans les rites des templiers certaines ressemblances avec ceux des gnostiques : quelques-uns veulent en voir la continuation dans les francsmaçons et dans les rose-croix ; mais pour en décider il faudrait connaître les actes de la procédure secrète déposés à Rome.

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