BRETAGNE
le fit prisonnier. Jeanne de Flandre, sa femme, le remplaça : Ce n'est qu'un homme de moins, disait-elle; sur mer et sur terre elle combattit, soutenue par les Anglais, qui trouvaient dans la Bretagne un point de relâche très-favorable à leurs projets contre la France.
Enfin Jeanne de Valois, sœur de Philippe VI, parvint, du fond de son couvent, à faire conclure une trêve. Aux termes du traité, Montfort devait être rendu à la liberté; mais Philippe VI le retint prisonnier, et de plus ordonna le supplice du vaillant Breton Olivier de Clisson, parce qu'il parlait des Anglais avec éloge; d'autres furent également accusés ou menacés. Philippe réduisit les monnaies à un cinquième de leur valeur, et mit un impôt sur le sel, ce qui fit dire à Edouard : // règne véritablement par ta loi sa ligue ; Philippe répondit à cette épigramme en le traitant de marchand de laine, et tous deux se préparèrent à combattre de nouveau ; mais, sur ces entrefaites, Jean de Montfort mourut. Arteveld favorisait les gros fabricants au préjudice des petits. Ces derniers, irrités, se soulèvent, et le tuent derrière ses iu«. tonneaux de bière ; ainsi Édouard perdit tout à la lois la Bretagne et la France.
Bien que les Normands fussent détachés de l'Angleterre depuis un siècle, les rois de ce pays les considéraient toujours comme leur propre héritage ; les Normands, de leur côté, au souvenir toujours vivace d'avoir une fois conquis l'Angleterre, formèrent le projet de renouveler l'invasion de Guillaume le Bâtard. Bs en firent la proposition à Philippe en lui demandant son fils comme chef de l'entreprise, et ils s'engageaient à supporter les dépenses nécessaires ; déjà ils avaient désigné les domaines qui seraient le partage de chacun, et dont ils devaient dépouiller les barons anglais. On ignore pourquoi ce projet n'eut pas de suite ; toujours est-il que le roi d'Angleterre le fit publier partout, ce qui irrita extrêmement la noblesse anglaise. Un même sentiment de haine contre les nouveaux Normands réconcilia les anciens avec les Saxons ; la langue française fut abandonnée dans les actes publics au profit de l'unité nationale. Tous demandèrent la guerre à grands cris ; Édouard la déclara. 1SM.
Les Anglais trouvèrent la France dégarnie de troupes, attendu qu'une bonne administration avait fait disparaître les guerres privées ; le pays, dont la culture prospérait, fut ravagé par les bandes mercenaires galloises et irlandaises. Gaen, Saint- Lô, Louviers, furent saccagés. Mais Edouard, en avançant dans le pays, se trouva bientôt environné par une nombreuse armée française ; il
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se regardait comme perdu, lorsqu'il parvint à s'échapper par un nataiiic de gué qu'on lui indiqua sur la Somme. Philippe l'atteignit à Crée}. StSkt. Les archers génois, placés au premier rang, ne purent combattre , parce que les cordes de leurs arcs étaient mouillées. Les Français attaquèrent avec une ardeur furieuse, sans ordre ni discipline; les Anglais, au contraire, tinrent ferme dans une position avantageuse, et, faisant usage des canons pour la première fois, ils mirent en déroute la cavalerie ennemie. Les seigneurs français se comportèrent en héros ; mais, une fois tombés, le poids de leur armure les empêchait de se relever, et ils étaient massacrés par les coustelicr s de Galles et de Cornouailles. Onze princes, quatrevingts bannerets, douze cents chevaliers, trente mille soldats restèrent sur le champ de bataille. Au commencement de la mêlée, on vint annoncer au roi d'Angleterre que son tils Édouard, âgé de seize ans, se trouvait en grand péril ; il fit répondre que, tant qu'il serait vivant, on ne devait pas requérir son aide, et qu'il avait d'ailleurs à gagner ses éperons. En effet, depuis ce jour le jeune Édouard devint terrible aux Français sous le nom du prince Noir.
Cette bataille, qui signala le triomphe de l'infanterie sur la cavalerie, de la nouvelle tactique sur l'ancienne, des troupes mer-
13lT cenairessur les armées féodales, eut pour résultat la prise des villes maritimes. Calais, nid de corsaires, fut emporté après une résistance opiniâtre et peuplé d'Anglais, qui, pendant deux cent dix ans, conservèrent cette clef de la France. Mon notre. Bien qu'une trêve vint suspendre les hostilités, le découra-
MW* gement régnait partout, accru encore par les ravages de la terrible peste qui dévasta l'Europe sous le nom de Mort noire; elle éclata dans l'Égypte et la Syrie avec une telle fureur qu'il périt au Caire de dix à quinze mille personnes par jour ; Gaza en perdit en six semaines vingt-deux mille, avec presque tous les animaux. L'Arabe Kara-Caleb, après avoir comparé les morts aux sables de la mer, en évalue le nombre à une myriade de myriades. Un commerce très-actif avec ces parages porta le fléau en Chypre. Les musulmans, craignant que les esclaves ne profitassent du désordre pour se révolter, songeaient à les mettre à mort, quand soudain la terre trembla; les vaisseaux furent submergés, et ceux qui fuyaient la maladie périrent engloutis dans des gouffres; puis l'ouragan jeta dans la mer d'innombrables sauterelles, dont les cadavres, repoussés sur la plage, achevèrent d'empoisonner l'air. La Grèce fut longtemps couverte d'un brouillard épais.