SIGISMOND
où ils exercent de plus grands ravages que les barbares d'autrefois. ur- Quand toute la terre sera dévastée, disaient-ils, et les villes réduites à cinq, le nouveau règne du maître commencera, parce que c'est maintenant l heure de la vengeance, et q\w le Seigneur est le Dieu de colère.
Le cardinal Julien Gesarini , légat pontifical , parvint de nouveau à mettre l'Allemagne d'accord pour la répression des sectaires, et quatre-vingt mille hommes s'avancèrent contre eux, sous les ordres de Frédéric, électeur de Brandebourg ; Procope Holy (le Tondu ), qui avait succédé à Ziska, marcha de son côté à l'ennemi ; mais à peine les Allemands se virent-ils attaqués qu'ils prirent la fuite dans le plus grand désordre , en laissant onze mille morts sur le champ de bataille et huit mille chariots chargés d'armes.
On songea alors à traiter, et le concile de Baie adressa aux huasites des invitations bienveillantes, qui les déterminèrent à y envoyer trois cents députés, au nombre desquels Jean Rokyozana, leur prédicateur le plus éloquent, et Procope le Grand. Ces députés, dont la vue seule jeta l'épouvante parmi les Pères, présen- ,4M tèrent au concile les quatre articles; mais, comme la discussion traînait en longueur, les Bohémiens s'en retournèrent. Après s'être convaincus que les hussites ne professaient pas les trente-quatre propositions condamnées dans les écrits de Wiclef, les Pères envoyèrent à Prague des théologiens qui modifièrent les quatre articles, et permirent l'usage du calice. Les utraquistes acceptèrent ces compaclala ; mais les taborites et les orphanites, plus violents qu'eux, les désapprouvèrent; chacun d'eux reprit les armes, et les fanatiques, à Bœhmischbrod, furent détruits par le fer et le feu.
Une fois les Bohémiens vaincus par les mains des Bohémiens, ainsi qu'il l'avait espéré, Sigismond fut reçu à Prague comme roi, confirma les cnmpactata, et garantit la liberté des cultes, les privilèges du royaume et l'exclusion des étrangers.
Après vingt années de règne, dans le seul but peut-être de se reposer des ennuis que lui avait fait digérer, comme il le disait, la machine pesante et rouillee de l'Empire, Sigismond fit le voyage d'Italie. Il fut couronné à Milan et à Rome ; mais, toujours dénué uss. d'argent, obligé à chaque pas de traiter ou de se défendre, il dut prolonger son séjour plus qu'il ne l'aurait voulu, surtout lorsqu'il était d'une grande importance pour lui de calmer la Bohème et de réprimer les Turcs. Néanmoins il repartit sans avoir rien terminé.
Il ne devait pas échouer dans toutes ces tentatives , puisqu'il eut ■Wj*
le bonheur d'assurer à sa famille le trône de Hongrie. La dynastie d'Arpad s'était éteinte avec André IÎI. L'archevêque de Strigonie, d'accord avec le pape , proclama Charobert (Charles Robert), fils de Charles Martel, auquel commence la lignée d'Anjou. Mais ce prince étranger était si peu agréable au pays que , pour le protéger contre les embûches auxquelles il se trouvait exposé, on fut obligé de lui concéder le privilège de clergie. Il fallut d'abord de
im' longs efforts pour obtenir du vayvode de Transylvanie la restitution de la couronne angélique ; puis les révoltes éclatèrent, et Charles dut se résigner à une guerre perpétuelle avec ses sujets, avec les Vénitiens en Croatie et en Dalmatie , avec les Serviens
IKS- et les Turcs, avec l'Autriche et la Valachie, et enfin avec les Tartares de Russie. Il attribua les mines à la couronne, dont il se réserva les deux tiers du produit, soit pour l'or ou l'argent; il s'arrogea le droit de destituer les fonctionnaires nobles, imposa des charges et des services au cierge, établit des annates en faveur du pape , avec prélèvement du tiers à son profit, et décréta l'inquisition , mais sans pouvoir lui faire prendre racine; il altéra les monnaies, abolit les duels judiciaires, et, en le mariant avec Jeanne, héritière du royaume de Naples, il acquit , par son second fils André, l'expectative de ce trône, qui devait lui coûter si cher.
iM- Louis , son fils aîné et son successeur, mérita le nom de Grand par quarante années d'expéditions guerrières, dont la plus mémorable fut la conquête de Naples, que nous raconterons ailleurs. A
im Venise il enleva Spalatro, Zara, Trau, Raguse; il fut même porté au trône de Pologne , et, maître souverain de la Bosnie, la Servie, la Bulgarie, la Moldavie et la Valachie , il étendit ses possessions de l'Adriatique au Pont-Euxin et à l'embouchure de la Vistule.
Il transféra de Visegard à Bude la chambre du royaume, chassa les juifs et les usuriers, abolit les jugements de Dieu , et, après avoir fait connaître aux siens une civilisation plus avancée dans l'expédition d'Italie, il résolut de la transplanter parmi eux. n
«8«7. fonda la première université à Cinq-Églises, planta les vignobles de Tokai , détermina les obligations des paysans, et accorda aux grands propriétaires les prérogatives de la noblesse; enfin il confirma la bulle d'or d'André, sauf le quatrième article, et fit de nouvelles lois.
itM. Après lui, Marie, sa tille, fut couronnée ; mais les mécontents favorisèrent Charles de Durazzo, roi de Naples, qui vint et se fit
,3** proclamer; la reine veuve le fit assassiner. Aussitôt les sujets indignés s'emparèrent de la mère et de la fille La première mourut;
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l'autre fut délivrée par son mari Sigismond, fils de l'empereur 1391 Charles IV, qui, à sa mort, resta roi du pays. Occupé cependant, comme nous l'avons vu, dans la Bohême et l'Empire, il ne pouvait contenir les Hongrois, qui, affectant de croire qu'il avait péri dans la célèbre bataille de Nicopolis, proclamèrent Ladislas V, ,39fl fils de Charles II et roi de Naples ; puis, quand Sigismond reparut, ils le tinrent longtemps prisonnier.
Plus tard il put songer à repousser Ladislas ; ce prince ayant vendu à Venise ses droits sur la Dalmatie, Sigismond déclara la guerre à la république et dévasta le Frioul jusqu'à Trévise ; il obtint ,mensuite Belgrade du despote de Servie, qui désespérait de défendre cette place contre les Turcs.
Sigismond put alors amener les États à reconnaître la succession dans la ligne autrichienne, et par suite à faire couronner Elisabeth, sa fille et son gendre, Albert V d'Autriche. Sigismond était ,lt#beau de sa personne, éloquent et ami des lettres. Il avait fait chevalier George Fiscelin, le meilleur avocat deson temps, et, comme il voyait les anciens chevaliers dédaigner ce nouveau venu : Sachez, dit -il, que je puis faire mille chevaliers en un jour , et non pas un savant en mille ans. Plus libéral que ne le comportait la médiocrité de ses revenus, il se trouvait toujours dans la pénurie et remettait les affaires d'un jour à l'autre; il en résulta que les diètes germaniques, négligentes de leur nature, ne firent rien , ou presque rien, lorsque les circonstances étaient les plus urgentes. Aussi, sous son règne et sous les princes de sa famille, l'Empire alla-t-il en déclinant et se trouva primé par les États héréditaires.
L'existence intérieure de Sigismond fut aussi troublée par Barbe de Cilley, sa femme , qu'on nous dépeint comme une Messaline, chez qui l'Age n'émoussa point la volupté; elle ne pouvait concevoir certaines religieuses de Bohême qui s'étaient laissé enlever la vie plutôt que l'honneur. Elle répondit à une dame qui lui citait l'exemple de la tourterelle, restant fidèle au compagnon qu'elle a perdu : Pourquoi, au lieu de cet oiseau solitaire, ne parlez-vous pas des pigeons et des passereaux, animaux domestiques dont les voluptés ne sont jamais interrompues ?
On l'accusa de s'entendre avec les1 hussites pour exclure de la succession son gendre Albert d'Autriche, qu'ils abhorraient à cause de son intolérance ; car on l'accusait d'avoir livré aux flammes treize cent vingt juifs qui s'étaient refusés à recevoir le baptême. A la mort de Sigismond, il se vit donc contester la cou- obéit «tau-
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ronne de Bohème quoiqu'il se fût déjà fait proclamer roi de Hon- i«n.'
grie et mémo d'Allemagne. Il visa à rétablir la paix, et à instituer un gouvernement fort et régulier; mais les princes avaient trop d'intérêt à perpétuer le désordre; aussi ne réussit-il qu'à trani**. quilliser l'Autriche, son patrimoine, où il détruisit plusieurs châteaux ; il mourut bientôt.
Ladislas, dit le Posthume parce qu'il naquit après la mort de son père, lui succéda en Autriche, ainsi qu'en Hongrie et en Vriâwl m' Boni^me> tandis que Frédéric III, de la ligne autrichienne de Styrie (1), était promu à l'Empire. Ce prince eut un règne plus long qu'aucun doses prédécesseurs, mais un règne plus abject. Paresseux et pusillanime, bien qu'arrivé à l'âge de vingt-cinq ans, il dissimulait, sous l'amour de l'étude, sa négligence des affaires publiques, et, partie par pauvreté, partie par nature, il montrait une avarice honteuse. Il s'occupa assez froidement de mettre la paix entre les princes et les papes, et de réprimer les bandes de pillards; us*. il descendit en Italie avec une suite brillante mais inoffensive, ou, pour mieux dire, sans armes; à Rome, il se fit marier et couronner à la fois.
Au moment où l'Europe était épouvantée de la chute de Constantinople, Pie II, qui avait été secrétaire de Frédéric sous le nom d'yEnéas Sylvius Piccolomini, lui écrivit en le proclamant le chef de la croisade comme le prince qui en était le plus digne par son rang et son caractère. Mais tous ses efforts se bornèrent à réunir quelques diètes qui ne produisirent aucun résultat; il ne secoua pas même sa torpeur quand les Turcs vinrent faire des excursions jusque dans la Carniole.
La Hongrie commençait à devenir importante, comme boulevard contre les Ottomans. Wladislas de Jagellon, déjà roi de Pologne, qui avait ceint la couronne hongroise, la défendit par les armes jusqu'au moment où il fut obligé d'y renoncer, sous la réserve toutefois de la régence et de la succession éventuelle au trône. Meschid-beg ayant envahi la Transylvanie, Wladislas fit
uu, partie de l'expédition que Jean Hunyade dirigea contre les Ottomans. Après la défaite à Jalovaz, ils cédèrent la Valachie aux Hongrois, et gardèrent la Bulgarie. Wladislas ne tarda point à violer la paix ; mais la déroute de Varna, et sa tête qui fut promenée de
i***. ville en ville, attestèrent que le faible ne manque pas impunément de foi.
(1) J. Cii m fj. , Gcsch. Kaiser Fridertch's 111 und seines Sohnes Maximilians I ; Hambourg, 1840.
Regesta chronologico-diplomatica Friderici III ; Vienne, ISiO.
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Alors !e grand Jean Hunyade, qui s'intitulait lui-même le solf dat du Christ, tandis que les Valaques l'appelaient le chevalier blanc, et les Turcs le diable, fut élu régent de Hongrie ; il continua de faire la guerre aux Ottomans vaincus et vainqueurs, comme nous l'avons raconté (1).
Il détermina les Hongrois à reconnaître pour roi Ladislas le Posthume ; mais, comme ce jeune prince était au pouvoir de son tuteur, Frédéric III, qui le retenait, Hunyade ravagea rAutriche et souleva les nobles, qui envoyèrent défier Frédéric. Golzer, bourgeois de Vienne , fit révolter la ville, assiégea l'empereur lui-même, et le contraignit de relâcher son pupille. Ladislas, roi de Hongrie et de Bohème, duc d'Autriche et de Styrie, mourut à peine Agé de dix-sept ans. Malgré les Autrichiens, Mathias Corvin, fils du grand Hunyade, obtint la couronne de Hongrie, et un. George Podiébrad celle de Bohême. Le dernier s'était montré, comme vice-roi, favorable aux utraquistes; il fut, en conséquence, excommunié et dépose par le pape. Mathias Corvin aspirait aussi a la couronne de* Bohème ; mais elle fut donnée à Ladislas ; Via- >"»• dislas) II, fils du roi de Pologne.
Frédéric III, qui se trouvait désormais l'héritier des trois branches d'Autriche, de Styrie et du Tyrol , se cacha dans Vienne, et laissa l'Empire se débattre au milieu de guerres interminables; mais, tandis que l'Allemagne s'en allait en ruine, il éleva sa famille au comble de la grandeur.
La maison de Bourgogne, issue, comme nous l'avons dit, de Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon, roi de France, avait réuni à son comté la plus grande partie des Pays-Bas, auxquels Charles le Téméraire ajouta le Brisgau et les possessions autrichiennes en Alsace, d'où il jetait un regard de convoitise sur la Lorraine et la Suisse. Possesseur de ses riches États, Charles ambitionnait de les ériger en royaume ; il s'adressa, dans ce but, à l'empereur, auquel il promettait, pour son fils Maximilien, la main de Marie, sa fille unique. Quand ils s'abouchèrent à Trêves, Charles hts. avait avec lui huit mille chevaux, six mille fantassins et une suite nombreuse de seigneurs : il déploya tant de magnificence que son manteau seul valait plus de deux cent mille sequins : contraste bizarre avec le misérable cortège de l'empereur; niais, comme ils se défiaient l'un de l'autre, ils ne purent s'entendre; plus tard ils se firent la guerre, puis inlervint une réconciliation par suite de laquelle Frédéric abandonna ses alliés,
(I) Voyez ci-dessus.
W77' les Lorrains et les Suisses, Cesdeux peuples se liguèrent, battirent Charles en Suisse, et le tuèrent sous les murs de Nancy. %
La maison de Bourgogne finissant avec lui, la France prétendit à la portion du territoire dont la suzeraineté lui appartenait, c'est-à-dire la Franche-Comté, l'Artois, le Màconnais, l'Auxerrois, Salins et Bar- sur-Seine. Les Gantois tenaient entre leurs mains Marie, qui, par inclination, épousa Maximilien. Le roi de France fit marcher des armées et agir tous les ressorts de l'intrigue. Sur ces entrefaites, Marie fit une chute de cheval et mourut, laissant deux enfants, Philippe et Marguerite. Le premier, d'après les stipulations arrêtées, lui succéda, et les Gantois lui désignèrent quatre tuteurs, à l'exclusion de son père ; les États de Flandre offrirent la main de la jeune princesse au Dauphin, avec les pays contestés pour sa dot. Bientôt Maximilien se trouve en guerre avec son gendre, devenu roi de France ; les Flamands se révoltent ; les habitants de Bruges arrêtent Maximilien luimême, et ne le délivrent que lorsqu'il a promis de renoncer à la régence et de retirer toutes les troupes étrangères des Pays-Bas. Mais l'empereur Frédéric fit annuler la promesse et recommencer la guerre ; ses armes l'emportèrent enfin, et les échevins deGand, de Bruges et d'Ypres furent réduits à demander pardon à genoux à Maximilien, qui reprit l'administration des Pays-Bas.
De là commence la grandeur de l'Autriche, qui put devenir la rivale de la France et de l'Espagne. Frédéric investit tous ceux de sa maison du titre d'archiducs ; il prit pour devise et fit placer partout les lettres A, E, I, 0, U, c'est-à-dire Axtstrix Est Imper are Orbi Universo {Ailes Erdreich ht Oxtereich Unterthan). Il abandonna ensuite le gouvernement à Maximilien, et, retiré à Lintz, il cultiva les jardins, l'astrologie, l'alchimie, jusqu'au moment où il mourut d'une indigestion de melon (1). Maihiai Maximilien avait été reconnu roi des Romains , lorsque MacSn' thiasCorvin, pour punir Frédéric lit d'avoir donné l'investiture de la Bohème à Ladislas , entra en Autriche , et s'empara même devienne. Mathias Corvin, digne fils du grand Hunyade, ne cessa jamais de faire la guerre aux Turcs , qui de la Bosnie poussaient leurs excursions dans la Dalmatie , la Croatie , l'Esclavonie et la Transylvanie. Admirateur des anciens, il améliora l'organisation militaire, et forma une bonne infanterie, arme inconnue aux
(H L'aigle à «teiu tôles ne se voit pas avant 1459 ; mais elle se trouve snr une monnaie «le cuivre <le> Torcoinans Ortocides, vers 1320. M \um»k>*> iVwroisinata Orient alia , p. 153.
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Hongrois; il put alors opposer aux janissaires de Mahomet la garde noire, inspirée par des sentiments d'honneur tout à fait nouveaux. Il vivait familièrement avec ses soldats, qu'il connaissait par leur nom. Une fois il pénétra dans le camp turc, et vendit toute la journée des comestibles devant la tente du pacha , auquel il sut ensuite redire jusqu'aux mets servis sur sa table ; il se glissa de même dans Vienne sans être reconnu , lorsqu'il la tenait bloquée , y resta tant qu'il lui plut, et en sortit en poussant une roue devant lui. Après le siège de Vienne-Neuve , dont il s'empara, ilfit don de son portrait aux habitants, en signe d'estime.
Il lisait toutes les lettres qui lui étaient adressées, écrivait ou dictait toutes les réponses en termes brefs et résolus. Ainsi, il mandait au pape : Que Votre Sainteté soit certaine que la nation hong toise changera la double croix de son écusson en croix triple avant délaisser conférer par le siège apostolique les bénéfices de prérogative royale; et aux habitants de Bude : Mathias, par la grâce de Dieu , roi de Hongrie. Bonjour, citoyens. Si vous ne venez tous vous présenter au roi, vous perdrez la tête. Donné à Bude. Le roi.
11 réforma la justice en promulguant le Decrelum majus , qui est une transaction entre les nobles et le peuple. Les premiers étaient jaloux , comme partout ailleurs, de conserver leurs prinviléges, leurs justices privées, et de se faire respecter par un prince de leur choix, tandis que le peuple voulait un pouvoir central ; c'est pourquoi, alors qu'il abolissait les justices palatines, il adjoignait au président des tribunaux royaux, huit ou dix assesseurs, choisis parmi les magnats. Lorsque la guerre le lui permettait , il parcourait le royaume en personne, rendait la justice et recevait les réclamations. Ce proverbe est resté parmi les Hongrois : Après Corvin, plus de justice. Il décréta que les rois ne pourraient s'emparer des biens de personne, sauf par voie judiciaire ; que les impôts devraient être consentis par les ordres , et qu'on ne conférerait pas au même individu deux bénéfices ecclésiastiques. Béatrix de Naples , sa femme , lui fit apporter dans sa cour plus de luxe et de recherche ; il s'entourait d'hommes de lettres, et voulait faire de la Hongrie une autre Italie (I). Il témoigna de L'amitié à Antoine Bonfinio d'Ascoli , qui a écrit une
(1) C'est l'expression de Bonfimus, Rcrum Ilungaricamm Dec. IV : Pannoniam Italiam alteram rcddere conabatur... Varias quibus oltm cnrebat artes eximtosque artifices ex Itulia magnosumptu evocavit... Olitores, culturcs liorloruin, agricuUiirxque mogistros, qui caseos etiam latino, stcuto, grxcomorc conjicerenl.
histoire de ce pays dans le langage de celle de Tite-Live , c'est-àdire élégante et menteuse ; pour éviter les mots nouveaux , il dénature les idées (1). L'astrologie, l'architecture, la tactique, les belles-lettres, furent favorisées par Corvin , qui fonda l'université de Bude , où quarante mille étudiants se trouvèrent réunis , avec maîtres et gens de service , dans une enceinte immense , renfermant des greniers, un hôpital et toutes les dépendances nécessaires. Il forma aussi une bibliothèque, avec une dotation de trente mille ducats par an; il faisait acheter tous les livres imprimés et copier les manuscrits, ce qui lui permit de la laisser riche de cinquante-cinq mille volumes, nombre qui alors ne se trouvait dans aucune autre bibliothèque.
i49o. La mort seule de Corvin permit à Maximilien de recouvrer son archiduchéj marchant alors contre la Hongrie, il obtint le droit éventuel de succéder à cette couronne, que ses descendants réunirent plus tard à leurs possessions héréditaires.