‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 53 sur 153 · LES TUDOR · texte numérisé non relu

LES TUDOR

tuer, l'obligea à céder les clefs de leur prison à Jacques Tyrrel, et qu'ils furent étouffés dans leur lit, lorsque éclata la révolte de Buckinghara. Comme il est arrivé pour le fils de Louis XVI, Aoûtleur mort fut racontée de cent manières différentes, et niée quelquefois; ce qui suscita plusieurs faux Édouard.

Afin qu'Élisabeth , fille d 'Édouard IV, ne pût porter à d'autres iuciurd m. ses droits à la couronne , Richard , qui n'avait point d'enfants , résolut de l'épouser, et, dans ce but, accéléra le mort de la reine. La veuve d'Édouard , oubliant qu'il lui avait enlevé son mari , ses enfants , le trône , l'honneur, sortit de sa retraite pour briller à la cour avec la jeune Élisabeth ; mais , sur ces entrefaites, Henri de Tudor, comte de Hichemond , descendant d'Édouard III à titre de bâtard , s'échappe de la Bretagne, où il était surveillé , entouré d'embûches , et vint, les armes à la main, se proclamer roi. Richard fut vaincu et tué à la bataille de Bosworth , et la couronne, « Mût. arrachée de son front, orna celui du dernier rejeton de la maison de Lancastre , moins fort de ses droits héréditaires que de l'exécration méritée par les derniers Plantagenets.

Henri VII, roi par la volonté de Dieu, par naissance et victoire, i^Todor. s'affermit sur le trône par son mariage avec Élisabeth, mariage qui réunissait les deux Roses; mais son règne n'en fut pas moins agité. Les partisans de la maison d'York, se plaignant de ce qu'il négligeait Élisabeth, dont il avait fait sa femme par convenance politique, et de ce qu'il persécutait sa mère, tentèrent de relever cette famille en proclamant le comte de Warwick, fils du duc de Clarence , ancien vice-roi d'Irlande. Ils propagèrent le bruit qu'il s'était enfui de la Tour de Londres, où il se trouvait renfermé, et firent passer pour lui un nommé Lambert Simnei, qui fut reconnu roi d'Irlande sous le nom d'Édouard VI ; mais Henri VII fit iitr. paraître le véritable Warwick , auquel il pardonna , vainquit l'imposteur, et le plaça comme marmiton dans ses cuisines. Un certain Perkin Warbeck vint à son tour, se donna pour Richard IV, et fut proclamé en Irlande, tandis que Henri était occupé sur le continent. La France le traita honorablement, Marguerite de Bourgogne le tm, soutint , et Jacques d'Écosse le conduisit en Angleterre avec une armée. Abandonné à la fin, il fut conduit à Londres et pendu, sans que la question de savoir s'il était un imposteur fût bien éclaircie. Sa tin ne découragea pas d'autres prétendants , et l'un i«m. d'eux eut pour soutien le véritable Warwick, qui, pour ce motif, fut décapité ; avec lui finit la descendance mâle des Plantagenets, qui avaient régné trois cent trente et un ans sur l'Angleterre.

Si Henri dut envoyer beaucoup de personnes au supplice , il sut

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pardonner quand la rigueur ne lui parut pas nécessaire. 11 fallait certainement une main ferme et un caractère sévère pour réprimer tant de factions, et faire cesser les troubles qui bouleversaient l'île depuis un siècle. Henri était sombre , constamment sérieux, ennemi des plaisirs et très-avide d'argent. Il eut recours à tous les expédients pour s'en procurer, falsifia ou altéra les monnaies ; deux jurisconsultes, barons de l'Échiquier, Richard Empson et Edmond Dudley* firent revivre toutes les prétentions féodales , tous les droits de la couronne tombés en désuétude; ils poursuivaient le recouvrement de dettes et d'amendes depuis longtemps prescrites, rappelaient des confiscations oubliées. Henri se lit décréter des subsides pour faire la guerre à la France ; puis il accepta sept cent quarante-cinq mille écus de Charles VIII, sans compter une pension de vingt-cinq mille écus pour lui et ses héritiers. Grâce à l'or donné par ses sujets pour faire la guerre, et par ses ennemis pour ne pas la faire, il s'enrichit et se déshonora. A sa mort, il nSk. laissa un million huit cent mille livres sterling dans le trésor.

con.utuuon. La constitution anglaise acquit de la force sous la domination des Lancastre. Édouard III fut souvent obligé, par le besoin d'argent, de réunir les états. Les députés des villes, qui jusqu'alors n'étaient venus au parlement que pour entendre la déclaration des subsides qui leur étaient imposés, encouragés par l'accroissement de leurs richesses , osèrent d'abord joindre à leurs votes quelques plaintes respectueuses ; puis ils exposèrent leur demande avant de consentir l'impôt. Leur courage grandit lorsqu'ils virent siéger avec eux les représentants des comtés , qui leur apportèrent les usages suivis parmi les pairs , et leur enseignèrent à convertir les simples suppliques en véritables discussions sur les lois. Alors la constitution anglaise prit racine dans le sol; il fut établi que le consentement des communes était nécessaire pour valider un impôt, de même que celui des barons l'avait été dans le droit féodal. La puissance législative fut exercée par le roi et les deux chambres, et les institutions qui en émanèrent tendirent de plus en plus à garantir la liberté individuelle et la liberté politique. Toutes les fois que le roi demandait des subsides pour les guerres d'Écosse et de France , il les disait entreprises avec l'assentiment unanime des lords et des communes, atin de ne pas être taxé d'ambition ; c'était en quelque sorte reconnaître aux communes le droit de paix et de guerre.

Enfin, les communes furent admises à examiner et à punir les abus commis dans l'administration du royaume.

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Rien n'indique si , dans l'origine, les deux chambres furent réunies dans le parlement; plus tard on les trouve séparées. Le parlementse composait du clergé , des lords ou grands hommes de la terre, et des petits hommes des communes. Le clergé cependant , dispensé d'assister aux assemblées , tenaient des synodes séparés , et se faisaient représenter par des prélats. Le second état comprenait les barons qui relevaient de la couronne, pairs spirituels et temporels; les baronnets, riches et notables, convoqués particulièrement par le roi, et les membres honoraires de son conseil. Les communes étaient composées de soixante-quatorze chevaliers nommés par les comtés , et des représentants des villes et des bourgs. Le droit de parler librement fut assuré aux membres du parlement, avec la faculté plus précieuse encore d'être à l'abri des poursuites judiciaires. Le parlement, réuni la huitième année du règne d'Édouard IV, proposa trente et un articles, qui restreignaient la prérogative royale, et qu'il dut accepter ; par ces articles, il était obligé de nommer seize conseillers et de suivre leurs conseils, sans qu'il pût les renvoyer que pour mauvaise conduite reconnue. Le chancelier et le garde du sceau ne durent accepter ni don ni quoi que ce fût au détriment de la loi; enfln il fut décidé que tous les revenus Ordinaires du roi seraient affectés aux dépenses de sa maison ainsi qu'au payement de ses dettes, et qu'il donnerait audience , deux jours la semaine, pour recevoir les pétitions.

Bien que le parlement eût acquis successivement une plus grande influence depuis la grande charte jusqu'à Henri VII, il y avait beaucoup d'arbitraire dans l'administration, et les prérogatives du roi nuisaient à la liberté. Une de ces prérogatives lui donnuit le droit d'acheter pour sa maison tout ce dont elle avait besoin, ajuste prix, de préférence à tout autre, que cela convint on non au vendeur. Il en était de même pour les moyens de transport dans ses voyages, pour ses logements et ceux des gens de sa suite; ce qui entrainait beaucoup d'arbitraire , et obligeait des artisans, des artistes à travailler de gré ou de force pour le roi. Il abusait des droits féodaux de réversion , s'emparait du bien d'autrui. Le connétable et le maréchal, qui ne devaient connaître légalement que des appels pour trahison d'outremer et du jugement des délits militaires dans l ile , s'arrogeaient le droit de prononcer sur les cas de félonie, et parfois même en matière oivile. Les communes envoyaient de fréquentes pétitions rontre ces abus, et la constitution tendait à les restreindre, non pas tant pour amoindrir la puissance royale que pour garantir les

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personnes et les biens, ce qui tournait à l'avantage des particuliers.

La justice, mal administrée, reçut de grandes améliorations, et chacun, par l'introduction de la langue anglaise, putconnattre les abus. Les crimes d'État, que les mauvais gouvernements cherchent toujours à étendre, furent limités à sept : tramer la mort du roi, de sa femme ou de son héritier ; souiller la femme de l'un ou de l'autre, ou bien leur fille aînée; susciter des guerres à l'intérieur, ou favoriser l'ennemi ; falsifier le grand sceau ou la monnaie; tuer certains officiers de l'État, ou des juges du roi dans l'exercice de leurs fonctions.

La guerre des deux Roses, toute meurtière qu'elle fut, régénéra l'Angleterre, et la releva de l'état d'humiliation où l'avaient jetée les revers éprouvés sur le continent; on put dire alors que les désordres du moyen âge étaient finis. Le pouvoir se trouvait disputé entre une noblesse au comble de la puissance, des communes encore récentes et des rois surveillés, pour qui l'on combattait en apparence, tandis qu'ils restaient en réalité à la discrétion des deux partis contendants. Dans ces guerres sanglantes, les vaincus n'étaient pas York ou Lancastre; c'était l'aristocratie qui allait à la boucherie, ou se voyait ruinée par les confiscations. Le peuple au contraire s'éleva, et les archers plébéiens déterminèrent des victoires qui furent sanctionnées par des concessions.

Les sages règlements de Henri Vil le firent surnommer le Salomon anglais : il conclut avec les Pays-Bas le grand traité de commerce, et ordonna que tout individu qui aurait soutenu par les armes ou autrement le souverain de fait , ne pourrait jamais être poursuivi pour ce motif devant les tribunaux; il réprima les excès du clergé, et v oulut que l'ecclésiastique convaincu d'un crime capital fût flétri avant d'être soumis au jugement clérical; il dispensa les pauvres de toute taxe à payer aux juges, avocats ou greffiers : loi opportune pour rendre la justice accessible à tous, mais qui remplit les tribunaux d'une fourmilière de plaideurs.

Tandis que le roi avait à peine cinq mille livres sterling de revenu, plusieurs familles possédaient des fortunes immenses; mais Henri, en donnant aux nobles la faculté d'aliéner leurs terres, favorisa la décadence de l'aristocratie et l'enrichissement du tiers état. Les nobles vendirent alors leurs domaines pour satisfaire à leur goût de luxe, et vinrent vivre à la cour. L'hospitalité féodale cessa d'être exercée dans leurs châteaux, et, de barons qu'ils étaient, ils devinrent hommes du roi.

Un usage germanique, appelé maintenance, avait subsisté jus-

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