MOT. UNIT. — T. XII. Û
les doctrines de Mahomet , mais sans réussir à les faire prévaloir sur les habitudes anciennes. 11 s était établi près de l'Indus une dynastie musulmane , qui , de la nation de son fondateur Koutoubal-Dien-Abick , était appelée des Patans ou Afghans. La mort 1397. du sultan et les troubles suscités parla minorité de Mahomet IV vinrent en aide à Tamerlan, qui, passant l'Indus avec quatrevingt-douze escadrons de mille hommes chacun , autant que Mane*tri!ction homet avait de noms et de qualités , s'avança sur Delhi. Mahomet
de Delbt. *
l8M- fut vaincu , et sa capitale se rendit. Tamerlan et ses fils ayant voulu entrer dans le temple aux mille colonnes pour l'admirer, un grand nombre de soldats y pénétrèrent avec eux , et le désordre commença. Les Guèbres, avec le feu de leurs autels, incendient les maisons ; cent mille habitants faits prisonniers sans combat , et Guèbres pour la plupart, sont égorgés, dans la crainte qu'ils ne se révoltent. Il se fait un immense butin ; les diamants de Golconde , les rubis de Bedacschan, les saphirs de Ceylan , les chameaux et les éléphants sont la proie des soldats; en outre, chacun d'eux eut au moins vingt esclaves, et quelques-uns cent cinquante. Les artisans furent transportés à Samarcande , pour y construire la mosquée. Delhi périt; mais l'immense cité, dont les magnificences rendaient moins incroyables les prodiges des temps fabuleux , se releva de ses ruines , et redevint si opulente que Nadir-Chah , qui la saccagea il y a un siècle, y trouva pour mille millions de francs en diamants, perles, statues d'or; quoique, depuis cette époque, elle ait été renversée par les Afghans et les Mahrattes , elle contient encore, dit-on, 1,700,000 habitants.
Partout les pacifiques Indiens tombèrent sous le fer du féroce ïartare ; il étouffa dans le sang le culte du feu, répandu vers le Gan^e supérieur, et, parvenu à la magique vallée de Kachemir, il eut accompli dans un an la conquête que Sésostris et Alexandre avaient à peine commencée.
Après avoir solennisé ses victoires à Samarcande par des chasses splendides et la construction d'une mosquée où s'élevaient cent quatre-vingts colonnes, Tamerlan se remit en marche pour châtier d'autres ennemis , en annonçant une expédition de sept armées dans l'Asie occidentale. Il commença par attaquer les chrétiens de la Géorgie, qui furent contraints d'opter entre le servage ou l'islam. A son retour, il envoya à Bajazet un message plein d'arrogance :Vilc fourmi, enorgueillie par quelques victoires remportées sur les chrétiens, comment oses-tu irriter les éléphants et provoquer la foudre suspendue sur ta tête ? Bajazet repondit avec non moins de fierté au brigand du désert, vainqueur seulement
TAMERLAN
par sa perfidie et par les vices de ses ennemis. Les flèches des T artares fuyards, lui disait-il, ne peuvent se comparer aux èpées des invincibles janissaires.
Les injures personnelles aigrirent la jalousie politique qui ne pouvait manquer de naître entre d'aussi puissants voisins. Tamerlan se jeta sur l'Asie antérieure , et détruisit Sébâste, l'une des villes les plus fortes de l'Asie Mineure, qui renfermait cent mille habitants. Lorsque la brèche eut été ouverte, il consentit à une capitulation pour les seuls musulmans; les chrétiens et surtout les cavaliers arméniens furent répartis entre les soldats, qui, leur liant la téte entre les jambes, les précipitaient dix par dix dans des fossés, où ils les enterraient.
Tamerlan se dirigea alors vers PÉgypte. Les esclaves circassiens, gardes du soudan , y étaient devenus tout- puissants, lorsque Barkok-Daher, du consentement du calife, du mufti et du cadi, ,sw usurpa le trône; il en fut renversé pour y remonter bientôt. A l'arrivée de Tamerlan, il se li-uia avec Bajazet, Toktami>ch et ,589- Kara-Youssouf , chef des Turcomans du Mouton-Noir. Cette alliance ne le sauva point. En effet, Tamerlan prit Alep, délit Ferrag, fils de Barkok, et, après avoir mis la ville à feu et à sang n©o. pendant quarante jours, il s'empara d'Ama et de Balbek; puis, dans le voisinage de Damas, il vainquit le soudan en personne, SOoc,obr<,• frappa cette ville d'une contribution d'un million, et ht passer à Samarcande les artisans, parmi lesquels se trouvaient les ouvriers qui faisaient les fameuses lames de sabre. C'est donc par eux que cette industrie fut transplantée dans la Perse et le Khorassan. Après ces victoires, Tamerlan se rappela que les premiers ennemis d'Ali s'étaient établis à Damas; en conséquence, il ordonna .que la ville fût réduite en cendres.
Tamerlan s'amusait à discuter avec les docteurs qu'il avait trouvés dans Alep ; comme il les savait opposés à Ali : Éclaircissezmoi un doute, leur disait-il : quels sont les vrais martyrs, les soldats tués de mon côte ou ceux de mes adversaires?
Question dangereuse à laquelle un uléma répondit comme jadis le prophète : Ceux qui combattent pour la parole de Dieu. Tamerlan ajoutait : Je suis boiteux et décrépit , et pourtant j'ai conquis l'Iran, te Tour an et Us Indes. Le mufti répliqua : liemercics-en Dieu, et ne tue personne. — Par Dieu, reprit Tamerlan ,je ne tue personne de ma volonté; jamais je ne fus V agresseur dans mes guerres, et vous-mêmes vous êtes les auteurs de vos calamités. Tels étaient ses discours , tandis que les siens coupaient des têtes par milliers pour en dresser des pyramides.
Bajazet , indomptable sur le champ de bataille , s'était amollir par la paix ; tandis que ses généraux étendaient ses conquêtes jusqu'à l'Euphrate, il avait passé tranquillement cinq années à Brousse. « L'arbre élevé de sa fortune étala avec orgueil ses « fruits abondants, qui , chaque jour, mûrissaient pour lui au « milieu des chants variés des oiseaux et de toutes les choses qui a procurent la joie. Il avait dans son palais des animaux rares et a tout ce que Dieu créa pour le charme des yeux. Autour de lui a se groupaient , fournies par les Grecs , les Serbes, les Valaa ques, les Albanais, les Hongrois, les Saxons, les Bulgares et « les Latins, des esclaves belles de corps et gracieuses de figure. « — Il avait encore des esclaves mâles choisis , et tous chantaient a dans leur langue, bien qu'à contre-cœur. Assis au milieu d'eux, a il s'abandonnait aux voluptés (1) , » et se plongeait encore dans l'ivresse, en dépit delà loi. Son vizir, Ali-Bacha, souillait les jeunes prisonniers chrétiens qui, trop nombreux pour entrer dans le corps des janissaires, étaient employés comme pages (itsch oglan), ou servaient à satisfaire une passion déplorable. Ce vice honteux se répandit comme aux beaux jours de la Grèce , et concourut a dépraver les mœurs des Turcs.
o^Aml're. Cet état de choses favorisa les entreprises de Tamerlan ; il eu vint aux mains avec Bajazet dans la plaine d'Ancyre [Angora], où Pompée avait battu Mithridate. On dit que quatre cent mille hommes périrent dans celte journée , la première ou les Turcs succombèrent dans une lutte générale avec les Tartares. Tamerlan demeura vainqueur, grâce en partie aux éléphants qu'il avait amenés de lTnde, et qui combattaient chargés de tours remplies d'archers. Deux navires européens , à l'ancre dans ces parages , furent chargés de tètes coupées.
Bajazet lui-même fut fait prisonnier; quelques historiens racontent que Tamerlan, respectant son malheur, l'encouragea à supporter son sort, d'autres qu'il le fit enfermer dans une cage de fer, et traîner à sa suite pour servir de spectacle à son armée (2). Quoi qu'il en soit, Bajazet ne survécut pas longtemps à ce désastre.
Dans la joie de son triomphe, Tamerlan parcourut l'Asie Mineure; à coup sûr, il eût étouffé à sa naissance l'empire ottoman si, plus préoccupé de la religion que de la politique, il n'avait pas