‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 54 sur 153 · IRLANDE · texte numérisé non relu

IRLANDE

qu'alors; c'était la faculté de s'attacher par serment divers compagnons auxquels on donnait sa devise, et qui s'engageaient à défendre, les armes à la main, le chef de l'association et chacun de ses membres. La justice y trouvait une entrave dans son cours, et certains lords étaient devenus aussi puissants que le roi. Un bill très-sévère du parlement abolit cet usage, en attribuant à la llM* chambre étoilée la répression des contrevenants, ce qui enleva à la noblesse la puissance guerrière.

Quant aux deux autres royaumes des lies britanniques, les irimde. rois anglais, depuis la soumission de l'Irlande par Henri II, se regardaient comme mattres du territoire par droit de conquête, et ne reconnaissaient de propriétés légitimes que celles qu'ils avaient octroyées. Cette injustice, que le temps et les progrès de la politique n'ont pas encore détruite, empêcha les Irlandais de se fondre jamais avec leurs oppresseurs. Les colonies anglaises de la partie orientale ( Pale ) étaient considérées comme ennemies par les tribus irlandaises qui vivaient dans le reste du pays sous des chefs indépendants, trop éloignées pour y établir le vrai système féodal, et formées de familles trop puissantes pour être réduites à l'état de colons ; aussi l'Irlande profitait-elle de toutes les occasions pour s'insurger, et fournissait un appui assuré à tous les ennemis des Anglais. On envoyait contre elle des aventuriers, à qui l'on accordait en fiefs les terres qu'ils parviendraient à conquérir ; mais afin qu'ils pussent les conserver, on dut leur permettre de faire la guerre pour leur propre compte. Habitués dès l'enfance aux armes et à la discipline, ils avaient facilement l'avantage sur les habitants du pays, braves mais indisciplinés. Vainqueurs, ils demandaient comme indemnité et obtenaient comme récompense de nouvelles terres. D'immenses possessions s'accumulaient ainsi dans les familles des premiers conquérants; pour obliger les naturels à les cultiver, ils les tenaient dans un état à demi sauvage, et tellement dégradés que ce n'était pas un crime capital d'en tuer quelqu'un.

Les nouveaux dominateurs prirent les mœurs du pays, et devinrent, de vassaux d'Angleterre, chefs de tribus indépendants ; comme ils étaient imités par les petits feudataires, les habitudes irlandaises allaient se propageant. Le gouvernement anglais s'en aperçut, et, pour ne pas être exposé à perdre sa suprématie, il défendit à ceux qui relevaient de lui d'épouser des femmes indi- 13«7. gènes, d'élever leurs enfants parmi les Irlandais, d'avoir chez eux des bardes, de laisser croître leurs cheveux et leur barbe, à la mode d'Irlande.

Les grands possédaient seuls le droit de bourgeoisie etl'autorité principale à Dublin comme à Warterford, les deux uniques villes de quelque importance , et seuls ils représentaient la nation, la chambre des communes n'ayant jamais acquis d'autorité. Comme vassaux ou censitaires, les petits propriétaires dépendaient di s grands, qui perpétuaient la guerre avec les indigènes, soit pour étendre leurs domaines, soit pour faire des prisonniers destinés à cultiver leurs champs; mais ils n'auraient pas vu avec plaisir que les rois anglais subjuguassent l'île entière, parce que la force nécessaire à cet effet aurait pu mettre un frein à leurs violences et à leurs usurpations.

Richard d'York, père d'Édouard IV, lorsqu'il était lord lieutenant en Irlande, avait favorisé les grands, dont la puissance s'était fortifiée dans les guerres civiles, et qui s'armèrent contre Lancastre et pour quiconque vint troubler la paix publique. Henri VU songea donc à éteindre ce foyer de guerre civile, et il ut*. confia le gouvernement de l'Irlande à sir Edouard Poynings, ttfi&m qui, ayant assemblé un parlement à Drogheda, décida que les guerres cesseraient entre les lords ; que les tributs à payer au roi et aux seigneurs seraient déterminés; que les actes du parlement anglais auraient force de loi pour les affaires civiles, qui n'étaient pas encore réglées par la législation en Irlande; qu'aucun décret ne serait valable sans l'approbation royale, et que le parlement ne délibérerait que sur des matières approuvées par le conseil privé du roi. Ce statut avait pour but de soutenir les communes contre la toute-puissance des grands; mais il devint ensuite un moyen d'oppression pour l'Irlande.

Kcosse. En Ecosse, où l'organisation était féodale comme dans le reste de l'Europe, le pouvoir des grands s'étendit plus qu'ailleurs, par suite de circonstances particulières(l). Dans un pays montagneux, coupé par des fleuves et des marais, les châteaux étaient inaccessibles aux ennemis comme aux rois. Les monarques dans les autres pays commencèrent à réprimer les barons en donnant de l'importance aux vilU's , où ils instituaient une justice et une administration régulières; mais l'Écosse n'avait que très-peu de villes, comme tous les pays où les Romains n'en fondèrent pas. Le clan faisait toute la force de la noblesse; dans cette organisation, chaque noble était considéré comme ne faisant avec

(I) Robebstom and I'inkliitoî», Hist. ft/Scotlond froi* Me accession of tte

/toute o/Stuart to thaï of Mary ; 1797.

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ses vassaux qu'une seule famille dérivant d'une souche commune ; le chef de clan était donc tout à la fois seigneur et patriarche. Ces lûirds, peu nombreux, possédaient des domaines très-étend us; ils se fort ftaientpar des mariages entre eux ou par des associations, soit avec des égaux, soit avec des inférieurs, et ces associations purent contre -balancer l'autorité royale.

An milieu de leurs hostilités fréquentes avec l'Angleterre, les rois d'Écosse, ne pouvant garnir toute la frontière de châteaux forts, en confiaient la garde à des gentilshommes; leurs vassaux , toujours sous les armes, s'habituaient aux combats, acquéraient de la prépondérance sur le reste de la population, et pouvaient soutenir au besoin les droits ou les violences de leurs chefs. Le hasard seconda aussi la noblesse en multipliant les minorités royales, temps favorable aux usurpations. L'aristocratie devint donc toute-puissante en Écosse, et les rois ne purent parvenir à la briser, malgré tous leurs efforts, et quoiqu'ils fomentassent les haines héréditaires entre les clans; car, si ces tentatives détruisaient quelques familles, d'autres leur succédaient, sans que l'autorité royale en acquit plus de vigueur.

A David II Bruce succéda son neveu Robert, le premier des mo Stuarts, qui fut constamment en guerre avec les Anglais, ou se vit menacé par eux. Robert III, son fils, laissa par sa douceur les factions acquérir de la force. Favorisées par elles, les armées ennemies pénétrèrent plusieurs fois dans le pays, et son fils Jacques tomba même en leur pouvoir. Le duc d'Albany, frère du roi, qui avait tenté tous les moyens détournés pour parvenir au trône, s'établit alors régent du royaume au nom du prince prisonnier. Après dix-neuf ans de captivité, Jacques fut renvoyé en Écosse, sous promesse de ne pas faire la guerre à l'Angleterre. Son jacquet v. caractère s'était retrempé dans l'adversité , et il remédia à l'anarchie survenue au milieu des guerres de toute espèce. Après avoir réprimé les barons autant qu'il lui était possible (4), il promulgua plusieurs lois, et régularisa la constitution du royaume. Jusqu'alors le parlement n'avait été composé que de la noblesse, c'està-dire des barons ecclésiastiques , des barons vassaux de la couronne et des bourgs, c'est-à-dire des petits barons qui tenaient en commun un fief de la couronne. Ils étaient obligés d'aller en personne aux assemblées; mais, comme les bourgs s'affranchis-

(l) Noua nous servons de celte expression , parce que lui-même exempte les Stoarts d'obéir à une loi, « attendu qu'ils sont dans l'usage de se voler et de se teer k» uns les autres. - Pinkmitow, I, p. 155. •

saient, autant qu'ils le pouvaient, d'une charge dont ils ne comprenaient pas l'importance, les grands barons avaient la préponlttS&|a France. Afin de leur opposer un contre-poids, Jacques dispensa 1W7- les petits seigneurs d'assister au parlement, et donna aux propriétaires libres de chaque comté le droit d'y envoyer leurs députés; c'était le premier pas vers une représentation nationale. Il régla aussi la justice en instituant une cour de lords de la session pour les affaires civiles, dont les membres devaient siéger, trois fois l'an, dans telle ville qu'il leur conviendrait.

Les nobles, dont Jacques avait réprimé l'arrogance, lui devinrent hostiles, mirent à leur tête Robert Graham, l'assaillirent et le tuèrent; mais ses assassins furent arrêtés, et condamnés à des supplices cruels.

jacqoM h, La minorité de Jacques II permit aux factions de se déchaîner ; 1 ' lorsqu'il fut sorti de tutelle, il s'abandonna à des favoris, et soutint des guerres civiles, sans compter les guerres avec l'Angleterre, dont les Écossais étaient toujours prêts à seconder les ennemis. Jacques tua de sa main le comte de Douglas, le plus puissant seigneur de l'Ëcosse , qui mettait le trouble dans le royaume, et, profitant de la terreur causée par cet acte, il fit passer, afin de réprimer la noblesse, plusieurs règlements propres à fortifier sa prérogative royale. Les vastes domaines de Douglas furent réunis à la couronne; il abolit toutes les aliénations, passées et futures , des domaines royaux , révoqua toutes les concessions de ses prédécesseurs, et obligea même les détenteurs de restituer les fruits perçus. La garde des Marches ou frontières, garde si importante , comme nous l'avons dit phis haut, ne devait plus se transmettre par héritage, et la juridiction des marquis se trouva limitée par celle des lords de session. Il était défendu de conférer le droit royal de juridiction, etde créer des offices héréditaires sans l'aveu du parlement. C'est ainsi que Jacques II parvenait à comprimer l'aristocratie; il serait même allé plus loin si, au moment où il envahissait l'Angleterre pour soutenir Marguerite d'Anjou, il n'eût été tué par un canon qui éclata dans l'épreuve.

J J ' iïî * Jacques M* son fils, poursuivit avec une hauteur despotique l'œuvre de son père, l'humiliation de la noblesse. Par la réunion à la couronne du comté de Ross, il mit fin à la puissance du lord des iles. Dédaigneux des usages nationaux, il s'enfermait dans un château, fuyait les divertissements guerriers, recherchait la société des artistes, prenait conseil d'un maître de musique, d'un tailleur, d'un maçon, pourvu que ce fussent des hommes de talent; un tel roi déplut aux Écossais. D'ailleurs il s'était aliéné les

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communes en enlevant aux bourgs l'élection des aldermen, et au clergé celle de ses dignitaires. Une conjuration des nobles lui fournit un prétexte pour exercer d'innombrables rigueurs. Ses frères eux-mêmes, les ducs d'Albany et de Glocester, aidés par Ëdouard IV d'Angleterre, prirent les armes contre lui, en le déclarant bâtard, et le firent prisonnier ; s'ils le remirent ensuite *** sur le trône, ce fut pour tenter une seconde fois de le renverser. Jacques III, voyant les nobles s'irriter qu'il élevât à de hautes charges des hommes de basse naissance, ordonna que personne n'entrât dans son château avec des armes. Les nobles, qui ne marchaient jamais sans une suite nombreuse toute bardée de fer, virent dans cette mesure leur exclusion de la cour, prirent les armes, le tuèrent à la bataille de Bannockburn, et proclame- Jurent à sa place son fils, Jacques IV.

Ce prince , par des moyens moins despotiques , tout en dé- |Vployant une égale fermeté , mais une fermeté plus généreuse et plus magnifique , sut terminer à l'avantage de la couronne ses luttes avec l'aristocratie. Il réprima les meurtres par des lois et des jugements; les lords du conseil quotidien , siégeant à demeure daus Édimbourg , vinrent en aide aux lords de session.

La trêve conclue avec Henri VII étant expirée , les hostilités , qui duraient depuis cent soixante-dix ans , avec de courtes interruptions, étaient au moment de recommencer, quand une paix perpétuelle fut enfin conclue entre les deux royaumes, et scellée par le mariage de Jacques IV avec Marguerite, fille de Henri VII. 1W0, C'était là une faible garantie contre des haines invétérées ; aussi n'empêcha-t-elle pas Jacques IV de prendre parti pour la France contre l'Angleterre , qu'il envahit avec cent mille hommes, la rot. plus forte armée que l'Écosse eût encore mise sur pied ; mais il périt lui-même à la bataille de Flodden , avec l'élite de sa noblesse, douze comtes, treize lords, cinq fils atnés de pairs et un grand nombre de barons. L'Écosse , épuisée par un tel revers , se vit dès lors en butte aux intrigues rivales de la France et de l'Angleterre.

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