SOS
L'amour de la patrie, que la sainte fille avait réveillé, ne périt pas avec elle, et les Français tournèrent une seconde fois les yeux vers les représentants de l'indépendance nationale. Le duc de Bourgogne se réconcilia avec les Armagnacs et Charles VII, "*6 qui rentra dans Paris. La guerre continua, au milieu de l'épuisement causé aux deux partis par des efforts prolongés; mais enfin la Normandie et la Guyenne furent reprises, et , selon la prophétie de la Pucelle, les Anglais se virent chassés, sans conserver d'autre place que Calais avec sa banlieue , et pour leur monarque le titre de roi de France. Chaque année , au mois de janvier, quand le héraut d'armes d'Angleterre proclamait dans Saint-Paul, en présence de la cour et des ministres étrangers, tous les titres de son maître , au moment où il prononçait celui de roi de France, il jetait un gant , que relevait l'ambassadeur français : usage qui continua jusqu'à la paix d'Amiens, en 1803.
Les victoires de la France étaient moins dues à son propre mérite qu'aux discordes des Anglais. L'invasion avait brisé en France l'unité. Les loups erraient par troupes dans les campagnes dépeuplées; partout des soldats mercenaires continuaient la guerre contre des malheureux sans défense; la famine, la peste, l'indiscipline, désolaient le territoire. Les barons anglais, à qui les nouvelles acquisitions avaient été données en fiefs, n'eurent rien de plus pressé que de les dépouiller, et d'envoyer dans leur île tout ce qu'ils purent enlever de meilleur.
Sous prétexte de remédier à ces maux , il se forma une asso- ugu^dn bien dation des princes du sang, qui prit le nom de ligue du Bien public (la Praguerie), et dans laquelle furent entraînés le Dauphin Louis et le comte Dunois , l'un des plus magnanimes chevaliers de l'époque : inspiration malheureuse dans un moment où l'on ne pouvait réparer tant de désastres que par l'union des partis et par Tentière expulsion des étrangers. Il fallut que Charles triomphât de cette coalition par les armes, et réduisit les uns à se re-
Micjmgi» et Powoulat, Notice, sur Jeanne d'Arc. Walcxenaer, dans la Biographie universelle.
Pierre Dumf.sml, F. S. Wetïel, R. South et, Schiller, ont réparé dans leurs poésies les torts faits à sa renommée par Shakspeare , Hume, Voltaire, et de nos jours par Micbelet. Les auteurs de Y Encyclopédie, qui prétendaient tout expliquer, tout éc.Uircir, avouaient qu'il y avait dans celle histoire quelque chose de merveilleux. Michelet, dans le septième volume de l'Histoire de France, la Tait passer pour un instrument de la cour, en assurant que Jeanne elle-même, dope de ses illusions, prenait son rôle au sérieux. A ces puérils commentaires avait ré|K>ndu,il y a 400 ans, l'italien Gosselini, ou plutôt le pape Pie II dans les Mémoires publiés sous le nom de cet écrivain.
pentir d'une erreur de bonne foi, les autres à se soumettre; ruais le Dauphin, retiré dans la province d'où il prenait son titre, en opprimait les habitants , et résistait aux ordres de son père, qui fut obligé de faire marcher des troupes pour l'obliger à l'obéissance,
Ces nécessités cruelles, d'autres conspirations, la mort d'Agnès Sorel, les débauches auxquelles l'habituait la duchesse de Villequier, sa nouvelle maîtresse, qui, pour le tenir dans ses chaînes, Itti fournissait elle-même de jeunes filles, enfin la crainte d'être IM1, empoisonné par son fils, abrégèrent les jours de Charles. Il laissait la monarchie , qu'il avait trouvée en ruine, raffermie sur ses bases, et la France remise au niveau des grandes puissances de l'Europe; il commença avec les Suisses, dont il avait apprécié la valeur, une alliance qui devait se perpétuer , et réunit à la couronne diverses possessions, entre autres la Guyenne, qui rattachait le nord au midi du royaume. Il ne restait plus que trois grands fiefs, le duché de Bretagne, le duché de Bourgogne et les possessions rie René de Provence. Comme le parlement de Paris ne suffisait plus h l'expédition des affaires, il en établit un autre à Toulouse, pour les provinces du Languedoc. Sous son règne, les revenus de l'État s'élevaient à un million huit cent mille livres (H ,627,000 fr. ). tS£it*$ L'acte le plus important de Charles VII est la nouvelle organisalion qu'il donna aux forces militaires du pays. Les troupes féodales supprimées, les rois ne voulaient plus désormais que des troupes mercenaires, dont l'entretien était un des plus grands embarras du gouvernement. La taille, à laquelle s'étaient soumis les états généraux , ne suffit plus aux dépenses d'une si longue guerre, et, lorsque la paye se faisait attendre, les soldats se jetaient sur les campagnes, sans distinction d'amis ou d'ennemis. Charles, us». profitant de l'exemple donné par du Guesclin, proposa de réunir les divers corps en armée régulière, de fixer une solde, d'établir une discipline sévère et de distribuer les soldats dans les places fortes. Ce plan fut approuvé, et, au moyen d'une taille permanente, on assigna au roi les fonds nécessaires; en poursuivant son but avec constance et en sévissant au besoin avec rigueur, il put ainsi délivrer la Franco du fléau des troupes mercenaires, qui depuis si longtemps dévastaient le pays. U ne garda que neuf mille hommes, pour les incorporer dans l'armée, et renvoya chez eux les autres Armagnacs, comme on appelait alors les mercenaires, en les menaçant delà corde pour tous les désordres qu'ils commettraient à l'avenir. Les crimes passés furent mis en oubli. La guerre devint donc l'affaire du roi; il nomma les capitaines, lesquels, comme
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les seigneurs, répondirent des méfaits de leurs subordonnés, et les coupables purent être appréhendés et mis à mort par les habitants.