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CHAPITRE VIII

UW» XI.

L'expulsion des insulaires fut un fait national auquel prirent part et la noblesse, qui se fit égorger, et le peuple, représenté par la Puer lie , qui | soutenue par le peuple et les soldats, finit par devenir suspecte au roi. Ce fut donc à ce moment que se forma le véritable esprit national - On ne prend plus son nom de tel ou telfieif, de telle ou telle commune; mais tous s'appelleut Français, par opposition aux Anglais. L'unité 6e forme dans le territoire , la justice et le gouvernement, daus lequel on ne cherche pas la bonté, mais la nationalité,

La monarchie française , désormais grande et forte , se mon- nst-uss. tra tyraunique sous Louis XI. Du vivant de son père, il avait intrigué avec les princes mécontents, ce qui l'avait contraint de s'exiler; mais il acquit dans l'exil l'instruction négligée par la jeunesse de son pays, et monta sur le trône avec la connaissance des grands, le sentiment de leur esprit inquiet et le désir de les humilier (1) à tout prix, il porte des habits simples et s'entoure de gens de bas étage : un valet lui sert de héraut , son barbier de chambellan; il appelle le prévôt, exécuteur de sa justice, son

(1) « A mon ad vis, que la travail qu'il eut en m jeunesse quand il fut fugitif de son père, et fu t sous le duc Philippe de Bourgogne, où il fut six ans , lu? valut beaucoup ; car il fut contrainl de complaire à ceux dont il avait besoin, et

ce bien, qui n'est pas petit, lui apprit l'adversité. Comme il se trouva grand roi rt couronné, d'entrée ne pensa qu'aux vengeances; mais tost lui en vint le dommage, et quand et quand la repentance. Et repara cette foHc et cette erreur, < n regagnant ceux auxquels il faisait tort. Et s'il n'eut»t eu la nourriture autre que les «rigueurs que j'ay veu nourrir en ce royaume, je ne croy pas que jamais se fust ressours : car ils ne les nourrissent seulement qu'à faire les fols en babillements et en paroles. De nulles lettres ils n'ont connoissance. Un seul sage on ne leur met à lentour. Ils ont des gouverneurs à qui on parle de leurs affaires, à eux rien, et ceux-là disposent de leurs affaires; et de tels seigneurs y a qui n'ont que treize livres de rente en argent, et qui se glorifient de dire : Parlez à mes gens : cuidans par celte parole contrefaire les trex grands seigneurs. Aussi ay-je bien vu souvent leurs servilcurs faire leur profit d'eux, et leur donner à cognoistre qu'ils estaient bestes. » Cornacs, Hv. î, ch. to.

compère; il attente au droit de chasse des seigneurs, l'offense la plus grande qu'on pût leur faire dans ce temps. Assidu aux affaires, dédaignant le faste, très-habile à connaître les hommes et à tirer parti de leur mérite , généreux dans ses promesses et ses dons , parce qu'il était toujours prêt à mentir et à se rétracter, il substitue à la force des armes les détours d'une politique insidieuse, étrangère à toute considération chevaleresque , et qui se résumait dans sa devise : Là où est le profit , là est la gloire; comme dans son dicton favori : Quand orgueil chevauche devant, honte et dommage viennent en croupe.

Il portait à son chapeau une Vierge en plomb , qu'il invoquait dans chaque circonstance urgente, à chaque doute, à chaque méfait. Il jurait sur les reliques qu'il portait toujours avec lui ; mais il ne se faisait nul scrupule de se parjurer, à moins qu'il n'eût promis par la croix de Sai nt-Laud , à laquelle il avait attaché un morceau de la vraie croix. Cette perfidie de paroles et d'actes faisait qu'il ne s'entourait que de misérables dans lesquels il mettait toute sa confiance. Trahi par eux , il ne se corrigea point; mais il se méfia de tous les hommes de bien, et s'obstina à ne suivre que ses propres inspirations. Curieux de savoir ce que pensaient de lui les étrangers et les siens, il établit une police sévère, qui avilit la nation; voulant être craint , il vécut dans une crainte continuelle, et ne fit pas même enseigner à lire au Dauphin, de peur qu'il ne parût digne de lui succéder. Le personnage qu'il aima le plus, ce fut Tristan l'Ermite, son prévôt, qui torturait et pendait les gens sur le moindre soupçon.

Avec ce caractère, Louis XI conçut de vastes desseins , dont il poursuivit l'exécution avec discernement et constance ; aussi les nobles, à qui Dunois avait dit : Le roi est mort, que chacun songe à ses affaires, sentirent bientôt qu'ils avaient un maître plus énergique dans celui qui avait été leur complice.

A son début , et comme pour s'assurer qu'il tenait réellement ce trône si désiré , il cassa tout ce qu'avait fait son père , renvoya les ministres , et abolit la pragmatique sanction de 4438, mesure qui fut célébrée à Rome par une fête populaire, où Ton traîna l'original dans la fange (\); mais le parlement refusa d'enregistrer cette

(I) La Chronica latina Sabaudix ( Mon. historiae patria?, vol. IV, p. 630) rapporte que ces vers se trouvèrent affichés dans les carrefours de Paris :

Concio c/erfj fie;

IS'am quidquid habes sera rifle;

Nam et rex et papa

Ambo sunt subttna cnpat

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abolition par le motif qu'elle aurait coûté au royaume un million de ducats par an, pour grâces , expectatives, annates, sans compter deux cent mille livres pour dispenses, exemptions, absolutions expédiées de Rome.

Une même pensée avait animé les rois de France , celle d'annexer les grands fiefs à la couronne ; mais les progressives acquisitions de la monarchie furent arrêtées par les Plantagenets , qui , aspirant au trône de France, se faisaient les protecteurs des barons contre le roi. Ce dernier eut recours à un remède dangereux qui fit obstacle à l'unité , nous voulons dire les apanages ; on appelait ainsi les terres et privilèges féodaux cédés, à titre de pairies, aux princes de la famille royale. Ces princes devenaient alors des feudataires héréditaires, d'autant plus puissants qu'ils avaient l'espérance, en vertu de la loi salique, de parvenir au trône. Nous avons vu le roi Jean attribuer de cette manière la Bourgogne à Philippe, qui, par son mariage, y ajouta la Flandre, le Nivernais et l'Artois. Philippe le Bon , son neveu , eut encore, comme fiefs de l'Empire, certaines provinces des Pays-Bas, et acquit Mâcon, Auxerre , avec une bonne partie de la Picardie.

Une si grande agglomération de domaines populeux , riches par le sol et le commerce , parvint , à la faveur d'une longue paix , à un tel degré de prospérité que le bien-être et le luxe se voyaient non-seulement à la cour, mais encore chez les simples bourgeois. La noblesse y était très-nombreuse , les villes très-commerçantes; Gand et Liège, entre autres, pouvaient mettre sur pied quarante mille hommes équipés; il est vrai que la concorde ne régnait pas entre les habitants. Les Hollandais ne voulaient pas être subordonnés aux Flamands, ni les Flamands aux Bourguignons. La noblesse des châteaux méprisait le peuple des boutiques ; les marchands des villes s'affublaient d'ordres féodaux, et, quand les abbés des corps de métiers sonnaient à Gand la cloche de Roland (1 j , les artisans couraient aux armes pour défendre leurs droits contre les chevaliers. Battus en rase campagne , ils se réfugiaient derrière

Hoc factunt : do ut des, Unus Pilatus et aller lier odes .

(i) Suspensa undecies mille pondo gravis campana, cui Rolandus nomen est, scriptumque est in ambitu :

lk heete Kolan.lt; aïs ik kleppe, dan is't brandt; Als ik luge, dan is stunu ent't Wlaenderland,

* Je m'appelle Roland : quand je tinte, il y a un incendie ; quand je sonne, il y a guerre dans le pays de Flandre. « Sahdeiu, Gandevensium rerum libri sex, II, 1 IC.

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les murailles de la ville, assez forts pour amener les seigneurs à leur accorder de bonnes conditions.

Nous avons déjà eu occasion déparier de leurs soulèvements, ainsi que du péril où la France fut jetée par Jean sans Peur et Philippe le Bon. Ce dernier jouait un rôle important en Europe , où, par antonomase, on ne l'appelait que le Duc. L'ordre de la Toison d'or, qu'il avait fondé, était ambitionné de tous. Dans sa cour, le modèle et l'école de la chevalerie, il déployait une magnificence sans égale , et une de ses fêtes lui coûtait au tant que toute la suite du roi dans une année ; c'était à lui , de préférence, que le pape recommandait la croisade contre les Turcs. ciuriM II commençait alors à se faire vieux ; mais auprès de lui graneTcmcrairc. ^j^^ ^ f||s Charles, à bon droit surnommé le Téméraire.

Quand le roi Louis , dont le père avait prédit qu'il serait le renard introduit dans le poulailler, réclama du duc la restitution des villes situées sur la Somme , aux termes de la paix d'Arras , en lui offrant quatre cent mille écus d'or, Philippe y consentit ; mais Charles en conçut un tel dépit qu'il s'éloigna de la cour. Louis attendit , préférant à tout autre moyen l'emploi de la perfidie. Pour occuper son activité , il se tourna contre François II de Bretagne , auquel il défendit de s'intituler duc par la grâce de Dieu et de battre monnaie. François fit entendre aux seigneurs français que l'intention du roi était de les dépouiller l'un après l'autre, et les amena à concentrer leurs haines et leurs mécontentements nw. dans une nouvelle ligue du Bien public, dans laquelle entrèrent les ducs de Bretagne, de Bourgogne, d'Alençon, de Bourbon, Jean d'Orléans, le comte de Dunois , les maisons de Foix et d'Armagnac, et, comme chef, Charles, duc de Berri, frère du roi, héritier présomptif de la couronne ; mais les temps étaient tellement changés qu'au lieu d'afficher l'arrogance des révoltes précédentes, et de se proclamer les ennemis du menu peuple, ils se rapprochèrent de lui , affectant de vouloir mettre un frein au despotisme royal et rétablir l'ordre dans le gouvernement, alors qu'ils ne visaient qu'à soutenir leur indépendance et à démembrer la France.

Louis opposa l'habileté à des forces supérieures; il gagna les maîtresses et les confidents de ses ennemis, ne se laissa rebuter par

ie jouiet. aucun de leurs refus, et les empêcha, par la bataille de Mont- Ihéry, d'occuper Paris, dont il se concilia les habitants par son affabilité et ses promesses; puis, selon les conseils de François Sforza, il désunit les confédérés en accordant tout à tous, bien

so octobre, résolu à ne rien tenir à personne. Par le traité de Contlans , il res-

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titua les villes de la Somme à la Bourgogne , et assigna à son frère la Normandie, le plus riche apanage que les fils de France ont jamais possédé, car il équivalait à un tiers du royaume; mais à peine Peut-il isolé des autres seigneurs, qu'il le lui reprit.

Le duc dépossédé se réfugia chez Charles le Téméraire , qui ^ffz venait de succéder à son père, et qui, dès son enfance, avait conçu pour Louis une haine profonde. De là, cette lutte implacable, dans laquelle furent déployées, au même degré, la valeur et la perfidie. Charles, devenu le centre de tous les ennemis du roi, commença la guerre; mais Louis, mieux pourvu d'astuce et de détours, obtint l'avantage. Les vassaux d'un rang inféreur furent punis par le supplice, les autres par la confiscation; au duc de Bourgogne il déroba son ministre le plus habile, l'historien Philippe de Comines. Charles de Berri , le propre frère du roi , qui im. s'était contenté de la Guyenne, mourut, et son aumônier, mis à la torture, avoua l'avoir empoisonné par ordre du roi , qui ne releva point cette accusation. Charles de Bourgogne se déclara son vengeur, et fit alliance avec Édouard IV d'Angleterre, pour envahir et partager la France, et s'assurer le nom de roi , objet de son ambition. Louis, qui connaissait la puissance de l'or et savait le dépenser à temps, acheta les confidents d'Édouard, et lui fit à lui-mi'me une pension de cinquante mille livres, payable tant que l'on et l'autre vivraient , lui donna pour les dépenses de la guerre soixante quinze mille livres , et parvint à lui faire repasser le détroit. Il promit aux Suisses vingt mille livres par an sa vie durant, et quatre florins et demi mensuellement pour chaque homme qui se mettrait à son service. Avec des moyens semblables, il s'attacha l'empereur et le duc de Lorraine , et fit révolter contre Charles les Flamands, entre autres les Gantois, mécontents d'avoir à fournir sans cesse de nouveaux subsides à ce prince , dont le luxe et l'ambition avaient épuisé les trésors de son père.

La France avait alors en réalité deux têtes : un roi à Dijon , un autre à Paris. Une pareille situation ne pouvait durer, et l'un ou l'autre devait nécessairement périr.

Charles , entraîné par ce courage fougueux auquel il dut son surnom, brûlait de se rendre indépendant. Son rêve était de réunir la plus grande partie de l'ancien royaume de Lorraine aux cantons suisses, faibles encore , et de former une France belgique, s'étendant de la source du Rhin jusqu'à son embouchure, des Alpes à la mer du Nord , et peut-être à la Méditerranée : État nouveau qui aurait séparé la France de l'Allemagne , et changé les destinées de VKurope; mais, en éparpillant à droite et à gauche ses forces et

son ambition , il manqua son but, et, au milieu de ses orgueilleux projets , se fit tuer dans une déroute par les montagnards de la

nrz. Suisse (1). A l'instant même où se livrait la bataille de Nanci , m janvier. Ange ç^0 ^ qUj devint ensuite archevêque de Vienne, célébrant la messe devant le roi, dans Saint-Martin de Tours, lui dit : Sire, Dieu vous donne la paix et le repos ! Consummatum est; votre ennemi est mort. Le roi promit, s'il disait vrai, de remplacer par une grille en argent celle de fer qui entourait la chAsse du saint;

Rien ne pouvait en effet être plus heureux pour Louis XI que cette catastrophe. Outre qu'il se voyait délivré de son plus grand ennemi, il prétendit à sa succession, et confisqua les comtés de Bourgogne, comme faisant retour à la couronne, faute d'héritiers mâles; mais Maximilien d'Autriche, qui avait épousé Marie, fille de Charles le Téméraire, prit les armes pour la défense des droits

liM. de sa femme. Il fut enfin convenu que Marguerite, leur fille, serait 23 décembre. marjée au Dauphin, à qui elle apporterait en dot l'Artois, le Méconnais, l'Auxerrois, Bar-sur-Seine, Noyon, la Franche-Comté et de plus les Pays-Bas, dans le cas où l'archiduc Philippe ne laisserait pas d'héritiers.

Louis acquit encore le Roussillon et la Cerdagne, pour prix des secours qu'il avait fournis à Jean d'Aragon ; le testament du bon roi René lui valut l'Anjou et la Provence, avec des droits funestes sur le royaume de Naples. A François Sforza, son grand ami, il restitua Gènes, qui s'était donuée à son prédécesseur ; ceux qui veulent faire à la politique de Louis XI un grand mérite de ses acquisitions importantes ne sauraient méconnaître que l'extinction fortuite des deux maisons de Bourgogne et d'Anjou le servit mieux que ses mille perfidies et ses mille cruautés.

Ittt A l'intérieur, il établit la poste aux lettres, et décréta que les magistrats ne pourraient être destitués qu'à la suite d'un jugement régulier; enfin il doubla les revenus de l'État, qui s'élevèrent sous son règne à quatre millions sept cent mille livres, environ vingt-six millions de francs.

Il avait songé à introduire l'unité dans les poids, les mesures et les coutumes, pour n'avoir désormais qu'une loi, et une loi française. Dans ce but, il s'était procuré les statuts de Florence

uw et de Venise (2).

11 institua l'ordre de Saint-Michel, dont les membres faisaient

(1) Voy. ci-dessous, ch. XIV. Nous nous occuperons de l'histoire de la Flandre dans le livre XV.

(2) Prcuies de Duclo?, iv, 449.

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serment de défendre les droits de la couronne et l'autorité royale, de ne point faire de ligues entre eux ni avec aucun prince étranger. Les premiers qu'il en décora furent les anciens confédérés du Bien public, et il contraignit par les armes le duc de Bretagne à accepter ce servile honneur. Les universités de Bourges et de Bordeaux l'aidèrent à propager l'instruction dans les provinces; mais, croyant pouvoir aussi exercer son despotisme sur la pensée, il ordonna que les livres des Nominaux fussent enchaînés et cloués, avec défense de soutenir leurs doctrines, sous peine de bannissement : édit ridicule, qu'il laissa tomber dans l'oubli (i).

Louis XI ne fut pas pire que les autres rois de son temps, sauf pour l'immoralité des moyens. Bienveillant pour le peuple, afin d'abaisser les seigneurs, il suscita leur colère, et, par suite, l'histoire Ta dénigré.

(1) M. Poirson apprécie ainsi la conduite publique de Louis XI, Précis de r histoire de France pendant les temps modernes, Paris, 1840.

* A la monarchie mêlée de féodalité et d'états, qui avait régi la France depuis Philippe le Bel, se trouva substituée une forme de gouvernement nouvelle que nous nommerons monarchie limitée. Nous entendons par monarchie limitée un gouvernement dans lequel les assemblées nationales, à peine convoquées à du longs intervalles, n'ont ni volonlé propre ni action, et ne se réunissent que pour sanctionner les projets du pouvoir ; dans lequel le chef de l'État possède toute la puissance législative et exécutive; dispose, sans en rendre compte, des deniers publics, et peut impunément-hausser à son gré les impôts ; décide seul de la paix et de la guerre, et tient ainsi entre ses mains les destinées publiques. La monarchie limitée diffère essentiellement de la monarchie constitutionnelle, dans laquelle les assemblées nationales, périodiquement réunies, sont invesUes des droits politiques, dont l'exercice régulier donne à la nation qu'elles représentent une part plus ou moins large dans le gouvernement et dans la gestion des affaires publiques. La monarchie limitée diiïèrc aussi de la monarchie absolue , parce qu'elle respecte les lois organiques et d'intérêt général rendues précédemment par les divers pouvoirs de l'État, parce qu'elle souffre pour contre- poids non des libertés publiques et générales , mais des libertés locales et particulières, telles que les privilèges des provinces, des villes, des ordres et des coqisde l'État, que la monarchie absolue détruit, ou qu'elle ne tolère que sous la condition de n'en être pas gênée. . . Malgré quelques actes d'un violent despotisme, Louis XI établit la monarchie limitée, et non la monarchie absolue. .. A partir de 1468, Louis XI n'avait plus convoqué les états généraux, et n'avait laissé aucune part à la nation dans le gouvernement. D'un autre coté, il avait en partie écrasé , en partie réduit à l'impuissance la haute aristocratie. Sur les débris des libertés nationales et de la puissance des grands il avait établi la monarchie limitée, mais non la monarchie absolue, ni, à plus forte raison, le despotisme. En effet, malgré plusieurs actes d'un odieux arbitraire dont il avait souillé ses dernières années, il avait trouvé dans lis prérogatives du parlement et dans les mœurs de la nation un obstacle insurmontable à ce que la volonlé et les passions du roi fassent érigées en lois suprêmes; ses excès étaient restés des excès et des . exceptions, n'avaient point élé transformés en règle et en légalité monstrueuse. •

Atteint d'apoplexie, il traîna deux ans une existence malheureuse entre la peur des hommes et celle de la mort. Enfermé dans le château ou plutôt dans la forteresse du Plessis-lez-Tours, il s'abritait derrière quatre cents archers armés et dix-huit cents chausses-trappes disséminées aux alentours, sans compter les barrières, les chaînes et les fourches patibulaires. Pour le distraire au fond de cette lugubre demeure, on mettait dans sa chambre des chats et des sourris. Sans compter les autres faveurs, il donnait dix mille livres par mois à son médecin, Jacques Cottier, qui jurait que, d'après les observations des étoiles, il ne vivrait pas une semaine s'il était privé de son secours. Il mêlait à l'emploi des remèdes les plus dégoûtants les reliques et les superstitions, comme aussi de terribles et merveilleux médicaments, car il ne voulait pas absolument mourir ; il avait ordonné, lorsque son heure serait venue, de l'en avertir par ces mots : Parlez bas.

Afin qu'on ne s'aperçut pas de son dépérissement, il cherchait à se rajeunir, se montrait avec des habits magnifiques, contre son usage, et, redoublant d'activité dans l'exercice du pouvoir, il envoyait des courriers ça et là, faisait acheter dans chaque pays ce qu'il y avait de plus estimé : des chiens de chasse en Espagne; des rennes, des élans, des fourrures dans le Nord ; des chevaux et des armures en Italie ; des lions en Afrique , toutes choses qu'il payait à des prix énormes, et dont il faisait grand bruit. Ayant ouï parler des miracles que l'on attribuait à saint François de Paule, fondateur des minimes, il le lit venir de Calabre, dans l'espoir qu'il lui sauverait la vie. Quand le pieux personnage, qui avait pris pour devise de son nouvel ordre Charité, en lui donnant pour base l'humilité et l'abstinence, arriva dans le séjour royal, Louis se jeta à ses pieds, en le suppliant de le guérir; mais le bon ermite répondit qu'il n'avait d'autres remèdes que ses prières, et l'exhorta à implorer Dieu, à se convertir (1). En effet, sa conscience bourrelée lui inspira des remords à ses derniers moments ; il gémissait sur le mal qu'il avait fait, et réparait celui qui pouvait l'être ; enfin il mourut le 24 août 1 483, en invoquant cette même vierge à laquelle il avait demandé tant de fois la réussite et l'impunité de ses méfaits. Méchant homme et grand roi, tel fut Louis XI.

(1) Saint François apporta en France l'espèce de poirier qui, à canse de lui, fut appelé poirier de bon chrétien.

CONSTITUTION hï. LA FRANCE

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