‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 67 sur 153 · HÉRÉSIES · texte numérisé non relu

HÉRÉSIES

visible, riche, charnelle, pécheresse, ils opposaient une Église frugale, pauvre, vertueuse. Us s'étaient propagés surtout en Sicile; Jean XXII publia contre eux une bulle où il ordonnait qu'ils fussent appréhendés , remis à leurs supérieurs, et plusieurs même livrés au bûcher.

La question de la pauvreté absolue, qui fut sur le point d'en- Hérésie*, traîner dans le schisme tout l'ordre des frères mineurs, se compliqua des hérésies des fratricelles(«), qui soutenaient que la véritable Église avait péri , qu'elle ne se trouvait plus que parmi les franciscains , et que le pape était l'Antéchrist. Comme ils se prétendaient destinés à convertir les Sarrasins, ils se répandaient dans les pays d'outre-mer, où ils prêchaient et propageaient leurs erreurs parmi les simples fidèles; ils eurent un chaud défenseur dans Pierre-Jean d'Oliva , dont les écrits furent brûlés en 1336. libertin, de Casai , et Marsile de Mainardin , de Padoue, ses disciples , se réfugièrent chez Louis de Bavière, qu'ils encouragèrent dans sa résistance au pontife. Jean XXII fulmina une bulle contre les Frères des pauvres gens, qui avaient pour chef un nommé Ange , homme obscur et illettré, de la vallée de Spolète , et donna l'ordre de leur faire leur procès ; il agit de la même manière à l'égard d'autres corporations répandues dans le diocèse de Prague, et des Vaudois restés en Piémont , qui tenaient des assemblées de cinq cents personnes, et se soulevaient en armes contre l'inquisiteur.

On découvrit dans le district de Passau en Autriche beaucoup im. d'hérétiques, dont les erreurs dérivaient de celles des fratricelles. Selon eux , Lucifer et les siens avaient été injustement chassés du paradis, et ils devaient y rentrer un jour; si Marie était restée vierge, elle n'aurait pas mis au monde un homme, mais un ange. Ils rejetaient les sacrements, et disaient que Dieu n'a pa3 connaissance des péchés d'ici-bas , ou qu'il ne les punit pas. Douze de leurs apôtres partaient chaque année pour Jérusalem, afin de confirmer leurs coreligionnaires dans leurs croyances; chaque année les deux principaux entraient, disaient- ils, dans le paradis,

(I) Les fratricelles, qui apparurent sous Boniface VIII, furent aussi accusés de forfaits atroces ( V. Gekebr., dans Boniface Vltl). Ils se réunissaient la nuit pour «hanter des hymnes; puis les lumiètes étaient éteintes, et leur prêtre talonnait : Crevette, et multipticamini. Alors ils se mêlaient au hasard ; ils se jetaient Puu à l'autre les nouveau-nés jusqu'à ce qu'ils fussent morts, et celui dans la main duquel l'enfant expirait riait fait grand prêtre. Ils brûlaient ensuite le corps, et en délayaient les cendres dans le vin qu'ils versaient aux néophytes. Ce sont, comme on le voit, les inculpations habituelles.

302 treizième époque

pour recevoir d'Énoch et d'Élie la faculté de remettre les péchés , faculté qu'ils communiquaient aux autres. Us confessèrent au milieu des tourments toutes leurs énormités , et déclarèrent qu'ils étaient plus de huit mille dans les environs, sans compter ceux d'Allemagne et d'Italie. Beaucoup d'entre eux furent brûlés sans qu'un seul se repentit.

Les erreurs d'Arnaud de Villeneuve, médecin de Valence , dont le pape faisait grand cas , furent condamnées à Tarragone : il soutenait que le démon avait enlevé le monde à la religion , dont il ne restait plus que l'écorce ; qu'on ne devait point emprunter à la philosophie des arguments pour la théologie, et que les œuvres de miséricorde sont plus agréables à Dieu que le sacrifice de l'autel.

Il est très-difficile de démêler ce qu'il y a de vrai dans les obscènes imputations dirigées contre les hérétiques; en effet, l'opinion publique était horriblement égarée , et la manie des procès , dont nous avons déjà parlé, faisait croire à toutes les absurdités , d'autant plus qu'elles étaient confirmées aux yeux du vulgaire par les supplices et les déclamations de ceux qui auraient dù les dissiper. Persuadé comme nous le sommes que souvent les châtiments font naître le délit, nous nous sentons disposé à croire que les procédures ordonnées par les institutions civiles et ecclésiastiques multipliaient les sortilèges. A Chàteau-Landon , on entend sous terre des cris horribles; on fouille, et l'on trouve une cassette d'où s'échappe un chat noir. L'épouvante est partout ; beaucoup de personnes sont arrêtées pour donner l'explication du fait. Enfin, à force d'interrogatoires et de tortures, on découvre qu'un abbé de l'ordre de Cîteaux et des chanoines avaient enfermé cet animal avec des vivres pour trois jours, afin de remployer ensuite à un enchantement destiné à leur faire retrouver certains objets dérobés. Deux d'entre eux furent brûlés vifs, d'autres dégradés et condamnés à une prison perpétuelle.

En l'an 1322, Jean XXII, faisait savoir que a certains fils de « perdition, élèves d'iniquité , s'adonnant aux criminelles opéra- « tions de leurs détestables maléfices , avaient f abriqué des images « de plomb ou de pierre , sous la figure du roi , pour exercer sur a elles des arts magiques , horribles et défendus. » Les accusés ayant décliné la juridiction des tribunaux français, le pape chargea trois cardinaux de procéder à leur interrogatoire, et de les remettre aux juges séculiers.

Dans le cours de la même année , Jean XXII s'étonne du progrès des sciences occultes; il est « ému jusque dans les entrailles

Page 1