RE DES DEUX ROSES
tinent, et voyait avec indignation une princesse française sur le trône. Richard, duc d'York, descendait par son père du quatrième filsd'ÉdouardlH, et parsa mère d'Anne Mortimer, sœur d'Edmond Mortimer, né du second fils de ce roi; il résolut, à la faveur des troubles, de faire valoir ses droits à un trône sur lequel les rois ne se succédaient que pour désapprouver ce que les autres avaient fait. Le parlement courbait la tête.
Il gouvernait l'Irlande, quand un certain Jean Cade, scélérat de bas étage, se donnant pour Edmond-Jean Mortimer, réunit une bande d'hommes armés, et marcha sur Londres, qu'il occupa; mais, ses gens s'étant abandonnés au pillage, les bourgeois prirent les armes, les chassèrent, et tuèrent Cade lui-même.
On fit entendre au faible roi que Richard d'York avait provoqué cette folle entreprise pour sonder les esprits : poursuivi comme rebelle, le duc le devint en effet; mais, attiré perfidement à une conférence avec le roi, il ne sauva sa vie qu'en prêtant sur l'hostie tm serment d'obéissance.
Le roi, selon les uns, était imbécile; selon les autres, absorbé par la dévotion ou l'étude; toujours est-il qu'il n'avait pas cette prudence vulgaire qui est indispensable pour régner; enfin il tomba en démence, et la reine se laissa persuader d'appeler dans le conseil d'État le duc d'York, qui bientôt en dev int l'arbitre, et t'use fit nommer, par le parlement, protecteur du royaume et défenseur de l'Église. A peine le roi eut- il recouvré la santé qu'il cassa cet acte, reprit les rênes du gouvernement, et remit Somerset à la tête des affaires. Richard, qui s'était enfui dans le pays de lrl*£x Galles, reparut à la tête d'une forte armée. C'est ici que commencent les guerres entre la Rose blanche, devise des Mortimer, et la Rose rouge, devise des Lancastre, guerres qui, dit-on, coûtèrent la vie à un million de personnes et à quatre-vingts princes du sang, a Deux hommes, dit un poète, se lèvent le matin du « même lit ; ils échangent à peine une parole, et l'un s'éloigne « de l'autre ; celui-ci crie York ! celui-là Lancastre! et pour adieu « ils croisent le fer. » UJ3.
A la bataille de Saint- Alban , Somerset est tué, et Henri , blessé, reste prisonnier. Richard, qui avait attiré dans son parti le comte deSalisbury, descendant des Plantagenets, et son fils le comte de Warwick, héros de cette guerre, se fait de nouveau déclarer protecteur, avec la clause qu'il ne pourra être dépossédé de cette dignité sans le consentement des pairs; néanmoins Henri, aussitôt après mm. sa guérison, se transporte à la chambre des communes, et fait déclarer la déchéance de Richard.
ueo. line courte réconciliation est bientôt suivie de nouvelles hostilités; York et Warwick , mis en accusation , s'avancent en armes ; le roi est défait à Northampton et empoisonné. Richard fait déclarer par le docile parlement que la couronne lui appartient de droit, mais que , puisque Henri la possède , elle ne reviendra qu'après «a mort à la maison d'York.
m décembre. La reine Marguerite, qui s'était réfugiée en Écosse, réunit une armée entretenue par le pillage, et revient tenter fortune. Des gibets sont dressés sur le champ de bataille potir pendre les vaincus. Richard est défait et tué à Wakefield ; son fils-, qui s'était rendu, est massacré de sang-froid; le comte de Salisbury est décapité avec les plus zélés partisans de la maison d'York.
Le sang ver^é exaspère les haines. Edouard, fils de Richard d'York , s'appuie du concours de Warwick le faiseur de rois, baron aux mœurs antiques , qui conservait les habitudes féodales, donnait l'hospitalité a tous, nourrissait dans ses terres trente mille personnes, et consommait six bœufs par repas quand il tenait maison à Londres. Sans pitié pour les nobles, il épargnait le peuple clans les combats; intrépide, mais sans générosité chevaleresque, il attaque une flotte double de la sienne, et s'enfuit au besoin , sans rougir. Soutenu par son bras, le duc d'York entre mi, dans Londres, où il est proclamé roi, non par le parlement , mais par la population de la capitale ; la rose blanche est partout arborée. Edouard iv. Henri et sa famille s'étaient retirés vers le nord, à la téte d'une i'ïïïri. forte armée; le sang continua donc découler. On combattit à Towton pendant deux jours , sous une neige abondante, et trente mille hommes y périrent. Warwick, voyant les siens plier, tua son cheval, et, baisant la croix de son épée , il jura de partager le sort du dernier soldat. Dès ce moment , la fortune changea. Edouard défendit de faire quartier; après avoir recouvré par le crime un trône dont un crime avait précipité ses pères, il voulut le conserver par des vengeances inflexibles et cruelles; il fit casser par le parlement les actes des trois derniers règnes, et proscrire la famille royale et ses partisans, non moins pour épouvanter ses ennemis que pour se procurer les moyens de récompenser ses amis.
Marguerite obtint de Louis XI , en promettant de lui céder ne. Calais, un misérable secours ; les Écossais favorisaient sa cause , mais elle fut de nouveau vaincue à Exham. L'infortunée reine, réduite à se réfugier avec son fils dans une forêt , y fut dépouillée par des brigands; mais, tandis qu'ils se disputaient pour le partage de ses joyaux, elle s'échappa portant son fils dans ses bras. Un autre
(rUERRE des deux roses.
brigand qu'elle rencontra, touché de pitié, la conduisit dans les Pays Bas, d'où le duc de Bourgogne la renvoya à son père. Le duc de Somerset fut pris et décapité. Un an après , le roi Henri VI fut découvert, et enfermé dans la tour de Londres.
Mais le faiseur de rois ne resta pas longtemps d'accord avec Édouard , surtout lorsque ce prince eut épousé Élisabeth Woodwille, veuve de lord John Gray (i), dont l'influence fit rentrer en grâce les partisans de Henri VI. Dans un soulèvement dont l'Yorkshire fut le théâtre, le père et le frère de la reine furent tués avec plusieurs autres ; alors Warwick, sous prétexte de défendre m», le roi contre les insurgés, le retint prisonnier; puis , d'accord avec le duc de Clarence, frère du roi , il se déclara contre lui, et , se réunissant à Marguerite, ils entrèrent en Angleterre, d'où "7<>- Edouard fut contraint de fuir. Us remirent Henri sur le trône , mais comme leur instrument; déclarés protecteurs, ils ménagèrent l'effusion du sang.
Édouard revient bientôt à la charge, et Clarence, que le seul espoir du trône avait uni à l'ennemi, voyant qu'il faut y renoncer, se réconcilie avec son frère. Warwick périt à Barnet, Édouard ,47i, triomphe , Marguerite est vaincue et prise avec le jeune Édouard. Pourquoi es-tu venu en Angleterre? demande le roi au jeune prince. — Pour défendre la couronne de mon père el mon héritage , répond-il. Le roi le soufflette , et les assistants l'égorgent.
Édouard , avec l'appui de ses maîtresses et de ses créanciers, revint dans la capitale, où Henri périt le môme jour, assassiné ttnut. probablement dans sa prison : triste fin d'un règne qui avait commencé sous de si heureux auspices. Marguerite resta trois ans prisonnière; après avoir été rachetée, elle alla mourir dans sa patrie. Les vengeances du roi, des ducs de Clarence et de Glo- m*. rester tombèrent sur les partisans de la maison de Lancaslre. Le résultat devait être funeste à Clarence; en effet, le roi, irrité de
(I) Le connétable d'Angleterre lut à lord Gray, d'abord partisan de la maison d'York, puis «on ennemi, la sentence suivante : « Ralph Gray, tes éperons d'or seront brisés à te* talons par ce manant ; tu seras dégradé de ta noblesse, de tes tilt es, de tes armes, de tes dignités ; les rois et hérauts d'armes te déchireront ta cotle de chevalier pour te revêtir de ce surcot infamant, avec tes armes à rebours. Attendu toutefois que tes aïeux ont souflert pqt'ir les siens, le roi te pardonne, à ces conditions : Tu iras à pied au milieu du peuple, qui te reprochera ton infamie , jusqu'à l'extrémité de la ville; là, tu r/eras livré au bourreau , et, monté sur l'tchafaud, il te crachera au visage , a uis te tranchera la tetc ; ton buste sera enseveli sans honneurs par des moiives, la tête placée oii il plaira au roi, pour tubir les outrages des serviteurs (idoles, pour devenir IVIfioi de ceux qui «raient tentés de limiter. » J