‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 66 sur 153 · BURLAMACHI · texte numérisé non relu

BURLAMACHI

(î) Ora si va con motli e con iscede

A predicare, e pur che ben si rida Gon/ia il cappuedo e più non si richiede.

(Paradis, XXIX ).

13) Voy. aussi Barberino, Document* a" amore, part. VIII,d. u.

On peut citer comme chefs-d'œuvre du genre les sermons de Ménot, considéré comme une langue d'or (4), et qui, de même que Maillard, Raulin et autres, mêlait le latin au français, et faisait usage de bons mots, qui ont perdu aujourd'hui tout leur sel. Si pourtant on en retranche les inconvenances, on y trouve encore du bon, des traits finement aiguisés, et surtout un vif sentiment des misères du peuple. Il disait, en s'adressant aux avocats : « 11 semble , quand vous êtes au palais, que vous allez vous dé- « vorer les uns les autres , et que vous êtes heureux de protéger « l'innocent ; mais, à peine sortis de l'audience , vous allez boire « ensemble , pour engloutir la substance de vos clients, comme « les renards , qui semblent vouloir se déchirer et qui s'élano cent ensemble sur les poules.

« D'où vous viennent, demandait-il aux juges, ces maisons, « ces bourses d'or, cette robe de soie , rouge comme le sang du « Christ? Elle crie vengeance contre vous... Oui, je vous le dis, « le sang du Christ crie miséricorde pour le pauvre dépouillé... a Mais vous répondez : Nous avons besoin de sel et d'épices pour a que nos provisions ne se gâtent pas. Et c'est pour cela que « vous mettez les taxes 1 Eh bien , ces taxes seront le sel et les « épices qui serviront d'assaisonnement à vos chaînes dans « l'enfer. »

C'était le même sentiment qui arrachait cette exclamation à Barletta : « 0 vous , femmes de ces seigneurs et de ces usuriers, si

(1) Quando ille stultus puer et maie consullus (l'enfant prodigne) habutl suatn pariem de hcredtlale, non erat quastto de portando eam secum; ideo statim il en fait de la cbiquaille, il la lait priser, il la vend, et ponit la vente in sua bursa. Quando vidit tôt pecias argenti simul, valde gavisusesl, et dixit ad se : Oho! non manebitis sic semper. Fncipil se respicere, etguo' modo ? Vos estis de lam bonn domo, et estls habillé comme un bélitre ? Super hoc habebttur pusio. Mit Ut ad quxrendum pannarios , grossartos, mercatores setanos,et/acit se indm de pcde adcaput, NikU erat quod deesstt servifio. Quando vidit, émit sibi pulchras caligas, etc.

La Madeleine habebat suas domecellas juxta se in apparatu mundano ; habebat aquas ad faciendum relucere Jaciem, ad aUrahendum itlam hominemt et dtcebal ■. Vere habebtt cor durum, nist eum attrahum ad meum amorem. EUi deberem ipotecarc meas heredttates , umquam redtbo Jérusalem, nui colloquiocum eo luibito. Credatis quod, visa dominalione ejus et comitiva , facta est sibi place cum panno aureo , et venlt se presentarr facie ad faciem (son beau museau ) ad nostrum Redemplorem, ad aUrahendum eum à Mm plaisir.

Il paraît certain que ce mélange macaronique est dû aux compilateur* et surtout à Henri Étienno, qui a rapporté ces sermons dans V Apologie <f Hérodote ; du reste, ils prêchaient en français du temps, mêtf de textes latins. Voir GnOMt, llist. de l'éloquence politique et religieuse en France, 1837.

PRÉDICATEURS

o l'on mettait vos habits sous le pressoir, le sang des pauvres en « découlerait. »

Haulin est moins dramatique et plus sévère (1514); Olivier Maillard (1502), dont les sermons portent en marge Hem, hem, aux endroits où il toussait, se montre quelquefois savant et grave au milieu de ses bouffonneries, et déploie surtout une grande assurance en face des grands , qu'il apostrophe directement. Dans un de ses sermons prononcé devant la cour réunie à Bruges , il établit on parallèle entre les devoirs et la pratique , et divise la société en deux parts, celle de Dieu et celle du diable; puis, commençant par le roi et la reine, il leur demande à laquelle des deux ils appartiennent, et prend occasion de leur silence pour les mortifier (1).

(l) « Or acoustez, m'entendez. Saint Jacques nous/ en parle en sa canonique. Or dictes, saint Jacques mon amy : qu'ironique défaillera en Fung des commandements il M'ra coupable de tous les aultres. Certes, sefgneurs, il ne souffist naye de dire : Je ne suis pas meurtrier, je ne suis pas larron , je ne suis pas adultère : se tu as failly au moindre, tu es coupable de tous. Il ne fault qu'ung peUt trou pour noyer le plus grand navire qui soit sur la mer , il ne fault qu'une petite laulse poterne pour prendre la plus forte ville ou le plus fort chastean du monde; il ne fault qu'une petite fenestre ouverte pour desrober la plus grant et puissant bouticle de marchand qui soit en Bruges. Helas péchés, puisque pour deffault d'ung nous sommes coupables de tous, qu'est- il de vous aultres qui en rompez tant tous les jours! A qui commencera y je premier? A ceulx qui sont en cesle courtine, le prince et la sua allezza la princesse. Je tous assure* seigneur, qu'il ne souffist naye d'estre bon homme ; il fault estre bon prince, il fault faire justice, il fault regarder que vos subjetz gouvernent bien. Et vous, dame la princesse, il ne souffist mye d'estre bonne femme, il fault avoir regard à vostre famille, qu'elle se gouverne bien selon droicl et raison. J'en dict autant à tous les aultres de toux états. A ceulx .qui maintiennent la justice qu'ils fassent droict et rai*on à chascun : les chevaliers de l'ordre , que faites les serments qui appartiennent à votre ordre; ces serments sont bieu grans, comme Ton itist ; mais tous en avez fait nng atittre premier que vous gardez mienlx , c'est que vous ne ferez rien de tout ce que vous jurerez. Ditz-je. vray? qu'en que vous plaist? En bonne foy, frère, il en est ainsy. Tirez outre. Estes-votis là, les officiers de la panwterye, de la fruiterye, de la boutillerie? Quant vous ne devriez desrober que ungdeiny lot de vin ou une torche, vous n'y fauldrez mye. — En bonne foy, frère, vous ne dictesl que du moins. — Où sont les trésoriers, les argentiers? Estes-vous là qui faictes les besoignes de vostre maislre et les vostres bien ? accouitez : à bon entendeur il ne fault que demy mot. Les dames de la court, jeunes garches illecques , il fault laisser voz aliances. Il n'y a ne si, ne qua. Jeune gaudisseur, là, bonnet rouge, il fault baisser vos regards. Il n'y a de quoi rire, non, femme d'estat , bourgeoises, marchandes tous et toutes généralement, quelqu'ilz soient. Il se fault oster hors de la servitude du dyable et garder tous les commandements 4e Dieu. En le gardant, vous raserez et destruirez la cité de Iberico; et c'est de quoy je veulx suader en my le tbeusme ( thème) allégué : Si/ civitas Iherico anathema et omnia qua- in ta sunt.

Or, levez les esprits, qu'en dictes-vons, seigneurs ?estes- vous de la part de Pieu ? leprinceel la princesse, en estes-vous? Baissez le front. Vous aultres, gros fourrez,

C'est un moyen moins digne, mais plus efficace, ù coup sûr, que les généralités de rhétorique . les périphrases maniérées et les conseils doucereux des temps plus cultivés.

Il faut avouer pourtant que de pareils moyens, chez la plupart des prédicateurs, réussissaient plutôt à scandaliser qu'à édifier, et que trop souvent les exagérations dans lesquelles ils tombaient facilement venaient à l'appui d'accusations également exagérées. Le zèle pour certaines dévotions nouvelles, telles que le Rosaire et le Scapulaire, les faisait proclamer comme un remède suffisant pour tous les péchés, qui dès lors, puisqu'il était si facile de les effacer, cessaient d'inspirer une horreur salutaire. Ces pratiques donnaient de la présomption à ceux qui les observaient, et l'espoir d'une bonne mort après une vie coupable.

On abusa aussi de l'estime due à l'existence contemplative , qui souvent se réduisait à une fainéantise dévote. Certaines femmes surtout , que leur sexe rendait plus susceptibles d'exaltation , entretenaient longuement leur directeur des faits de leur vie intérieure, et celui-ci , admirant leur pureté, prenait souvent pour des révélations ce qui n'était qu'un eflet de l'imagination. Trop de dévotes de ce genre, bien éloignées de la sainteté des Brigitte, des Catherine de Sienne, des Angèle de Foligno, prétendirent marcher sur leurs traces , sans unir la pratique à la contemplation.

Les subtilités scolastiques voulurent alors s'appliquer à l'oraison mentale, comme à tout le reste; on chercha dans l'Écriture le sens caché de préférence au sens littéral, ce qui fit grandir la théologie mystique , où les occasions d'erreurs se présentèrent en foule. De là, les bégards à Lunel , et les béguines à Avignon ; de là, les pastoureaux et les autres qui, sous une apparence de rigueur, tombèrent dans des abus réprouvés par l'Église , et parfois même dans des hérésies ouvertes. Certains frères mineurs se séparèrent de leur ordre, choisirent un habit différent, des chefs distincts et un genre de vie plus austère en apparence , mais ils ne surent pas se garantir de toute erreur; ils s'intitulaient spirituels , et à l'Église

en estes- vous? Baisse* le front. Les chevaliers de Tordre, en estes-vous! Baisse* le front . Gentil z -hommes, jeunes gaudisseurs, en estes-vous ? Baissez le front. Et vous, jeune» garches, fines femelles de court, en estes-vous? Baissez le front. Vous estes escriptesau livre des dampnez. Vostre chambre est toute marquée avec les dyablcs. Dictes-moy, s'il vous plaist , ne vous estes-vous pas m vives aujourd'huy, lavées, espousseté , Oy bien, frère — A ma voulenté, que vous fussiez aussi soigneuses de nectoyer vos armes. — Quel remède, frère? Je veulx dire que se le temps passé, si pro quia, proh dolor! il n'a eu que des faultes, laissons nostre mauvaise vie, Dieu aura pilié de nous : si que non , je vous convye avec tous les dyables. »

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