‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 42 sur 153 · ANGLETERRE. EDOUARD III · texte numérisé non relu

ANGLETERRE. EDOUARD III

traire, les nobles et les communes ne cessèrent de faire contrepoids au roi, qui se trouva dans l'impossibilité d'abuser du pouvoir.

A l'époque que nous décrivons, l'Angleterre se fortifia d'un nouvel élément, le commerce. Les négociants italiens traversaient la France pour porter dans le Nord les marchandises de l'Orient ; mais, quand Philippe le Bel se fut mis à persécuter les Lombards, à faire banqueroute, à falsifier les monnaies, à augmenter les taxes, ils préférèrent la voie de la Flandre, de l'Allemagne ou de l'Océan. lisse trouvèrent alors en relation directe avec l'Angleterre, dont les rois, comprenant combien il était important de favoriser les négociants étrangers, leur accordèrent un juge à Londres pour leur rendre justice sommaire, et le droit d'avoir, dans les causes qui les concernaient, un jury composé moitié d'Anglais, moitié de leurs compatriotes.

L'Ile, qui n'avait point encore de manufactures, envoyait ses laines en Flandre, qui se trouvait dès lors en rapports intimes avec elle. Lorsque les Flamands se soulevèrent contre Louis, leur comte, et que Philippe VI vint à son secours, ces marchands, suppléant par leurs fortes armures et par la ruse au défaut de pratique militaire, pénétrèrent dans le camp du roi pour l'en- „„ lever, et déjà même ils atteignaient sa tente quand l'alarme fut donnée ; seize mille d'entre eux furent tués, et la Flandre tomba de nouveau sous le joug.

Louis de Dampierre envoya plus de cinq cents rebelles au supplice, et, pour seconder la France, fit arrêter tous les Anglais qui se trouvèrent dans les villes de Flandre ; Edouard, par représailles, se vengea sur les Flamands qui se trouvaient en Angleterre , et ruina leur commerce, qui était leur vie, par la défense d'exporter les laines. Alors beaucoup d'ouvriers flamands, réduits à l'indigence faute de travail, transportèrent leur patiente industrie en Angleterre, oùÉdouard cherchait à les attirer par tous les moyens, tandis que le comte Louis s'aliénait de plus en plus les esprits par la préférence qu'il montrait aux Français. Enfin le brasseur Jacques Arteveld, à la tête des corps de métiers, s'em- bnjjïïr. para du pouvoir, et démontra la nécessité d'une alliance avec l'Angleterre, sans laquelle les Flamands devaient renoncer à l'industrie du tissage. S'il restait quelques scrupules dans les esprits pour en venir à une révolte contre le souverain, Édouard les leva bientôt en reproduisant ses prétentions au trône de France; en outre, il obtint que l'empereur d'Allemagne jetât le gant à Philippe, et le déclarât déchu de tout droit à la protection de l'Empire.

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Édouard, dans cette circonstance, agit comme le ferait un roi moderne ; il ordonne l'armement de tous les hommes valides de seize à quarante ans, pour la défense des côtes, le long desquelles il fait disposer des signaux. Il assigne une solde aux Gallois, auxquels il fait prendre un costume uniforme, se procure de l 'artillerie , et enfin accroît les droits de la couronne avec le consentement du peuple et des marchands. Ces mesures prises, il passe sur le continent, où il se fait des partisans en répandant l'or et l'argent, comme s'il lui en fût tombé des nues ; puis, on le voit sur la place de Herk, marché de pain et de viande, et qu'on avait décorée de tapis et de tentures pour la circonstance, monter sur un étal de boucher recouvert de draperies, et recevoir, la couronne en tête, le serment et l'hommage comme vicaire impérial (1).

Il commença par assiéger Cambrai ; mais la lenteur allemande, la nécessité de ménager les feudataires et les considérations astrologiques lui nuisirent beaucoup. Bientôt, à l'Écluse, il engagea, contre les Hottes française et génoise, le combat le plus terrible que l'on eût vu sur mer depuis plusieurs siècles ; trente mille Français y périrent. Grâce à cette victoire , les Anglais eurent, pendant longtemps, le passage libre sur le continent. Édouard assiège Tournay, berceau de la monarchie française, et défie personnellement Philippe VI, qui refuse le cartel en le traitant de félon.

La Bretagne armoricaine était restée jusqu'à cette époque étrangère aux vicissitudes du monde, et conservait ses vieilles mœurs. Les châteaux y avaient subi la transformation féodale, mais le vilain n'était pas soumis à la docile servitude germanique : population grossière et pauvre qui bientôt, néanmoins, fournit à la France de braves soldats et trois grands capitaines, du Guesclin, Clisson et Richemond. Le dernier duc, Jean 111, avait laissé pour héritière une nièce ; elle fut écartée en vertu de la loi salique, et les Bretons, qui redoutaient un duc étranger, c'est-à-dire français, se rattachèrent à Jean de Montfort, frère de leur dernier seigneur, lequel, pour se maintenir, fit hommage au roi d'Angleterre (2). Le roi de France marcha contre lui et

(1) Ces (ails sont racontés par Froissart avec une prolixité qui platt cependant à cause des particularités dont il donne connaissance.

(2; La guerre de Bretagne offre dans Froissart tout l'intérêt du roman, tant on y trouve d'actions héroïques , de singularité dans les mœurs, dans les caractères, dans les actions.

Voy. NicHELGr, Hitt. de France.

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