‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 5 sur 153 · INVENTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

INVENTIONS DIVERSES

de savoir promptement des nouvelles de toutes parts , et d'y faire savoir des nôtres quand il nous parait utile; mais les deux cent trente courriers et les surveillants de leur service firent peser sur le peuple une charge nouvelle, sans qu'il en retirât aucun avantage. Les murmures qu'il fit entendre déterminèrent Louis à permettre aux particuliers de se servir des chevaux de la poste royale, et d'expédier leurs lettres par cette voie. Pendant les guerres de religion, cette facilité de communications, qui pouvait aider à répandre des idées hostiles, parut offrir du danger, et il fut défendu, sous peine de mort, d'employer des chevaux de poste. Sous Henri IV, on organisa le service des courriers, et l'on tarifa le port des lettres, ce qui fut pour l'État une source de revenus. Au mois de mai de l'an 1630, furent créés des mattres de poste et des courriers, charges héréditaires, dont la vente fut, pendant quarante deux ans, Tunique avantage procuré au gouvernement. Sully avait vendu la charge de général des postes pour 32,000 écus; Richelieu, en 1629 l'adjugea moyennant 350,000; Lou vois, en 1676, réduisit en une seule administration les offices de divers départements, et les postes furent affermées à Lazare Petit pour le prix de 1,200,000 livres. Cette somme augmenta avec une telle rapidité, qu'à l'époque de la révolution les postes rapportaient au trésor douze millions par an.

Ferdinand et Isabelle, après la prise de Grenade, les établirent dans leurs États (1). En Angleterre, les communications étaient nulles à l'extérieur, très-rares au dedans; il y avait peu de commerce et beaucoup d'ignorance. Le roi seul avait intérêt à expédier des lettres pour convoquer les barons de toutes les provinces; mais le transport de ces missives lui coûtait fort cher. En 1481, durant les guerres d'Ecosse , Édouard IV établit des courriers de vingt milles en vingt milles, qui , se passant les lettres de l'un à l'autre, pouvaient leur faire parcourir deux cents milles en deux jours. En 1548, Édouard VI fixa le prix du relais par cheval. Charles Ier songea un peu* à faire jouir les particuliers des avantages de la poste; mais ce ne fut que sous le protectorat de Cromwell qu'elle fut organisée régulièrement. Le parlement plaça sous sa dépendance le maître générai de la poste, et le monopole en

(t) Dons les plus brillantes années du seizième siècle, le cardinal Bibiena, écrivant a Julien de Médicis, alors à Turin, lui reprochait de ne pas avoir donné de ses nouvelles au pape : « Ne vous excuse/ pas en disant que, vous trouvant dans

■ un lieu hors main, vous n'avez su par où diriger vos lettres, car vous pouviez

■ les envoyer à toute heure par un exprès, soit à Gênes, soit à Plaisance. » (Uttres des Princes, t. I, p. 15.)

fut réservé au gouvernement. U y eut des tarifs décrétés , des exemptions attachées à certains offices, et des subtilités fiscales, qui n'ont pas duré moins de deux cents ans , se multiplièrent à Tinfini. Quatre années après ces règlements (1664), les postes rapportaient 525,009 livres; en 1723, 5,040,000; en 1797, 15,175,000, et beaucoup plus ensuite.

La petite poste, pour le service intérieur de la ville, ne date, à Paris, que de l'année 1759 ; elle y fut établie à l'exemple de celle de Londres, où elle fonctionnait déjà en 1683. Aujourd'hui, dans ces deux capitales, les facteurs sont amenés au bureau central et reportés dans leurs quartiers respectifs au moyen de voitures omnibus.

Des Lombards introduisirent les postes en Allemagne ; François-Gabriel des Tassi ou Taxis, comte de la Torre de Valsassina, établit le premier, au temps de Frédéric III, une poste dans le Tyrol; son neveu François en organisa une autre de Bruxelles à la frontière de France, et une troisième de Bruxelles à Vienne. C'étaient des courriers à cheval ; au début, on ne renouvelait que la monture, mais plus tard on changea les postillons. Us ne faisaient, dans l'origine, que le service public ; plus tard, les négociants et les particuliers purent leur confier des lettres moyennant une rétribution; alors le produit s'éleva tellement que François, pour en conserver le privilège, s'engagea à faire gratuitement le service public. En 1516 Maximilien Tr lui décerna le titre de grand maître des postes dans les Pays-Bas; puis en 1522 la diète ordonna qu'il en serait organisé d'autres selon les besoins. Léonard Taxis leur donna de l'extension en 1543, en les dirigeant des Pays-Bas par Liège, Trêves, Spire, le Wurtemberg, Augsbourg et le Tyrol, jusqu'en Italie et c*n Allemagne. Rodophe II défendit tout autre mode de transport pour les lettres. Lamoral, baron de Taxis, eut, en 1615, la charge de grand maître des postes de l'Empire, comme fief héréditaire; mais, lorsque les différents États eurent reconnu le profit et la commodité des postes, ils voulurent en jouir pour leur propre compte, et en établirent de particulières, malgré les réclamations de l'empereur et des comtes de Taxis. Le congrès de Vienne maintint à ces derniers leur privilège pour vingt-trois États de la confédération, privilège dont ils viennent de s'affranchir. Le Danemark, la Suède et la Russie n'organisèrent île postes qu'au commencement du siècle passé.

En même temps que les postes facilitèrent les communications des particuliers, elles aidèrent les gouvernements à jeter les fondements de ce pouvoir central qu'ils s'efforçaient alors de cons-

tituer, mais qui fut en vérité l'œuvre sociale du siècle que nous allons décrire. Dès lors la rapidité des relais et la facilité des communications allèrent toujours croissant. L'Angleterre et la France ont récemment introduit dans ce service une amélioration notable, en adoptant le timbre poste , au moyen duquel le port des lettres se trouve affranchi, ce qui épargne tout le temps perdu pour la taxe, le timbre et la recette du prix.

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