HÉRÉSIES
• de ce que beaucoup de chrétiens, de nom seulement, laissent « la lumière de la vérité pour s'envelopper des nuages de l'erreur, « au point de faire alliance avec les démons , de les adorer, de « fabriquer des images, des anneaux, des miroirs, des fioles et a autres objets , pour y lier les diables ; ils leur demandent et en
• reçoivent des réponses, les appellent à leur aide pour satisfaire « leurs désirs dépravés, et leur offrent, en échange d'une hon- « teuse assistance, une honteuse servitude. 0 douleur ! cette a peste se répand outre mesure dans le monde , infectant tout le « troupeau du Christ. » Le même pape Jean XXII écrit qu'il a découvert trois de ces images faites par Jean d'Amant, son médecin-barbier; en conséquence, la comtesse de Foix expédia au pontife menacé une corne de serpent , talisman regardé comme très-efficace , et le pape n'hésita point , pour recouvrer un pareil trésor, à mettre en gage tout ce qu'il possédait (i).
Avec de telles opinions , les supplices ne pouvaient que se multiplier. Gérard , évêque de Cahors , convaincu d'avoir, par des opérations de ce genre , tranché les jours du cardinal Jacques de la Voye , neveu du pape , et attenté à ceux du pape lui-môme, fut livré au maréchal de cour, qui le fit écorcher, puis tirer à quatre chevaux et jeter dans les flammes. D'autres procès encore furent faits à la cour d'Avignon pour cause de sortilège. Le maréchal de Retz fut poursuivi et condamné à Paris en 4450, pour avoir tué des enfants qu'il offrait en sacrifice au diable, après les avoir fait servir à ses infâmes voluptés; on compta jusqu'à cent quarante de ses victimes. La même année , on brûla un homme obscur qui, à la vue d'un enfant dans les bras de sa mère , le saisissait et le jetait au feu. Les pastoureaux étaient pendus par bandes dans les champs, où ils chargaientles branches des arbres; a c'était ■ un spectacle singulier, dit un chroniqueur, que de voir une forêt
• avec de tels fruits. »
Outre ces déplorables erreurs d'opinions , des hérésies véritables Htusitw. et dangereuses (*2) avaient surgi en Angleterre , qui de là passèrent en Allemagne, où elles produisirent de plus funestes effets. Jean Huss, prédicateur à l'université de Prague, avait déjà élevé la voix contre la dépravation du clergé , quand Jérôme de Prague , son disciple, lui apporta, en revenant d'Oxford, les livres de Wiclef. Les esprits hardis et les mécontents y trouvèrent des germes républicains, Jean Huss des arguments théologiques, et les
(1) Hegest. Johann., ép. 55.
(?) Voy. cm1c**ii«, ch. X.
uns comme les autres en firent volontiers leur profit. Quelques moines étant venus ensuite pour distribuer des indulgences, et Sigismond ayant prohibé le trafic sacrilège qu'ils en faisaient , Jean Huss s'en autorisa pour déclamer d'abord contre l'abus, puis contre les indulgences elles-mêmes. Le peuple 1 écouta avec faveur, et les étudiants de la Bohême se prirent d'enthousiasme pour lui ; mais l'antipathie nationale lui fit trouver des contradicteurs dans les professeurs allemands , qui condamnèrent quarante-deux propositions extraites des œuvres de Wiclef. Sur ces entrefaites, arrivèrent deux Anglais, grands partisans de ces doctrines ; ils ranimèrent l'ardeur de Jean Huss, qui , élevé au poste de recteur de l'université par l'appui de la reine , se déclara le défenseur des doctrines de Wiclef, et tonna contre le clergé et le pape. Alors les Allemands nominaux et les Bohémiens réalistes renouvelèrent les vieilles luttes scolastiques. Des arguments ils passèrent aux iujures , et de là aux voies de fait , puis vingt-quatre mille étudiants, d'autres disent quarante . quittèrent l'université de Prague pour celle de Leipzig (1).
Sbiuk, archevêque de Prague, défendit cette prédication; mais Jean Huss persista; sa fougue redoubla même lorsque Jean XIII publia des pardons pour tous ceux qui l'assisteraient contre Ladislas de Naples, et Jérôme de Prague brûla la bulle pontificale sous le gibet. La ville fut mise en interdit, et Jean Huss, obligé de sortir, alla répandre ailleurs ses enseignements. Ce n'était pas du reste une grande hérésie, fondée, comme celle d'Arnaud de Brescia, sur une philosophie qui embrassait tout l'ensemble delà foi; elle n'atteignait que certains mystères et des pratiques particulières. Elle grandit , parce qu'elle trouva des germes de mécontentement tout prêts à se développer, et parce qu'on ne put y porter un prompt remède dans un temps où l'Église se trouvait misérablement déchirée entre trois papes.
Telles étaient les plaies que le concile de Constance était appelé à cicatriser. L'empereur, beaucoup de princes et de seigneurs assistèrent à cette assemblée, qui fut extrêmement nombreuse ; car on comptait , dit-on , dans la ville cent cinquante mille étrangère, trente mille chevaux , dix-huit mille ecclésiastiques et deux cents docteurs de l'université de Paris. Ce fut un combat de luxe entre tous ces grands personnages; au milieu des costumes divers qui distinguaient les différentes nations, ils se faisaient remarquer par l'étrangeté de leurs vêtements et de leurs armures, par leur suite
(1) Lenpavt, Hist. de la guêtre des HussUes.