‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 72 sur 153 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

HLSS1TE8. — SlCISHOPiD ET SES SUCCESSEURS. — HOSCR1E.

Le feu qui brûla Jean Huss et Jérôme de Prague à Constance alluma dans la Bohême un redoutable incendie. Leurs sectateurs, qui jusque-là, soumis à leur autorité et à celle du roi, s'étaient contentés de demander la liberté de conscience, se déchaînèrent avec fureur et vengèrent le sang par le sang, surtout sur les Allemands, auxquels ils imputaient le méfait. Jacobel de Misa , professeur de Prague, proclama que priver les laïques du calice étaitun sacrilège. Comme cette proposition fut condamnée par le concile de Constance, les hussites déclarèrent que la condamnation lésait les droits d'un peuple libre ; cette question de compétence devint l'étendard d'une faction, dont l'irritation fut poussée jusqu'à la férocité.

Nicolas de Hussinetz , qui avait été le protecteur de Jean Huss, soutenait alors les novateurs , qui se réunissaient pour recevoir la communion sous les deux espèces. D'un acte religieux ils passèrent à des désordres politiques, et sortirent de la ville pour se retirer sur le mont voisin. Jean Trosnowa, surnommé Ziska ( le Borgne), plus résolu que Hussinetz, donna l'ordre à tousses compagnons de convertir en maisons les tentes qu'ils avaient dressées sur la montagne; telle fut l'origine de la ville appelée Tabor, c'està-dire camp. Les insurgés furent désignés par le nom de taborites, de calixtins, d'utraquistes et de hussites. A leur tète , Ziska se

mil jette dans Prague, qu'il occupe, et, selon la coutume (défénestration), il lance par la fenêtre le bourgmestre et treize sénateurs.

La frayeur peut-être causa la mort de Wenceslas; Sigismond , son frère, aurait dù lui succéder ; mais les hussites pouvaient-ils tolérer comme chef celui qui avait trahi leur maître? 11$ se fortifièrent donc, mirent à sac les églises, les couvents et les terres des catholiques; ceux-ci usèrent de représailles, mais si bien, dit-on, que seize cents hussites furent, dans un jour, précipités dans les puits des mines de Luttemberg.

Sigismond , arrivé en Bohême, déploie une rigueur qui ne fait qu'irriter sans corriger; à Breslau , il envoie au supplice vingt-trois chefs de rebelles , tandis que le pape publie la croisade contre les hérétiques. Les hussites, résolus à défendre leurs personnes et leurs croyances, se réunissent sous quatre capitaines, et font leur place d'armes de Tabor. Sigismond, qu'ils persistent à rejeter comme roi, vient assiéger Prague à la tête de quatre-vingt mille hommes; il est défait , et contraint d'entrer en négociations. Les vainqueurs lui proposèrent quatre articles, savoir : que les prêtres pussent prêcher librement la parole de Dieu ; que la communion fût administrée sous les deux espèces; qu'on enlevât au clergé ses possessions; enfin que la peine capitale fût prononcée pour les péchés mortels publics, entre autres le concubinage des prêtres, la simonie des sacrements, des bénéfices et des indulgences. Les quatre articles ne suffirent pas aux hussites , qui en proposèrent douze autres où respirait le fanatisme, et portant la destruction des monastères des églises superflues. En attendant, Ziska les démolissait et massacrait les catholiques ; il fit déposer Sigismond, et le battit de nouveau quand il reparut à la tête de soixante mille Hongrois, Autrichiens et Moraves. Une guerre intestine s'alluma ensuite entre les hussites modérés et les fanatiques. Ziska, devenu aveugle de borgne qu'il était, acquit une telle autorité que Sigismond offrit

iw*. de le nommer son vicaire général. A sa mort, causée par la peste, l'irritation s'accrut entre les sectes diverses qui, d'accord pour combattre l'ennemi commun . parcoururent , en bandes séparées, la Silésie, la Moravie , l'Autriche, qu'elles appelaient pays des Philistins, des Iduméens, des Moabites. Martin V prêcha de nouveau la croisade contre eux , et Frédéric le Belliqueux vint les at-

taquer avec une forte armée; il éprouva une défaite, et douze mille de ses soldats furent massacrés par les terribles sectaires. L'Allemagne entière, saisie d'effroi, sortit alors de son inertie; mais quoi? une terreur panique dissipe l'armée à l'approche des taborites, qui se ruent sur la Saxe, la Franconie et la Bavière,

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